Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 14 avril 2015

La Vie à l'envers - Some kind of wonderful, Howard Deutch (1987)

Keith est un adolescent artiste qui est amoureux de la plus belle fille du lycée. Lorsque celle-ci rompt avec son petit ami, il tente sa chance grâce à l'aide de sa meilleure amie, Watts, qui est, quant à elle, amoureuse de Keith.

John Hughes avait en partie fait ses adieux à son genre de prédilection, le teen movie, en 1986 avec un ultime classique La Folle Journée de Ferris Bueller et une très attachante production, Rose Bonbon réalisé par Howard Deutch. C'est à nouveau à ce dernier qu'il confie ce Some kind of wonderful dont il signe le scénario. Si l'on retrouve nombre de thèmes fétiches de Hughes sur le mal-être adolescent et la récurrence de certaines situations (notamment la grande scène de confession finale) le film est loin d'être une redite. John Hughes avait sur scruter les troubles de l'adolescence en jouant sur les clichés lycéens, faisant de ses personnages des archétypes amené à se révéler et à vraiment exister quel que soit l'image où ils étaient enfermés. Il avait poussé cette idée jusqu'à l'épure parfaite dans le conceptuel Breakfast Club (1985) n'avait raté le coche qu'une seule fois avec Une Créature de rêve (1985).

Hughes adopte un nouvel angle ici en faisant reposer l'antagonisme lycéen sur le conflit social. Keith (Eric Stolz) est un jeune adolescent féru d'art et amoureux d'Amanda (Lea Thompson) plus belle fille de l'école qui fraye avec les lycéens les plus nantis. Elle est donc inaccessible pour Keith à la fois à cause de son caractère timide et introverti mais aussi de sa condition modeste ne lui permettant pas l'étalage de frime (belles voitures, cadeaux luxueux) qui peut encore épater une fille de cet âge. Keith se cherche ainsi à la fois sentimentalement mais aussi de façon plus large quant à son avenir avec son père le harcelant pour qu'il poursuive les études sérieuses auxquelles il n'a pas eu accès alors que lui rêve d'école d'art. Il est rejoint dans sa marginalité par sa meilleure amie Watts (Mary Stuart Masterson), secrètement amoureuse de lui mais tout aussi complexée. Lorsqu’Amanda va rompre avec son détestable petit ami Hardy (Craig Sheffer), Keith va tenter sa chance et se confronter aux clivages sociaux du lycée.

Même s'il parfois de sa subtilité habituelle (Hardy cliché du gosse de riche arrogant, les gros durs du lycée finalement des tendres au grand cœur), Hughes renouvelle pas mal son approche avec cet angle social. Le lycée reste ce lieu de faux-semblant où l'on se cache derrière un masque mais ceux-ci sont moins voyants. Keith n'est pas un nerd quelconque juste un adolescent rêveur qui a du mal à trouver sa place et c'est cette simple discrétion et son milieu modeste qui semble l'exclure du champ d'Amanda. Celle-ci est issue du même milieu mais voit dans sa beauté un moyen d'attirer les garçons riches, et par conséquent de nouer amitié avec les filles de cette même souche. La romance entre Keith et Amanda ne semble donc que reposer sur des faux-semblants, le film étant volontairement frustrant en limitant toute interaction et alchimie possible pour le couple.

Et pour cause, toutes les rencontres ont lieu au lycée, à la vue de tous et il convient d'y conserver son masque. Keith amoureux et volontaire va peu à peu perdre ses illusions tandis qu'Amanda sera toujours fuyante, guettant le regard de désapprobation de ses "amies". Un certain cliché perdurera aussi dans la réaction des entourages, Keith devenant la fierté de tous les laissés pour compte du lycée pour avoir séduit Amanda tandis que ce rapprochement est insupportable pour les nantis. L'attachant personnage de la petite sœur (Maddie Corman) rééquilibre heureusement cela, fière et profitant de la nouvelle popularité de son frère mais prête compréhensive quand elle verra qu'il est manipulé.

