Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 9 janvier 2016

Le Massacre de Fort Apache - Fort Apache, John Ford (1948)

1876. Une diligence transportant un militaire haut gradé et sa fille traverse les paysages majestueux de Monument Valley. Le lieutenant-Colonel Owen Thursday (Henry Fonda) se rend dans le désert de l’Arizona prendre le commandement de Fort Apache. Il juge indigne cette nouvelle et humiliante affectation, lui qui détenait le grade de Général durant la Guerre de Sécession. Il espère pourtant acquérir gloire et renommée en matant les révoltes apaches.

Le Massacre de Fort Apache est le premier volet de la trilogie que consacrera John Ford à la cavalerie américaine, suivi plus tard par La Charge héroïque (1948) et Rio Grande (1950). John Wayne jouera dans les trois films, incarnant le même personnage de Kirby York qui gravira les échelons de l’armée et gagnera en âge au fil de la trilogie. Le film inaugure la collaboration de Ford avec le scénariste et ancien journaliste Frank S. Nugent (l’échec de son film précédant Dieu est mort (1947) ayant stoppé la collaboration avec Dudley Nichols qui l’accompagnait depuis les années 30) qui sera à l’écriture de tous ces grands films à venir. John Ford l’incite à lire le roman Massacre de James Warner Bellah qui sera une source pour ce film qui s'inspire librement de la bataille de Little Big Horn perdue par le général Custer contre les Sioux en 1876. Ce fait historique aura déjà donné un grand film (largement romancé) signé Raoul Walsh avec La Charge fantastique (1941) mais John Ford ne transposera pas directement les évènements, changeant les noms, les lieux et romançant les protagonistes tout en respectant le déroulement et la topographie de la vraie bataille. Cet espace fictionnel lui permettra ainsi d’exprimer au mieux sa vision.

La description de l’armée dans le film constitue une opposition entre la collectivité et l’individu. Ces deux notions s’expriment à travers le personnage du Lieutenant-Colonel Owen Thursday (Henry Fonda) - et dans une moindre mesure l’agent du gouvernement corrompu joué par Grant Withers – et son opposition à pratiquement tous les autres protagonistes. L’affectation au poste de Fort Apache est pour les autres personnages un devoir dont ils s’acquittent et ne discutent pas, voir même un motif de retrouvailles familiales pour le jeune lieutenant Michael O'Rourke (John Agar). Pour l’ambitieux Thursday, c’est une régression après les hautes responsabilités qu’il tint durant la Guerre de Sécession. Cela entraînera une froide distance entre lui ses hommes, sa frustration et son sentiment de supériorité l’amenant à une rigidité sans nuances. Ford lui donne les contours de l’autorité opaque et désincarnée qu’il mettra constamment en opposition aux chaleureux rapports humains qui régissent le Fort. 

Le réalisateur l’exprime à travers les amusantes scènes de comédie de régiment où l’apprentissage, la compétence et le respect naissent de la camaraderie. On rit ainsi de voir les nouvelles recrues moquées et bousculées dans leurs découvertes des bases, les officiers les leur inculquant dans un mélange de complicité (les officiers demandant les régions d’origines des soldats avant de les grader durant chaque nouvel exercice) et de franc et rigolard coup de pied aux fesses. La notion de collectif et de ses règles s’inscrit ainsi dans cette alliance d’effort et de camaraderie, l’armée ne formant plus qu’une entité unie en tenant compte de ces deux aspects. On pense aussi aux femmes du fort fonctionnant dans une vraie entraide domestique et bien sûr la charmante romance juvénile naissante entre Philadelphia (Shirley Temple dans un de ses derniers rôles au cinéma), fille de Thursday, et le lieutenant O’Rourke. Sur chacun de ces aspects, Thursday n’aura que des réponses servant son égoïsme. La rigueur militaire s’exprime par une préoccupation tatillonne sur les tenues un mépris social inconcevable dans un collectif formant un monde en soi s’exprimera dans son opposition aux amours de sa fille.

John Ford aura introduit ces aspects durant une première heure plaisante nous immergeant dans ces lieux et nous attachant aux personnages (la truculente galerie de seconds rôles de Ford fait toujours son effet), un moment où ce clivage reste sans conséquences. Ce sera le cas lorsqu’il sera question de stratégie, diplomatie et tout simplement empathie pour autrui dans la difficile gestion du problème indien. L’affrontement se restreindra alors au psychorigide Thursday face à Kirby Roy (John Wayne), l’autorité aveugle face au pragmatisme et l’humanité. Henry Fonda fascine dans ce pur masque de dureté impitoyable alors que le charisme du Duke ne cesse de s’amplifier au fil de l’expression des valeurs de son personnage. Le regard bleu et opaque de Fonda s’accompagne d’une posture raide où il semble constamment tourné sur lui-même, imperméable au monde qui l’entoure dont l’agitation ne stimule que des réactions démontrant un esprit obtus (voir la négociation avec Cochise qui tourne court). 

Cela se ressent dans la manière dont Ford le positionne dans les incroyables décors de la Monument Valley, Fonda ne se fondant jamais dans l’espace et subissant toujours un cadrage restreint (gros plan ou plan d’ensemble où il occupe seul l’image). A l’inverse le regard de John Wayne semble toujours se porter au loin, preuve à la fois de sa curiosité de l’autre et de la réelle connaissance qu’il en a, Ford osant ainsi fondre sa silhouette dans ce vaste espace désertique et montagneux où il peut déambuler. La menace latente que son ignorance et son mépris de l’autre laisse déteindre s’exprime ainsi par cette vue et espace restreint quand Wayne se déploie avec majesté à l’image.  Ce motif sera poussé jusqu’à une mort pathétique et anonyme dans un nuage de poussière pour une défense pathétique quand Ford cadre majestueusement John Wayne baissant les armes au côté de ses hommes, y gagnant le respect et la vie sauve. L’intime et le grandiose se côtoient donc dans un morceau de bravoure sacrément impressionnant. 

