Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 3 juillet 2018

Jassy - Bernard Kwowles (1947)

Jassy est considéré comme le dernier grand mélodrame du studio Gainsborough. En 1947 Maurice Ostrer, directeur de la production du studio et élément créatif majeur de ses mélodrames à succès, est remplacé par Sidney Box. Ce dernier goutte très peu l'extravagance du registre habituel de la Gainsborough et va réorienter les productions suivantes vers une veine plus réaliste qui ne prendra pas et conduira à la fermeture du studio au début des années 50. En attendant ce virage, Sidney Box est forcé de laisser se faire Jassy dont la pré-production est déjà bien avancée. Il s'agira du plus gros budget de la Gainsborough et de son premier film en couleur.

Jassy (adapté du roman de Norah Lofts paru en 1944) semble réfréner l'outrance habituelle du studio, du moins dans l'intrusion d'éléments fantastiques (réduits aux dons de voyance de l'héroïne) mais très vite l'avalanche de rebondissements (il y a au moins 4 films à faire en creusant les évènements des seules premières 40 minutes) nous ramène en terrain connu. Le jeune Barney Hatton (Dennis Price) s'est juré de reprendre un jour le domaine de Moderlaine, perdu au jeu par son père face à l'infâme Nick Helmar (Basil Sidney). Réduit à une existence de fermier, Barney se lie d'amitié avec Jassy (Margaret Lockwood) fille de gitane rejetée par la communauté car considérée comme une sorcière. Celle-ci sera également victime de la brutalité de Nick Helmar quand ivre il abattra accidentellement son père. Le récit suit plus particulièrement le parcours de Jassy parvenant au fil des difficultés à s'élever, tout en formant un triangle amoureux déchirant avec Barney et Dilys (Patricia Roc) fille de Nick Helmar.

Le grain de folie formel des mélos Gainsborough s'estompe grandement (alors que Bernard Knowles est capable du meilleur dans ce registre en tant que directeur photo sur Love Story (1944) ou réalisateur dans The Magic Bow (1946) voir même plus tard puisqu'on lui doit le téléfilm The Magical Mystery Tour des Beatles) pour ressembler à un drame en costume plus classique, sans la démesure rococo habituelle. Il en va de même du côté sexuel sulfureux habituel du studio, certains éléments de l'intrigue reprennent des éléments de The Wicked Lady (1945) ou The Man in grey (amitié puis rivalité amoureuse entre Patricia Roc et Margaret Lockwood, cette dernière confrontée à un châtelain ombrageux) mais au service d'un romanesque plus lumineux, moins perfide.

Margaret Lockwood a ainsi pour une fois le bon rôle avec ce personnage de basse extraction mais déterminé à réussir par amour. La façon dont son personnage est le seul à rester droit face à la cruauté (Basile Sidney délectable en grand méchant même si moins fin qu'un James Mason), la frivolité (Patricia Roc plus intéressée qu'amoureuse) ou faiblesse de caractère (Dennis Price qui prépare déjà son rôle de Noblesse Oblige (1949)) de ceux qui l'entoure n'est pas sans rappeler la Fanny du Mansfield Park de Jane Austen ce qui tend à ramener effectivement Gainsborough à un courant romanesque plus classique.

Le film n'en reste pas moins réussi et prenant. Bernard Knowles déploie une mise en scène élégante qui fait de la multitude d'environnement (en particulièrement le château de Moderlaine entre maquette stylisée et intérieur fastueux) un régal pour l'œil et l'intrigue dense nous ballade de coup de théâtre en rebondissements où malgré l'excès la cohérence demeure dans la caractérisation des protagonistes. Sans retrouver l'équilibre ténu d'un Leslie Arliss dans les ruptures de ton, le réalisateur pose habilement éléments anodins, personnages secondaires (le très beau rôle de muette d'Esme Cannon) qui prendront tous leur importance dans le drame en cours.

La couleur amène aussi une fraîcheur bienvenue (belle photo de Geoffrey Unsworth) pour l'habitué du studio. Pour résumer donc un Gainsborough plus sage mais qui reste plaisant. Le public anglais ne s'y trompera pas en en faisant le septième plus gros succès de l'année au box-office anglais, un beau chant du cygne aussi pour Margaret Lockwood dont la carrière déclinera lentement ensuite.

