Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 16 mai 2017

Nowhere - Gregg Araki (1997)


Le film suit plusieurs adolescents, entre drogue, sexe et amour. Un jeune de 18 ans, Dark, se désespère de l'infidélité de sa copine Mel, qui sort aussi avec Lucifer. Dark se met à fantasmer sur Montgomery, et sur le couple SM formé par Kriss et Kozy. Le meilleur ami de Dark, Cowboy, recherche son petit ami Bart, tandis que Dingbat est amoureuse de Ducky, lui-même amoureux d'Alyssa, qui rêve du motard Elvis… Des chaînes raciniennes compliquent ainsi l'intrigue du film.

Nowhere vient conclure la « trilogie de l’apocalypse » de Gregg Araki après Totally F***ed Up (1993) et  The Doom Generation (1995). Entre élans trash, violence, confusion sexuelle et esthétique tapageuse, Araki offrait une vision très intime et personnelle des émois adolescent revisités au vitriol de la Génération X. Nowhere vient donc achever le cycle en apothéose.

L.A. is like nowhere, everybody who lives here is lost.

Cette phrase en voix-off du héros Dark (James Duval) accompagne une ouverture fantasmatique où le héros se caresse sous la douche. Dans sa rêverie érotique s’entrecroise amour hétéro avec sa meilleure amie Mel (Rachel True) avec laquelle il entretient une relation ambiguë, homo avec l’androgyne Montgomery (Nathan Bexton) et même SM avec deux jeunes filles le maintenant ligoté. Cette entrée en matière témoigne de la confusion qui anime l’ensemble des personnages et que Gregg Araki attribue autant à l’inconstance de l’adolescence que de la facticité inhérente à la ville de Los Angeles. Le mal-être doit donc se dissimuler sous une posture superficielle consciente (Mel fuyant l’amour de Dark dans un hédonisme sexuel forcé), dans l’oubli charnel frénétique ou encore l’oubli des drogues. Les décors stylisés, le montage agressif et les couleurs flashy servent ainsi à forcer le trait jusqu’au cauchemar de ce cadre californien ensoleillé.

Gregg Araki place cette idée à la fois dans son casting constitué de starlettes adolescentes montantes (Rachel True vue dans Dangereuse Alliance (1996), Christina Applegate héroïne de la série Mariés, deux enfants, Rose McGowan vue dans Scream (1996), Shannen Doherty jouant dans Beverly Hills) vues sous un jour plus provoquant que leurs productions lisses habituelles mais aussi dans l’intrigue avec Jaason Simmons quasi dans son propre rôle de vedette d’Alerte à Malibu mais qui va montrer un visage des plus monstrueux. Un parfum de fin du monde plane donc sur cette journée qui va frapper chacun des personnages de plein fouet, la dépravation ambiante soufflant constamment le chaud (un orgasme collectif en montage alterné intense dont saura se souvenir Charlie Lyne dans les collages de son documentaire Beyond Clueless (2015) et le froid avec une frénésie sexuelle d’où semble absents toute forme de sentiments ou même simple plaisir. 

Le but n’est pas de s’abandonner aux sens, mais au contraire de se désensibiliser par cette activité intense. Cette volonté de se perdre nourrit ainsi les idées suicidaires de Bart (Jeremy Jordan) musicien gay dépressif et donc de Mel, fuyant toute affection trop marquée pour un papillonnage vain qu’elle ne savoure même pas. Le Nowhere du titre exprime ainsi le no man’s land existentiel et bariolé des héros, perdus entre l’enfance viciée (cette partie de cache-cache sous ecstasy) et un âge adulte impossible à atteindre – voire les savoureux items d’Armageddon des matières étudiées à la fac, même sur les études symboles d’avenir pèse une chape de plomb.

Le personnage le plus sincère et lucide sera aussi le plus mélancolique avec Dark. En quête d’amour véritable, il distingue ainsi la monstruosité réelle du monde qui l’entoure par ces visions hallucinées d’extraterrestres côtoyant et décimant ses camarades. Les figures parentales sont déconnectées, hystériques ou absente et prolongent ce profond sentiment de solitude, magnifiquement exprimée par le charisme de James Duval, fil rouge de cette trilogie de l’Apocalypse. Gregg Araki ménage néanmoins quelques moments de candeur (le couple juvénile entre Zero (Joshua Gibran Mayweather) et Zoe (Mena Suvari)) mais constamment interrompus par le drame (l’atroce sort de Egg scellant l’amorce de romance entre Dingbat et Duck (Scott Caan)). 

