Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Mike Church est un détective de Los
Angeles spécialisé dans la recherche de personnes disparuesOn le
charge du cas mystérieux d'une jeune femme amnésique qu'il baptise
Grace. Celle-ci fait des cauchemars évoquant le meurtre d'une pianiste,
prénommée Margaret, par son mari Roman Strauss à la fin des années 1940.
En attendant de résoudre le mystère des cauchemars, Chuch empêche
l'habile enlèvement de Grace par son soi-disant fiancé. Pressé par cette
tentative, Church est contraint de faire appel à un antiquaire douteux
pratiquant l'hypnose pour aider Grace...
Deuxième film de Kenneth Branagh après son monumental Henry V, Dead Again
ramène le réalisateur à une échelle plus modeste tout en lui permettant
de prouver que son registre est plus étendu que la seule adaptation
Shakespearienne (le suivantPeter's Friends
le prouvera avec plus d'éclat encore). Le film évite le pure exercice
de style grâce au scénario inventif et tortueux de Scott Frank qui
convoque les fantômes des classiques du genre à tendances
psychanalytiques notamment cette idée de réincarnation à la Vertigo
qui parcours le film. La différence est que le script après avoir
esquissé son énigme plonge à fond dans l'onirisme le mystère reposant
plus sur la résolution du crime que sur la réalité des méandres de
l'esprit humains dans lesquels nous emmène l'intrigue, jamais démentis.
Une
jeune femme (Emma Thompson) se réveille amnésique au sein d'un couvent
et son seul lien à son passé est constitué d’horribles cauchemars où
l'on essaye de l'assassiner. Le détective Mike Church (Kenneth Branagh)
est engagé mener l'enquête mais tout se complique quand avec l'aide d'un
hypnotiseur louche (Derek Jacobi) les souvenirs de l'amnésique semble
remonter aux années 40 et font d'elle la réincarnation de l'épouse
assassinée d'un musicien. Plus étrange encore les souvenirs semblent
mêler Mike Church à se passé et peut-être la réincarnation de l'époux
criminel. Avec son sens du rythme alerte Branagh évite de trop
tergiverser sur le doute des personnages quant aux faits extraordinaires
en jeu et la première partie file à toute vitesse.
Le seul défaut vient
d'un côté un peu trop sur explicatif pour faire comprendre des notions
pas si complexes que cela (le moment très agaçant où le psychanalyste
vient nous expliquer le pourquoi du comment à la fin classiques comme Psycho ou Le Médaillon
semble là courir sur tout le film) avec carrément deux
personnages/guide à travers Robin Williams et Derek Jacobi, c'est trop
même si le twist final le justifie en partie. Branagh s'approprie le
film en alternant motif du genre et son style grandiloquent notamment
l'ouverture passant de l'un à l'autre avec une scène de prison en noir
et blanc étouffant qui vire au cauchemar extravagant où le réalisateur
fait virevolter la caméra au gré de la terreur d'Emma Thomson.
C'est
réellement sur Dead Again que
Branagh développe cette facette alors que Henry V bien qu'imposant était
moins fou dans sa mise en scène. Là l'outrance de Frankenstein ou
encore Hamlet est clairement annoncé dans les flashbacks passionnés sur
la romance avortée du couple Strauss ou encore du final grand guignol et
sanglant. Branagh gère bien tout cela malgré de sérieuse faute de gout.
L'idée du passé en noir est blanc est intéressante mais le film fut
d'abord tourné en couleur et du coup la photo des scènes du passé pas
travaillée en ce sens ce qui leur donne une imagerie très quelconque
heureusement atténuée par la réalisation de Branagh.
L'alchimie
entre Kenneth Branagh et Emma Thompson est toujours aussi forte tire
leurs deux prestations vers le haut. Emma Thomson en créature apeurée et
fragile est épatante comme souvent et Branagh évite toute pose cynique
et désabusée en détective plutôt avenant et jovial. Le twist final
tarabiscoté en diable est tout de même très efficace (malgré de
désastreux maquillages vieillissant les acteurs, pauvre Andy Garcia
ressemblant à une momie) et le final tout en excès est l'aboutissement
du glissement progressif du film dans le thriller autre assumant
pleinement son onirisme. Dans le registre néo noir, une jolie réussite
même si Branagh a déjà fait beaucoup mieux. Il glisse d'ailleurs
quelques clins d'oeil au fans ici et là comme le numéro de prisonnier
qu'il porte au début qui correspond à la date de la bataille d'Azincourt, cadre de
son Henry V.
