Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 14 mars 2023

Le Baiser devant le miroir - The Kiss Before the Mirror, James Whale (1933)

Un médecin jaloux tue sa femme pour avoir triché. Son meilleur ami prend sa défense devant le tribunal. Après l'acquittement de son client, l'avocat commence à soupçonner sa propre femme d'adultère. Il veut également la tuer et être acquitté de la même manière.

Un baiser devant le miroir est une œuvre qui masque sous son argument criminel et judiciaire un récit de mœurs plus complexe. Sous le frivole d’une relation adultère, derrière la respectabilité et l’amour apparent de couples nantis se dessine en creux des rapports hommes/femmes mesquins et primaires. Cette dualité s’amorce lors de la scène d’ouverture voyant la rencontre enjouée entre Lucy Bernsdorf (Gloria Stuart) et son amant (Walter Pidgeon). Les mots doux, la sophistication de la robe de Lucy, le faste romantique du décor et la sensualité à fleur de peau entre les amants tisse une atmosphère chatoyante dont le plaisir semble décuplé par la nature illégitime de cette relation. La silhouette de l’époux trompé Walter (Paul Lukas) vient faire basculer le ton et l’ambiance, jette un voile d’inquiétude et impose une sourde violence quand, de jalousie meurtrière, il abat de trois coups de feux Lucy qui se déshabillait dans la chambre de son amant.

Son ami et avocat Paul (Frank Morgan) va essayer de le défendre en plaidant un moment de folie. Pour comprendre le geste de Walter, Paul lui demande les circonstances qui l’y ont amené. Ce dernier dépeint alors méticuleusement le processus qui lui fit comprendre que sa femme en aimait un autre, lorsqu’il l’observa à son insu se maquillant devant son miroir avant de retrouver l’amant. Le changement de son expression, de son langage corporel qu’il vit en reflet dans ce miroir alors qu’il manifestait sa présence lui fit, avant les faits, saisir la terrible trahison. Si plaider la folie passagère est d’abord une stratégie pour Paul, cela devient une réelle conviction quand, dans un mimétisme sadique, il constate par le même dispositif l’adultère de sa propre femme Maria (Nancy Carroll).

N'étant pas armé lorsqu’il verra les retrouvailles de Maria et son homme, Paul évite de céder aux instincts meurtriers qui le traversent aussi. Cependant sa plaidoirie pour défendre le geste de son ami n’en sera que plus habitée. C’est assez captivant à l’aune des combats féministes actuels et notamment des féminicides au sein des couple de se pencher sur le traitement du film. On a parfois l’impression de regarder une version premier degré de la comédie Divorce à l’italienne (1961) traitant d’un sujet similaire, l’absolution judiciaire du meurtre au sein du couple. Cela ne signifie pas que cela était possible dans la société américaine des années 30, mais qu’en tout cas les hommes estimaient possible de se défendre ainsi de leur geste. James Whale nous fait habilement endosser le point de vue masculin pour lequel découvrir qu’il est trompé développe chez lui une fracture psychique, momentanée dans le geste terrible de Walter, et tout aussi inquiétante sans le passage à l’acte pour Paul.

L’étude de caractères est passionnante, d’autant plus quand elle est soumise à l’éloquence de l’avocat pour justifier l’horreur. Ainsi sa tirade disant qu’il ne faut pas traiter pareillement le vivant qui a vrillé et la morte qui a fautée place l’adultère et le meurtre sur une même échelle d’infamie. C’est l’exposition d’une certaine forme de psychologie masculine, assez crue et impitoyable. La conclusion est d’ailleurs des plus ambiguë, douce d’un côté en amorçant un semblant de possible réconciliation entre Paul et Maria, mais révoltante de l’autre avec l’acquittement de Walter dont le geste est « justifié ». 


 Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film

jeudi 22 décembre 2022

Madame Curie - Mervyn LeRoy (1943)


 L'histoire de la physicienne franco-polonaise Marie Skłodowska-Curie dans les années 1890 à Paris alors qu'elle commence à travailler dans le laboratoire de son futur mari, Pierre Curie.

