Karen Christence Dinesen (Meryl
Streep), une jeune aristocrate danoise, rejoint le Kenya - à l'époque,
colonie britannique - pour épouser le frère de l'amant qui n'a pas voulu
d'elle. Par ce mariage, elle devient la baronne Karen Blixen. Elle en
vient vite à éprouver un amour profond pour l'Afrique, alors que
l'Europe entre dans la Première Guerre mondiale. Elle s'acharne à faire
pousser des caféiers sur les terres nues et désolées de sa ferme, dans
l'espoir de protéger la tribu africaine qui y vit. Délaissée par son
mari volage, Karen s'éprend violemment d'un chasseur, Denys Finch Hatton
(Robert Redford), aussi libre et farouche que les fauves qu'il
poursuit.
Sidney Pollack réalisait une de ces œuvres les plus célébrées avec ce
Out of Africa.
Le film est une évocation de la vie de Karen Blixen, jeune danoise
ayant vécu et s'étant épanouie durant 17 ans au Kenya et qui fut
contrainte de rentrer au Danemark quand elle fut contrainte de vendre la
ferme qu'elle y dirigeait. Elle mit de long mois à surmonter ce départ
de ce qui avait fini par devenir sa vraie contrée, sombra dans la
dépression et fit plusieurs tentatives de suicide. Elle trouva alors
refuge dans l'écriture, affrontant ses démons dans le recueil de
nouvelles Sept contes gothiques puis en évoquant enfin sa vie au Kenya
dans
La Ferme Africaine paru en
1937.
C'est cet ouvrage qui lui vaudra le succès et intéressera très tôt
Hollywood puisque Greta Garbo puis Audrey Hepburn seront envisagée pour
incarner Karen Blixen avant que bien plus tard Meryl Streep endosse le
rôle. Sidney Pollack adapte ici
La Ferme Africaine mais aussi les deux biographies
The Life of a Storyteller de Judith Thurman et
Silence Will Speak
d'Errol Trzebinski. Le film oscillera ainsi constamment entre la vision
idéalisée et romanesque issue des écrits de Karen Blixen et un certain
réalisme et vérité sur les évènements amenés par ses biographes.
I had a farm in Africa at the foot of the Ngong Hills...
Le voile d'un souvenir béni se dévoile dès cette phrase d'ouverture en
voix-off. La silhouette d'un chasseur dans un soleil couchant
rougeoyant, un avion survolant des plaines paradisiaques, un
kaléidoscope d'images évoque les paysages regrettés et amours perdus
sous-entendus par cette tirade. Pollack ramène cette nostalgie au
présent en représentant l'évasion et la libération que représenta cette
Afrique pour Karen Blixen (Meryl Streep). Déçue dans la passion qu'elle
vouait à Hans Blixen et entravée dans une existence aristocratique peu
conforme à ses aspirations, Karen va résoudre ces deux problématiques
d'un coup. Par le mariage avec le Baron Bror Blixen (Klaus Maria
Brandauer), son meilleur ami et frère jumeau de son amant elle gagne la
liberté dans cette société conservatrice dont elle n'a rien à attendre
et va pouvoir gagner avec lui l'Afrique et le Kenya, terre de toutes les
promesses.

Pollack exprime cet immense espoir par la séquence d'arrivée
en Afrique par le train et la magnificence du cadre est exprimée par
les vues aériennes majestueuses où le train se perd dans les vastes
landes traversée. C'est pourtant l'intime qui prévaut avec ces plans sur
la silhouette de Meryl Streep ç l'arrière du wagon observant le
paysage, tandis que la musique de John Barry joue autant sur la beauté
contemplative dans ses envolées (le thème principal reste inoubliable)
que d'une certaine dimension de tristesse et de regret pour exprimer la
perte de ses lieux. Comme pour annoncer la suite, cette éblouissement
s'accompagne ensuite de la brève rencontre avec Denys Finch Hatton
(Robert Redford) son futur grand amour.

Sidney Pollack a
constamment une double vision de cette Afrique. C'est d'abord et encore
une terre sauvage et indomptée où l'on peut venir assouvir sa soif
d'aventures et de liberté. Tous les personnages semblent avoir voulu y
fuir les contraintes de la civilisation et de ses codes rigides pour
s'épanouir dans une vie de chasse et d'exploration au grand air (Denys
et Bror), pour aller à la découverte de l'autre et s'enrichir
mutuellement (Karen). Seulement ces aspirations semblent incompatibles
avec une vie à deux, cette soif de liberté en devenant même l'obstacle
principal. Karen et Bror avec leur mariage en forme d'arrangement en
commun n'y résistant pas, le caractère indépendant et la force de Karen
écrasant littéralement son époux obligé de fuir la ferme. Plus tard les
amours entre Karen et Denys ne pourront qu'être épisodiques et sans
socle réel pour les mêmes raisons, Denys fuyant la prison d'une vie
domestique que Karen appelle.

La prestation de chacun des acteurs va
dans ce sens. Meryl Streep (qui n'a sans doute jamais été plus belle à
l'écran) est un parfait mélange de douceur et de détermination, à la
fois charnelle et indomptable. Robert Redford est quant à lui finalement
très en retrait, présence effacée et idéalisée constituant une sorte de
fil rouge apaisant au récit au fil de ses réapparitions mais dont
toutes les failles apparaissent lorsque ce glissement s'interrompt pour
le placer face à un vrai engagement possible. C'est un personnage
vecteur d'émotions fugaces et passionnées, dont la présence est synonyme
d'éclats romanesques qui ne pourront constituer qu'un magnifique
souvenir mais pas une vie à deux.

S'il symbolise les souvenirs amoureux
fantasmés de Karen Blixen, cette dernière représente un côté plus
humain, terrien et palpable qui nous fait découvrir l'Afrique dans son
quotidien avec sa relation aux autochtones, son implication dans leur
vie et sa volonté d'améliorer leur quotidien. L'amitié sobre et intense
avec le serviteur Farrah (Malick Bowens) ou la reconnaissance du jeune
Kamanthe qu'elle soigne et reconverti cuisinier en sont l'illustration
la plus concrète, mais Pollack multiplie les moments anodins où cette
proximité se ressent tel les plus jeunes Kikuyu piochant régulièrement
et librement dans ses poches pour y chercher du sucre qu'elle garde pour
eux.

Si la passion ne peut s'assouvir sur le long terme dans ses
terres kenyanes, Pollack fonctionnera constamment sur l'éphémère et le
simple plaisir du moment pour laisser s'épanouir ses personnages. Cela
s'exprimera par la communion intellectuelle (moment feutré absolument
parfait où Karen captive Denys par son art de conteuse en début de
film), spirituelle (Karen et Denys savourant ensemble l'époustouflant
panorama qu'ils survolent en avion en se tenant la main) et bien sûr
charnelle avec une première étreinte qui met longtemps à se dessiner
puis une seconde plus fougueuse où le thème plus tourmenté de Barry
(loin de la ponctuation romantique attendue) exprime de nouveau cette
aspect fugace dont il faut profiter dans l'urgence. John Barry signe un
de ses scores les plus fameux et flamboyant (récompensé par un Oscar)
qui possède un rôle narratif et thématique plus subtil qu'il n'y parait.
L'exemple le plus frappant est lorsque Karen décide d'entamer une
longue traverser pour apporter des provisions à Bror bloqué avec sa
garnison.

La musique prend ses accents les plus inquiétants lorsque tout
va bien au début du périple avec une Karen confiante et à l'inverse se
fera la plus héroïque et galvanisante lorsque Karen arrive à bon port
totalement défaite et épuisée sous les yeux d'hommes circonspects. En
orientant le compositeur vers cette construction mélodique, Pollack nous
signifie parfaitement que seul le voyage, les expériences et le
souvenir qu'elles nous laissent son importantes. Le seul défaut est que
par ce choix Pollack instaure une ambiance feutrée, sans vrais enjeux
dramatiques puisque tout semble joué.

Logique mais frustrant et
finalement l'émotion atteint son comble lorsque les personnages sont
inéluctablement séparés lors du final (on peut en dire autant du peu que
l'on aura vu de la romance de Berkeley (Michael Kitchen) avec une belle
indigène d'ailleurs jouée par Imam Bowie) alors qu'elle n'aura jamais
atteint ces hauteurs dans leurs scène communes aussi belles soit elles.
La beauté du continent noir signifiera ainsi jusqu'au bout se raccrocher
à l'inaccessible, l'amour déçu se confondant avec le départ forcé lors
du poignant final, le tout ne pouvant revivre que par la mémoire et les
ouvrages de Karen Blixen.
Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Universal, pour le blu ray attention privilégiez l'édition américaine multi régions c'est la seule ou le film a été réellement restaurée toutes les autres éditions sont médiocres