Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Bigas Luna. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bigas Luna. Afficher tous les articles

dimanche 4 janvier 2026

Lola - Bigas Luna (1986)

Lola s’éloigne de Mario, son amant alcoolique et violent à son égard. Cinq ans plus tard, elle est mariée avec Robert, un chef d’entreprise français, et vit dans son confort bourgeois avec leur fille Ana. C’est à ce moment que Mario retrouve Lola.

Lola est une œuvre de transition dans la filmographie de Bigas Luna, coincée entre les deux périodes phares de sa carrière. Le film précède la fameuse trilogie ibérique du réalisateur (Jambon, jambon (1992), Macho (1993) et La Lune et le téton (1994)) et suit de quelques années ses impressionnants débuts avec la doublette Bilbao (1978)/ Caniche (1979). Lola contient encore en partie la dimension sombre et torturée des premiers films, mais troque leur austérité pour une tonalité plus méditerranéenne, charnelle mais toujours provocatrice que va initier Les Vies de Loulou (1990) puis la trilogie ibérique.  Entre chacune de ces phases, la carrière de Bigas Luna a connu quelques bouleversements. 

Après Bilbao, il tente l’aventure américaine avec Reborn (1981) dont il n’est pas totalement satisfait et végète plusieurs années à Los Angeles sans parvenir à faire aboutir ses projets. Ce séjour aura néanmoins son importance puisqu’il contribue à délaisser les atmosphères claustrophobes et blafarde des débuts pour verser dans l’imagerie lumineuse de Lola et sublimée par la suite dans les grandes œuvres des années 90. Thématiquement aussi, la bascule se ressent même si Lola n’est pas aussi abouti que ce qui a précédé et suivra.

Sortis durant la période de la transition démocratique espagnole, Bilbao et Caniche usait de ce contexte ainsi que de cette liberté nouvelle pour capturer une certaine culpabilité du refoulé dans ses désirs les plus coupables et hors-normes. C’est un pays encore replié sur lui-même et ses maux passés qui s’observe. Lola sort en 1986, avec une Espagne intégrée à l’Union Européenne, versant dans une liberté à la fois de mœurs et économique qui se traduit par la scène d’ouverture parisienne, le dépaysement que représente le pays pour les étrangers et notamment ses femmes – la conversation triviale sur le fessier des Espagnoles plus charnus que celui des française. C’est cet exotisme qui attire Robert (Patrick Bauchau), homme d’affaire français chez Lola (Ángela Molina), séduisante jeune femme. Celle-ci sort d’une relation torride et toxique avec Mario (Féodor Atkine), amant torturé dont la brutalité l’oppresse autant qu’elle la stimule sexuellement. Elle va néanmoins choisir la sécurité ainsi que le confort matériel auprès de Robert avec lequel elle va avoir une fille.

Ce triangle amoureux peut être interprété comme une métaphore de la situation que vit l’Espagne. Robert représente la liberté et le confort de l’Espagne nouvelle, ouverte au libre-échange européen, mais possiblement entravée dans son identité profonde par ce conformisme. A l’inverse Mario symbolise l’attrait dangereux et séduisant pour l’ancien régime plus autoritaire. Bigas Luna orchestre cela sous une approche purement charnelle et pas du tout cérébrale malgré quelques visions surréalistes et oniriques lorgnant sur Bunuel (auquel il a emprunté Ángela Molina qui jouait dans Cet obscur objet du désir (1977)). Si l’entre-deux thématique du film est passionnant, Bigas Luna maîtrise moins l’entre-deux narratif et formel que représente Lola

La sexualité du film n'a ni la provocation des débuts, ni l’inventivité de ce qui suivra. L’esthétique méditerranéenne en reste à une surface cosmétique et publicitaire (même si cela rentre timidement en corrélation avec l’imagerie d’une Espagne capitaliste), sans l’outrance magistrale que l’on trouve dans Jambon, jambon pour le versant rural, et Macho pour la facette urbaine bling-bling. Enfin, la narration s’avère particulièrement laborieuse et répétitive dans ses péripéties, manquant de coup d’éclat pour donner du relief à son triangle amoureux – si ce n’est un épilogue entre le thriller et le récit judiciaire qui tombe à plat. 

Les acteurs rattrapent en partie ces scories, que ce soit une Ángela Molina troublante dans son mélange de crainte et de désir envers un Féodor Atkine tout aussi fascinant en mâle alpha ibérique pavant la voie au Javier Bardem de Jambon, jambon et Macho. Le thriller méta Angoisse (1987) et Les Vies de Loulou permettront à Bigas Luna d’entamer cette mue vers le cinéma à la fois plus efficace, accessible, frontal et provocateur qui feront sa renommée. Lola se termine cependant sur une image sulfureuse contenant tout le sel malsain dont est capable le réalisateur, lorsque la fille de Lola arbore innocemment la pose sexuelle fétiche de sa mère sous le regard aimant et ambigu de son beau-père. 