Eric Stolz est parfait en héros candide et lunaire mais c'est véritablement Mary Stuart Masterton en amoureuse frustrée qui emporte le morceau. Visage poupin, allure androgyne et attitude gauche est touchante de bout en bout (la scène où elle entraîne Keith à embrasser), rendant poignante la dernière partie où elle doit servir de chauffeur à Keith et Amanda. Une nouvelle fois, l'isolation, l'absence de l'inquisition des camarades permet de se libérer et offrira une belle scène de confession dont Hughes a le secret. Les facilités qui ont précédés s'estompent en renvoyant les deux amoureux dos à dos, chacun ayant voulu profiter de l'autre (pour une vengeance amoureuse ou comme trophée à arborer) à sa manière.

L'épilogue se fait plus intimiste dans une jolie scène de rendez-vous dont l'issue ne cèdera pas à la facilité dans le couple final formé. Le film corrige ainsi une des grandes injustices de Rose Bonbon où Molly Ringwald avait imposé un final différent du scénario initial (là aussi comportant un triangle amoureux) car elle trouvait un de ses partenaire plus beau. La conclusion n'en est que plus belle et offre un prolongement logique à la progression des personnages amenés à s'unir ou au contraire apprendre à être seuls. En dépit de quelques facilités, une jolie réussite même si elle n'égale pas les propres réalisations de John Hughes.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

 

mercredi 14 mai 2014

Une Place à prendre - Career Opportunities, Bryan Gordon (1991)


Josie est la fille de l'homme d'affaires le plus influent de la ville et désire partir de chez elle. Désorientée, elle s'endort dans un grand magasin. Quand elle se réveille, la nuit est tombée et se retrouve enfermée avec l'homme d'entretien qui s'avère être un menteur invétéré.

John Hughes signait en 1991 son dernier film en tant que réalisateur avec l'oubliable La P'tite arnaqueuse. Entretemps il avait délaissé les récits adolescents qui avaient fait sa gloire depuis longtemps déjà pour des œuvres plus adultes mais nettement moins marquante et allait se reconvertir par la suite en scénariste de comédie familiale. Career Opportunities s'avère ainsi un objet curieux au croisement de toutes ces influences.

 On retrouve l'idée d'enfermement forcé entre jeune gens mal dans le peau qui vont apprendre à se découvrir (Breakfast Club (1985)), ces même personnages qui doivent affronter l'assaut de malfrats maladroit (Maman j'ai raté l'avion (1990) et un ton cartoonesque très prononcé ( La Folle Journée de Ferris Bueller (1986)). Faute d'une vraie ligne directrice, la somme de toutes ces facettes a plutôt tendance à amoindrir le potentiel du film, d'autant que Bryan Gordon est loin d'avoir la maîtrise et la subtilité de Hughes mais l'ensemble s'avère néanmoins sympathique.

Le film narre donc la rencontre de deux solitudes qui n'auraient jamais dues se croiser. Jim Dodge (Frank Whaley) est un jeune homme de 21 ans qui a bien du mal à prendre son départ dans la vie. Sans diplôme vivant encore chez ses parents et régulièrement congédié des différents jobs qu'il a pu obtenir, au grand désespoir de son père qui enrage de cet immature vivant à ses crochets. Il faut dire que Jim a un monde intérieur très agité le faisant verser dans une mythomanie et une tête dans les nuages constante. Sa dernière chance consiste en un job d'homme d'entretien dans le plus grand supermarché de la ville. Un magasin appartenant au père de la belle Josie (Jennifer Connelly) qui malgré son cadre de vie aisé subit le même mal être que Jim.

