Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 22 avril 2015

Avengers : L'ère d'Ultron - The Avengers: Age of Ultron, Joss Whedon (2015)

Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.

Le triomphe commercial d’Avengers (2012) avait constitué une apothéose de l’ambitieux et inédit défi du studio Marvel : la transposition au cinéma d’un univers étendu reprenant celui des comics où les super héros s’entrecroisent, s’entraident et s’affrontent. Avengers avait su concilier cette continuité tout en proposant un vrai bon film, ce que les aventures individuelles des personnages n’avaient pas toujours réussies - pour des bons Iron Man (2007) et Captain America (2011), de nettement plus oubliables Iron Man 2 et Thor (2012). Avengers : l’ère d’Ultron vient donc réunir de nouveau notre équipe de super héros après une phase 2 nettement plus réussie. Les moins bons films - Iron Man 3 (2013) et Thor 2 : le monde des ténèbres – demeuraient des divertissements honorables tandis que les vraies réussites donnaient des résultats surprenant et audacieux avec l’étonnamment politisé Captain America : le soldat de l’hiver et le space opera bariolé Les Gardiens de la Galaxie. Plus Marvel lâchait du lest sur sa continuité et le plan d’ensemble de cet univers étendu, meilleur était les films. La « formule » Marvel aura permis de mettre en route une sacrée machinerie à succès mais risque aussi constamment le pilotage automatique, écueil où tombe en partie Avengers : l’ère d’Ultron.

 Le propos est intéressant avec une vraie continuité des évènements d’Avengers, Iron Man 3 et Captain America : le soldat de l’hiver. Ces films auront révélés à la fois la menace extérieure cosmique pesant sur la Terre mais aussi le démantèlement de l’organisation viciée du SHIELD qui avait réunis nos surhommes. Le film s’ouvre par une victoire définitive sur l’Hydra et cet apaisement temporaire va placer nos héros face à leurs doutes. La peur pour Tony Stark à jamais traumatisé par sa découverte d’une galaxie plus vaste et truffée de danger innommables, la peur face à sa propre nature monstrueuse pour Bruce Banner/ Hulk. 

Nos demi-dieux se trouvent ainsi sans repère dans ce monde réel, thèmes déjà évoqués avec brio à travers le man out a time Captain America et la tueuse de la Guerre Froide la Veuve Noire (Scarlett Johansson). Les ennemis constitueront donc ici un miroir de ces peurs, façonnés bien malgré eux par nos héros. L’androïde sanguinaire Ultron est ainsi une extension extrême des préceptes sécuritaires de Stark où l’humain n’a plus sa place et la Sorcière Rouge (Elizabeth Olsen) par ses pouvoirs psychiques réveille les traumas de nos héros qui vont perde pied. Dès lors, c’est Hawkeye (Jeremy Renner bien plus mis en valeur dans ce film) le plus humain, le plus « faible » de ces héros qui va s’avérer le plus équilibré et apte à remettre sur pied ses acolytes.

Ces thématiques passionnantes vont être un peu sacrifiées sur l’autel de l’efficacité après une première partie de film intéressante. Face à un bagage narratif de plus en plus conséquent, on perd grandement d’un vrai rendu cinéma. Tous les précédents films malgré la continuité faisaient le minimum d’effort pour rendre l’aventure unique et de resituer suffisamment d’informations afin que le spectacle demeure captivant pour qui n’avait vu toutes les productions Marvel, voir aucune. Plus de cela ici où l’on semble entré dans une logique de série TV sur grand écran supposant que le spectateur est au fait de toutes les références délivrées. Cela joue sur une narration au montage chaotique (la géographie est particulièrement malmenée dans la dernière partie où l’on ne sait plus dans quel pays on se trouve) où les personnages apparaissent/disparaissent pour des actions pas toujours claires. Mais après tout c’est le projet qui veut cela et même si l’on peut s’interroger sur comment vieilliront ces films, le succès actuel semble donner raison à Marvel. Le problème serait plutôt quand cette logique télévisuelle finit par empiéter sur l’esthétique du film.

