Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 19 janvier 2022

Macho - Huevos de oro, Bigas Luna (1993)


 Un jeune homme, Benito González, sorti du service militaire, travaille comme ouvrier en maçonnerie à Melilla. Abandonné par sa fiancée, il rentre en Espagne et décide de se lancer, sans argent mais doté d'une ambition à toute épreuve, dans la spéculation immobilière. Séducteur et grand amateur de femmes, Benito use entre autres de ses capacités sexuelles pour atteindre ses buts ; il réussit à épouser la fille d'un riche banquier qui finance ses projets.

Huevos de oro (littéralement les couilles en or) est le second volet de la trilogie ibérique de Bigas Luna. Le réalisateur en ayant l'observation d'une sexualité crue comme fil rouge, s'y attache à observer et exacerber les grands motifs de la culture espagnole. Dans l'inaugural Jambon, jambon (1992), le récit tournait autour du rapport à la nourriture associé à l'appétit sexuel et par extension les formes généreuses de l'héroïne incarnée par Penelope Cruz. Film fiévreux, torride et romantique, Jambon, jambon trouve son exact inverse dans ce second film où Bigas Luna questionne cette fois le machisme et plus spécifiquement sa facette ibérique. Dans la première partie, le machisme du héros Benito (Javier Bardem) se rapproche encore de l'approche de Jambon, jambon, dans une idée de possession de son premier amour Rita (Élisa Tovati) par une pure notion sensorielle de désir animal. 

Jeune militaire en fin de service, Benito s'amourache à Melilla (ville autonome espagnole située sur la côte nord de l'Afrique, en face de la péninsule Ibérique et formant une enclave dans le territoire marocain) où il fait ses classes d'une locale et ses sentiments profonds pour elle se manifeste donc par des éléments sensitifs : constamment la toucher, la sentir, la voir, ne jamais se tenir trop longtemps éloignée d'elle. Bigas Luna associe cette dimension du machisme à quelque chose de primaire, de régressif, d'une certaine beauté sauvage et romantique à travers l'aura prolétaire et virile de Javier Bardem. Le ver est pourtant déjà dans le fruit lorsque Benito se confie quant à ses rêves assez basiques de réussites matérielle. Trahi par ce premier amour, Benito rentre en Espagne et perd donc la candeur romantique associé à "l'ailleurs" pour faire muer son machisme sur une pure notion de richesse et de bling bling capitaliste en se lançant dans l'industrie immobilière.

Bigas Luna construit une figure monstrueuse à la Scarface pour illustrer l'étape ultime de ce machisme latin ibérique. Costume criard, montre rolex tape à l'œil et attitudes frimeuse exacerbée, Benito est dans l'outrance sur le chemin de la réussite et encore plus lorsqu'il aura atteint son objectif. Cette infamie a quelque chose de dangereux et séducteur qui lui permet d'user des femmes à sa guise pour réussir, envoyant la malheureuse Claudia (Maribel Verdú) séduire ses clients potentiels, ou épousant la fragile Marta (Maria de Medeiros) par intérêt pour avoir les faveurs de son père banquier. Le machisme s'associait à quelque chose d'instinctif où cette animalité était un plaisir partagé dans la première partie, et il ne devient plus qu'un élément de soumission dans la seconde. Benito est beau, viril et un amant rugueux faisant fondre les femmes qui lui pardonnent ainsi les pires écarts. 

La volonté de possession matérielle s'associe désormais aussi à celle de possession charnelle, mentale, Benito cherchant désormais à avoir une totale emprise sur ses amantes. Ainsi alors que sa goujaterie conduit à une situation inattendue (son amante Claudia et son épouse Marta nouant une relation amicale puis sexuelle voire amoureuse), il se sent perdre la main et préfère tout faire voler en éclat. Il doit être le seul que l'on regarde, que l'on aime et désire. Bigas Luna déploie un mauvais goût assumé de tous les instants pour nous associer à la vision étriquée de son personnage. Benito se palpe l'entrejambe à tout instant à déclamant des dialogues virilistes surréalistes et hilarant. Arborant une Rolex en or à chaque poignet et observant de loin ses deux femmes il sortira ainsi un mémorable Je possède tout par deux, comme mes couilles !

Bigas Luna avec cet arrière-plan de spéculation immobilière s'inspire bien sûr de tous les nouveaux riches pullulant à l'époque en Espagne et moque leur bêtise, inculture et mauvais goût. Benito même dans ses maladroites volontés de supposé raffinement recherche ainsi les œuvres d'arts les plus criardes dans son intérieur, l'important étant qu'elles soient visibles. On retrouve les motifs de la première partie mais où ce machisme associe tout à la notion d'objet dont il faut s'emparer, dans lequel il faut se vautrer et surtout arborer. Le côté sensitif initial ressurgit mais désormais dévoyé, les scènes de sexe perdent de leur crudité sensuelle pour figurer Benito tel un ogre qui dévore et dépèce ses conquêtes par ses baisers et mains baladeuses. Les buildings qu'ils aspirent à construire sont évidemment associés à des phallus se dressant dans le ciel, la richesse et la puissance sexuelle étant étroitement associée. Javier Bardem est tout simplement extraordinaire dans cette troisième collaboration avec Bigas Luna, et parvient en dépit de ses travers à rendre in fine son personnage touchant.

Les sentiments et l'idée de territoire sont profondément liés chez Bigas Luna. Dans le film, chaque bascule du personnage est associée à un cadre géographique. La perte d'innocence à Melilla, l'ascension en Espagne, et la déchéance se fera dans un territoire encore plus carnassier que la nature profonde de Benito. Notre héros émigre dans le pays et surtout LA ville du tape à l'œil pour le nouveau riche de mauvais goût, les Etats-Unis et la ville de Miami. Il va alors tomber sur une Ana (Raquel Bianca), incarnation de la vulgarité qui va s'avérer plus machiste que lui. 

Elle lui renvoie son fétichisme à la figure quand il lui demande son poids (la femme parfaite devant avoir un poids idéal auquel se soumettent ses conquêtes jusqu'ici, le générique en jouant d'ailleurs en donnant le poids de chaque personnage), l'exploite matériellement et le trompe sans complexe. Avec une ironie mordante, Bigas Luna offre une scène miroir avec une "partie à trois" que subit désormais Benito, voyant un amant plus jeune et vigoureux satisfaire sa compagne. La détresse finale de Benito le renvoie finalement à sa vulnérabilité du début, la virilité tendre tout comme son pendant brutal et superficiel le renvoyant à une même solitude. 

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Tartan Vidéo ou en zone 2 espagnol chez Warner avec des sous-itres anglais dans les deux cas


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