Madame Curie s'inscrit dans ce courant de biopics prestigieux du cinéma hollywoodien entamé dans les années 30. Pour ce projet, il s'agit de rebondir sur la publication en 1937 de Madame Curie, biographie écrite par Eve Curie, fille de Pierre et Marie Curie. Universal en achète rapidement les droits et envisage Irene Dunne dans le rôle-titre, l'actrice se rendant même en Europe pour rencontrer Eve Curie. Le projet piétine et la MGM en récupère les droits avec là aussi de longues années d'atermoiements, de casting avorté (Greta Garbo dirigée par George Cukor, Joan Crawford postulant mais rejetée par le studio ce qui sera une des raisons de son départ pour Warner), et ce même une fois la production lancée puisque Mervyn LeRoy remplace un Albert Lewin congédié peu après le début du tournage. Cette fois le projet semble sur les rails puisqu'il s'agit de la troisième des quatre collaborations de LeRoy avec la star anglaise Greer Garson (dont le très beau mélo Prisonnier du passé (1942)) et que cette dernière retrouve pour la quatrième fois comme partenaire Walter Pidgeon, leur "couple" à l'écran rencontre alors grandement les faveurs du public - notamment avec le célèbre Madame Miniver de William Wyler l'année précédente.

Madame Curie est un biopic grandement romancé qui occulte tous les éléments s'éloignant de la sphère du couple Curie (la famille de Marie Skłodowska, son engagement social et politique pour le développement de sa Pologne natale) et de leurs recherches scientifiques. La première partie se concentre sur la rencontre et la romance entre Marie Skłodowska (Greer Garson) et Pierre Curie (Walter Pidgeon) qui se rapprochent progressivement alors qu'ils sont amenés à partager un labo. C'est charmant et piquant à souhait, les ressorts romantiques hollywoodiens se pliant bien à la profession particulière des protagonistes. Pierre Curie est un doux-rêveur mal à l'aise en public et entretenant des préjugés sur les femmes qui vont voler en éclat au contact de Marie qui le subjugue certes par sa beauté mais surtout par son intellect et mènent avec lui de passionnantes discussions théoriques. En quelques séquences (le retour en parapluie) le tour est joué et Greer Garson est tout aussi attachante en rigide fendant peu à peu l'armure. 

Dès lors le film se déleste de toute futilité pour dépeindre en détail et avec un vrai travail de vulgarisation pour le spectateur néophyte la nature de leurs recherches sur le radium, le travail de longue haleine pour isoler cette matière. Les ellipses font ressentir le poids du temps qui passe, les conditions spartiates et le laborieux travail physique qu'implique chaque étape pour séparer le radium. C'est parfaitement didactique et remarquablement écrit, la patience, la joie et les déceptions des réussites et tâtonnements divers sont très bien retranscrits. Pour éviter la froideur quasi documentaire, la voix-off de James Hilton vient dépeindre chaque étape avec emphase et Mervyn LeRoy se montre plutôt inspiré formellement tant dans le registre romanesque (décors et environnements somptueux dans la première partie) que celui scientifique notamment la très belle scène passant de la joie à la peine puis encore la joie dans la matérialisation "visuelle" du radium comme une sorte de miracle religieux.

L'alchimie entre Greer Garson et Walter Pidgeon fait toujours autant d'étincelle, notamment dans ce registre scientifique où obnubilé par leurs travaux ils parviennent par leur seule connexion amoureuse/intellectuelle à s'évader par le dialogue de situations/cadres sociaux totalement extérieurs. On pourrait croire qu'ils sont une association davantage qu'un couple mais au cœur de ces efforts, dans l'urgence de leurs travaux que se révèlent pleinement et pudiquement leurs sentiments mutuels. On pense à la très belle scène où triste de voir Marie repartir pour la Pologne, Pierre ne tente de la retenir que par ce ressort scientifique tout en y glissant une demande en mariage. 

Cela pourrait être vexant ou incompréhensible pour une autre, mais Marie saisit immédiatement ce que Pierre cherche à exprimer. Plus tard dans le film, après des années de vie commune, une des plus belles scènes voit Marie faire une magnifique et explicite déclaration d'amour à cet époux qui l'a toujours soutenue, entérinant ce lien hors du cadre scientifique. Néanmoins, la dernière demi-heure laissant place aux honneurs et au mélo plus explicite (et prévisible même sans connaître sur le bout des doigts la biographie des Curie) est un poil longuette sans la dynamique et la tension du travail de recherche du duo. Un très joli film néanmoins !

Sorti en bluray chez Warner et doté de sous-titres anglais

mardi 15 décembre 2015

Qu'elle était verte ma vallée - How Green Was My Valley, John Ford (1941)

Au moment de quitter sa maison natale, Huw Morgan se remémore son enfance passée au début du siècle dans un petit village minier du Pays de Galles. Ce seront tour à tour l’évocation des bonheurs et des malheurs qui toucheront sa famille : successions de mariages, décès, naissances, conflits familiaux, départs, retrouvailles, grèves, fêtes, joies simples de la vie quotidienne...

Cinéaste des valeurs et grands espaces américains par excellence, John Ford se rappelait au souvenir de ses origines irlandaise avec ce sommet de sa période classique. Adapté du roman éponyme de Richard Llewellyn, le film est initialement destiné à William Wyler qui doit le tourner au Pays de Galles en technicolor avec dans l'idée une sorte d'Autant en emporte le vent gallois. La Fox par crainte de dépassement de budgets antérieurs de Wyler confie finalement le film à John Ford tandis que le début de la Deuxième Guerre Mondiale impose un tournage en studio où sera construit le village minier. De nombreux choix de Wyler resteront cependant (comme casting de Roddy McDowall en héros juvénile) puisque Ford n’aura guère le temps d’être impliqué dans la pré-production. Il n’en aura que plus de mérite d’imprégner d’un humanisme universel (encouragé par Darryl Zanuck) et plus forcément rattaché à un environnement américain comme dans Les Raisins de la colère réalisé l’année précédente.

La voix et la silhouette adulte de Huw Morgan (Roddy McDowall) ouvrent le film alors qu’il s’apprête à quitte la maison familiale et son village chargé de souvenir. L’expression tendre et nostalgique accompagne le paysage contemporain qui se transforme bientôt (par un mouvement de caméra traversant un portail - effet typique du réalisateur – qui nous emmène vers le passé) pour laisser place à la vallée au temps de sa splendeur, à ce village minier alors au pic de son activité. L’imagerie élégiaque déploie une beauté immaculée où la photo d’Arthur Miller, les cadrages magnifiant les somptueux décors de Thomas Little et la direction artistique de Nathan Juran entoure ce cadre d’une aura quasi mythologique de paradis perdu. Cette grâce des lieux se conjugue à celle de ses habitants avec le portrait tout aussi idéalisé de la famille Morgan (John Fod trouvant un écho a sa propre famille et enfance dont il s'inspire). 

On en reste au tableau idyllique avec les descriptions archétypale mais ô combien attachantes de ses membres à travers la scène du retour de la mine des hommes et le repas familial : le père bougon (Donald Crisp) mais juste, la fratrie adulte mais d’un respect filial palpable, la figure maternelle (Sara Allgood) truculente mais vraie régente du foyer et le benjamin en quête d’attention. Ce rêve éveillé va progressivement s’effriter face à la réalité du changement d’époque. L’ère industrielle et son exploitation des travailleurs créeront une première une première scission générationnelle entre des fils souhaitant se syndiquer pour mieux résister et un père aux vieilles valeurs pour lequel cet élan de « socialisme » est impensable. 

Chaque épreuve parait pourtant pouvoir être surmontée par l’amour mutuel unissant les protagonistes et semble même triompher des séquelles physiques endurées. La longue immobilisation de Huw et sa mère n’entame pas le lien et magnifie d’une force humaniste (le retour des fils au foyer) et biblique leur rémission avec cette aura presque religieuse qui fait un miracle du moment où Huw parvient à remarcher, ombre chétive sous une lumière céleste. L’intelligence d’un casting cosmopolite (où se côtoient acteurs britanniques et américains) amène une authenticité chère à John Ford à travers l’atmosphère gaélique festive teintée de chant traditionnels, auquel le visuel répond puisqu’aux scènes féériques et aux compositions typiques du tournage studio répond la véracité des scènes de mine et du quotidien du village.