On le sait depuis la série Buffy contre les vampires, Joss Whedon est plus doué pour l’étude de caractère que pour mettre en scène l’action. Le final épique d’Avengers avait constitué un vrai progrès qui rachetait les précédentes productions Marvel anémique en morceaux de bravoures. Si les moyens sont là, le réalisateur n’a malheureusement pas progressé dans l’illustration du sense of wonder typique des Comics. Hormis un combat réellement haletant entre Iron Man et Hulk en pleine ville, le reste demeure terriblement timoré. Entre tentative malheureuse de composition de plan comics (l’attaque collective très bancale d’ouverture), combats confus et poursuite standards, il n’y a pas grand-chose de marquant pour la rétine. Le métro lâché en pleine ville fait peine à voir face une séquence voisine du Spider-Man 2 (2004) de Sam Raimi et le climax nous ressert une fois de plus le McGuffin à protéger ainsi que l’objet massif que l’on doit s’empêcher de s’écraser au sol (péripéties concluant presque tous les Marvel avec un étonnant manque de renouvellement). 

Tout est fait pour retrouver la dynamique du premier Avengers, y compris le plan séquence les montrant héroïque et soudés alors qu’ils sont poussés dans leurs derniers retranchements. Le manque d’ampleur et l’effet de redite tue un peu la force de cette conclusion, gâchées par les trop nombreux bons mots et des personnages au pouvoirs inexploités – Vif-Argent (Aaron Johnson) qui se contente d’aller vite et rien de plus quand il s’offrait une séquence d’anthologie dans X-Men : Day of futur past (2014) récemment. Le manque de maîtrise de Whedon fait tâche face à la concurrence (Man of Steel (2013) de Zack Snyder) mais aussi des propres productions Marvel puisque les frères Russo avait proposé un fort dynamique Captain America : le soldat de l’hiver.

Avengers : l’ère d’Ultron est donc paradoxalement plus captivant dans ces moments introspectifs que spectaculaires. Les premiers auraient dû renforcer l’implication lors des seconds mais faute d’une mise en scène inventive, cela ne fonctionne pas. Heureusement l’intérêt pour les personnages (et la dimension feuilletonesque chère à Marvel) demeure à travers plusieurs pistes lancées comme la romance Hulk/Veuve Noire et le conflit idéologique Iron Man/Captain America qui fera tout le sel de Captain America : Civil War l’an prochain. Tête de gondole du projet Marvel, les films réunissant les Avengers se devront en tout cas à l’avenir d’être (comme pu l’être le premier) les pinacles de cet univers et pas un produit standard. 

En salle

dimanche 9 septembre 2012

The Avengers - Joss Whedon (2012)


Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l'organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents.
Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d'autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité...


The Avengers constitue un premier aboutissement de l’ambitieux projet de Marvel qui cherchait à reproduire au cinéma ce qui est une chose commune et acceptée dans l’univers des comics : un univers étendu où différents super-héros se connaissent, se côtoient et peuvent autant s’entraider que s’affronter. On rappelle les faits. Las du traitement parfois désinvolte (les mauvais Quatre fantastiques, Daredevil ou encore Ghost Rider) infligé par les studios à ses héros de papier, Marvel décide de créer sa propre structure cinéma où il produirait et superviserait les adaptations de ses personnages. Le premier film issu de cette logique sera Iron Man de Jon Favreau. Pas exempt de défauts, le film est néanmoins une belle réussite et un grand succès au box-office grâce à la prestation épatante de Robert Downey Jr.

En forme de clin d’œil calculé aux fans, une séquence post-générique voit le héros Tony Stark contacté par le mystérieux Nick Fury (Samuel L. Jackson) chef de l’organisation du SHIELD concernant le projet Initiative. Hulk, le film suivant produit par Marvel (après l’aventureuse mais ratée tentative d’Ang Lee quelques années plus tôt) glissera à nouveau une saynète de ce type en fin de générique et tout aussi bien accueillie par les fans. Il est alors annoncé que les prochains films Marvel serviront d’introductions aux membres des Avengers, mythique équipe de super-héros bien connue des lecteurs de comics. Suivront donc le Thor de Kenneth Branagh, Captain America de Joe Johnston et un second Iron Man.

Plusieurs constats s’imposent au fil des films. Ce sont avant tout des œuvres de producteurs cherchant à créer et à uniformiser un monde cohérent plutôt qu’à laisser émerger la personnalité du réalisateur, du coup ce sont plus des authentiques faiseurs (Joe Johnston, Jon Favreau voire Louis Letterier et son Hulk) que viendront les films les plus efficaces quand un auteur comme Kenneth Branagh délivrera un résultat plus qu'inégal (épatant de grandiloquence assumée lors des scènes à Asgard, quelconque et poussif dans les passages sur Terre) avec Thor.

Ainsi chapeauté de près, les films sont rarement mauvais mais n’atteignent jamais l’excellence d’un Spider-Man 2 ou d’un X-Men et plus inquiétant les meilleurs sont ceux s’astreignant le plus de cette continuité (voire le grand brassage de vide du raté Iron Man 2). On pouvait donc craindre le pire du tant attendu film réunissant enfin tout ce petit monde avec l’inexpérimenté Joss Whedon aux commandes. Après les réussites télévisuelles que furent Buffy contre les Vampires et son spin-off Angel le passage au cinéma s’était avéré quelconque avec Serenity, space opera aux allures de téléfilm concluant sa série avortée Firefly. Pourtant l’ensemble s’avère très vite prenant grâce à la rigueur narrative imposée par l’excellent scénariste qu’est Whedon.

Malgré un rythme un peu boiteux (réintroduire tous les personnages, définir les enjeux et rendre l’ensemble compréhensible à qui n’a pas vu tous les films précédents), la première partie s’avère ainsi un modèle d’introduction. Largement prouvé dans Buffy, Whedon laisse à nouveau éclater son talent pour introduire chaque personnage de manière limpide et dynamique, redéfinir les fêlures de chacun explorées dans les autres films (ou carrément les présenter intelligemment dans le cas de la Veuve Noire) et amener progressivement la dissension puis la dynamique d'équipe.

Chaque personnage sera idéalement mis en valeur et aura son moment héroïque et intimiste parfaitement intégré à l’ensemble : Tony Stark entre narcissisme autodestructeur et vrai héroïsme, Thor noble de cœur mais aux attitudes brutales ou encore Captain America, soldat dévoué mais décalé par rapport au monde moderne qui l’entoure. Robert Downey Jr., Chris Evans et Chris Hemsworth retrouvent les qualités d’interprétation de leurs films respectifs mais c’est le nouvel arrivé Mark Ruffalo qui s’avère le plus impressionnant (surclassant ses prédécesseurs Eric Bana et Edward Norton) en Bruce Banner/Hulk magnifiquement torturé. Scarlett Johansson humanise enfin la Veuve Noire qui n'était qu'une silhouette sexy dans les autres films et offre une relation attachante avec Jeremy Renner.

Ainsi mis en orbite, les exploits de nos héros n’en seront que plus palpitants lorsque l’action daigne se manifester. Le manque d’ampleur des scènes d’actions était également un des grands écueils des productions Marvel, très pingres en la matière. Toute la frustration accumulée des films précédents est ici résolue dans un fabuleux climax final de trente minutes. On ressent un souffle épique que l’on n'avait plus approché depuis la séquence du métro aérien de Spider-Man 2, Whedon accumule rebondissements et bagarres dantesques avec jubilation notamment avec un Hulk dévastateur.


The Avengers naissent de ce moment où ils ploient sans se briser devant la menace, la finesse d’écriture de Whedon (le leadership de Captain America s’imposant de manière limpide dans l’action) et un sens visuel enfin maîtrisé les imposant triomphalement par un travelling circulaire iconique en diable. On n’attendait guère pareille réussite de la part de Marvel, mais le studio est enfin parvenu à croiser ses velléités de grandeur avec le talent d’un Whedon qui s’est avéré l’homme de la situation. Un des meilleurs blockbusters récent et prometteur pour une suite dont la scène post-générique rendra l’attente insoutenable aux amateurs de comics.

Sorti en dvd zone 2 français chez Disney