Des circonstances rocambolesques vont amener les deux à être coincés ensemble dans le supermarché alors que Jim effectue sa première nuit de travail. C'est le meilleur moment du film avec cette atmosphère de confidence où l'on sent la patte typique de Hughes et dans laquelle nos héros se complètent dans leur détresse mutuelle. Jim est un expansif au débit mitraillette qui cache son angoisse dans cette hyper expressivité alors que Josie dégage charme et mystère par son sex appeal affolant mais c'est un charisme de façade.

Jim a peur du monde extérieur et de quitter le foyer d'où ces échecs volontaire où l'on devinera une adolescence difficile. Josie ne rêve que de prendre son envol mais est soumise à un père très autoritaire (Noble Willingham). Toute cette partie intimiste où les affres de l'ancienne cheerleader vedette rejoignent ceux du nerd constitue le meilleur moment du film, on retrouve ce dépassement du cliché qui faisait le charme de Breakfast Club (les jeunes adultes en questionnement ayant remplacés les ados tourmentés) à travers la prestation des deux acteurs et en particulier Jennifer Connelly. Malheureusement dès que l'on quitte nos deux tourtereaux l'ensemble s'effondre.

Les personnages secondaires sont caricaturaux au possible (les parents) le semblant de trame policière avec les deux voleurs n'a absolument aucun intérêt et il aurait mieux valu se concentrer tout au long du film sur le seul tête à tête improbable. Les gags sont au départ plaisant car visant à caractériser et rapprocher les personnages (le supermarché transformé en gigantesque terrain de jeu) mais dès qu'on cherche à verser dans un burlesque plus prononcé c'est une catastrophe.

Jennifer Connelly filmée sous les angles les plus racoleurs comme une bimbo perd tout le crédit initial où on la découvrait par le regard amoureux de Jim et le film se conclut dans le cliché total pour ce qui aurait pu être le plus intéressant, leur émancipation commune loin de leur ville natale. Un beau gâchis alors qu'il y avait matière à un joli film et qui ne sera passé à la postérité que pour les poses suggestives de Jennifer Connelly. Dommage.


Sorti en dvd zone 1 chez Universal 

jeudi 21 février 2013

Rose bonbon - Pretty in Pink, Howard Deutch (1986)

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Au sein d'un lycée chic, les élèves sont divisés : les 'riches' d'un côté, avec leur beaux costumes et leurs fêtes, et les 'pauvres' de l'autre - musique punk, et rébellion. Andie tente d'y survivre tant bien que mal, grâce à son esprit d'indépendance, son père, et surtout ses amis, Duckie, Jena et également Iona, patronne foldingue de la boutique de vinyles où Andie travaille après les cours. Un jour, Blane, du camp des 'riches', fait son entrée. S'ensuivront disputes, histoire d'amour, pleurs, réconciliations, jusqu'au tant attendu bal de promo.

En cette année 1986, John Hughes en finissait avec le genre auquel il donna ses lettres de noblesses, le teen movie. D'abord en réalisant le cultissime La Folle Journée de Ferris Bueller puis en signant le scénario et en produisant ce Pretty in Pink mis en scène par Howard Deutch dont c'est le premier film (et qui réalisera un autre script de Hughes l'année suivante La Vie à l'envers). On retrouve ici la grande thématique des comédies adolescentes de Hughes à savoir le clivage du paraître au sein des communautés lycéennes où chacun s'enferment dans un masque et une posture dissimulant sa vraie personnalité et ses fêlures.

Hughes avait signé son chef d'œuvre sur la question avec Breakfast Club où il ramenait progressivement des pantins et archétypes du manège lycéens (l'intello, le sportif, la bimbo, le rebelle) au statut de personnage dans un bouleversant crescendo. Pretty in Pink creuse le même sillon ici mais avec un peu moins d'originalité puisque l'opposition cette fois est sociale et à la place du choral Breakfast Club on aura là une comédie romantique nettement plus convenue.

