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lundi 18 avril 2011

Billy le menteur - Billy Liar, John Schlesinger (1963)


Dans une petite ville anglaise terne et ennuyeuse, un jeune mythomane mène une vie imaginaire et trompe tout son entourage.

Billy Liar, deuxième film de John Schlesinger l'installa définitivement parmi les fer de lance de la nouvelle vague britannique du début des sixties. Tout comme son précédent Un amour pas comme les autres, il se déroule dans le nord de l'Angleterre et adapte le roman culte éponyme de Keith Waterhouse qui collabore au scénario. Paru en 1959, le roman parla vraiment a toute une jeune génération anglaise et se vit transposé au théâtre (avec Albert Finney dans le rôle titre) avant le film de Schlesinger et adapté en feuilleton télévisé dans les années 70.

Le film s'ouvre sur une émission de radio consacrée à la dédicace en chanson, et le générique nous fait ainsi découvrir la grisâtre ville à travers les destinataires des titres. Tout en immeubles sinistres et en pavillons interchangeables, ce n'est pas exactement un endroit où il fait bon vivre. C'est exactement l'avis de notre héros Billy Fisher (Tom Courtenay), que nous découvrons lorsque la caméra daigne ralentir et s'introduire enfin dans une des demeures.

Modeste employé de pompes funèbres, Billy a une vie intérieure autrement plus excitante que ce quotidien rasoir. Au sein d'Ambrosia, contrée imaginaire de sa création il est le centre de tout, héros militaire, dirigeant charismatique, séducteur irrésistible. Malheureusement il est constamment ramené aux tristes réalités du cadre terne qui l'entoure alors qu'il ne rêve que de partir à Londres pour une carrière de scénariste.

Le narration offre ainsi un joyeux va et vient entremêlant avec inventivité le réel et les fantasmes de Billy. C'est ici une Angleterre provinciale et vivant encore dans l'austérité, où poser la main sur le genou de sa fiancée est indécent et où l'ouverture d'un supermarché fait office d'évènement local. C'est celle d'avant le Swinging London, les Kinks et des Beatles (même si Schlesinger saura plus tard détruire ce fantasme là dans son excellent Darling) où un jeune adulte se doit de trouver un emploi respectable et se marier le plus rapidement possible.

L'esprit bouillonnant de Billy étouffe en ces lieux même si Schlesinger ne manque pas d'égratigner malgré tout son héros. Les différents fantasmes de Billy tournent essentiellement autour de sa personne et le mettent sur un piédestal, laissant entendre que c'est plus une reconnaissance personnelle qu'il cherche plutôt qu'à s'épanouir dans la création. La scène où il commence l'écriture d'un roman et passe plus de temps à la manière dont il va formuler son propos qu'au contenu en lui même de la chose est fort parlant.

Mais dans une bourgade où tout le monde vous connaît, où vous êtes tout le monde et personne à la fois il est bien difficile de le blâmer. Le film est donc un ode à la jeunesse, à suivre ses aspirations quelle qu'elles soient en montrant le mal être qui en découlent si on ose pas franchir le pas. Dans le cas de Billy, le titre nous l'aura révélé c'est une profonde mythomanie. On en rit tout d'abord en voyant le malheureux s'empêtrer dans ses mensonges avec ses parents, ses multiples fiancées ou son patron. Tom Courtenay avait été la doublure au théâtre de Albert Finney et maîtrise donc parfaitement le rôle. Touchant, pathétique et maladroit, il délivre une prestation pleine de fougue, passant du registre le plus comique au plus dramatique en un clin d'oeil. S'inventant une future carrière prestigieuse, Billy n'ose finalement jamais réellement tenter sa chance malgré ses fanfaronnades.

La mise en scène de Schlesinger alterne une touche "réaliste" et immersive tout en sobriété dans le cadre de cette ville avec un imagerie nettement plus débridé dans les rêves de Billy où les mouvements de caméra grandiloquent, les cadrage improbables sont foison. On retrouve dans ces séquences rêvées une inventivité commune aux autre réalisateur de la nouvelle vague anglaise comme Tony Richardson puisque tout comme dans son Tom Jones, Schlesinger s'amuse à faire interpeller le spectateur par le héros ou encore faire intervenir le fantasme dans le réel en faisant apparaître les idées farfelues de Billy dans un coin du cadre comme une bulle de bd.

Une chance est pourtant laissé à Billy dans la dernière partie avec le délicieux personnages de jeune anglaise radieuse jouée par Julie Christie dont c'est une des première apparition. Seule à voir clair dans les mensonges de Billy, elle a les mêmes aspirations libertaires que lui et comprend parfaitement son mal être. En quelques minutes à l'écran, une star naît sous nos yeux tant Christie illumine une réalité très suffocante jusque là par sa gouaille, sa beauté et son naturel. Schlesinger saura s'en souvenir puisqu'il collabora deux fois avec elle par la suite dans les excellents Darling et Loin de la foule déchaînée.

L'alchimie entre Courtenay et Christie est touchante (tellement que David Lean les réunira à nouveau dans Docteur Jivago) et amène enfin la respiration attendue au récit tel ce beau moment nocturne où ils se livrent l'un à l'autre dans un parc. Ce vent de folie va cependant tourner court dans une conclusion fonctionnant de manière inversée à celle du Lauréat (sorte de pendant positif américain de Billy Liar aux thèmes proches) où le réel (et le manque de courage) rattrape Billy, indéfiniment condamné à divaguer dans ses rêves.


Sorti uniquement en dvd zone 2 anglais sans sous-titres (alors que Studio Canal a les droits c'est même rageant de voir leur logo en début de film et savoir le film inédit en France) ou dans une belle édition zone 1 Criterion qui elle comporte des sous-titres anglais. ceux ci ne sont pas de trop vu l'accent fort prononcé du nord de l'Angleterre mais le film vaut l'effort !


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