John Ford avec La Chevauchée fantastique (1939) avait figé l’image de l’indien sauvage, belliqueux et anonyme qui deviendrait la norme dans le western américain (et ce quand bien même les premiers westerns muets se montraient très respectueux dans leur représentation des indiens d’Amérique). Il n’aura de cesse de s’excuser d’avoir façonné ce cliché et cherchera toujours à le corriger dans ses westerns suivant (jusqu’à peut-être tomber dans l’excès inverse avec les indiens compatissants et pacifistes de Les Cheyennes (1964), ultime western) et on peut penser que ce changement s’opère vraiment avec Le Massacre de Fort Apache. Sans s’inscrire dans la vague du western pro-indien qui naîtra avec La Flèche brisée (1950), le film représente un peuple indien noble, vertueux, pétri de valeurs et respectueux d’un adversaire qui en vaut la peine comme le montrera l’ultime face à face avec John Wayne.

Une grande réussite dont la conclusion annonce déjà la fameuse tirade de L’Homme qui tua liberty Valance (1962), « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». L’entité collective de l’armée se voit ainsi renforcée par la disparition « héroïque » du plus individualiste de ses représentants, qui finalement se vérifia dans la réalité avec un Général Custer longtemps dépeint comme un vrai héros national (le classique de Walsh était là pour le prouver). Une des plus éclatantes réussites western de John Ford. 

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse 

 

vendredi 22 octobre 2010

Depuis ton départ - Since You Went Away, John Cromwell (1944)


Seule pour élever ses filles après le départ de son mari à la guerre, Anne Hilton reçoit de nombreuses lettres de celui-ci et aime partager leur lectures avec ses filles. Mais un jour, elle reçoit un avis de disparition.

Adaptation d'un roman de Margaret Buell Wilder, une belle production O'Selznick qui s'attarde sur les laissés pour compte des récits sur la Seconde Guerre Mondiale à savoir les familles dont les membres furent mobilisés au front. Sans réelle intrigue directrice, le film nous fait ainsi suivre la manière dont est vécue l'absence du père au sein de la famille Hilton, désormais réduite à la mère courage incarnée par Claudette Colbert et ses deux filles, l'adolescente Jane (Jennifer Jones) et la plus jeune Bridget (Shirley Temple).

Le poids du vide laissés par l'absent se manifeste dès la magnifique séquence d'ouverture où la caméra s'attarde sur son fauteuil vide, puis parcourant la pièce sur les objets évoquant le passé heureux de la famille. Tout les éléments sont là pour donner dans la mièvrerie agaçante (hormis l'odieuse mégère jouée par Agnès Moorehead tout les personnages sont globalement positif et ont un bon fond) mais la justesse des situations et l'interprétation inspirée distille finalement une incroyable chaleur et émotion.

Claudette Colbert incarne à merveille cette femme seule héritant sans y être préparée de l'entière gestion d'un foyer et alterne douce mélancolie et vraie légèreté avec brio. La plus impressionnante est cependant Jennifer Jones passant de l'ado insouciante à l'amoureuse transie puis la jeune femme accomplie avec une prestance et une grâce qui laisse pantois, pas la plus spectaculaire de ses performances (on est loin des rôle sulfureux et volcanique qui feront sa gloire) mais sûrement la plus touchante. Shirley Temple complète le trio pour un de ses premiers rôles adolescent (si ce n'est le premier) où elle s'avère tout aussi pétillantes que dans ses interprétations enfantines (elle parait d'ailleurs bizarrement plus jeune que dans I'll be seing you sorti la même année).

La vie continue donc au rythme des amours et amitiés naissante tandis que l'attente fébrile des nouvelles du front pèse tel une chape de plomb dans l'esprit de chacun. C'est réellement un films de personnages ici nombreux à graviter autour des Hilton et dont le caractère et les problématique oriente chaque direction narrative du film. Robert Walker (mari de Jennifer Jones à la ville avant qu'elle soit avec David O'Selznick) est ainsi très attachant en soldat timide et emprunté amoureux de Jennifer Jones, ayant du mal à sortir de l'ombre de son bougon grand père campé avec énergie par Lionel Barrymore. Joseph Cotten amène une légèreté bienvenue avec sa figure d'oncle (presque une lecture positive de son personnage de L'Ombre d'un Doute amusant) séducteur au bagout irrésistible. Sous ce détachement il tire également son épingle du jeu en dévoilant subtilement les réels sentiments qu'il a pour Claudette Colbert.

D'un début très drôle et insouciant, le ton du film avance dans une certaine mélancolie alors que le manque de l'autre se fait sentir et que les drames rattrapent forcément la famille. L'alchimie entre les trois actrices fait merveille que se soit la communion lors de la lecture des lettres du père au coin du feu ou la réaction de chacune lors des moments douloureux tel cette réaction digne et bouleversante de Jennifer Jones à une terrible annonce pour elle.

Nous sommes dans une production O'Selznick donc en dépit du ton intimiste, les moments visuellement spectaculaires abondent : une séquence de bal extraordinaire aux décors impressionnants et surtout scène de séparation à la gare qui multiplie les prouesses et transcende totalement l'émotion du moment,fabuleux. Tout juste reprochera t on peut être une longueur un poil excessive, les 3h se font clairement ressentir dans la dernière demi heure mais le film est tellement vibrant (superbe musique de Max Steiner) et plein de grâce qu'on pardonnera aisément ce petit défaut.


Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous titres français

Le magnifique pré générique d'ouverture et la première séquence sur la belle musique de Max Steiner