Le traitement témoigne néanmoins de la finesse d'écriture de Hughes notamment par la manière de montrer la séparation clans lycéens. Le film est une sorte de Roméo et Juliette teenage où le nanti Blane (Andrew McCarthy) et la "pauvre Andie (Molly Ringwald) vont tomber amoureux l'un de l'autre et s'opposer ainsi à leur milieu n'acceptant pas ce rapprochement entre leur deux mondes. Cela est amené subtilement, narrativement comme visuellement avec ces regards furtifs entre les amoureux dans le cadre du lycée témoignant autant d'une timidité naturelle que d'une gêne lus problématique vis à vis de la réaction des autres.

Les premiers échanges se déroulent donc forcément à l'abri des regards, que ce soit dans le magasin de disque où travaille Andie où à travers un dialogue informatique ancêtre du chat. Ce n'est qu'en montrant les difficultés de ce rapprochement que l'on découvrira les univers opposés au cœur du fonctionnement du lycée : c'est un établissement d'élite pour riche où Andie et quelques autres de milieu plus modestes sont inscrit mais certainement pas intégrés. Les petites moqueries vestimentaires que subit Andie et qui pourrait passer pour anecdotique prennent donc un tout autre sens dans cet optique.

Quelques choix discutables font néanmoins tiquer telle cette vision du monde assez uniforme. Les pimbêches riches sont toutes des bimbos blondes écervelées, l'esthétique n'est pas très heureuse dans sa séparation des deux sociétés (brushing impeccable et veste décontractée pour les riches, look punk multicolore pour les pauvres), la façon assez schématique de renvoyer les préjugés dos à dos lorsque chaque amoureux accompagne l'autre dans son milieux au point d'altérer la cohérence de l'ensemble (comme emmener pour un premier rendez-vous sa copine dans une fête gorgée de gens hostile plutôt que d'apprendre à la connaître seul avec elle).

On est loin de l'intelligence d'un Breakfast Club mais la comédie romantique exigeait sans doute ce traitement plus manichéen d'autant plus que les scènes sentimentales sont splendides.

Le premier baiser dans la pénombre à la lumière des phares de voiture est craquant, le spleen de la séparation sur le titre Elegia de New Order superbe et Molly Ringwald est toujours aussi attachante tel ce moment où elle refuse que Blane la raccompagne et voit sa demeure dont elle a honte. Les quelques respirations arrivent lorsque le film s'échappe de son schéma restrictif grâce aux échanges avec la délurée mère de substitution Iona (Annie Potts), l'assurance gauche et fragile du meilleur ami amoureux Duckie (Jon Cryer) et surtout un très touchant Harry Dean Stanton en père traumatisé par le départ de son épouse.

Plus convenu et pas à la hauteur des films directement réalisés par Hughes (si ce n'est Une créature de rêve qui vieillit assez mal) mais sympathique dans sa naïveté et sa candeur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

samedi 29 septembre 2012

Seize bougies pour Sam - Sixteen Candles, John Hughes (1984)

Samantha, âgée de quinze ans, est amoureuse du garçon le plus populaire de l'école mais c'est le garçon le moins populaire de l'école qui est amoureux d'elle. Sa sœur se marie et, sous le coup de l'excitation, sa famille oublie son anniversaire. Des grands-parents particuliers et un étudiant étranger nommé Long Duc Dong achèveront de faire de cette journée la plus embarrassante qu'ait vécue Samantha.

Si le genre du teen movie naît avec La Fureur de Vivre de Nicholas Ray et trouve ses codes les plus identifiables dans American Graffiti de Georges Lucas, c’est véritablement John Hughes qui lui donnera ses lettres de noblesses avec ses quatre premiers films Sixteen Candles, Breakfast Club, Une créature de rêve et La Folle journée de Ferris Bueller. Jusque-là scénariste très doué pour certaines des meilleures comédies américaine du début des 80’s (dont le génial Bonjour les vacances/National Lampoon’s Vacation) Hughes emprunte au film de Ray cette capacité à donner une vraie tonalité dramatique et empathie aux tourments adolescents et à celui de George Lucas le principe narratif d’unité de temps (qui aura cours dans tous ses films) ainsi que le mélange harmonieux entre comédie insouciante et vraie gravité. Sixteen Candles, premier film de la série offre ainsi un brouillon charmant et attachant de ses préceptes qui seront de plus en plus affinés dans les films suivants (hormis le plus quelconque Une créature de rêve).