Sorti en dvd zone 2 espagnol sans sous-titres français. Le film est également trouvable en entier sur youtube, voilà le lien tant qu'il marche ! 

mercredi 10 mai 2017

The Brothers - David MacDonald (1947)

Conflits claniques ancestraux, triangle amoureux fraternels sur fond de grands espaces, The Brothers se pose comme une sorte de variante anglaise du légendaire Duel au soleil de King Vidor (1946). Le film adapte le roman éponyme de L.A.G. Strong (qui participe au scénario) paru en 1932 dans une intrigue déchaînant les passions dans le cadre tumultueux des îles Hébrides. C'est là qu'est envoyée la jeune orpheline Mary (Patricia Roc) comme servante auprès du patriarche Hector Macrae et de ses deux fils John (Duncan Macrae) et Fergus (Maxwell Reed). La jeune femme va se confronter au tempérament austère de ses hôtes et aux mœurs locales, ces contrées sauvages reflétant l'expression des désirs secrets de chacun. Le taciturne et réfléchi John a du mal à contenir son désir pour une Mary qui n'a d'yeux que pour le plus torturé Fergus, tandis que Willie McFarish fils de la famille rivale n'est pas indifférent non plus à la nouvelle venue. David MacDonald navigue entre le pittoresque et la vision documentaire dans sa vision, le charme alternant constamment avec la brutalité. Les grands espaces dissimulent ainsi une mentalité étriquée, machiste et religieuse où la femme est un être à étouffer où s'approprier par la force comme en fera les frais Mary.

Le réalisateur offre ainsi le visage le plus violent de ce monde pour dénouer un conflit (l'assassinat barbare d'un traître), mais aussi le plus ritualisé avec ce duel des familles Macrae/McFarish se réglant à la fois par l'éloquence (les deux patriarches rivalisant de malédictions mutuelles invectivées) et la force physique avec une épreuve d'endurance à la rame. La sensualité de Patricia Roc offre un contrepoint qui donne son aura lumineuse à ce cet environnement rude et arriéré (la superbe scène de baignade nue où elle est épiée) et c'est finalement la manifestation contrastée du désir qu'elle attise qui servira de révélateur. Fergus masque sa passion ardente sous le détachement, John affiche des airs d'aîné responsable alors qu'il brûle d'un même feu cette masculinité malmenée par l'amour les conduira à l'impasse.

L'allure frêle mais animé d'une certitude claire de ses amours et de ses rejets, Mary perturbe la fratrie en la forçant à se révéler et se montrer faible. Là encore visuellement David MacDonald sait mettre en valeur ces contradictions, donnant dans la pure stylisation (les ombres des amants se rapprochant en pleine aurore boréale) où l'animalité la plus prononcée (une tentative de viol éprouvante, Mary "corrigée" pour sa supposée luxure) que ce soit dans l'utilisation du cadre naturel ou des décors studios. Les gros plans saisissants capturent l'intelligence s'estompant sous la furie du désir dans le visage de John, tandis qu’ils saisissent le visage éteint et le caractère fuyant, faible de Fergus. Les actes les plus abominables auront toujours lieu en pleine mer et dans la brume, lieu symbolique où ils peuvent masquer leur faiblesse aux yeux du monde.

Les cadrages de David MacDonald et la belle photo de Stephen Dade offrent des vues somptueuses de ces côtes rugueuses (déjà si magnifiquement filmées par Michael Powell dans A l'Angle du monde (1937) et Je sais où je vais (1946)), dont la beauté peut se révéler dans tout son éclat ou être superbement introduite (ce travelling derrière les spectateurs de l'épreuve de barque). Le romanesque alterne constamment avec un côté plus frustre et sauvage qui illustre les conflits intérieurs des figures masculines, amorçant une conclusion particulièrement âpre et inattendue. Patricia Roc illumine le film et transporte avec elle le stupre de ses rôles Gainsborough dans une veine plus réaliste qu'on doit au producteur Sidney Box (qui ramènera justement Gainsborough à ce côté terre à terre quand il prendra en main le studio). Prenant, charnel et sauvage, une belle réussite méconnue.

