Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Gilles Grangier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gilles Grangier. Afficher tous les articles

jeudi 4 janvier 2018

Le Désordre et la nuit - Gilles Grangier (1958)


Albert Simoni est le propriétaire de L'Oeuf, boîte de nuit parisienne aux activités interlopes. Une nuit, il est mystérieusement assassiné, et l'inspecteur Valois est chargé de l'enquête. Il fait alors la rencontre de Lucky, jeune toxicomane, avec laquelle il passe la nuit...

Le Désordre et la nuit est le second film en commun de Jean Gabin et le réalisateur Gilles Grangier (après une première collaboration sur La Vierge du Rhin (1953) dont la réussite entérinera leur fructueuse association (une douzaine de film dont les populaires Le Cave se rebiffe, Gas-oil, Le Rouge est mis, Archimède le clochard, Le Gentleman d’Epsom…). C’est également qui entérine l'association entre Jean Gabin et Michel Audiard (après les réussites de Gas-oil (1955) et Le Sang à la tête (1956) chez Grangier), le scénariste/dialoguiste devenant également un collaborateur indissociable de la seconde carrière de Gabin.

Tous ces talents sont donc au service d’un film noir singulier. La fatalité typique du genre semble frapper tous les personnages dans des choix discutables. Ces passions semblent se manifester (comme le titre du film le résume si bien) dans le cadre essentiellement nocturne du récit, une atmosphère où toute réflexion, prudence et demi-mesure s’estompent pour un abandon périlleux. L’introduction nous y prépare en illustrant symboliquement cette atmosphère par les danses de cabaret frénétiques et tribales, puis par les différents conflits sentimentaux qui s’amorcent et conduisent au meurtre d’Albert Simoni (Roger Hanin). Ainsi tous les personnages sont marqués par des fêlures qui se révèlent en amont (les problèmes d’alcool et la solitude de Gabin évoqués par ses supérieurs avant son apparition effective), éclatent dans toute leur noirceur ave la toxicomanie de Lucky (Nadja Tiller) où s’inscrivent dans le coup de théâtre finale pour la pharmacienne suspecte jouée par Danielle Darrieux.

En confrontant leurs maux à cette nuit interlope et oppressante, chacun des héros basculent dans un abandon inconsidéré qui les détache de leur fonction, environnement ou milieu social. La surprise est ainsi grande de voir Gabin (tout en maintenant sa persona bourrue et dure  cuire) tomber amoureux d’une suspecte junkie et prostituée, cette dernière par sa nature autodestructrice et la fange où elle se perd contredisant ses origines aristocratiques. Finalement la résolution policière importe peu (et sera prétexte à une même réflexion de cette perdition passionnée et nocturne quand le coupable sera démasqué) et si l’ambiance du film peut par intermittence évoquer Razzia sur la schnouf de Henri Decoin (1955), la profonde humanité et empathie qu’amène Gilles Grangier emmène le film vers autre chose que le seul polar. 

L’ivresse des cabarets ou les néons de la ville sont des leurres dans lesquels se perdre, les ruelles désertes et les chambres d’hôtel sinistres ramènent à la douloureuse solitude. La fragile romance entre Valois ((Jean Gabin) et Lucky éclaire tout cela par intermittence, mais la lumière du bonheur possible n’est qu’un espoir entraperçu dans les évocations de la fameuse maison de banlieue, le jardin et le cerisier bien loin de ces nuits interlopes et dangereuses. Les dialogues de Michel Audiard savent se faire percutants tout en soulignant cette mélancolie ambiante, l’auteur ayant mis de côté l’aspect purement jubilatoire de ses saillies qui aura cours notamment dans Le Cave se rebiffe. Belle réussite !

Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Pathé

mercredi 3 novembre 2010

Les Bons Vivants - Georges Lautner et Gilles Grangier (1965)


1/La fermeture : Mr Charles, patron d'une maison close, remet à l'une de ses pensionnaires la lanterne.
2/ Au tribunal : une femme à qui l'on a volé des bijoux, ne cherche qu'a récupérer une lanterne.
3/ Les bons vivants : Une jeune fille s'installe chez un homme et attire tous les membres de l'Athletic-club.


Un film à sketch coréalisé par Gilles Grangier et Georges Lautner et qui a pour thème central le "drame" que constitua la fermeture des maisons close pour toute une communauté...

On passe rapidement sur les deux premiers segments réalisé par Grangier, sympathiques mais assez anecdotiques au final. Dans le premier, ambiance mortifère de mise avec un Bernard Blier en patron de lupanar contraint de fermer son établissement. Blier au summum du désespoir est génial, et si notre regard contemporain ne peut partager son amertume, la tristesse et la nostalgie des autres personnages (les filles ne voulant pas partir) est étonnement touchante tout en maintenant un second degré féroce (le déménagement de tout les "accessoires" farfelus de la profession est un grand moment ).

Le second sketch au tribunal ne vaut que pour les bons mots d'Audiard avec cette ancienne prostituée (joué par Bernadette Laffont) qui cherche à récupérer une lampe souvenir de sa glorieuse jeunesse dans les maisons de plaisir. Le récit offre un sacré défilé de visages connus avec Jean Lefevbre et Jean Carmet en cambrioleurs pieds nickelés ou encore Darry Cowl en avocat allumé. On rit une nouvelle bien fort notamment cet instant de communion où tout le tribunal, juges, policier, témoins et accusés compris se mettent à regretter de concert le bon vieux temps des maisons close en plein procès...

