Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 20 janvier 2014

Hawaii - George Roy Hill (1966)

Au XIXe siècle, le Révérend Abner Hale et sa jeune épouse Jerusha sont envoyés de la Nouvelle-Angleterre à Hawaï comme missionnaires calvinistes afin de convertir les insulaires au christianisme.

Hawaï est une adaptation grandiose du best-seller de James Michener paru en 1959, narrant l'épopée tumultueuse des premiers missionnaires venus convertir la population hawaïenne au christianisme. James Michener a l'habitude de longuement capturer l'esprit et les origines des contrées qu'il dépeint dans ces ouvrages et George Roy Hill traduit cette idée dans la scène d'ouverture où sur des paysages hawaïen crépusculaire une voix-off nous dépeint la légende et mythologie de la naissance d'Hawaï.

Cette voix, c'est celle de Keoki (Manu Tupou) jeune hawaïen venu apprendre la théologie aux Etats-Unis et dont les propos vont émouvoir le jeune révérend Abner Hale (Max Von Sydow) qui dès lors est bien décidé à s'y rendre en mission d'évangélisation. Le début du film capture à la fois la rigueur religieuse de l'époque et le caractère ambigu de la foi de son héros. Dans l'obligation d'être marié avant son départ, Abner sera touchant de gaucherie dans la cour maladroite qu'il fera à Jerusha (Julie Andrews), jeune femme désignée pour être son épouse et l'accompagner dans cette aventure. Le cœur brisé par le départ sans nouvelle d'un baleinier (Richard Harris) dont elle c'était amouraché, Jerusha va être touchée par la maladresse et la sincérité d'Abner et accepter de l'épouser et partir avec lui.

Max Von Sydow offre une prestation subtile et intense avec ce révérend pieux et touché par la foi dès son plus jeune âge. Véritable force de la nature capable de de soulever des montagnes (l'incroyable scène de traversée où il est le seul vaillant parmi ses compagnons terrassés par le mal de mer et dont l'exaltation semble galvaniser les marins et même dompter les éléments hostiles en pleine tempête), sa cette foi est autant une force quand elle sert une cause collective qu'un signe d'intolérance quand elle n'obéit qu'au seul dogme religieux.

Ce questionnement parcourra tout le film, Abner oscillant constamment entre l'humanisme sincère et la distance hautaine du colonisateur. Le récit illustre ainsi ce que fut la réalité de l'évangélisation dans ces contrées lointaines, une vraie civilisations dans les mœurs et l'hygiène de ces peuples mais également un reniements de leur culture par une forme de lobotomie de ces âmes naïves où la religion ne représente que peur, châtiment et souffrance pour qui ne suit pas inflexiblement le dogme.

On aura un aperçu des deux versants ici lorsqu’Abner stoppe le sort cruel réservé aux enfants malformés (qui sont enterrés vivant), sauve la vertu des haïtiennes consommées sans vergogne par les marins de passages mais ne saura répondre que par la menace à certaines traditions locales comme le mariage incestueux, le culte des dieux anciens. La présence lumineuse de Julie Andrews représente donc le versant le plus positif de cette culture occidentale, mais elle sera également progressivement brisée par la droiture obsessionnelle de son époux. Ce qui évite de rendre le personnage d'Abner antipathique, c'est sa constante dualité entre l'abandon à ses vrais sentiments (voir ses sens, honteux qu'il du désir qu'il éprouve pour sa femme) et l'enseignement qu'il a reçu.

 On aura une description très attachante des hawaïens dont la naïveté traduit l'aspect de paradis perdu de ce cadre qui se perdra progressivement avec l'emprise des européens. Symbole d'hédonisme, de soleil et de plaisir, la vision d'Hawaï frappe d'entrée avec l'extraordinaire séquence de débarquement où une flopée de jeunes femmes à demi nues plonge avec enthousiasme vers le bateau. George Roy Hill exploite et magnifie son décor sous toutes les coutures pour mieux l'assombrir et le rendre inquiétant au fil de l'arrivée de la civilisation.