Sorti en bluray français chez Artus  

vendredi 23 août 2024

Volavérunt - Bigas Luna (1999)

Le 23 juillet 1802, la duchesse d'Albe, la femme la plus riche et la plus libérée de son temps, offre un gala pour inaugurer son nouveau palais. Tout le gotha de l'époque se presse pour y participer : le Premier ministre Manuel Godoy, le peintre Goya et Pepita Tudó, la maîtresse de Godoy et le modèle de Goya pour son tableau le plus célèbre La Maja nue. Le lendemain matin, la duchesse d'Albe est retrouvée morte dans son lit. Elle avait quarante ans.

Volavérunt voit Bigas Luna s'essayer à la fresque historique prestigieuse avec cette adaptation du roman éponyme de 'Antonio Larreta, publié en 1980. Le titre du roman et du film reprend le nom d'une des gravures de Francisco Goya issue de sa série Los Caprichos constituant une satire de la société espagnole du 18e siècle, notamment la noblesse et le clergé. C'est justement sur ce registre satirique que joue une bonne partie du film, jouant notamment sur le mystère entourant l'identité du modèle féminin d'un des plus célèbres tableaux de Goya, La Maja nue. Cette énigme de l'histoire de la peinture avait déjà inspiré un film hollywoodien, La Maja nue de Henry Koster (1958) avec Ava Gardner dans le rôle de la duchesse d'Albe qui selon l'interprétation du film s'avérait être la jeune femme à la nudité offerte du tableau. Les spécialistes s'accordent cependant à dire que la véritable Maja nue était en fait Pepita Tudó, maîtresse du premier ministre Manuel Godoy. Bigas Luna s'amuse à broder entre les zones d'ombres et la grande Histoire pour livrer sa vision.

La première partie est une pure comédie de mœurs dans la cour espagnole où se jouent conjointement luttes de pouvoir et amoureuses. Chacun des personnages se montrent envieux les uns des autres sur ces axes où s'entremêlent les ambitions politiques, la possessions matérielles, l'amour et en définitive la vanité. La Duchesse d'Albe (Aitana Sánchez-Gijón) souffre ainsi de partager son amant Manuel Godoy (Jordi Mollà) avec la reine Marie-Louise de Bourbon (Stefania Sandrelli), cette dernière jalousant les biens et plus particulièrement les bijoux de la duchesse, femme la plus riche d'Espagne. Deux êtres souffrent de ce triangle, avec Francisco Goya (Jorge Perugorría) amoureux de la duchesse d'Albe dont il observe à distance sa passion avec Godoy, tandis que Pepita Tudó (Penelope Cruz), jeune maîtresse de ce dernier en fait de même. 

Certaines décisions politiques découlent de ces rivalités comme lorsque la reine Marie Louise forcera Godoy à faire un mariage d'intérêt afin de l'éloigner de ces maîtresses, et le contexte va aussi influencer l'inspiration de Goya. Le peintre en se rapprochant de la Duchesse va en faire une muse, mais de nouveau vampirisée par son rival puisque Godoy va lui commander le diptyque de tableaux que formeront La Maja vêtue et La Maja nue. La sournoiserie de la démarche consistera à s'inspirer du corps de Pepita Tudó pour La Maja Nue et d'y greffer le visage de la Duchesse. La révélation tardive de la démarche - qui est une manière pour Bigas Luna de jouer sur les deux théories - fait des deux jeunes femmes des objets sacrificiels et le jouet des hommes. La Duchesse toujours belle mais prenant de l'âge s'y voit substituer un corps plus voluptueux et juvénile, et Pepita Tudó, même dans un tableau lui semblant consacré est condamnée à être l'éternel substitut, la constante femme de l'ombre.

Bigas Luna jongle habilement entre ce registre de la satire et du drame. Certaines manœuvres s'avèrent d'une brillante cruauté comme lorsque la duchesse fera concevoir la tenue de ses suivantes sur le même tissu que la robe portée par la reine lors d'une réception, provocant la rage contenue de celle-ci. Le film en costume n'a pas assagi le réalisateur qui s'offre quelques moments érotiques certes moins outranciers et provocants que ses faits de gloires (Jambon Jambon (1992), Macho (1993), La lune et le téton (1994)) mais toujours aussi sensuel, inventifs et faisant sens au sein du récit - la "petite mort" de la duchesse lors de ses orgasmes, qui anticipe sa vraie disparition tragique. 

C'est formellement somptueux avec une reconstitution splendide, et une photo magnifique de Paco Femenia où l'on ressent toute l'inspiration picturale de Bigas Luna. L'esthétique purement chatoyante prend un tour plus oppressant lorsque la dernière partie du film vire au whodunit historique assez captivant. Les fameuses origines de la peinture La Maja nue se fondent dans un mystère plus grand, des enjeux plus vastes où toutes les possibilités sont ouvertes dans une narration à la Rashomon. Ces ruptures de ton forment un ensemble captivant pour une des belles réussites de Bigas Luna.

Sorti en dvd zone 2 espagnol

lundi 1 août 2022

Bilbao - Bigas Luna (1978)


 Leo vit avec une ancienne actrice, Maria, qui est aussi la maitresse de l'oncle de Leo, lequel pourvoit a leurs besoins. Leo rencontre ''Bilbao'', une prostituée stripteaseuse qui va bientôt l'obséder au point qu'il cherche a en faire son jouet...

Bilbao forme avec Tatuaje sorti en cette même année 1978 un coup double qui lance la carrière cinématographique de Bigas Luna. Avant cette incursion dans le cinéma, Bigas Luna après des études de sciences économiques aura avant tout navigué dans le monde des arts. Sa première passion est la peinture (dans laquelle il se replongera ponctuellement au gré des remous de sa carrière de réalisateur) avant de s'intéresser à l’architecture d’intérieur mais aussi à l’art conceptuel, le plaçant au cœur des avant-garde d'alors et le voyant exposé dans des galeries d'arts à Barcelone ou à Londres.

Tout cela fait du Bigas Luna des débuts un pur plasticien dont les thèmes et obsessions passeront avant tout par un travail plastique, un sens de l'atmosphère et du sensitif plutôt qu'une narration et caractérisation de personnages classiques. Ce sera le cas dans le suivant Caniche (1979) et donc dans ce Bilbao mal aimable à souhait, délesté de tout l'écrin sensuel et chatoyant qui feront bien mieux passer les provocations de ses classiques à venir comme Les Vies de Loulou (1990), Jambon, jambon (1992), Macho (1994) ou La Lune et le téton (1995).

Bilbao s'inscrit donc dans cette veine plus austère en partie sous l'influence de l’École de Barcelone, courant-cinématographique avant-gardiste auquel appartient Bigas Luna qui va là surfer sur le vent de liberté que fait souffler la mort de Franco en (1975). Tout le film adopte de façon clinique le point de vue Leo (Angel Jove), un homme solitaire vivant sous la coupe de sa famille et plus particulière de (ce qu'on suppose être) sa tante Maria avec laquelle il entretient des relations incestueuses. Sa seule oasis s'incarne à travers Bilbao ( Isabel Pisano), une plantureuse et provocante prostituée stripteaseuse qu'il traque sans relâche. Une bonne partie du film réside dans les pérégrinations urbaines où Leo épie Bilbao à travers la ville. Cette "filature" passe par la rue où Bilbao racole, les clubs louches où elle danse devant une assemblée masculine sinistre et libidineuse, le métro et le bus, au point que son emploi du temps quotidien n'aura bientôt plus de secret pour Leo. 

Le film met constamment mal à l'aise en endossant ce point de vue voyeuriste, renforcé le grain de l'image (un relent d'avant-garde new-yorkaise plane sur le film), la froideur et le minimalisme du récit. Il n'y a pas ou peu de dialogue si ce n'est le long monologue de Leo ressassant maladivement son obsession, les rares moments où il ne traque pas Bilbao nous informant à la fois sur son imaginaire retors mais aussi sa vie particulièrement sinistre au côté de Maria qu'il ne supporte plus. Le côté fétichiste et obsessionnel du personnage s'illustre dans les films érotiques qu'il regarde compulsivement, le travail de plasticien qu'il effectue entre photo, collage et découpages dans lequel il cherche à fondre Bilbao.

Bientôt l'obsession se fait plus pressante, les regards lointains et les substituts "artistiques" ne suffisent plus, il "doit" posséder Bilbao. Il ne s'agit pas d'une simple possession sexuelle puisqu'il suffirait de se présenter à elle comme client pour au moins avoir une promiscuité physique (ce qui arrivera mais le laissera tétanisé) mais qu'elle soit véritablement une marionnette soumise et à la merci de ses fantasmes les plus fous. Les films sur ce sujet d'un homme séquestrant une femme pour en faire le jouet de ses désirs n'est à l'époque plus si novateur et a déjà donné son lot de films fous et dérangeants comme L'Obsédé de William Wyler (1965), La Prisonnière d'Henri-Georges Clouzot (1968) ou encore La Bête aveugle de Yasuzo Masumura (1969). Bigas Luna se distingue par sa tonalité glaciale et déshumanisée, mais surtout par une approche assez stupéfiante de frontalité dans les scènes de sexe. 

Rien ne nous est épargné de l'incroyable appétit qu'à Leo du corps de Bilbao, de la satisfaction qu'il éprouve à l'avoir à sa merci et des sévices qu'il lui inflige dont une longue scène où il lui rase le pubis - traitement auquel devra se soumettre l'actrice Isabel Pisano qui n'est pas doublé et eut de grande appréhension sur le tournage. Là encore, Bigas Luna garde une distance froide qui déleste tous ces moments de la moindre sensualité (contrairement aux films voisins sur le sujet évoqué plus haut) pour nous faire simplement partager le regard d'un esprit dément. C'est inconfortable à souhait, austère, tout en finissant par étendre ce mal bien au-delà de la seule psyché dérangée d'un individu. Tout Bigas Luna est déjà là, à nu et regardant nos désirs et notre monstruosité droit dans les yeux.

Sorti en bluray et dvd espagnol chez Mercury Films et doté de sous-titres anglais 

 Extrait

vendredi 8 avril 2022

Caniche - Bigas Luna (1979)


 Angel et sa sœur Eloisa vivent dans une grande maison héritée d'une vieille tante récemment décédée. Petit à petit, une étrange relation se met en place entre eux deux et Dani, un caniche un peu trop présent...

Troisième film de Bigas Luna, Caniche démontre dès ses débuts plus méconnus le sens du malaise et de la provocation du réalisateur. Par son ambiance austère et oppressant, Caniche se déleste même du côté érotique et chatoyant qui pouvait donner un certain attrait à ses classiques à venir malgré les écarts comme Les Vies de Loulou (1990) ou la trilogie ibérique (Jambon, jambon (1992), Macho (1993) et La Lune et le téton (1994)). La monstruosité ordinaire se montre ici sous son jour le plus cru. Angel (Àngel Jové) et Eloisa (Consol Tura ) sont deux frères et sœur vivant misérablement en espérant de jours meilleurs avec le décès imminent d'une vieille tante sénile et démente. En attendant c'est la sinistrose, la solitude et la misère sexuelle qui guide le quotidien de la fratrie qui a des manières très suspectes de la combler. Eloisa reporte son affection sur son caniche Dany, objet de toutes les attentions, l'accompagnant en tout lieu. Angel lui aussi semble nourrir un certain attachement pour les chiens, en général plutôt des molosses errants qu'il se plaît à traquer et à ramener dans leur sordide demeure. 

Bigas Luna manie avec brio l'explicite et l'implicite dans les situations ambigües à travers sa mise en scène qui nous laisse entrevoir le pire. Les cabots recueillis par Angel s'avèrent ainsi invisibles le lendemain de leur arrivée tandis que le réfrigérateur se trouve à chaque fois bien garni en viande qu'Eloisa prépare avec amour pour son cher Dany. Le caniche si choyé s'avère pourtant fort apeuré et cherche souvent à s'enfuir de la maison, comme si son instinct animal lui indiquait l'horreur en sourdine. C'est d'ailleurs assez remarquable comment la direction et le filmage du caniche participe au malaise, les feulements et regard apeuré, les réactions vive dès que Angel le touche, tout cela contribuant à nous donner des indices. Tant que les personnages survivent dans la pauvreté, nous restons dans un relatif non-dit malgré quelques moments chocs notamment une proximité pour le moins inattendue entre Eloisa et Dany.

Lorsque l'héritage tant attendu arrive avec le décès de la tante, le malaise s'expose peu à peu plus crûment. Alors que les tares étaient contenues et cachée des regards dans la fange de la pauvreté, elle e révèle dans l'éclat du luxe. Pour nous signifier que seul le vernis a changé, Bigas Luna travaille une forme de mimétisme dans la gestuelle, les habitudes et espaces traversés par les personnages. Eloisa passe de leur cuisine crasseuse à une autre dernier cri, Angel vidait une piscine insalubre où se noyait les rats pour en arpenter une autre à l'eau immaculée, le tout selon les mêmes angles de prises de vues que la première partie. Les habitudes et désirs pervers demeurent, mais élevés par ce nouveau statut social où la race canine est toujours au centre des préoccupations puisque la fratrie compte investir dans un cimetière de chien. Le lien au chien, au sexe et à la mort est posé et les éléments tapis dans l'ombre auparavant se révèlent pour la déchéance des protagonistes. Déjà jaloux de Dany, Angel se morfond maintenant que sa sœur désormais riche et apprêtée attire l'attention d'autres hommes. S'il faut être un chien pour attirer susciter sa tendresse, il est prêt à régresser. Ce n'est plus seulement l'ombre de la zoophilie et de l'inceste qui plane (le second étant la conséquence de l'étouffement du premier), mais sa concrétisation dans des séquences où l'absurde côtoie le sordide total. 

Le ton austère et glacial, presque d'entomologiste pour Bigas Luna, rend le spectacle aussi aberrant que fascinant. Malgré la nature glauque de l'ensemble, l'ironie éclatante du réalisateur éclate dans un épilogue urbain où l'on voit Dany enfin libéré se trouver de nouvelles protectrices. Bigas Luna s'avère déjà dans cette première période de sa carrière est vrai maître du malaise.

Sorti en dvd espagnol

mercredi 26 janvier 2022

La Lune et le Téton - La teta y la luna, Bigas Luna (1994)


 Tete, petit garçon attristé par la venue d'un petit frère l'éloignant de sa mère, se réfugie dans une passion soudaine pour la très belle Estrellita, de passage dans son village pour jouer le spectacle qu'elle donne avec son mari français à travers le pays. Mais le petit garçon n'est pas le seul à aimer Estrellita, et les passions de se déchaîner, avec douceur et violence, sur fond de rêves éveillés sous le regard d'une Lune complice.

La Lune et le Téton vient clore la trilogie "ibérique" de Bigas Luna après Jambon, jambon (1992) et Macho (1993). Tout comme dans les volets précédents, le réalisateur y interroge certains pans de la culture espagnole par le prisme du sexe et de la masculinité. Il s'agit du plus personnel des trois films pour Bigas Luna puisque grandement autobiographique à travers les souvenirs de son enfance catalane. Le jeune héros Tete (Biel Duran) est donc un double dont les pensées et l'observation du monde des adultes correspond à celle du réalisateur à l'époque. Dans le prolongement des films précédents, la virilité se pose comme un attribut culturel dès la scène d'ouverture avec une démonstration de castell (château en catalan), cette manifestation publique catalane consistant à bâtir une pyramide humaine.

Tete est mis à contribution et doit être la pièce finale de la tour, on le voit péniblement gravir les étages humains, harangué par son père au sol lui sommant de montrer qu'il est un homme, un vrai. Malheureusement Tete échoue et la pyramide s'effondre. Tete n'est pas encore un homme, il reste un enfant comme va le montrer sa réaction à la naissance de son petit frère. Notre héros jalouse la proximité du nourrisson avec sa mère, et plus particulièrement son droit à la tétée à laquelle évidemment lui n'a plus accès. Il ne rêve plus désormais que d'avoir des seins qui ne s'offriraient qu'à lui. Il pense être récompensé quand le couple de saltimbanque formé par Estrella (Mathilda May) et Maurice (Gérard Darmon), s'installe dans sa ville. Estrella est d'une beauté éblouissante et surtout dispose d'une poitrine magnifique que ses tenues mettent grandement en valeur, faisant tourner la tête de l'enfant et pas que lui.

Cet attrait mammaire représente l'entre-deux où se situe Tete, les premiers émois sexuels du préadolescent qui commence à regarder les femmes différemment, mais aussi la tentation d'un retour en enfance où le sein le ramène à une relation maternelle fusionnelle. Tete va donc se rapprocher de Estrellita, tout en observant le triangle amoureux se formant entre elle, son compagnon Maurice et Miguel (Miguel Poveda) un jeune homme tombé fou amoureux d'elle. Les sentiments se jouent ici à une échelle sensorielle et culturelle. Miguel a le coup de foudre en ressentant littéralement une décharge lorsqu'il serrera la main à Estrelitta pour la première fois. Celle-ci est sincèrement amoureuse de Maurice mais est frustrée par l'impuissance de ce dernier. Repoussant d'abord les avances de Miguel, Estrellita y devient progressivement sensible par ce vecteur culturel quand il se met à lui chanter à toute heure des sérénades flamenco devant chez elle. 

La rivalité se fait ainsi par ce côté traditionnel et culturel dans une des plus belles scènes du film, lorsque Miguel (l'acteur Miguel Poveda étant avant tout chanteur cela amène un panache immédiat à la scène) chante sa passion en catalan à l'extérieur tandis qu'un l'intérieur Maurice enlace et danse avec Estrellita au son de L'Homme à la moto d'Edith Piaf. Le plaisir qu'il ne peut plus lui donner physique, Estrellita le prend chez Maurice par l'émoi que provoque en elle ses émissions corporelles, que ce soit l'odeur de ses pieds qu'elle adore sentir ou ses larmes dont elle recueille chaque goutte - sans parler du numéro scénique de Maurice à base de pets. Lorsque Miguel suite à un drame personnel sombre dans une détresse le rendant encore plus vulnérable, c'est le déclic pour Estrella qui s'en rapproche pour l'apaiser et lui en retour qui peut la satisfaire par le sexe. Mathilda May par sa présence sensuelle, protectrice et bienveillante est un véritable idéal de LA femme selon Bigas Luna, amante, confidente et maternelle. Ce difficile statut la rend incapable de choisir entre l'homme qu'elle ne peut aimer que chastement désormais, et celui qui en sus peut la combler physiquement. 

Le jeune Tete observe cette agitation de loin, sans pouvoir s'y mêler. Bigas Luna use donc d'une imagerie poétique, provocante et innocente à la fois pour traduire formellement l'expression de l'amour que voue Tete à Estrellita. Cela passe par la rêverie et quelques images fascinante où Tete imagine Estrellita lui montrer spontanément ses seins, les presser et l'asperger de lait. La contradiction entre le désir encore latent de l'enfant et le besoin de régression enfantine s'entremêlent à travers ce sein sensuel, nourricier et maternel de Mathilda May. Les éléments les plus voyants (la rutilante moto de Maurice) et expressifs de virilité sont bien plus en retrait dans ce film que sur Jambon, jambon et Macho, être un "homme" étant davantage une prise de conscience, une manière de grandir plutôt qu'une démonstration de force. Le père (Abel Folk) de Tete semble ainsi davantage vouloir éveiller un caractère volontaire chez son fils par ses allusions aux racines Romaines (avec quelques scènes décalées où Tete l'imagine en centurion) plutôt macho en puissance.

Tout le récit appelle à solliciter en soi tout ce qui fait bon être un homme, se conjuguant à une sensibilité toute féminine. Autant Macho était une caricature des maux du mâle andalou, autant La Lune et le Téton célèbre la douceur de l'homme méditerranéen. Pour Tete l'accomplissement consistera à enfin parvenir au sommet de la castell en s'imaginant encouragé et récompensé par Estrellita l'invitant à téter ses seins (l'innocence de cette attente s'exprimant quand la mère (Laura Mañá) se substitue à elle et qu'il trouve son lait meilleur). Pour Estrellita, Miguel et Maurice, ce sera le fait de s'astreindre au modèle matrimonial traditionnel pour accepter un plus doux et libre ménage à trois. Plus le film avance, plus il bascule d'une certaine imagerie terreuse et primitive à quelque chose de plus onirique et poétique que permet notamment le monde forain. Une belle réussite pour ce qui est le film le plus lumineux de la trilogie.


 Sorti en dvd zone 2 anglais chez Tartan et doté de sous-titres anglais

mercredi 19 janvier 2022

Macho - Huevos de oro, Bigas Luna (1993)


 Un jeune homme, Benito González, sorti du service militaire, travaille comme ouvrier en maçonnerie à Melilla. Abandonné par sa fiancée, il rentre en Espagne et décide de se lancer, sans argent mais doté d'une ambition à toute épreuve, dans la spéculation immobilière. Séducteur et grand amateur de femmes, Benito use entre autres de ses capacités sexuelles pour atteindre ses buts ; il réussit à épouser la fille d'un riche banquier qui finance ses projets.

Huevos de oro (littéralement les couilles en or) est le second volet de la trilogie ibérique de Bigas Luna. Le réalisateur en ayant l'observation d'une sexualité crue comme fil rouge, s'y attache à observer et exacerber les grands motifs de la culture espagnole. Dans l'inaugural Jambon, jambon (1992), le récit tournait autour du rapport à la nourriture associé à l'appétit sexuel et par extension les formes généreuses de l'héroïne incarnée par Penelope Cruz. Film fiévreux, torride et romantique, Jambon, jambon trouve son exact inverse dans ce second film où Bigas Luna questionne cette fois le machisme et plus spécifiquement sa facette ibérique. Dans la première partie, le machisme du héros Benito (Javier Bardem) se rapproche encore de l'approche de Jambon, jambon, dans une idée de possession de son premier amour Rita (Élisa Tovati) par une pure notion sensorielle de désir animal. 

Jeune militaire en fin de service, Benito s'amourache à Melilla (ville autonome espagnole située sur la côte nord de l'Afrique, en face de la péninsule Ibérique et formant une enclave dans le territoire marocain) où il fait ses classes d'une locale et ses sentiments profonds pour elle se manifeste donc par des éléments sensitifs : constamment la toucher, la sentir, la voir, ne jamais se tenir trop longtemps éloignée d'elle. Bigas Luna associe cette dimension du machisme à quelque chose de primaire, de régressif, d'une certaine beauté sauvage et romantique à travers l'aura prolétaire et virile de Javier Bardem. Le ver est pourtant déjà dans le fruit lorsque Benito se confie quant à ses rêves assez basiques de réussites matérielle. Trahi par ce premier amour, Benito rentre en Espagne et perd donc la candeur romantique associé à "l'ailleurs" pour faire muer son machisme sur une pure notion de richesse et de bling bling capitaliste en se lançant dans l'industrie immobilière.

Bigas Luna construit une figure monstrueuse à la Scarface pour illustrer l'étape ultime de ce machisme latin ibérique. Costume criard, montre rolex tape à l'œil et attitudes frimeuse exacerbée, Benito est dans l'outrance sur le chemin de la réussite et encore plus lorsqu'il aura atteint son objectif. Cette infamie a quelque chose de dangereux et séducteur qui lui permet d'user des femmes à sa guise pour réussir, envoyant la malheureuse Claudia (Maribel Verdú) séduire ses clients potentiels, ou épousant la fragile Marta (Maria de Medeiros) par intérêt pour avoir les faveurs de son père banquier. Le machisme s'associait à quelque chose d'instinctif où cette animalité était un plaisir partagé dans la première partie, et il ne devient plus qu'un élément de soumission dans la seconde. Benito est beau, viril et un amant rugueux faisant fondre les femmes qui lui pardonnent ainsi les pires écarts. 

La volonté de possession matérielle s'associe désormais aussi à celle de possession charnelle, mentale, Benito cherchant désormais à avoir une totale emprise sur ses amantes. Ainsi alors que sa goujaterie conduit à une situation inattendue (son amante Claudia et son épouse Marta nouant une relation amicale puis sexuelle voire amoureuse), il se sent perdre la main et préfère tout faire voler en éclat. Il doit être le seul que l'on regarde, que l'on aime et désire. Bigas Luna déploie un mauvais goût assumé de tous les instants pour nous associer à la vision étriquée de son personnage. Benito se palpe l'entrejambe à tout instant à déclamant des dialogues virilistes surréalistes et hilarant. Arborant une Rolex en or à chaque poignet et observant de loin ses deux femmes il sortira ainsi un mémorable Je possède tout par deux, comme mes couilles !

Bigas Luna avec cet arrière-plan de spéculation immobilière s'inspire bien sûr de tous les nouveaux riches pullulant à l'époque en Espagne et moque leur bêtise, inculture et mauvais goût. Benito même dans ses maladroites volontés de supposé raffinement recherche ainsi les œuvres d'arts les plus criardes dans son intérieur, l'important étant qu'elles soient visibles. On retrouve les motifs de la première partie mais où ce machisme associe tout à la notion d'objet dont il faut s'emparer, dans lequel il faut se vautrer et surtout arborer. Le côté sensitif initial ressurgit mais désormais dévoyé, les scènes de sexe perdent de leur crudité sensuelle pour figurer Benito tel un ogre qui dévore et dépèce ses conquêtes par ses baisers et mains baladeuses. Les buildings qu'ils aspirent à construire sont évidemment associés à des phallus se dressant dans le ciel, la richesse et la puissance sexuelle étant étroitement associée. Javier Bardem est tout simplement extraordinaire dans cette troisième collaboration avec Bigas Luna, et parvient en dépit de ses travers à rendre in fine son personnage touchant.

Les sentiments et l'idée de territoire sont profondément liés chez Bigas Luna. Dans le film, chaque bascule du personnage est associée à un cadre géographique. La perte d'innocence à Melilla, l'ascension en Espagne, et la déchéance se fera dans un territoire encore plus carnassier que la nature profonde de Benito. Notre héros émigre dans le pays et surtout LA ville du tape à l'œil pour le nouveau riche de mauvais goût, les Etats-Unis et la ville de Miami. Il va alors tomber sur une Ana (Raquel Bianca), incarnation de la vulgarité qui va s'avérer plus machiste que lui. 

Elle lui renvoie son fétichisme à la figure quand il lui demande son poids (la femme parfaite devant avoir un poids idéal auquel se soumettent ses conquêtes jusqu'ici, le générique en jouant d'ailleurs en donnant le poids de chaque personnage), l'exploite matériellement et le trompe sans complexe. Avec une ironie mordante, Bigas Luna offre une scène miroir avec une "partie à trois" que subit désormais Benito, voyant un amant plus jeune et vigoureux satisfaire sa compagne. La détresse finale de Benito le renvoie finalement à sa vulnérabilité du début, la virilité tendre tout comme son pendant brutal et superficiel le renvoyant à une même solitude. 

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Tartan Vidéo ou en zone 2 espagnol chez Warner avec des sous-itres anglais dans les deux cas


vendredi 14 janvier 2022

Les Vies de Loulou - Las edades de Lulú, Bigas Luna (1990)


 Lulú qui a quinze ans est séduite par Pablo, le meilleur ami de son frère Marcelo, qui part travailler aux États-Unis. Lulú espère depuis des années que Pablo va revenir dans sa vie. Lorsqu'il revient, il lui fait sa demande en mariage. Pablo et Lulú ont une relation passionnée, développant un goût pour les jeux sexuels.

Les Vies de Loulou voit Bigas Lunas adapter le roman éponyme de Almudena Grandes. Publié en 1989 et auréolé d'un immense succès, il s'agit d'un des livres emblématiques de la Movida dans une observation de la libération des mœurs de l'après franquisme. Bigas Luna s'attaque donc au best-seller dans la foulée de sa récente publication et le film est l'occasion de déployer l'imagerie érotique que fera le sel de sa « trilogie ibérique » avec Jambon, jambon (1992), Macho (1993) et La Lune et le Téton (1994).

Le film suit le parcours initiatique et sexuel de Lulu (Francesca Neri). Bigas Luna par des éléments divers (la réminiscence de son jeu avec un élastique, l'ouverture sur sa chambre d'enfants et ses pérégrinations en roller) la candeur de son héroïne, qu'il contraste avec le désir et les premiers émois sexuels naissants lorsque nous la découvrons adolescente. Cet attrait se concentre sur Pablo (Óscar Ladoire), le meilleur ami de son frère Marcelo (Fernando Guillén Cuervo) dont elle est amoureuse. Ayant trouvé une opportunité de sortir seule avec lui, la jeune fille est brutalement confrontée au désir masculin. L'ambiguïté qui traversera tout le film se manifeste là d'emblée. Pablo se montre lourdement insistant avec l'adolescente, la mettant mal à l'aise par ses attouchements et la forçant presque à lui faire une fellation. Honteuse de s'être montré si timorée, Lulu refuse de rentrer chez elle et la soirée se poursuit, Pablo se montrant alors un amant bien plus patient et prévenant, désinhibant Lulu par une discussion sincère sur ses désirs et ne la prenant qu'une fois confiante et consentante. Il se dégage néanmoins tout un parfum de manipulation et de domination masculine dans ce qui reste une union entre un jeune adulte et une adolescente (même si la question était moins sensible à l'époque du livre et du film). Lulu grandit et se languit de Pablo parti étudier aux Etats-Unis et à son retour la nature ambiguë de leur relation reprend. L'amour s'exprime toujours par cette manifestation de la domination masculine, ici symbolisée par la pratique sexuelle que Pablo va imposer à Lulu pour leurs retrouvailles.

Une fois mariés, les jeux amoureux de Lulu et Pablo les emmènent vers des pratiques de plus en plus libres. Mais désormais Lulu est une adulte libre de ses désirs, notamment sa curiosité pour le monde queer et les transsexuels sillonnant les rues madrilènes la nuit venue. Elle va ainsi nouer une amitié avec Ely (María Barranco) et le temps d'une partie à trois, Bigas Luna montre brillamment comment cet éveil de Lulu est éteint pour revenir aux seules attentes sexuelles de son mari. La scène démarre réellement à trois dans le filmage et le langage corporels des amants avant que Ely en soit progressivement exclue pour laisser le couple (et en réalité l'homme) se satisfaire. On observe le dépit de la femme trans mise sur le côté dans une scène cette détresse est au premier plan plutôt que facette sensuelle. C'est donc l'escalade où ce désir masculin prend un tour monstrueux le temps d'une scène choc où un vrai tabou et franchi et voit la séparation du couple. Libre de suivre ses seules attentes désormais, Lulu explore le fantasme d'abord à travers la pornographie puis la pratique de coucher avec des hommes gay. Toute l'imagerie des communautés queer pittoresques et interlopes popularisés par un Pedro Almodovar est revisité ici sous un jour plus ambigu. 

Les scènes de sexe sont dans l'ensemble incroyablement crues, Bigas Luna poussant les curseurs le plus loin qu'il peut dans un film de cinéma traditionnel. Francesca Neri va très loin dans l'exposition et l'abandon physique avec un courage qui refroidit pas mal d'autres candidates au rôle effrayé par l'approche explicite de Bigas Lunas (comme Ángela Molina initialement envisagée). Si le personnage de Ely représente un aspect bienveillant de ce monde libertin, toutes les atmosphères et l'esthétique des environnements queer font basculer le film dans le baroque et l'excès du giallo. Sans crier gare nous nous trouvons dans un vrai film d'horreur oppressant et inquiétant où en croyant se libérer, Lulu est de nouveau prisonnière du désir masculin - l'occasion de croiser un Javier Bardem débutant et génialement odieux et menaçant. Ce n'est plus une question d'orientation sexuelle mais tout simplement d'exploitation, les mœurs libres de la Movida devenant une matière à nourrir le capitalisme le plus inhumain.

Le problème réside dans la position discutable de Bigas Luna. Le réalisateur a l'habitude de se montrer étrangement moralisateur sous les vrais excès et audaces de ses films, comme Angoisse (1987), merveille de film d'horreur expérimental mais dont le but était d'en dénoncer la violence. Donc ici l'aspect progressiste est contrasté par cette facette monstrueuse associée au monde de la nuit et surtout la conclusion où une Lulu contrite retourne auprès de son époux (qui ne vaut pourtant guère mieux que les autres comme on l'a vu). De plus l'aspect sociétal est trop diffus, la bascule des époques ne se ressent que furtivement par les tenues (les allures d'adolescente sage de Lulu durant la bascule franquisme/Movida) et les décors mais Bigas Luna ne réussit pas autant qu'il le fera dans Jambon, jambon à transmettre la force d'un contexte et d'un lieu géographique comme vecteur d'émotion.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais chez Tartan Cinema