Le gros morceau, c'est bien évidemment le dernier sketch de Lautner véritable bijou de comédie qui bien que ce soit une de ses oeuvres les moins connues est un sommet de sa collaboration avec Audiard. Louis de Funès campe un chef d'entreprise psychorigide et acariâtre qui va par un concours de circonstances tomber dans les filets de la prostituée jouée par Mireille Darc et voir sa maison transformée en maison close à son insu et visitée par tout ses amis.

De Funès commence par faire du pur de Funès colérique et nerveux avant de livrer une prestation hilarante d'innocence et de naïveté lorsqu'il se fait progressivement amadouer par une Mireille Darc toute en candeur qui fait tourner les têtes. L'efficacité comique est redoutable avec la maison de De Funès dont le mobilier devient de plus en plus coquin, l'ironie mordante de la narration en voix-off (de Philippe Castelli) et les filles de plus en plus nombreuses et de toutes nationalités qui envahissent les lieux sans que De Funès infantilisé ne se doute de rien. Les second rôles sont parfaits dont un Jean Richard nettement moins froid que quand il joue Maigret, ici drôlissime en vieux pervers provincial à l'oeil torve. Pas mémorable donc mais assez plaisant et qui vaut donc surtout pour son grandiose dernier sketch. Pour l'amateur de ce type de cinéma franchouillard truculent ça reste néanmoins un petit régal.


Disponible en dvd zone 2 (sous son autre titre "Un Grand Seigneur") chez Universal

Bande annonce



Le troisième sketch est semble t il complet sur Dailymotion en bonne qualité


samedi 23 octobre 2010

Le Cave se rebiffe - Gilles Grangier (1962)

 


Charles Lepicard, Maître Lucas Malvoisin et Éric Masson veulent monter une affaire de « fausse mornifle ». Éric pense avoir « à sa pogne » un graveur hors pair, celui d'un certain Mandarès, Robert Mideau, le « Cave », c'est-à-dire dans le langage des truands, un être ordinaire, crédule et ignorant des pratiques et des codes du milieu. Mais l'affaire ne devient possible qu'avec le concours de Ferdinand Maréchal alias « Le Dabe », ancien faux-monnayeur de haute volée. Retiré sous les tropiques après une dernière affaire ratée, il reçoit la visite de Charles qui lui propose un dernier coup d'anthologie sur le Florin. Le Dabe accepte de s'occuper de l'affaire et revient à Paris. La fine équipe se met au travail. Sous la houlette du Dabe, Robert Mideau ne se montrera pas aussi « cave » que prévu… 

 

Deux ans avant Les Tontons Flingueurs, le film de Grangier traçait toutes les grandes lignes de la comédie policière à la française. C'est en fait une adaptation d'un roman de Albert Simonin dont il ne reste pas grand chose hormis la trame principale, le livre étant le 2e volet d'une trilogie comprenant Touchez pas au grisbi et Les Tontons Flingueurs et narrant les aventures du truand vieillissant Max Le Menteur qui se verront grandement modifiées dans les versions filmiques. Gilles Grangier illustre à merveille le scénario brillant co écrit avec Simonin et Audiard, ce dernier livrant un festival quasi ininterrompu de répliques d'anthologie. 

Gabin est génial en faux monnayeur chevronné, sûr de sa force et hautement méprisant envers les abrutis qui lui servent de complices notamment un Bernard Blier excellentissime. Maurice Biraud, éternel et grand second rôle, livre une de ses meilleures prestations en "cave" qui ne s'en laisse pas compter et est avec Gabin le seul personnage vraiment droit (à sa manière) du film tandis que Blier, Villard et Balpetré constituent des acolytes retords et cupides, aux antipodes du professionnalisme assuré du Dabe. A noter aussi une Martine Carol sur le déclin et très amusante en greluche adultère et un peu idiote régulièrement rabrouée par Gabin ainsi que ce bon vieuxux Robert Dalban dans un petit rôle de flic . Sous la rigolade et les bons mots, l'art de la fausse monnaie est vraiment bien traité avec tout un processus très documenté que ce soit l'aspect technique ou la manière codée et discrète dont s'effectue les transaction, ça reste crédible de bout en bout. 
Le film aligne les scènes cultes comme lorsque Gabin raconte sa combine ratée avec le florin, son outrance pour amadouer Biraud où encore la conclusion (énorme lorsqu'il file une énorme gifle à Villard "Et ça c'est une surprise ?") en forme d'arnaque parfaite. Un vrai plaisir pour l'amateur de ce type de polar français sous ce mode léger. Et petit florilège de Audiard parce que c'est bon !  

 - Ah évidemment j'en suis pas encore aux toiles de maître, mais enfin c'est un début! - Oh... c'est un début qui promet. Mais tu vois si j'étais chez moi comme tu le disais si gentiment, bah j'mettrai ça ailleurs. - Qu'est-ce que je disais, y s'rait mieux près de la fenêtre. Tu le verrais où toi ? - À la cave. B.Blier/J.Gabin  

- Entre nous, Dabe, une supposition... Hein, je dis bien une supposition, que j'ai un graveur, du papier, et que j'imprime pour un million de biftons. En admettant, toujours une supposition, qu'on soit cinq sur l'affaire, ça rapporterait, net, combien à chacun ? - Vingt ans de placard. Entre truands, les bénéfices ça se partage, la réclusion, ça s’additionne. B.Blier/J.Gabin

 - J't'enverrai un gonze dans la semaine. Un beau brun avec des petites bacchantes. Grand. L'air con - Ca court les rues les grand cons. - Oui mais celui là, c'est un gabarit exceptionnel! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon! Y serait à Sèvres! J.Gabin / F.Rosay  

Sorti en dvd zone 2 français chez René Chateau  

Extrait