Les séquences de chaos se multiplient ainsi avec l'affrontement des marins bien décidés en continuer à exploiter les plaisirs d'Hawaï, les maladies occidentales faisant des ravages chez les locaux (terrifiantes scènes d'épidémies de rougeoles).

Cette perte de l'âme hawaïenne se confondant avec la fin de cette imagerie paradisiaque est symbolisée par le magnifique personnage de la reine Malama Kanakoa (Jocelyne LaGarde) bourru et attachant mais qui s'étiolera une fois acquis à la foi chrétienne qui contredit tous les préceptes de son existence. La nature semble même se déchaîner au fil de son désarroi, une tempête balayant l'église au moment de sa mort comme pour si Dieu se révoltait contre l'usage fait de sa parole auprès de ces peuplades inoffensives. Le flamboyant score à l'aura quasi biblique d'Elmer Bernstein exprime bien toutes ces passions contrariées.

Le film trace ainsi le parcours initiatique d'Abner responsable à la fois de l'évolution et des maux d'un Hawaï qui ne sera plus jamais comme avant. La mission s'avérera même viciée dès le départ quand on découvrira que le but est finalement l'enrichissement de l'église, brisant l'idéalisme forcené du héros. Une dernière scène poignante laissera néanmoins sur une sur le souvenir d'une action nous signifiant que ce passage n'aura pas été vain. Le film sera un des grands succès de l'année et récoltera sept nominations aux Oscars. George Roy Hill pour sa seule tentative dans ce type de grande œuvre romanesque signe un de ses meilleurs films.

  
Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté e sous-titres français

mardi 3 avril 2012

I Love You, je t'aime - A Little Romance, George Roy Hill (1979)


Deux adolescents surdoués, séparés par leur milieu d'origine, elle est fille de diplomate, lui fils de chauffeur, mais rapprochés par leurs passions communes, vivent une belle histoire d'amour à Venise auprès d'un vieil aventurier.

George Roy Hill signait un petit bijou de romance adolescente avec ce A Little Romance qui marqua les débuts à l'écran d'une toute jeune Diane Lane. Le film adapte le roman à succès E=mc2 mon amour de Patrick Cauvin, paru deux ans auparavant. George Roy Hill, tombé sous le charme du livre décidait donc de mettre son éclectique talent au service de cette jolie histoire d'amour. C'est sur scène qu'il repère Diane Lane où elle a fait ses premiers pas d'actrice dès l'âge de six ans tandis que le jeune Thelonious Bernard est lui est total novice. Face à ce couple de héros inexpérimenté, Hill place un solide casting d'acteur confirmé avec Arthur Hill, Broderick Crawford, Sally Kellerman et bien évidemment le grand Laurence Olivier en mentor farfelu (on entraperçoit même Dominique Lavanant en institutrice).

L'histoire conte une rencontre improbable entre deux adolescents que tout sépare. Lauren (Diane Lane) est la fille d'un diplomate américain installé à Paris tandis que Daniel (Thelonious Bernard) est lui issu d'un milieu plus modeste avec un père chauffeur et vit en banlieue. Leurs chemins se croisent par le plus grand des hasards lorsque Daniel en visite scolaire tombe sur Lauren s'ennuyant sur le tournage du film du nouvel amant de sa mère. Dès lors ils ne se quitteront plus, s'étant reconnu dans leur solitude et découvrant qu'une même curiosité les anime.

Tous deux sont des surdoués affirmés (elle) ou qui s'ignore (lui), Lauren étant déjà adepte lectures philosophique d'Heidegger tandis que Daniel a appris à parler couramment anglais au cours de sa cinéphilie dévorante et sa passion pour le cinéma américain et Robert Redford en particulier. Isolés de leur camarade leur facultés supérieures, ils vont donc vivre une passion précoce et touchante. George Roy Hill filme avec une justesse de ton idéale cette fragile romance, bien équilibrée entre candeur des premiers émois (le baiser sur le quai de métro) et loufoquerie qui permet de toujours échapper à la mièvrerie.