Le final sert magistralement le propos par une scène d’amour où Araki daigne enfin ralentir, scruter les regards tendres, caresser de sa caméra les corps nus masculin et amener une poésie sincère au chaos ambiant. Mais c’est chose impossible le nihilisme est poussé jusqu’à l’absurde kafkaïen dans une conclusion aussi géniale que tragique. L’atmosphère aussi punk que flottante doit également beaucoup à une bande-son assez mémorable où la fine fleur du rock indé 90’s (Slowdive, Radiohead, Elastica, Suede) a fière allure. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Lumière 

 

mardi 25 janvier 2011

Fatal Games - Heathers, Michael Lehmann (1989)


Trois filles de riches chacune prénommée Heather sont les reines du lycée de Westerburg. Elles acceptent néanmoins dans leur clan Veronica, dont elles exploitent la candeur et la naïveté. Celle-ci, sous l'influence de J.D., un autre jeune marginalisé, organise une petite vengeance qui va mal tourner...

Breakfastclub, chef d'oeuvre de la teen comedy signé John Hughes avait montré dans un regard tendre, drôle et tragique la scission communautaire régnant dans les lycées américains et le mal être qui pouvait en résulter. Heathers (le titre français anglicisé est des plus stupides pour le coup retirant une partie du sens symbolique) prolongeait cette réflexion et allait plus loin encore en adoptant la tonalité de comédie noire d'une virulence encore surprenante aujourd'hui.

Cette volonté de conformisme et de paraître des années lycée est symbolisé dans le film par le trio des Heathers, jeunes filles populaires faisant la pluie et le beau temps des réputations de chacun et humiliant constamment les laissés pour compte. Parmi elles est admise Veronica (Winona Ryder), se pliant à leurs volontés pour profiter des avantages de leur compagnie mais qui n'est pas dupe de leur influence. Tout change avec l'arrivée de JD (Christian Slater) nouvel élève psychotique et rebelle qui va l'inciter à se venger radicalement de la meneuse des Heathers après une terrible humiliation. Maquillant le crime en suicide, l'évènement va amener une série de réaction en chaîne qui vont plonger le lycée dans le chaos.

Le script de Daniel Waters (qui enchaînait les scénario ambitieux et déjanté à l'époque puisqu'on lui doit au même moment ceux de Hudson Hawk, Batman le défi et Demolition Man) est d'une violence psychologique dérangeante, captant les maux du moment mais se montrant aussi incroyablement visionnaires sur ceux à venir. Le récit tourne ainsi en dérision le suicide adolescent, provoqué ici par une mort accidentelle et qui va tourner au véritable phénomène de mode dans le lycée. Personne n'est épargné.

Les lycéens eux même faisant preuve d'un détachement et d'un cynisme glaçant face au gestes désespéré de leur camarade notamment une hilarante scène de messe où chaque élève y va de son monologue intérieur narcissique au moment de se recueillir une dernière fois devant le corps de la première suicidée. Les parents sont totalement déphasé également, fixant l'attention sur leur progéniture selon les tendances et chiffres données par la télévision plutôt que d'aller les consulter directement. Les professeurs ne sont que des exaltés se voyant investis d'une pseudo mission et posant pour les médias, eux même vautours de faits divers attirant les jeunes en quête de lumière. L'humour et la satire décapante sous jacente sans tempérer la férocité de l'ensemble lui donne une verve ironique s'exprimant dans des dialogues mordants et des situations d'une cruauté féroce.

Le constat est donc des plus sombre mais délivre une lueur d'espoir à travers le parcours de Veronica, seul personnage lucide. Winona Ryder délivre une performance parfaite entre la superficialité latente et vraie prise de conscience. Face à elle Christian Slater démontre combien il fut un grand acteur à l'époque en donnant ici le pendant négatif du héros de son cultissime Pump up the volume qu'il jouera l'année suivante. Il est donc à nouveau un personnage rebelle et anticonformiste mais au lieu de révéler les fêlures de ses camarades pour dénoncer le système, il s'en sert pour les détruire et nourrir son propre mal être. Une performance assez fascinante à laquelle on peut ajouter celle de Shannen Doherty passante de victime à tyran en un clin d'oeil.

Michael Lehman donne une imagerie totalement en contre point de ce malaise ambiant avec une esthétique idéalisée et très americana du lycée, que ce soit par sa photo diaphane immaculée ou ses couleurs criardes. Un choix judicieux qui fait basculer tel un conte le film du rêve au cauchemar pastel lorsque le factice de ce cadre idéal révèle tout son aspect nauséabond. Il serait fort difficile de refaire une telle conclusion aujourd'hui (et même en l'état on peut supposer qu'elle a été édulcorée) puisque anticipant rien de moins que le drame de Columbine. Incompris et échec en salle Heathers deviendra culte grâce à la vidéo et ses audaces ouvriront la voie à une autre fameuse teen comedy tout aussi intelligente, Lolita malgré moi avec Lindsay Lohan sommet du genre pour les années 2000.

Dvd zone 2 français à éviter absolument car ne comportant que la vf. Disponible en dvd zone 1 chez Anchor Bay et doté de sous titre anglais. Belle édition trouvable pour pas cher avec pas mal de bonus passionnant tel un documentaire rétrospectif ainsi que le scénario avec la fin originelle.