Samantha (Molly Grindwald) se réveille pleine d’incertitudes en cette journée d’anniversaire où elle fête ses seize ans. Alors qu’elle s’était imaginée depuis toujours que c’est l’âge où elle atteindrait le sommet de sa beauté et séduction, il ne semble pas y avoir eu de grand changement en elle depuis la veille, elle reste cette fille qui traverse le lycée invisible aux autres et surtout du beau Jake Ryan (Michael Schoeffling) garçon populaire dont elle est amoureuse. Pire, sa propre famille prise par les préparatifs du mariage de sa sœur oublie de lui souhaiter son anniversaire accentuant la déprime de notre héroïne. 

Hughes développe ici ce qui sera un des moteurs du futur Breakfast Club, le rapprochement entre les communautés lycéennes antagonistes. L’approche sera plus audacieuse avec l’installation presque théâtrale de Breakfast Club alors qu’ici cela se fait par une classique comédie romantique. Ainsi malgré leur environnement bien différent, la « normale » Samantha a finalement les mêmes aspirations que le beau gosse lycéen Jake Ryan. Celui-ci sort avec la plus belle fille du lycéen Caroline mais cette dernière fêtarde et délurée ne lui apporte pas la tendresse simple espérée et se met à rêver de Sam lorsqu’il découvre par inadvertance ses sentiments pour lui. L’ensemble du film est donc une suite de rendez-vous manqués et de malentendu entre eux dû à l’entrave de l’image qu’il véhicule et qui les empêche de franchir le pas : Jake est trop beau, trop sûr de lui et charismatique pour Sam tandis que celle-ci paru plus mesurée, intelligente et spirituelle que les filles idiotes qu’il fréquente d’habitude. Ainsi intimidé, ils n’échangeront leurs premiers mots qu’en toute fin de film dans une belle scène de conclusion.  

 Parallèlement nous avons également une figure de « geek » incarnée par Anthony Michael Hall (acteur fétiche de Hughes avec Molly Grindwald) mais Hughes évite les clichés auxquels ce type de personnage est désormais associé (si ce n’est avec ses acolytes en arrière-plan dont un tout jeune et boutonneux John Cusack). L’acteur y est donc certes maladroit avec les filles et un peu risible mais cela est plus dû à sa jeunesse et son inexpérience que d’un réel complexe ou mal être, ses défauts finissant même par séduire la belle Caroline au terme d’une nuit de beuverie. Au contraire Anthony Michael Hall amuse grandement par son assurance et fanfaronnerie déplacée au vu de son allure de gringalet et montre déjà tout ce qui en fera la figure la plus attachante des films de Hughes notamment lors d’un échange plus intimiste avec Molly Grindwald qui anticipe les ambiances feutrées de Breakfast Club.

Tout cela se fait dans un grand tourbillon loufoque où Hughes à coup de personnages (l’étudiant chinois  Long Duc Dong,  les grands-parents) et de situations extravagantes (une boum qui vire à la destruction massive) déploie une énergie et un humour communicatif.  Un joli galop d’essai qui allait se confirmer l’année suivante avec le classique Breakfast Club.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

mardi 25 septembre 2012

Une créature de rêve - Weird Science, John Hughes (1985)


Gary et Wyatt sont deux adolescents sujets de moquerie au lycée et sans succès auprès des filles. En regardant le film Frankenstein Gary a l'idée de créer une femme artificielle à l'aide de l'ordinateur de Wyatt. Le résultat est Lisa, une superbe jeune femme, qui s'avère très délurée et dotée de super-pouvoirs. Afin de les amener à se prendre en main et à retrouver confiance en eux-mêmes, Lisa entraine les deux amis dans une suite d'aventures fantastiques et loufoques.


