Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 17 décembre 2011

Quinze jours ailleurs - Two weeks in another town, Vincente Minnelli (1962)


L'acteur Jack Andrus vient de séjourner trois ans en "maison de repos", suite à des crises d'alcoolisme répétées l'ayant mené à des excès. Il reçoit un télégramme de son ami, le réalisateur Maurice Kruger : celui-ci l'invite à passer quinze jours à Rome, sur le tournage de son nouveau film. Andrus s'y rend, pensant obtenir un rôle important. Mais Kruger, le jugeant imprévisible, ne lui confie qu'un modeste travail...

Dix ans après son classique Les Ensorcelés, Minnelli réalisait avec Quinze jours ailleurs une sorte de suite/variation sur le même thème fort singulier. On pourrait comparer la différence entre les deux films de la même façon que Sunset Boulevard et Fedora de Wilder avec cette idée que le traitement d'un thème similaire par un même auteur à des stades différents de sa vie et sa carrière donne un résultat bien opposés.

Pour Wilder cela se manifestait par un intrigue référentielle posant un regard noir sur Hollywood par la vision de destins brisés pour les déchus de l'industrie avec la pathétique Gloria Swanson. Fedora avait une idée semblable sauf que cette fois le réalisateur sur déclin s'identifiait plus à ses fossiles inadaptés, ce qui donnait un tout autre film. Dans un premier temps on peut penser que Quinze jours ailleurs suit cette voie avec une vision qui semble plus sombre et désespérée en tous points que The Bad and the Beautiful la couleur et le scope marquant d'emblée la différence.

Kirk Douglas, vrai force de la nature dans le film de 1952 est ici un homme psychologiquement fragile dont la carrière a été stoppée par les excès divers et les déconvenues conjugales avec son ex épouse Carlotta (Cyd Charisse). L'appel de son vieil ami réalisateur Kruger (Edward G. Robinson) le convoquant sur un tournage semble être l'ultime chance de se relancer. Ce déplacement du cadre en Europe est également un symbole d'une magie disparue. Le système studios de l'âge d'or amorce déjà sa chute avec une manière de faire des films changeante et toute une culture et un type d'artiste disparaissant avec.

Le producteur exalté incarné par Douglas dans Les Ensorcelés laisse place ici à un nabab sans vision et uniquement préoccupé par le dépassement de budget. Là encore une réalité amère se révèle avec autrefois des producteurs qui même dans l'erreur et l'abus de pouvoir cherchait malgré tout à délivrer le meilleur film possible pour aujourd'hui laisser place à des mécènes avec le seul profit comme motivation.

Le personnage d'Edward G. Robinson traîne son spleen et réalise sans entrain cette commande pour survivre financièrement dans ce milieu qu'il ne reconnaît plus. Le summum de cette nostalgie et mélancolie est atteint lors de la scène où tous les personnages sont installés en projection pour regarder un passage des Ensorcelés, emblématique de cet âge d'or.

Si cette facette nostalgique est incontestablement présente, on aurait tort d'y résumer le propos du film qui est bien plus tourné vers l'avenir qu'il n'y paraît. Les Ensorcelés est un film qui n'existe que par et pour le cinéma, par la manière stylisée qu'a Minnelli de raconter son histoire et par les liens des personnages qui se désagrègent dès qu'ils s'échappent du milieu. Quinze jours ailleurs est bien différent, hormis la scène de tournage à l'arrivée de Kirk Douglas en début de film la première heure est totalement dépourvue des nombreux passages décrivant l'envers du décor qui truffent Les Ensorcelés.

A la place, une narration bancale et laborieuse montrant l'errance mentale de Jack Andrus (Kirk Douglas), le couple brisé d'Edward G. Robinson et la nature autodestructrice de l'espoir déçu joué par George Hamilton. The Bad and the Beautiful voyait ses héros s'élever au sommet de la profession mais rater tout le reste, à l'inverse ici Minnelli les force à se reconstruire pour redevenir ce qu'ils ont été ou aspirer à ce qu’ils pourraient être.

Pour Kirk Douglas, ce sera une belle histoire d'amour avec une jeune italienne (superbe Dahlia Lavi) qui va refréner ses angoisses et Minnelli de délivrer de radieuses séquence romantiques dans une Rome entre fantasme et réalité bruyante. Le plus beau moment dans cette veine serait sans doute celui où Douglas ébranlé par un appelle de son ex-femme (Cyd Charisse d'une sensualité décadente ravageuse) constate alors qu'il la croyait partie la présence de Dahlia Lavi dans sa chambre.

Celle-ci en un regard tendre l'apaise et ne quittera plus la pièce. Pour George Hamilton, on a des séquences miroir au Ensorcelés où Douglas tente de relancer sa star en le provoquant à la manière de Lana Turner poussée dans ses derniers retranchements. Cela se fera en deux temps, Douglas encore trop friable échouant au départ puis la confiance en lui retrouvée ranimant la flamme chez son interprète.

Pour un film supposé tourné vers le passé, c'est pourtant celui qui en est le plus représentatif qui s'avérera le personnage le plus négatif avec Edward G. Robinson. Douglas ragaillardi, l'ode au cinéma peut reprendre ses droit lors de splendides scènes de tournages et aux désirs d'un seul homme dans Les Ensorcelés, l'avancée du travail se fera désormais sous le signe de la collaboration collective.