Nos adolescents n'en reste ainsi pas moins des jeunes de leur âges avec déjà la curiosité pour le sexe, entre le meilleur ami de Daniel obsédé par les grosses poitrines, où ce dernier dépité d'avoir été recalé des Trois Jours du Condor qui emmène sa belle choquée voir en porno en douce et elle-même se vantant auprès d'une camarade de ses ébats enflammés avec son beau français. Diane Lane est bien jolie et très attachante tandis que Thelonious Bernard témoigne d'un charisme certain et d'une belle fougue.

Le film est relancé à mi-parcours avec la séparation imminente due au retour du père de Lauren aux Etats-Unis. Leur temps étant désormais compté, les deux jeunes tourtereaux vont sceller leur amour en réalisant la légende que leur a compté le vieil affabulateur joué par Laurence Olivier. S'ils s'embrassent sous le Pont des Soupirs à Venise au coucher de soleil au tintement des cloches, ils s'aimeront pour toujours. On aura ainsi notre lot de rebondissements pour préparer l'impossible voyage jusqu'à Venise puis une fois en Italie une folle course-poursuite où nos héros échapperont à tous les obstacles pour réaliser leur rêve.

L'ensemble prend un merveilleux tour enlevé à travers de d'amusantes péripéties filmés avec grâce par Hill comme cette belle course à vélo dans Vérone où s'immiscent le couple. Laurence Olivier qui accompagne les enfants offre une épatante prestation avec ce personnage lunaire et gouailleur et véritable mentor encombrant du couple. C'est lui qui ranime la flamme dans un des plus beaux moments du film où la légende remise en doute il incite Lauren et Daniel de créer la leur et d'aller jusqu'au bout de l'aventure. Le montage alterné entre sa mine bienveillante et le couple s'adonnant à un baiser fougueux et maladroit sous une Venise au crépuscule est un pur moment de grâce porté par la divine musique de Georges Delerue (récompensée d'un Oscar).

Il en va de même pour le poignant adieu final où on est aussi triste que Daniel et Lauren de les abandonner. Une belle fin ouverte qui laisse la porte ouverte à tous les fantasmes pour des retrouvailles futures qui n'auront lieu que sur papier quand Patrick Cauvin décidera en 1999 de donner une suite à son roman (chose qu'il s'était longtemps interdit de faire mais la nostalgie l'emporta) avec Pythagore, je t'adore. Le film recevra un accueil critique favorable et de nombreuses récompenses notamment pour Diane Lane dont la carrière était lancée pour de bon alors que ce sera quasi l'unique rôle de Thelonious Bernard qui abandonnera le métier par la suite. Un beau moment.


Sorti en dvd zone 1 chez Warner (et comme toujours avec eux multizone et compatible à toute les platines) et doté de sous-titres français.


lundi 6 février 2012

Abattoir 5 - Slaughterhouse - Five, George Roy Hill (1972)


Billy Pilgrim mène une vie heureuse avec sa femme Valencia. Mais sa conduite inquiète de plus en plus sa fille Barbara, son gendre Stanley et son fils Robert de retour du Viêt-Nam.
En effet, Billy a le don de voyager dans le temps. Il se revoit soldat au cours du deuxième conflit mondial ; d'abord agressé par deux GI, puis prisonnier de guerre, il se retrouve à Dresde au cœur du bombardement le plus meurtrier de l'histoire.


Les expérimentations narratives et visuelles du cinéma européen et plus précisément celles de la Nouvelle Vague française auront été de grandes influences pour les cinéastes du Nouvel Hollywood. Si on n’associe pas forcément George Roy Hill (plus de la génération des Frankheimer que des jeunots du Nouvel Hollywood) au mouvement (on évoque plus ses succès populaire Butch Cassidy et le Kid ou encore L'Arnaque) c'est pourtant bien lui qui signera une des œuvres les plus emblématiques de cette fusion avec Abattoir 5 qu'il considérait comme son meilleur film. Ici le récit en puzzle évoquera entre autre très fortement le Je t'aime, je t'aime de Alain Resnais, le tout associé à des éléments politiques et socio-culturels totalement associé à l'Amérique.