Le temps qui passe semble pourtant l’ennemi le plus redoutable de cette douce harmonie. Il est le révélateur d’une réalité économique cruelle forçant l’éclatement du foyer (le départ définitif des fils faute de travail), les amours déçues (la romance avortée entre Maureen O’Hara et Walter Pidgeon) et un envers bien moins idyllique de cette communauté rongée par le jugement moral et l’aveuglement religieux. La perte d'illusion et le coeur brisé du pasteur joué par Walter Pidgeon symbolise parfaitement cette bascule, le personnage étant réellement le vecteur des idéaux sociaux et humaniste de John Ford. Chronique familiale, drame social mais aussi récit d’apprentissage constituent ainsi le cœur du film. Les premières expériences de Huw contiennent encore ce semblant d’innocence dans la tonalité contrastée encore charmante du point de vue de notre héros juvénile, même dans ses déboires (la difficile découverte de l’école) quand chez les adultes les rendez-vous manqués et auront pour conséquence le drame d’une vie pour Maureen O’Hara. 

Ford choisit d’ailleurs de conclure l’histoire sur le drame et la perte la plus douloureuse, un sommet d’émotion au lyrisme flamboyant qui se mêle à un vrai regard sensible et intime pour capturer l’affliction des personnages. Les envolées du score d’Alfred Newman accompagnent la simple image des yeux rougis et du visage meurtri de Huw. Tout s’arrête sur cet instant, le présent cruel devant laisser sa place au passé idéalisé pour que ne survivent que les moments heureux dans une reprise de la scène d’ouverture, cette scène de repas ou toute la famille étaient réunies. Dernière réalisation de Ford avant son engagement dans la Seconde Guerre Mondiale, Qu'elle était verte ma vallée sera un de ses plus grand triomphe commerciaux et critiques couronnés par cinq Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle masculin pour Donald Crisp, meilleure photographie, meilleure direction artistique) remportés face à Citizen Kane.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

mercredi 6 novembre 2013

Madame Miniver - Mrs Miniver, William Wyler (1942)


Une famille anglaise unie voit son quotidien bouleversé par l'arrivée de la seconde guerre mondiale.

Le Dictateur de Charlie Chaplin (1940), Arise my love de Mitchell Leisen (1940) ou encore To Be or not to be de Lubitsch (1942) furent des films produits par Hollywood avec la volonté sous-jacente d’inciter l’Amérique à entrer en guerre (le Lubitsch tourné avant fut retardé et sorti finalement alors que le pays était déjà engagé). Madame Miniver allait pourtant les surpasser dans cette optique avec un des plus beaux mélos des années 40. Plutôt que la fable de Chaplin ou la farce de Lubitsch, Wyler opte pour le mélodrame à l’empathie plus immédiate avec le destin de cette famille britannique confrontée à la guerre. Le film adapte le livre éponyme de l’auteure anglaise Jan Struther paru en 1940 et au fil de l’engagement inéluctable des Etats-Unis dans le conflit, le scénario n’aura de cesse d’affirmer un propos de plus en plus vindicatif sur l’ennemi allemand, loin de la neutralité des premières moutures. Sorti finalement après Pearl Harbor, le film sera alors totalement en phase avec le sentiment d’alors de l’opinion et aura un impact certain dans la politique de Roosevelt, notamment au niveau de l’aide américaine à la Grande-Bretagne.  Fort heureusement loin de cet assumé rôle de propagande à replacer dans son contexte, Mrs Miniver est surtout un petit bijou d’émotion.

Le fait d’évoquer une famille britannique était supposé amener une certaine distance avec le sujet pour le public américain, mais Wyler en plaçant la thématique d’une guerre, d’un mal et de la mort se rapprochant inéluctablement parle en fait à ses compatriotes encore extérieurs aux évènements. La première partie fait ainsi office de paradis perdu où l’on découvrira  la famille Miniver et le paisible village anglais typique où ils vivent. 