Sorti en dvd zone 2 anglais et sans sous-titres chez Park Circus 

Extrait


dimanche 15 février 2015

Prisonnières de guerre - Two Thousand Women, Frank Launder (1944)


Durant la Seconde Guerre Mondiale, en France, Freda Thompson, une journaliste déterminée, est déportée dans un camp allemand. Une nuit, alors que les bombardements font rage, un avion britannique est touché. Trois de ses occupants échappent miraculeusement à la mort grâce à leur parachute, mais atterrissent dans le camp nazi qu'ils étaient en train de survoler. Frida et ses camarades décident alors de les cacher pour mieux les aider à s'évader...

Lorsque le studio Gainsborough contribue à l’effort de guerre du cinéma anglais, ce sera forcément sous un angle romanesque et féminin avec ce Two Thousand Women. Frank Launder aura su dresser le portrait de l’Angleterre en guerre sous un angle intimiste à travers une trilogie (coécrite et réalisée avec son partenaire Sidney Gilliat) composée de Ceux de chez nous (1943) illustrant la mobilisation des femmes en usine d’armement et Waterloo Road (1945) narrant un triangle amoureux sur fond de blitz. Two Thousand Women est plus frontal dans sa dimension de film de guerre (avec confrontation directe à l’ennemi nazi quand il restait une menace invisible dans les deux autres films) et mélange la touche humaniste de Frank Launder avec le côté plus piquant de la Gainsborough tout en maintenant la tension attendu dans le genre. Pour rappel la Gainsborough fut un des studios phares du cinéma anglais des années 40, produisant des mélodrames en costumes éblouissant de provocation, d’inventivité et d’audace comme The Wicked Lady (1945), The Man in grey (1943) ou Caravan (1946) mais qui savait faire état de la situation d’alors en Angleterre notamment dans le beau Love Story (1944).

Durant la Seconde Guerre Mondiale, un groupe de jeune femmes, anglaises pour la plupart, sont déportée dans un camp allemand assez particulier, un ancien hôtel de luxe reconvertit en geôle. La première partie permet d’expliquer l’incongruité de cette présence anglaise par le portrait des prisonnières qui dessine tout un panorama des classes sociales anglaises.  On aura ainsi une vieille fille arrachée à sa villégiature (Flora Robson), une journaliste/écrivain en voyage (Phyllis Calvert), une religieuse arrachée à son couvent (Patricia Roc) et surtout une des jeunes femmes « aventurières » ayant exercée les professions diverses et plus ou moins recommandables (Jean Kent et son passé de stripteaseuse). Ce contraste permet quelques moments amusant comme quand, pénurie d’eau oblige, les femmes se déshabillent sans gêne et partagent leur bain tout en dégustant une tasse de thé sous le regard horrifié des plus collet-monté peu habituées à cette promiscuité. 

La cohabitation se fera tant bien que mal, si ce n’est que plane la menace d’une espionne allemande parmi les prisonnière. Lorsque des pilotes anglais abattus trouveront refuge dans l’hôtel, nos héroïnes devront jouer avec cette menace intérieure et celle de leurs geôliers allemands pour les faire échapper.
On démarre ainsi dans une touche légère du fait de ce cadre pénitentiaire inhabituel d’où les français ne sont pas absents (le propriétaire de l’hôtel joué par Guy Le Feuvre). La tonalité change quelque peu du fait de cette orientation féminine et la facette patriotique se conjuguera constamment aux passions de nos héroïnes, faisant l’originalité du film par rapport à d’autres avatars du genre comme La Grande Illusion de Jean Renoir ou Stalag 17 (1953) de Billy Wilder. 

La tension grimpera progressivement, de disparition d’objet mystérieuse en punition envers certaines que seule une trahison peut justifier jusqu’à le jeu de dupe et de cache-cache lorsqu’il faudra dissimuler les pilotes. Le scénario tout en en faisant des personnages forts se joue aussi de certains « travers » féminins comme une scène mémorable où le caquetage va répandre la rumeur de la présence des prisonniers jusqu’à arriver aux oreilles de l’espionne allemande infiltrées. Le tempérament passionné de ses femmes est source de courage et de danger à la fois, à l’image du personnage de Jean Kent prêt à tout pour la perte puis la survie d’un des pilotes coupable d’un machisme révoltant envers celle qui l’a sauvé. On aura également une approche plus tendre avec la romance entre Patricia Roc et un autre pilote. 

On reconnaît bien là le mélange des genres de la Gainsborough et Frank Launder regrettera par la suite de n’avoir pas adopté un ton plus globalement sérieux au film. C’est pourtant ce qui fait tous le sel du film, passant du cliché sur la femme frivole et précieuse à la vraie héroïne et patriote anglaise digne de ses comparses masculins lorsque le danger se fait jour. On vibre d’autant plus tout en étant confronté à des situations inédites dans le genre (le final est un modèle de suspense). Ces femmes ont mérité notre admiration (le casting des habituées de la Gainsborough est parfait avec Phyllis Calvert, Jean Kent et Patricia Roc, ne manque que Margaret Lockwood) lors du final triomphal où elles chantent la gloire de l’Angleterre face aux allemands qu’elles ont dupés.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film 

Extrait

lundi 29 octobre 2012

La Madone aux deux visages - Madonna of the Seven Moons, Arthur Crabtree (1945)


Traumatisé dans son adolescence, Maddalena possède une double personnalité. Le jour de la fête de sa fille, Angela, elle s'enfuit vivre avec son amant Nino, avec qui elle est Rosanna.

Au croisement du thriller, du mélodrame et du film psychanalytique, Madonna of the Seven Moons est un des films les plus étranges et audacieux produit par la Gainsborough. Le film adapte un roman de Margery Lawrence spécialiste du récit à mystère et surnaturel et on sera servi tant on empruntera ici des chemins inattendus. Alors qu'elle est encore adolescente au couvent, Maddalena (Phyllis Calvert) est violée par un inconnu. La scène est filmée comme dans un cauchemar, saccadée, sans parole et avec un expressionnisme prononcé évoquant un film muet.

 C'est un traumatisme aussi bref qu'halluciné que notre héroïne n'aura de cesse d'effacer de sa mémoire au prix de sa santé mentale. La jeune fille n'aura pas le temps d'encaisser le choc de cette agression puisque dans la foulée elle doit quitter le couvent pour se marier selon la volonté de son père et la douleur refoulée va avoir un effet surprenant sur elle. Nous la retrouvons bien des années plus tard, mariée, heureuse et attendant le retour de sa fille parti étudier depuis de longues années en Angleterre.

Le ton et l'esthétique du film est un choc permanent entre passé et modernité. La demeure de Maddalena à Rome semble restée figée dans une Renaissance pieuse et luxuriante tandis que Phyllis Carver arbore de longue robes sophistiquée qui ajoutée à sa présence évanescente une sorte d'icône religieuse en mouvement. Cela est contrebalancé par l'énergie pétillante de sa fille Angela (Patricia Roc qui a pourtant le même âge que Phyllis Carver) qui affirme sa féminité et sa séduction avec un aplomb qui effraie Maddalena. Quelques indices annoncent le basculement à venir quand on apprend que touché par une maladie mystérieuse la mère n'a pas écrit à sa fille durant une année entière et n'est pas venue lui rendre visite.

Tous ses changements semblent profondément troubler Maddalena jusqu'au vrai choc lorsqu'elle apprend les fiançailles d'Angela. L'agression initiale a en fait provoqué chez Maddalena un dédoublement de personnalité et c'est à Florence qu'elle va fuir pour endosser son autre "moi" et redevenir Rossanna, l'amante volcanique du gangster local Nino (Stewart Granger) dont elle s'est éprise lors d'une précédente crise quelques années plus tôt.

 Phyllis Calvert d'habitude si douce et bienveillante trouve enfin un rôle lui laissant exprimer une vraie démesure avec cette schizophrène. Effrayée par toute évocation du sexe en Maddalena, elle devient lascive et provocatrice en Rossanna les coiffures sophistiquées de la première laissant place au cheveux lâchés de la seconde), Crabtree osant une belle scène en ombre chinoise après l'étreinte entre les deux amants.

Une nouvelle fois les repères sont troublés avec cette intrigue se déroulant de nos jour mais dont tout ramène au passé avec des décors studio jouant totalement la carte du rêve éveillé, via le ton prude issu de la personnalité de Maddalena (la procession religieuse tout droit sortie d'un livre d'iconographie) ou par une outrance et une luxure surprenante avec une pétaradante scène de carnaval finale.

Une pure intrigue policière s'ajoute à tout cela avec les activités illicites de Nino pour un mélange des genres pas loin d'être indigeste dans ses ruptures de ton et multiples personnages secondaires. L'émotion parvient néanmoins à émerger grâce à l'intense histoire d'amour entre Rossanna et Nino, Stewart Granger délivrant une prestation ardente en brute épaisse rongé par la passion.

On en espérerait presque que Maddalena ne retrouve pas sa personnalité initiale pour qu'ils restent ensemble malgré une toujours attachante Patricia Roc en fille menant l'enquête pour retrouver sa mère, seul lien fort avec l'ancienne vie le personnage du mari étant trop fade comparé à Stewart Granger.

 Entre ce passé douloureux et le futur incertain, la résolution semble se trouver dans un présent sous forme de recueillement dans un film multipliant les symboles religieux. Seul moment heureux de son existence, les années de couvent paisible apaise Maddalena par ces symboles tandis que le versant païen par la culture gitane (une récurrence qui teinte une grande partie des productions Gainsborough ici avec le mystère des sept lunes) éveille ses ardeurs mais signifie aussi la malédiction qui pèse sur elle.

Le script ne choisit pas réellement, la paix mais l'ennui domine du côté de Maddalena tandis que la passion et la douleur forme le tempérament de Rossanna. La conclusion poignante résout dramatiquement ce conflit permanent par un poignant adieu. Objet inclassable, Madonna of the Seven Moons sera pourtant un grand succès au box-office anglais, établissant un peu plus Stewart Granger comme la grande star montante locale et saluant les audaces de Gainsborough qui en cette même année 1945 triomphe avec Le Septième Voile autre ovni teinté de psychanalyse.


Sorti en dvd zone 2 anglais au sein du coffret ITV consacré à Stewart Granger et doté de sous-titres anglais et récemment réédité dans un coffret consacré au mélodrames Gainsborough chez Criterion avec "The Man in Grey" et "The Wicked Lady" dont on a déjà dit le plus grand bien sur le blog.

Et il semble que le film traîne en entier sur youtube profitez en tant que c'est là...

mercredi 25 janvier 2012

Romance d'amour - Love Story, Leslie Arliss (1944)


Un magnifique mélo Gainsborough qui transcende totalement un pitch à faire peur tant il semble chargé dans le larmoyant outrancier. Lissa Campbell (Margaret Lockwood), pianiste à succès décide de mettre sa carrière entre parenthèse pour participer à l'effort de guerre. Catastrophe le jour de la visite médicale où les médecins lui annoncent qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre ! Partie se ressourcer dans la campagne de Cornouailles, elle tombe amoureuse de Kit Firth (Stewart Granger) jeune ingénieur qui lui aussi dissimile un terrible secret, il devient aveugle...

Leslie Arliss le prouvera encore de magistrale façon avec son mémorable film suivant The Wicked Lady, il est passé maître dans l'art d'enchaîner les rebondissements les plus rocambolesque sans sombrer dans le ridicule. C'est encore le cas ici où les évènements évoqués s'enchaînent dans la première demi-heure avant que le récit (adapté d'un roman de Drawbell) prenne un tour intimiste étonnant. Arliss fait passer toutes les énormités par la caractérisation de son couple qui rend le tout crédible et touchant. Lissa et Kit ont ainsi deux attitudes totalement différentes face au funeste destin qui les attends et qu'ils se dissimulent encore(ce double secret rappelle un peu à Hollywood le I'll be seing you de Dieterle).

Pour les derniers mois qui lui reste à vivre, Lissa embrasse la vie plain-pied, bien décider à ressentir les émotions dont son existence reclus de musicienne professionnelle l'ont privées. Elle rayonne littéralement (cette magnifique scène où elle surplombe une falaise cheveux au vent) et semble plus vivante que dans les premiers instants du film où elle ne savait rien de son mal. A l'inverse, Kit se réfugie dans une vie de coureur de jupons sans attache ni responsabilité mais la rencontre de Lissa viendra bouleverser ses velléités de détachement.

Le script exploite d'ailleurs bien l'arrière-plan de la guerre pour accentuer le drame. Ainsi Margaret Lockwood se demande longuement pourquoi Granger, jeune homme fort et vigoureux n'est pas mobilisé. Honteux de lui avouer ses raisons, il feint l'égoïsme et finit par la faire douter de son courage et fait vaciller leur relation. Stewart Granger d'habitude si viril et imposant exprime ici une subtile vulnérabilité alors qu'à l'inverse la frêle Margaret Lockwood est d'une constante vigueur et saura remotiver son compagnon. A cela s'ajoute un triangle amoureux avec l'amie d'enfance de Granger jouée par Patricia Roc.

Sa performance est encore meilleure que celle plus connue de The Wicked Lady où elle étoffe déjà considérablement un rôle potentiellement ingrat. Moins affectée par les malheurs que ces partenaires, elle compose peut être le personnage le plus tragique du film par ses tourments bien plus ordinaires. Confrontée à de terribles dilemmes (laisser Kit devenir aveugle pour l'avoir rien qu'à elle), elle voit impuissante (beau moment symbolique lors des adieux à la gare où elle est en retrait du couple qui ne se quitte pas des yeux) l'homme qu'elle depuis toujours s'attacher à une autre.

Leslie Arliss impose un rythme lent où chaque moment partagé par le couple se doit d'être vécus comme s'il était le dernier à travers de belles séquences romantiques rurales où les paysages de Cornouailles sont magnifiés (la balade en barque dans la crique, le théâtre en plein air face à la mer) par le lyrisme de la mise en scène.

L'alchimie entre Stewart Granger et Margaret Lockwood fait merveille et la nature hors-normes de leurs personnages (on peut faire un rapprochement avec Le Secret Magnifique de Sirk et ses héros plus grands que nature également) se voit équilibrée par une tout aussi touchante Patricia Roc et aussi Tom Walls en mentor bienveillant. Très beau film auquel on peut juste reprocher un épilogue à rallonge qui n'ose pas la grande tragédie finale attendue. Jusqu'au bout, le film esquive les clichés qui le guettent pour un étonnant happy-end en pointillé...

Sortie en dvd zone 2 anglais dans au choix le coffret consacré Stewart Granger ou celui de Margaret Lockwood tout deux édités par ITV et doté de sous-titres anglais. Vivement recommandé c'est gorgé de pépite dont plusieurs ont déjà été chroniquées sur le blog.

Film en entier sur youtube semble- il pas pour longtemps certainement...

mercredi 18 janvier 2012

Ceux de chez nous - Millions like us, Sidney Gilliat et Frank Launder (1943)


Lorsque Celia Crowson est mobilisée, elle rêve de gloire militaire, mais c'est une jeune femme célibataire et, dès lors, elle est orientée vers une usine fabriquant des pièces d'avion. Là, elle fait la connaissance d'autres jeunes filles de tous horizons, et entame une relation avec un pilote…

Millions like us est un grand mélodrame typique de ce qu'on associe au récit de home-fronts dramas surtout vivace durant la Deuxième Guerre Mondiale et où on s'attarde sur le quotidien des civils en temps de guerre. Dans le cinéma américain le plus connu serait sans doute le beau Since you went away de John Cromwell (1944) et ici du côté anglais l'aspect film de propagande s'avère nettement plus prononcé. Les films de Powell/Pressburger et le cinéma anglais de cette période l'ont prouvé, cela n'empêche absolument pas de délivrer des oeuvres intéressantes et réussies, ce qui est exactement le cas ici.

L'aspect propagande se fond finalement très bien dans la progression dramatique de la trame et avec les thèmes évoqués grâce au scénario équilibré de Sidney Gilliat et Frank Launder. Millions like us est le premier film des deux acolytes qui ont surtout brillé jusque là en tant que scénaristes pour des titres aussi remarquables que Une femme disparaît, sa vraie fausse suite Train de nuit pour Munich de Carol Reed ou pour revenir à Hitchcock La Taverne de la Jamaïque. Ils franchissent donc le pas pour passer à la réalisation ici et fondent par la même occasion leur société de production Individual Pictures.

Le film s'ouvre sur le grand départ de la famille Crowson pour la côte sud de l'Angleterre en ce tout début de guerre. Parmi eux Celia (Patricia Roc) jeune fille timide et réservée qui vit dans l'ombre de ses deux soeurs aînées dont la très séduisante Phyllis (Joy Shelton), ce qu'on constate dès une courte scène dans un dancing où elle est laissée à son sort tandis que les prétendants se disputent Phyllis. La contribution à l'effort de guerre sera l'occasion pour Celia de s'émanciper et voler de ses propres ailes.

Ses rêves de gloire tournent court pour cause de célibat et elle est orientée vers une fabrique de pièce d'avions. On sent vraiment le brio de l'écriture du duo croque avec tendresse cette petite famille à travers le père bougon attachant (Moore Marriott), les deux soeurs et un Patricia Roc parfaite de candeur et d'innocence tel ce fondu qui la voit fantasmer un destin d'infirmière de choc ou d'assistante chevronnée de pilote avant de déchanter pour une plus modeste condition d'ouvrière d'usine.

Quitter son foyer pour ces nouvelles responsabilités l'amènent à mûrir en rencontrant d'autres jeunes femmes d'horizon divers, mais aussi à rencontrer l'amour avec une jolie romance avec un jeune pilote (Gordon Jackson). Là encore on a un éventail variés de figures féminines parmi les ouvrière, tous marquants quelque soit leur temps à l'écran. D'ailleurs si l'histoire d'amour entre Celia et son pilote est charmante (cette entrevue empruntée à l'extérieur du bal, les petites disputes d'incompréhension) on est finalement plus intéressé par celle plus piquante entre l'ouvrière snob peu coopérative Jennifer (Anne Crawford) et le contremaître psychorigide incarné par Eric Portman.

On évite ainsi de tomber dans la niaiserie béate avec deux visions de rapprochements possible complémentaire, que ce soit des de jeunes gens découvrant la vie ou des adultes aux mondes différents que le contexte amène à se lier. Le jeu amoureux entre Portman et Anne Crawford durant le bal ou les échanges vachards à l'usine amènent ainsi une agréable touche de screwball comedy, la jeune snob hautaine étant progressivement séduite par la poigne de fer de cet homme (feignant d'être) insensible à ses charmes.

Gilliat et Launder par ses petites touches et cette description du quotidien humanisent magnifiquement leur personnages tandis que l'arrière-plan funeste ne s'estompe jamais vraiment. La touche documentaire (les séquences en usine, les scènes de bombardements, les rondes, issues des images militaires réelles) est toujours soumise aux réactions des personnages, favorisant ainsi l'identification.

On tremble avec les ouvrières réfugiées dans leur local durant les bombardements, la bande son saturées d'explosions et de bruits de moteurs d'avion vient constamment rappeler à Celia le danger que cours l'homme qu'elle aime. Plus symboliquement, la dernière partie voit le couple en voyage de noce revenir à l'hôtel où s'était réfugiée la famille en début de film et désormais seul un bâtiment s'élève au milieu des décombres qui constituait le quartier. Sans un mot, les ravages matériels et humains du conflit sont montrés avec pudeur.

Après une douloureux rebondissement, ce dur labeur dédié à la nation apparaît comme le seul refuge provisoire de ces femmes courageuses dans une magnifique dernière scène où elles entonnent Waiting at the Church en écho à un moment plus heureux du film où elle était déjà chantée. Une belle conclusion mélancolique mais qui ragaillardit par sa notion de courage et assimile parfaitement la volonté de propagande à l'émotion réelle de l'histoire. Un film comme A Canterbury Tale est certainement plus complexe sur ces même questions et Gilliat délivrera une oeuvre bien plus aboutie sur des thèmes voisins dans l'excellent Waterloo Road. Cela n'enlève rien au mérite de ce très beau film qu'est Millions like us.

Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres anglais

Extrait

lundi 31 octobre 2011

The Wicked Lady - Leslie Arliss (1945)


Barbara Worth, beauté du XVIIe siècle, entame sa carrière criminelle en volant le mari de sa meilleure amie, laquelle vient juste de convoler…

The Wicked Lady est une des plus fameuses productions du studio Gainsborough et un des grands succès du cinéma anglais des années 40. Cette popularité s’avère tout à fait fascinante à la vision d’un spectacle délicieusement amoral. Le film s’ouvre sur les amours courtois entre les fiancés Caroline (Patricia Roc) et Sir Ralph Skelton (Griffith Johns) effectuant une balade à cheval en campagne tout en échangeant des mots doux. Cette tonalité douce et timorée se voit en un instant balayé avec l’entrée en scène de Barbara (Margaret Lockwood) meilleure amie de la future mariée et ambitieuse sans scrupule rêvant de la grande vie. Le film adapte le roman The Life and Death of the Wicked Lady Skelton de Magdalen King-Hall qui s'inspirait elle-même des moeurs dissolues de Lady Katherine Ferrers qui fit scandale dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Sur ces bases réalistes le film ne se refusera aucune surenchère.

Ainsi vingt minutes ne se sont pas écoulées que la belle a déjà séduit et épousée le fiancé de son amie (qui humiliation suprême est réduite à demoiselle d’honneur de son mariage annoncé) et trouvé le moyen de tomber follement amoureuse d’un autre durant les festivités des noces ! Seulement la vie rurale morne au côté d’un homme qu’elle méprise ne lui sied guère et en tentant de récupérer un diamant perdu au jeu elle embrasse la carrière criminelle où elle va croiser la route du bandit de grand chemin Jerry Jackson.

Il y a déjà matière à trois films avec cet aperçu qui occupe à peine un tiers de l’histoire. Le récit enchaîne sans discontinuer les rebondissements rocambolesques jusqu’à l’excès. Cette frénésie est dictée par la vénéneuse héroïne incarnée par une Margaret Lockwood étincelante de perversion. Guidée par ses seuls désirs, elle éliminera tous les obstacles à son plaisir et ses ambitions sans le moindre remords et par les moyens les plus vils : vol, duperie, assassinat…

Le script noie toute tentative de l’humaniser quelque peu tel ce moment où elle commet son premier meurtre par maladresse lors d’un vol et que dès la séquence suivante elle se réjouit de découvrir que sa prime de capture est plus élevé que celle de James Mason. Ce dernier s’en donne à cœur joie également en voleur à la gouaille irrésistible et porté sur les jolies femmes et les échanges avec Margaret Lockwood sont un festival de sous-entendus sexuels, sans parler des nombreuses situations équivoques. De plus Les décolletés vertigineux des deux personnages féminins vaudront (en plus du reste) les coups de ciseaux de la censure américaine lors la sortie du film outre atlantique.

On comprend totalement le succès du film, divertissant et jubilatoire de bout en bout par son sens de l’excès. Cette Barbara si peu fréquentable (à faire passer l’Ambre de Kathleen Windsor pour un parangon de vertu) s’avère finalement aussi attachante que fascinante dans sa manière de suivre ses envies sans se soucier des conséquences et la délectation de Margaret Lockwood à interpréter un tel personnage est contagieuse.

Tout aussi avenante, Patricia Roc évite de tomber dans la niaiserie pour contrebalancer l’âme noire de sa rivale et maintient également l'intérêt pour la douce Caroline, ce que ne parviennent pas à faire les autres figures masculines (à se demander comment Barbara peut préférer le fade Michael Rennie à Mason) écrasées par le charisme de James Mason. Leslie Arliss mène là un récit alerte et trépidant orné par le luxe et le soin habituel des productions Gainsborough. Un vrai plaisir coupable, scandaleux et charmant. Apparemment, il existerait un remake réputé assez piteux avec Faye Dunaway réalisé par Michael Winner en 1983...

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais