Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Takashi Miike. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Takashi Miike. Afficher tous les articles

jeudi 2 janvier 2020

First Love, le dernier Yakuza - Hatsukoi, Takashi Miike (2019)


Tokyo, la nuit. Leo, un jeune boxeur, rencontre son « premier amour », Monica, une callgirl toxicomane. Elle est involontairement impliquée dans un trafic de drogue. Toute la nuit, un policier corrompu, un yakuza, son ennemi juré et une tueuse envoyée par les triades chinoises, vont les poursuivre.

Un bon cru pour le toujours très inégal Takashi Miike qui nous emmène dans un joyeux jeu de massacre avec First Love. Le film est une sorte de voyage vers la pureté dans la progression de son intrigue et le développement de ses personnages, tous auréolés d’une faille physique et/ou morale : un jeune boxeur (Masakata Kubota) condamné par une tumeur au cerveau, une jeune femme prostituée (la star pop Becky pour son premier rôle au cinéma) pour rembourser les dettes de son père, un policer corrompu (Nao Omori), un dealer ou encore un jeune yakuza aux dents longues. Du fait que cette faille soit subie ou volontaire entraînera certaines interactions des protagonistes dans une folle nuit où le vol d’une cargaison de drogue va entraîner un féroce jeu de massacre.

Miike ose les hasards aussi incongrus que poétiques pour rapprocher le boxeur et la jeune prostituée mais toujours articulés par un motif dramatique tandis que ces mêmes jeux du destin enfoncent les figures négatives. On baigne dans la comédie noire façon frères Coen chez les yakuzas à la sauce Miike, avec toute cette galerie de personnages déjantés et stupides. Cette dimension grotesque permet de suivre avec un plaisir jubilatoire les méchants trop sûrs d’eux qui perdent pied, notamment Kase (Shota Sometani), le yakuza juvénile dont les atours glamour s’effondrent peu à peu pour le rendre de plus en plus pathétique. Les gags pleuvent dans des mises à morts grotesques et Miike ne réserve une forme d’épure qu’à son couple de héros juvéniles dont les maux se répondent. Leo le boxeur sort de sa torpeur et prend tous les risque pour la prostituée, car se sachant condamné quand cette dernière s’abandonne à ses divers oppresseurs jusqu’à l’arrivée de ce sauveur inattendu. 


Ce voyage vers la pureté porte le film à travers différentes strates. Le début nous montre des yakuzas contemporains, brutaux et sans scrupules face à la concurrence bien réelle des triades chinoises prenant le pas dans le monde du crime tokyoïte – le personnage du jeune yakuza ambitieux illustre cette situation. On revient pourtant à la figure chevaleresque du yakuza une fois que les aléas du récit nous auront débarrassé des brebis galeuses avec le personnage du chef yakuza fraîchement sorti de prison. Un dialogue sur son dégoût du trafic de drogue souligne cet idéalisme moral fantasmé du yakuza, tout comme son comportement final héroïque. Miike l’explicite dans une touche aussi référentielle que bis avec son affrontement au sabre avec un gangster chinois sabreur manchot. 

Cet élément achève de faire basculer le film dans le fantasme bis et surtout dans le conte moderne sanglant façon True Romance pour ce qui relève du couple de héros. Ainsi, non content d’échapper à la horde de criminels qui les traque, ils le font par une superbe idée de cinéma avec une cascade improbable filmée en séquence d’animation. Miike aura beau jouer les cyniques détachés en justifiant son choix par le manque de cascadeurs japonais aptes à réaliser la prouesse en live (et dans le film, un dialogue décalé sur la qualité des autos japonaises) on sent bien que cette fuite définitive du réel est là pour sauver les personnages par la magie du cinéma. Le meilleur film de son auteur depuis bien longtemps, une belle surprise !

En salle 

mardi 6 novembre 2012

Hara-Kiri: Mort d'un samouraï - Ichimei, Takashi Miike (2011)


Voulant mourir dignement, Hanshiro, un samouraï sans ressources, demande à accomplir un suicide rituel dans la résidence du clan Li, dirigé par le chef Kageyu. Essayant de décourager Hanshiro, Kageyu lui conte l’histoire tragique d’un jeune ronin, Motome, venu récemment avec la même requête. Hanshiro est traumatisé par les détails horrifiants du sort qui fut réservé à Motome mais il persévère dans sa décision de mourir dans l’honneur. Au moment de se faire hara-kiri, il présente une ultime requête : il désire être assisté dans son acte par trois lieutenants de Kageyu, qui sont absents tous les trois, par une étrange coïncidence. Méfiant et furieux, Kageyu demande à Hanshiro de s’expliquer. Ce dernier révèle ses liens avec Motome et livre le récit doux-amer de leurs vies. Kageyu comprendra bientôt que Hanshiro s’est lancé dans une épreuve de force. 

 Les craintes étaient grandes à voir le touche à tout stakhanoviste et déjanté Takashi Miike s’attaquer à un monument tel que Hara-Kiri. Si elles sont confirmées, ce n’est étrangement pas forcément sur les aspects attendus. Il est assez injuste mais obligatoire pour qui connaît l’original de donner plusieurs fois dans la comparaison, constamment au désavantage de Miike. Le film de Masaki Kobayashi tenait une partie de sa force par l’écho contemporain de son intrigue. Le réalisateur y remettait en cause la gloire et la prospérité associée par les Japonais à l’ère Edo, et, en soulignant l’autoritarisme du Shogun à cette période, évoquait le régime totalitaire qui mena le pays à sa perte durant la Deuxième Guerre Mondiale. User d’un contexte historique lointain pour traiter d’errance plus proche était l’objectif de Kobayashi qui avait déjà abordé le sujet frontalement dans La Condition de L’Homme.

Miike, on ne peut l’en blâmer, ne bénéficie bien évidemment pas d’un cadre aussi fort. Une approche neuve du sujet (adapté du roman de Yatsushiro Takiguchi) aurait donc été bienvenue mais Miike, au lieu d’affirmer sa patte quitte à hérisser les amateurs du Kobayashi, ne fait que le singer lourdement. Le pesant générique d’ouverture sur l’armure du fief est ici repris avec une rare platitude là où la force de l’image faisait passer tout l’autoritarisme d’un univers qu’on s’apprêtait à découvrir.

L’intrigue est bien sûr similaire : un vieux rônin se rend chez un seigneur afin d’effectuer un seppuku mais lorsqu’il raconte la terrible histoire qui l’a mené là on comprend que son objectif tient plus de la terrible vengeance. Miike ajoute quelques séquences intimistes et bénéficie d’une excellente interprétation mais le non connaisseur de l’original y verra un mélodrame bien trop appuyé et fort longuet. Pour les autres, le fossé se ressentira par une subtilité totalement disparue entre le film de 1962 et celui de 2011.

Le contexte historique sans doute moins parlant pour un spectateur contemporain (japonais ou non) donne dans un sur-explicatif lassant et il en va de même dans les moments dramatiques. Le seul visage fiévreux de Tatsuya Nakadai faisait passer toute une gamme d’expressions retenues lorsque Miike a recours à de long tunnels de dialogues ou de séquences lourdes de sens (l’interminable suicide de la fille face aux corps de son époux et de son fils mort) pour un bien moindre impact. Globalement une relecture assez ratée donc, manquant d’inspiration pour trouver sa propre voie et de talent  lorsqu’elle cherche à calquer son modèle

Sorti en dvd zone 2 français chez Bodega Films