A l'origine on trouve un roman semi autobiographique de Kurt Vonnegut qui y mêlait anticipation et souvenir du traumatisme de son expérience de la Seconde Guerre Mondiale, notamment le bombardement de Dresde où il fut prisonnier. Le héros Billy Pilgrim (pèlerin comme symbolique de ce personnage constamment de passage, jamais vraiment là) y possède ainsi le don de voyager dans le temps mentalement, sautant d'une époque à une autre de sa vie dans le désordre le plus complet.

L'histoire saute tout autant d'un genre et donc d'une humeur à une autre, le film de guerre côtoyant la satire ou encore la science-fiction. Billy (Michael Jacks) paraît plus glisser sur les évènements que les fuir réellement. Le montage de Dede Allen (réputée pour son travail chez Arthur Penn notamment les innovations de Bonnie and Clyde) n'obéit à aucune logique dramatique dans les transitions impromptues mais fonction plus par association d'idées, de sensation et de lieux dans la mémoire de Billy. L'interprétation de Michael Jacks pour ce héros lunaire annihile également toute approche classique dans sa construction, le personnage arborant un air placide, absent et distancié face à tous les drames qu'il traverse.

Sous cette apparente incohérence nous faisant passer des camps allemands insalubres à un quotidien familial pavillonnaire rasoir puis carrément à des visions cosmiques inattendues, une vraie logique se dégage. Le pivot du récit est bien l'expérience de la guerre et les autres niveaux narratifs se font en réactions à celui-ci. Ainsi le mariage de Pilgrim, sa très ronde épouse et leur jolie maison constituent une critique de l'Amérique des 50's où un modèle familial "publicitaire" en forme de course à la consommation (la scène de la Cadillac en cadeau d'anniversaire) constituait un écran de fumée destiné à faire oublier (où réduire à une anecdote piquante le temps d'une scène de réception) le souvenir de la guerre, des pertes et des méfaits qui y furent commis (Hiroshima, et donc Dresde...).

Ce ressentiment de Vonnegut pour cet oubli de façade trouve bien évidemment son écho à l'époque où est produit le film avec la guerre du Vietnam, autre conflit schizophrène et coupable. Plusieurs scènes y font allusion de manière sous-jacente et visionnaire (cet officier américain endoctriné par les nazis venu enrôler ses camarades prisonniers pour combattre leur ennemi commun à tous, le communisme) ou carrément ironique et explicite lorsque le fils rebelle en cherchant la fierté de son père s'engage dans l'armée déjà embourbée au Vietnam. Cette forme détournée pour traiter du conflit rejoint celle d'un Altman sur MASH qui usait du cadre de la Guerre de Corée pour en parler sans que personne ne soit dupe. Pourtant nulle esprit potache et loufoque chez George Roy Hill qui imprègne le film d'une profonde mélancolie représentée par l'allure fatiguée d'un Bill vieillissant.

La clé est d'ailleurs donnée dans la dernière partie où des forces supérieures révèlent à Bill que la vie n'est qu'un immense maelstrom où il convient de piocher les meilleurs moments, les plus beaux souvenirs. C'est donc ce que cherche à faire notre héros et quand sa propre existence ne suffit plus, c'est dans l'ailleurs d'une autre galaxie qu'il va chercher la paix dans un final façon 2001 de Kubrick. Le script aborde cela à mi-chemin entre croyance et ironie. En effet si l'on a accepté qu'un homme puisse passer d'une époque à l'autre, pourquoi pas carrément le grand saut vers l'inconnu ? Mais d'un autre côté George Roy Hill dissémine les indices permettant d'autres interprétations. La plus satirique verrait Bill recréer dans un ailleurs une version améliorée de son morne quotidien : la sculpturale Valérie Perrine a les kilos superflu en moins des traits proche de son épouse et la demeure spatiale arbore tous les signe de l'ameublement cosy prisé par les publicités. La cellule familiale s'y verra même reconstituée lorsqu'ils auront un enfant (salué par une nuée de feu d'artifice), rendant tout aussi superficiel cet ailleurs protecteur. C'est malgré tout l'émotion sincère qui domine face à cette homme qui a trouvé la paix en maîtrisant/acceptant ses passés et futurs (le final où il voit sa propre mort) dans un refuge apaisant. Qu'il soit réel ou une création de son esprit n'a finalement plus d'importance.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening