Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 20 avril 2013

Zelig - Woody Allen (1983)

Leonard Zelig est un homme-caméléon : en présence de gros, il devient gros ; à côté d'un noir, son teint se fonce ; parmi les médecins, il soutient avoir travaillé à Vienne avec Freud, etc. Bien sûr, les médecins s'intéressent à son cas sans en percer le secret, jusqu'au jour où le Dr. Fletcher s'isole avec Zelig et arrive à le soigner sous hypnose.

Woody Allen aura promené de bien des façons tout au long de sa filmographie son personnage récurrent de petit juif hypocondriaque et névrosé, de la plus tendre, tragique à la plus loufoque. Zelig propose une spectaculaire fusion entre la tonalité potache et farceuse des débuts avec l'émotion dont il est désormais capable depuis les joyaux que sont Annie Hall (1977) et Manhattan (1979).

Le point de départ est des plus absurde avec cet être étrange qu'est Leonard Zelig, caméléon humain qui adopte toutes les caractéristiques physiques et de personnalité de quiconque se trouve en sa présence avec des résultats spectaculaires et délirant : asiatique quand il se trouve à Chinatown, trompettiste noir virtuose en présence d'un orchestre de jazz, médecin plus que convaincant lorsqu'il se trouve dans un hôpital... Leonard Zelig est à la fois tout le monde et personne.

La forme sera aussi surprenante que le pitch avec ici un faux documentaire faisant dix ans avant Forrest Gump voyager son héros naïf à travers les grands évènements de son époque (les années 20/30) où il fait figure de bête curieuse dans une illustration oscillant entre recyclage virtuose d'images d'archives, effets optiques stupéfiants intégrant Zelig au côté de personnalités majeures, le tout relié par une voix off tour à tour neutre, impliquée ou farceuse de Patrick Horgan.

Le film adopte ainsi un côté très sérieux avec ces intervenants et experts réagissant au présent à ces évènements passés mais qu'Allen conscient de l'absurde de son argument désamorce toujours à coup de gags plus ou moins discret et souvent liés aux transformations improbables de son héros.

L'ensemble aurait pu sombrer dans la seule farce mais Allen parvient finalement à susciter l'émotion à travers le poignant destin d'un homme qui se cherche. On peut forcément faire le parallèle entre Zelig et Woody Allen. Même si hypertrophiés, les complexes et les doutes de Zelig furent forcément ceux d’Allen et leurs résolutions partielles similaires. Zelig parvient à s'intégrer au monde en s'identifiant aux autres à l'extrême, Woody Allen gagna l'admiration et l'affection de ses pairs par son bagout et son humour. Tous deux réussissent en devenant des hommes-spectacle, la différence étant que pour Zelig c'est involontaire et qu'il subit cette condition le transformant en phénomène de foire.

Une telle idée propose d'infinies possibilités scénaristiques qu'Allen amène de façon inventive sur ses terrains familiers de l'humour, de la romance et d'une vision captivante de la psychanalyse. La pathologie de Zelig questionne autant d'un point de vue universel chez quiconque aura essayé de s'intégrer et se fondre dans un certain milieu qu'à l'intime et au sociologique avec cet antisémitisme ordinaire encore vivace et bien connu dans l'Amérique de l'entre -deux guerre.

La nature changeante des médias et de la population vous faisant passer d'idole à paria en un rien de temps (ce qu'allait d'ailleurs vérifier douloureusement Allen quelques années plus tard) est également largement fustigé, tout en nous faisant néanmoins savourer le côté enjoué et sautillant des Années Folles.

La tonalité fantaisiste ne disparait jamais vraiment mais une sourde mélancolie parcoure ainsi l'ensemble laissant peu à peu poindre les failles sous les rires avec notamment les entretiens de la chambre blanche où Zelig tombe le masque et révèle ses peurs. Ainsi mis à nu, le personnage cesse d'être un sujet d'amusement pour le spectateur et de thèse pour sa psychanalyste Eudora Fletcher (Mia Farrow) qui émue par cette fragilité va tomber amoureuse de lui. Et avec l'amour d'une seule personne, l'opinion de toute les autres n'a plus d'importance semble nous dire Allen dans le rétablissement sinueux mais spectaculaire de Zelig.

Le mimétisme entre Woody Allen et Zelig devient total lorsque désormais pour chacun cette singularité devient synonyme de reconnaissance, dans le monde du spectacle bien sûr pour le réalisateur et vecteur d'un exploit final invraisemblable pour notre caméléon au nez et à la barbe d'Hitler avec un dernier détournement d'image mémorable. Sans doute un des films les plus personnels de Woody Allen qui y passa près de trois ans entre l'écriture du scénario en 1980 et les tournages parallèles de Comédie érotique d'une nuit d'été (1982) et Broadway Danny Rose (1984), y revenant constamment notamment pour peaufiner les effets visuels.

 Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

Extrait

1 commentaire:

  1. J'ai apprécié ce petit bijou d'humour très sérieux lors de sa sortie, et tous les spectateurs n'étaient pas charmés comme je l'étais : au milieu de la séance, la salle s'était à moitié vidée. Grand film!

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