Fils de policier, Sean Casey l'a également été plusieurs années avant de devenir procureur. Alors qu'il tentait d'arrêter un dangereux dealer, son père, Liam Casey, est grièvement blessé, puis compromis dans une enquête mettant à jour de nombreuses irrégularités. Chargé de l'instruction, Sean défendra-t-il l'éthique ou son père ?
Avec ce film, Lumet ajoutait une pierre à l'édifice de sa grande trilogie policière sur la corruption constitué de Serpico, Le Prince de New York et Contre-enquête. Night falls in Manhattan bien que se situant dans la continuité thématique de ses derniers films est néanmoins à part puisque s'inscrivant dans l'autre genre phare de Lumet, le film judiciaire où il a donné des réussites comme Douze Hommes en colère, Le Verdict ou plus tard Jugez-moi coupable.
C'est pourtant bien sous la base d'éléments de polar que se noue l'intrigue avec l'arrestation d'un dangereux dealer qui tourne court, causant la mort de plusieurs policier froidement abattus et un grièvement blessé. Jeune substitut du procureur et fils du policier blessés, Sean Casey (Andy Garcia) se voit chargé de l'instruction lorsqu’à la surprise générale le criminel se rend à la justice. Vertueux et idéaliste, Casey va rapidement découvrir les zones d'ombres de ce qui s'apparentait à un procès "simple" et impliquant plusieurs policiers liés au dealer.
Le film adapte le roman Tainted Evidence de Robert Daley, auteur déjà à l'origine du Prince de New York de Lumet. Autant dire qu'avec pareille base, Dans l'ombre de Manhattan est aussi impressionnant que le film de 1981 dans sa description quasi documentaire de la procédure judiciaire et de l'investigation policière interne. La différence est que cette fois nous sommes placés du côté des accusateurs mais à l'image de ce héros assoiffé de justice nous découvrirons à nouveau la mince frontière entre le bien et le mal.
La crise de conscience du héros de Prince of the City aboutissait à un véritable drame humain où flics corrompus et "propre" se confondaient, il en va de même ici où en se tenant à ses principe de droiture morale, Andy Garcia risque de faire plus de dégâts que de bienfaits. Les différents personnages illustrent parfaitement cette ambiguïté comme l'avocat joué par Richard Dreyfuss en apparence attiré par l'exposition médiatique mais qui cache des motivations plus nobles. Le film est régulièrement passionnant dans les questionnements moral qu'il expose notamment une première partie rondement menée où le talent de narrateur de Lumet, d'une limpidité exemplaire fait merveille avec une dizaine de personnages parfaitement définit en quelques minutes.
La seconde partie plus introspective place les différents protagonistes face à leurs contradictions et vient jeter un voile de suspicion à "grande" justice (déjà mise à mal par les ambitions politiques viciant le bureau du procureur, la course médiatique qui rappellera Network ou Une après midi de chien) de façade exposée précédemment. C'est la dure leçon que va apprendre Andy Garcia, le blanc et le noir n'existent pas, seulement le gris et la teneur des compromis qu'on est prêt à concéder comme l'énonce l'excellent personnage de procureur de Ron Leibman.
On regrettera juste la relative simplicité de l'histoire d'amour entre Garcia et Lena Olin, Lumet privilégiant la sincérité entre eux plutôt que l'ambition et le secret qui aurait pu mettre à mal leur relation comme pour laisser un espace de pureté dans un récit constamment trouble. La très belle relation père/fils entre Garcia et Ian Holm (parfait comme souvent) va dans ce sens également. Sans tout à fait atteindre les sommets des autres films (polar comme thriller judiciaire) de Lumet sur ce thème, un film vraiment brillant et prenant de bout en bout d'un auteur qui aura décidément rarement déçu.