Kirk Douglas sera en dix ans passé du démiurge tout puissant et tyrannique à l'aspirant réalisateur qui fait confiance à son équipe, faire part de ses doutes (tout en sachant cajoler ou coller un coup de pied aux fesses de sa star féminine capricieuse ) et s'assurant ainsi la confiance de tous. Le double du Jonathan Shields des Ensorcelés c'est finalement Robinson et son attitude ambivalente, éveillant le talent ignoré de Douglas pour la réalisation mais prêt à le broyer de son lit d'hôpital quand il voit les lauriers et le pouvoir lui échapper.

Le film s'avère passionnant par ce retournement thématique magistral et finalement logique puisque contrairement à Wilder sur Fedora Minnelli est lui encore en pleine possession de ses moyens et signe même cette même années 1962 l'excellent Les Quatres Cavaliers de l'Apocalypse. Quinze jours ailleurs est donc aussi réussi que son prédécesseur mais plus difficile par cette extravagance dans la noirceur comme le plan séquence cathartique dans la voiture qui renvoie à la même scène traumatisante avec Lana Turner dix ans plus tôt.

La différence entre la finalité des deux scènes visuellement proche est aussi celle entre les films aux thèmes faussement identiques. En 1962 Kirk Douglas roule à toute allure pour définitivement se débarrasser de ses démons quand Lana Turner fait de même pour s'abandonner à eux. En 1952 le cinéma était plus grand que la vie et dix ans plus tard Minnelli nous rappelle que c'est aussi et surtout grâce aux hommes (et non plus l'homme, la tirade de Douglas à Hamilton lui disant de ne plus dépendre de personne et de croire en lui) qui s'y adonnent avec passion.

Sorti en dvd zone 1 dans la collection Warner Archives et comme toujours dans celle-ci c'est sans sous-titres.

jeudi 4 août 2011

Some Girls Do - Ralph Thomas (1969)


Une série d'accidents inexplicable surviennent à des personnes responsables du premier avion de ligne supersonique, le SST1. Un agent secret britannique, Hugh Drummond, est envoyé pour enquêter avec l'aide d'un autre agent (Ronnie Stevens). Ils découvrent un complot organisé par Carl Petersen qui doit gagner huit milllion de livres sterling si l'avion n'est pas prêt à une certaine date.

Le personnage de"Bulldog" Drummond relancé grâce au succès de Plus féroce que les mâles (1967)t une suite Some Girls Do sort deux ans plus tard en 1969. Dans l'ensemble c'est assez en dessous du premier volet sans être désagréable pour autant. L'absence de Jimmy Sangster au scénario se fait ressentir avec pas mal de flottement et d'ennui par instants alors que le film fait la même durée que le premier volet était trépidant de bout en bout. L'autre gros défaut est la réorientation très Bondienne du personnage de Bulldog Drummond. 

Malgré l'univers qui pouvait évoquer le héros de Ian Flemming, Drummond trouvait vraiment son identité propre dans le premier film, usant plus de son intelligence que de ses muscles et au final pas si séducteur que ça. Richard Johnson conscient de ne pas pouvoir concurrencer un Sean Connery sur ce terrain avait judicieusement esquivé cette approche dans Plus féroce que les mâles mais cette fois (sans doute à la demande des producteurs) enchaîne les postures et répliques macho à des conquêtes énamourées. Un choix malheureux d'autant que la Bondmania retombait à ce moment et que l'épisode en cours Au Service Secret de Sa Majesté tentait déjà une rénovation du personnage.

Autre soucis, les ennemis. Le duo de tueuses était un des points fort du premier, on tente ici de remettre ça mais ça ne fonctionne pas complètement. Si Dahlia Lavi (connue pour avoir tâté de la cravache de Christopher Lee dans Le Corps et le Fouet, épouvante gothique teintée de SM signée Mario Bava) est excellente de vice et de méchanceté en Baronne Helga Hagen, on ne retrouve pas la même complémentarité que le duo infernal du premier volet avec la jolie mais quelconque Pandora joué par Bebe Loncar.

D'ailleurs sans doute conscient de la faiblesse du nouveau duo, le scénario multiplie les personnages féminins secondaires (dont une toute jeune Joanna Lumley avant même Au Service Secret de Sa Majesté), notamment Flicky une jeune délurée blonde traînant dans les pattes de Bulldog Drummond. Sinon le méchant Carl Peterson pourtant mort dans le précédent fait son grand retour, cette fois incarné par James Villiers qui a bien du mal à faire oublier Nigel Green.

Pour le reste si on est amateur de ce genre de série B pop d'espionnage, le film reste tout de même très sympathique. Les scènes d'actions sont une nouvelles fois très réussies (même si lorgnant trop sur Bond une nouvelle fois) avec un duel aérien en planeur où Drummond tombe dans le vide sans parachute ou encore une très dynamique course en hors-bord. Les idées délirantes sont légion avec l'armée d'androïde féminins sexy et indestructible du méchant, le dévastateur émetteur d'ultra son tuant dans d'atroces souffrances et un Ralph Thomas qui dénude son casting à la moindre occasion. Un dytique inégal donc mais plaisant pour l’amateur de ce type de sucrerie estampillées 60’s.


Sorti dans le même coffret que précédemment cité regroupant les deux films et dépourvu de sous-titres français.