Une créature de rêve est certainement le plus faible du quatuor gagnant de John Hughes qui donna ses lettres de noblesse au teen movie avec les poignants drôle et toujours juste Sixteen Candles (1984), son chef d’œuvre Breakfast Club (1985) et La Folle Journée de Ferris Bueller (1986) avant de se tourner vers des films plus adultes. Une créature de rêve semble marquer une volonté d’adopter une tonalité plus légère après la veine plus mélodramatique de Sixteen Candles et surtout Breakfast Club. Si les thèmes récurrents de Hughes sur le mal être adolescent sont bien là à travers son duo de héros complexé, l’ambiance est nettement plus loufoque et délirante que les films précédentes.

Le titre original Weird Science s’inspire de la revue du même nom édité au début des années 50 par  EC Comics et qui constituait une sorte d’anthologie de science-fiction peuplée d’histoires délirantes. Le scénario de Hughes est d’ailleurs une modernisation de  Made of the Future un des récits paru dans la revue et signé Al Feldstein et dont le réalisateur approfondi l’argument tout en l’inscrivant dans un contexte lycéen. Wyatt (Ilan Mitchell-Smith) et Gary (Anthony Michael Hall acteur fétiche de Hughes) sont deux lycéens malingres et timides raillés par garçons les plus populaire (dont un tout jeune Robert Downey jr) et ignorés par les jolies filles du lycée qu’ils ne peuvent admirer qu’en secret. C’est le temps d’une soirée ennuyeuse où il regarde Frankenstein que l’idée leur vient : eux aussi vont se fabriquer la fille idéale qui saura les apprécier. 

La couture de monceaux de cadavres est ici remplacée par la réunion de tous les éléments qui peuplent l’imaginaire et le fantasme de ces adolescents afin de créer la fille de leurs rêves, les éléments allant de la revue porno à la photo d’Einstein en passant par l’émission musicale à la mode. Suite à des manipulations informatiques et un coup de pouce de la foudre (l’informatique rudimentaire prête largement à sourire mais l’argument est de toute façon tellement farfelu que cela passe dans le délire de l’ensemble) surgit alors la sculpturale et espiègle Lisa (Kelly LeBrock) qui grâce à ses pouvoirs va prendre en main nos deux larrons.

Lisa fait figure de génie de la lampe des temps modernes qui va peu à peu donner confiance à son duo en les poussant dans leurs derniers retranchements par des situations extravagantes où ils pourront enfin se montrer à leurs avantages. Il y a une jubilation de sale gosse qui s’expriment à certains moment comme lorsque Lisa malmènent les parents coincés de Gary où lorsqu’elle dote le duo de bolides vrombissant ou ils emmèneront leur petites amies. Ce que l’on retient surtout c’est l’avalanche de catastrophe causés par les pouvoir de Lisa où l’on verra surgir une ogive nucléaire dans la chambre de Wyatt, le mobilier de son salon aspiré par la cheminée… L’outrance des situations est des plus amusantes et déploie des effets spéciaux efficaces et surprenants (la créature immonde en laquelle est transformé Bill Paxton), la bande-son 80’s est savoureuse (Oingo Boingo pour le morceau titre, Killing Joke, Wall of Voodoo, Kim Wilde) et le rythme effréné. 

Néanmoins on peut se trouver déçu par le manque de rigueur et d’ambition de l’ensemble où on ne retrouve jamais l’émotion d’un Breakfast Club. Ce n’était sans doute pas le but premier mais Hughes mêlera pourtant brillamment ton cartoonesque et drame dans le suivant La Folle journée de Ferris Bueller dont Weird Science constitue une sorte de brouillon. Ici tout sonne un peu faux, Kelly LeBrock et Anthony Michael Hall s’en sortent bien (elle en sorte de grande soeur rêvée prenant les choses en main, lui toujours aussi attachant) mais Ilan Mitchell-Smith est assez transparent tout comme les personnages des petites amies un peu trop nunuches et laissant froid quant aux couples formés lors de la conclusion.

 On s’amusera de la dimension référentielle disséminée un peu partout comme l’intrusion de ses motards à la Mad Max ou de la présence du physique hors normes de Michael Berryman qui semble reprendre son rôle de La Colline a des yeux. Amusant donc mais c’est clairement le film de Hughes le moins convaincant de sa période dorée et celui qui accuse le plus son âge. La série qui en sera tiré dans les années 90, Code Lisa est finalement bien plus inventive.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal


mardi 22 mars 2011

Breakfast Club - The Breakfast Club, John Hughes (1985)


Cinq lycéens aux caractères totalement opposés se retrouvent en colle un samedi après-midi. Au fur et à mesure que la journée passe, ils discutent, se déchirent et finissent par se trouver plus de points communs qu'ils ne pensaient.

Breakfast Club, par la grâce du scénario brillant de John Hughes, offre une assez incroyable évolution de l’infiniment commun au ton le plus introspectif. Le teen movie donne en général un reflet des communautés les plus répandues dans les lycées américains, plus ouvertement segmentées que dans les écoles françaises ou européennes. Il y a celles officiellement établies comme les sportifs ou les pom-pom girls et d’autres plus insidieuses mais tout aussi fondamentales avec en haut de l'échelle les « populaires », bien de leur personne, tandis que les fauteurs de troubles ainsi que les intellos (ou les « nerds ») sont mis au banc, chacun à leur manière.Tout ce beau monde vis en vase clos avec ses semblables durant toute la scolarité et ne communiquent avec les autres qu’en cas de rapprochement sentimental (les sportifs et les populaires) ou dans un but de moqueries (les sportifs/bizarres, populaires/intellos…). Près de vingt ans plus tard, le film Lolita malgré moi apportera un renouvellement bienvenu au genre en adoptant une approche sociologique (voire ethnologique) et humoristique pour traiter de tous ces groupes.

L’idée de départ de Hughes est de confronter tous ces archétypes, ces clichés lycéens ambulants et de les pousser dans leurs derniers retranchements afin de mettre leurs vraies personnalités à nu. Le prétexte pour réunir tout ce beau monde sera un samedi de retenue où cinq ados qui ne se seraient jamais adressés la parole autrement, vont être forcés de cohabiter le temps d’une journée. Parmi eux, chaque représentant du grand cirque lycéen affublé des sobriquets péjoratifs de the brain (Anthony Michael Hall l’intello), the prom queen (Molly Ringwald habituée de Hughes, la fille populaire), the criminal (Judd Nelson, le rebelle), the basket case (Ally Sheedy la détraquée) et the athlete (Emilio Estevez, le sportif).

La première partie du film montre donc chacun d’entre eux jouant son rôle et forçant le trait dans l’image que les autres se font de lui. John Bender (Judd Nelson) va donc se montrer parfaitement odieux avec chacun de ses camarades, qu'il va cruellement mettre en boîte et faire preuve d’une insolence insouciante envers le principal Richard Vernon (Paul Gleason) chargé de les surveiller. Andy (Emilio Estevez) va quant à lui jouer les gros bras tel que l’implique son statut de sportif, tandis que Molly Ringwald adopte l’attitude pimbêche et prétentieuse de la jolie fille gâtée qu’elle est. Les laissés-pour-compte se montrent à la hauteur aussi, Brian (Anthony Michael Hall) alignant les répliques hors de propos et Allison (Ally Sheedy) multipliant les bizarreries sans décrocher un mot à personne. Cela tournerait presque à la démonstration schématique si Hughes ne distillait pas un humour ravageur et une empathie certaine envers ces ados enfermés dans le paraître, volontairement ou non. Sous l’attitude calculée, la coquille de chacun va peu à peu se fissurer…