Wyler caractérise ses personnages avec tendresse dans un quotidien fait de situations cocasses – la crise d’achat commune du couple au début-, de seconds rôles attachant –le chef de gare et son goût inattendu pour le la culture des rose- et de romance pleine de candeur entre le fils aîné Miniver et la jolie voisine incarnée par Teresa Wright. 

Le sens du détail du réalisateur et la conviction des acteurs font de ces archétypes universels des êtres plus consistants auquel on pourra s’identifier lorsque les nuages poindront dans ce cadre idyllique. Cette menace, c’est bien sûr le risque de guerre qui vient jeter un froid sur tous ces moments insouciants tel ce God save the queen solennel venant interrompre une scène de bal. 

Une fois le conflit lancé, cette imagerie idéalisée va s’effriter  lorsque la famille devra se confronter aux rigueurs de la guerre. Wyler mêlera idées visuelles et situations dramatiques pour illustrer cette bascule progressive vers vers une tonalité plus sombre. Ce sera d’abord avec l’angoisse latente pour ce fils aîné (Richard Ney) engagé dans la RAF, et surtout avec ces nuits de blitz où les moteurs des avions ennemis et de la chute des obus envahissent désormais l’espace sonore. 

Une des scènes les plus glaçantes verra d’ailleurs Greer Garson et Walter Pidgeon donner le change dans leurs abris en se rassurant par une discussion badine tandis que les explosions se rapprochent. Les Miniver se trouveront ainsi de plus en plus impliqués à ses grands enjeux lorsque le père sera engagé dans une mission de sauvetage à Dunkerque et surtout par la confrontation directe avec l’ennemi lorsqu’un pilote allemand écrasé viendra menacer Greer Garson.  La guerre passe ainsi d’un sujet de conversation lointain à une menace latente puis enfin un danger concret où l’ennemi est à nos portes.

En accentuant ce climat de chaos, Wyler ne cherche pas à faire céder ses héros mais au contraire à éveiller ce qu’il y a de meilleur en eux. On en a un bel exemple tout d’abord avec ce clivage de classe désormais révolu qui verra  la fière Lady Beldon (May Whitty) laisser la victoire à son concurrent « indigne » mais tout aussi méritant dans la traditionnelle compétition florale du village. 

C’est un symbole des comportements héroïques et dignes à venir dans l’adversité. Walter Pidgeon incarne ainsi à la perfection ce flegme britannique apte à faire face à toute situation et Greer Garson trouve là la première incarnation des rôles de femmes ordinaires et courageuses qui feront sa gloire dans les années 40 (formant un couple de cinéma à succès avec Walter Pidgeon Mrs Miniver étant leur première collaboration).  Elle dégage ici une émotion palpable dans un mélange idéal de fragilité et de solidité. 

Wyler alterne d’ailleurs chaque épreuve avec une séquence contemplative et de plénitude, comme pour laisser aux personnages un moment de respiration, un second souffle pour mieux se relever face à ce destin funeste. On aura ainsi une magnifique séquence immaculée au petit jour lorsque Greer Garson vient guetter le retour de son mari au petit matin, Walter Pidgeon et ses enfants face aux dégâts des bombes sur leur maison et lorsqu’ inéluctablement la mort frappera la famille, le final à l’église saluera cette vaillance inébranlable.

La façade délabrée de l’église exprime bien la fin de monde paisible aperçu au début, confirmé par la liste des dernières victimes que citera le prêtre. Pourtant la solidarité de cette communauté, les regards et gestes intenses nous signale que si une ère s’achève, une autre commence. Le discours final vindicatif du prêtre est une ode au courage déployé et à venir du peuple britannique, lassé de subir et prêt à partir en guerre, chacun à sa façon.   

Cette conclusion atténue toute amertume, Henry Wilcoxon (jouant le prêtre) réécrivant longuement avec Wyler cette tirade si puissante qu’elle sera utilisée en tant que tract parachutée dans toute l’Europe occupée. Comme le déclarera Churchill, « Sa propagande vaut bien plusieurs cuirassés. ». En se penchant ainsi sur la situation de leurs alliés britanniques, les Etats-Unis sortaient définitivement de leur position attentiste pour entrer en guerre à leur tour. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner et dans un très beau blu ray