C’est souvent l’éducation, le milieu social et la relation parentale qui déterminent l’appartenance d’un adolescent à un de ces fameux clans lycéens. Hughes pousse ces comportements prédéterminés à leur paroxysme pour révéler le cœur de ces héros. La première faille interviendra lors d’une énième moquerie de Bender où il raille la vie de famille supposée idéale et niaise de Brian. Lorsqu’on lui demande comment se déroule son quotidien à lui, il dévoile (sans quitter son ton excessif) qu’il a été battu par un père ultra violent. Superbe prestation de Judd Nelson à cet instant-là, laissant deviner le désespoir résigné sous ses airs bravaches. Précédemment, une sentence cruelle de Vernon aura également ramenée le jeune homme au triste avenir que son environnement lui promet. On comprend que la révolte de Bender s’exprime dans la provocation, et ce n’est pas un hasard si ses cibles principales son Molly Grinwald et Anthony Michael Hall, qui sont les plus représentatifs dans le groupe de l’american way of life.

Durant toute la première partie, Hughes aura illustré le pouvoir de l’effet de groupe incitant à se dissimuler derrière un masque. C’est donc au cours de quelques scènes éparses où les personnages sont isolés qu’on pourra enfin réellement les découvrir. Le réalisateur évite toute lourdeur en incluant ces moments d’ouverture au sein de séquences plus ludiques où les personnages se rapprochent, notamment quand ils narguent le principal Vernon. Au détour d’un trajet pour aller chercher leur repas, Andy le sportif explique à Allison la pression que son entraîneur et son père font peser sur lui, le réduisant à une sorte de cheval de course qu'on exploite. Plus subtilement, lors d’une séquence, Andy et Brian s’amusent à révéler le contenu de leur portefeuille. Allison insistera malgré leur refus à montrer le contenu de son sac, faisant ainsi le semi-aveu qu’elle préparait une fugue.

Cette touche par esquisse équilibre idéalement le film entre drame et comédie, les amorces les plus légères amenant constamment une vraie profondeur aux angoisses de ces adolescents. Après les avoir rapprochés en les amenant à se livrer de manières éparses, Hughes conclut son film par une poignante séquence de confession réunissant tous les héros en cercle (telle une thérapie). Une nouvelle fois, c’est par la moquerie (principale arme d’ados ne souhaitant pas s’exposer) que tout se lance mais sur un ton plus sincère et moins agressif depuis que des amitiés se sont nouées. Bender et Claire se rendent compte qu’une même solitude les unit en dépit de leur milieu différent. Une même solitude due à l’indifférence des parents qui amènent Allison à adopter ce comportement excentrique. Quant Andy et Brian, les attentes démesurées de leurs parents les forcent enfin à admettre l’angoisse insoutenable dans laquelle ils se trouvent. La fameuse question de la rédaction imposée par Vernon ("Qui êtes vous ?") trouve soudain sa réponse.

Au plus près de ses acteurs, la caméra se déplace autour du cercle et on comprend là ce qui toucha tant d’adolescents à la vision du film. Ce cercle, ils en faisaient partie également et ces aveux sur les difficultés d’avancer chaque jour étaient les leurs. Durant cette scène, la question du comportement à adopter les uns par rapport aux autres le lundi venu sera posée par Anthony Michael Hall. En effet, après ce moment de partage les carcans peuvent-ils exploser hors du Breakfast Club ? La solution reste ouverte mais il suffit de se souvenir du regard illuminé d’Andy face à une Allison révélée dans sa beauté, de l’ultime regard entre Bender et Molly pour se dire que quelque chose restera forcément de ce samedi magique. Don’t you, forget about me…

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal