Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 6 avril 2025

Septet : Souvenirs de Hong Kong - Qi ren yue dui, Johnnie To, Sammo Hung, Ann Hui, Patrick Tam, Yuen Woo-Ping, Ringo Lam et Tsui Hark (2020)


 7 réalisateurs, 7 regards, 7 histoires, 1 ville : Hong Kong. Initiateur du projet, Johnnie To accompagné de 6 autres réalisateurs unissent, pour la première fois, leurs talents pour composer une symphonie d'histoires en hommage à leur ville. Entièrement tourné sur pellicule, Johnnie To, Sammo Hung, Ann Hui, Patrick Tam, Yuen Woo-Ping, Ringo Lam et Tsui Hark, nous partagent leurs visions d'une ville fascinante, des années 50 à aujourd'hui.

Septet est un poignant et ambitieux film collectif voyant sept des réalisateurs les plus emblématiques du cinéma hongkongais signer un film à sketches en forme d’hommage à leur ville. Johnnie To est à l’initiative du projet et producteur, à la tête d’un prestigieux ensemble réunissant Sammo Hung, Ann Hui, Patrick Tam, Yuen Woo-Ping, Ringo Lam et Tsui Hark. L’un des défauts du film à sketches est souvent la qualité inégale de ses segments, mais Septet est clairement une belle réussite à ce niveau. C’est bien simple, hormis un Johnnie To en petite forme avec son récit des bouleversements économiques et sociaux (sur fond d’épidémie de Sras) vu depuis la table d’un dinner, les six autres parties sont de belle tenue même si le Ringo Lam un peu sage brille davantage par son émotion nostalgique que par la rugosité à laquelle nous avait habitué le réalisateur.

Un des points marquant de l’ensemble, c’est que pour le féru du cinéma hongkongais, la patte de chacun des réalisateurs est parfaitement identifiable, tant thématiquement qu’esthétiquement sur chacun des sketches avant même le nom de l’auteur visible à la fin de chacun d’eux. Sammo Hung dans L’Entraînement rappelle ses difficiles années d’apprentissage au sein de l’Opéra de Pékin, dans une sorte de condensé réussi de Painted Faces d’Alex Law (1988) qui évoquait cette période. Patrick Tam signe un merveilleux Tendre est la nuit narrant l’ultime nuit de deux jeunes amoureux tandis que la fille s’apprête à migrer en Angleterre avec ses parents. 

L’esthétique pop stylisée épouse le romantisme le plus naïf et sensuel dans un film rappelant les meilleurs moments suspendus de Nomad (1982) ou My Heart is that Eternal Rose (1988). Il est question aussi de romance, mais cette fois chargée de regret car probablement non consommée dans Le Directeur d’école d’Ann Hui. La narration entre passé et présent, la tonalité feutrée et la touche nostalgique oscille entre la Ann Hui des années 2000 (un parfum de July Rhapsody (2002) ou Une vie simple (2011) plane) et celle plus explicitement romanesque des années 80/90 (Song of the exile (1990), Eighteen Springs (1997)). 

Malgré la sensibilité forcément différente des différents artistes, une vraie cohérence se dégage du film. Les sketches suivent une progression chronologique de l’histoire de Hong Kong, mais aussi sociologique. Ainsi Retour au pays de Yuen Woo Ping prolonge le propos sur la migration de Tendre est la nuit qui le précède, mais troque la romance pour le rapprochement générationnel entre une adolescente et son grand-père maître d’art martiaux. La séparation par l’exil du sketch précédent se mue ici en cohabitation espiègle, puis belles retrouvailles célébrant la tradition locale après l’expérience de l’étranger, mais aussi l’ouverture des anciennes générations. 

C’est un temps qui passe pourtant difficile à surmonter pour le Simon Yam de La Voie de Ringo Lam, avec cette fois un exilé perdu et mélancolique dans un Hong Kong moderne au sein duquel il cherche les vestiges de son passé. Simon Yam est particulièrement touchant en bougon nostalgique se voyant reproduire le refus du présent autrefois observé chez son propre père. Le jeu de miroir en passé et présent fonctionne de manière collective (la superposition des photos anciennes des quartiers avec leur aspect contemporain) et intime lorsque Simon Yam entame un dialogue mental avec son père.

Tsui Hark signe un épilogue génialement farfelu avec Conversation profonde, name-dropping des grandes figures HK au sein d’un asile et mise en abyme absurde dans laquelle se glissent quelques éléments biographiques - notamment concernant Ann Hui apparaissant en guest au côté de Tsui Hark. Septet est un petit bijou propre à enthousiasmer les novices pour creuser l’œuvre passée de ses participants, en enchantera les connaisseurs qui retrouveront leurs icônes dans une forme artistique intacte.

Sorti en bluray français chez Metropolitan

dimanche 2 mars 2025

Eastern Condors - Dung fong tuk ying, Sammo Hung (1987)

Un commando d'élite est recruté parmi les “irrécupérables” des prisons chinoises afin d'organiser une mission suicide au sud du Viêt Nam. Chargés de détruire un arsenal apocalyptique abandonné par l'armée américaine dans une forteresse souterraine, ces mercenaires durs à cuire experts en armes à feu et en arts martiaux relèvent le défi avec l'espoir illusoire d'y regagner leur liberté et leur honneur perdu...

Un peu à la manière de son ami et condisciple Jackie Chan, Sammo Hung fait avec Eastern Condors un pas de côté le sortant du pur film martial. Hung s’était déjà aventuré dans la comédie policière avec les films de la série Lucky Stars (Le Gagnant (1983), Le Flic de Hong Kong (1985), Le Flic de Hong Kong 2 (1986) et hors de la série Soif de Justice (1984)) et bien sûr de la comédie horrifique dans le génial L’Exorciste Chinois (1980) mais, que ce soit dans le contexte historique des récits, le ton rigolard et la présence des acolytes Jackie Chan et Yuen Biao, on restait dans un registre relativement voisin. Alors que la persona filmique de Jackie Chan fait sa mue vers le cinéma d’aventures (Le Marin des mers de Chine (1983), Le Marin des mers de Chine 2 (1987) et Mister Dynamite (1986)) et le polar musclé (Police Story (1985), Police Story 2 (1988)), Sammo Hung entame à sa manière un virage voisin.

La comédie d’aventures survoltée Shanghai Express (1986) constitue le versant lumineux de ce renouvellement quand Eastern Condors en représente la part plus sombre. Sammo Hung propose là sa variation hongkongaise du film de commando popularisé dans les années 60/70 par des œuvres comme Les Canons de Navarrone de Jack Lee Thompson (1961) Les Douze Salopards de Robert Aldrich (1967), Quand les aigles attaquent de Brian G. Hutton (1968). Sammo Hung retient davantage l’esprit iconoclaste que patriotique du film de commando dans son approche, avec un postulat égratignant d’office les Etats-Unis, missionnant les « rebus » hongkongais pour nettoyer derrière eux les errances commises durant la guerre du Vietnam. 

Par rapport aux archétypes du film de commando, Hung expédie relativement la présentation des membres de l’escouade (un panneau dépeignant le crime initial inscrit sur leur dossier) et les caractérise en situation, en nous faisant comprendre qu’il s’agit de pauvres bougres ayant vécu des désillusions tragiques lors de leur migration aux Etats-Unis et réduits à cette périlleuse dernière chance. Au départ diversion sacrifiable à la vraie mission, ils en deviennent malencontreusement les acteurs principaux et devront affronter mille dangers pour parvenir à leur fin.

Le mélange des genres et l’art plus ou moins fin de la rupture de ton façon Sammo Hung frappe d’emblée. Après le contexte politisé au vitriol (la scène d’ouverture moquant le drapeau américain), la mort frappe le groupe très vite durant la mission et annonce un vrai chemin de croix sacrificiel. Pourtant les bons mots voire les gags sont légions dans les interactions du groupe, et il faut la menace permanente des Viêt-Cong pour faire office de piqûre de rappel pour ramener le récit à davantage de sérieux. Cet entre-deux est notamment représenté par une Joyce Godenzi (et future épouse de Sammo Hung) qui crève l’écran en guérilleros cambodgienne taciturne, et Yuen Biao en electron libre plus rigolard qui viendra s’ajouter au commando. Sammo Hung, même dans ses œuvres les plus loufoques est donc capable de rupture de ton surprenante et ici cela passe entre autres par les scènes d’action. 

Les fusillades sanglantes, les cascades périlleuses et les impressionnantes explosions pyrotechniques offrent un grand spectacle « classique » mais toujours un peu plus outré que les standards d’action moyen (l’incroyable final entre James Bond et Indiana Jones). Les combats font montre d’un mélange de virtuosité et de sadisme laissant pantois. Sammo Hung revisite avec bien plus d’inventivité le massacre d’une escouade par des combattants camouflés popularisé par Rambo 2 (1985) mais surtout orchestre une barbarie sommaire laissant pantois lors des affrontements physiques. Décapitations et coupages de membres à la machette (dont une fort déroutante lors du final), exécutions sommaires et musique emphatique flattant nos plus bas-instincts, Sammo Hung se délecte dans l’excès et est fort loin des pudeurs grand public d’un Jackie Chan.

La réalisation est des plus efficaces, le rythme alerte, l’émotion fonctionne et les éléments plus « bd » s’intègrent étonnamment bien. Ainsi Yuen Wah introduit pour la première fois sa figure de méchant précieux moustachu, mais redoutable et sadique adversaire. Le mélange d’attitudes maniérées (ce petit rire sournois) et de férocité guerrière rend le personnage mémorable (au point que certains spectateurs le pensaient interprété par un Japonais sans reconnaître l’acteur) et d’autant plus délectable le sort que lui réserve Sammo Hung. En définitive les penchants les plus douteux de Hung (nationalisme, machisme) se fondent dans un dosage habile rendant les écarts aussi surprenants que jubilatoires. 


 Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

jeudi 21 mars 2024

Tiger Cage 3 - Leng mian ju ji shou, Yuen Woo-ping (1991)

 L'inspecteur James enquête sur Mr Lee, soupçonné d'activités criminelles. Quand ce dernier commence à se sentir surveillé, il kidnappe Suki, la fiancée de James et tente d'assassiner le policier. Mais James survit et décide de se venger...

Troisième et dernier volet de la saga, Tiger Cage 3 en confirme l’absence de continuité en se délestant d’un des éléments qui constituait le lien tout relatif des précédents films, la présence de Donnie Yen au casting. Après un Tiger Cage 2 (1990) divertissant mais tout de même très éloigné de la tension dramatique de Tiger Cage, ce dernier opus revient à la noirceur et la hargne du film fondateur. On quitte les bas-fonds urbains pour naviguer dans les hautes sphères corrompues du monde des affaires à travers l’enquête menée par James (Kwok Leung Cheung) et John (Michael Wong), inspecteurs à la brigade des finances. Un des thèmes centraux de Tiger Cage portait sur la trahison, dans lequel s’entremêlaient la dimension intime et professionnelle à travers la corruption policière et les liens fraternels d’une unité d’agents. Tiger Cage 3 renoue totalement avec cela et se repose dessus pour donner une portée cathartique aux différents rebondissements.

Côté professionnel, nos policiers sont sur la corde raide de la légalité avec John profitant des informations récoltées durant l’enquête pour spéculer en bourse. Quant à l’intime, James est le petit ami de Suki (Sharla Cheung), assistante de Lee Siu-pong (Wong Kam-kong) homme d’affaires véreux sur lequel il enquête. Cette dangereuse porosité des enjeux va causer des drames profonds débouchant sur une véritable déchéance des protagonistes, désavoués et parias pour certains (John), banni et défiguré pour d’autres (James), et avili et soumis avec Suki. La vengeance devient leur seul moteur, séparément ou unis au gré des circonstances, mais avec des conséquences toujours plus tragiques. Dans un premier temps, cette trame chargée s’avère assez chiche en action, ou du moins celle-ci n’a pas l’inventivité spectaculaire des deux précédents films. 

Cela vient en partie des interprètes puisque notamment Michael Wong (qui contribue à entretenir le lien avec la série « cousine » Le Sens du devoir puisqu'il joue dans Le Sens du devoir (1986) et Le Sens du devoir 4 (1989)) n’a aucune formation martiale et ne peut reproduire les joutes virtuoses d’un Donnie Yen. Sa carrure en fait néanmoins un convaincant acteur d’action sorti des combats, et c’est d’ailleurs dans ce registre qu’il gagnera ses galons de star en mentor du GIGN hongkongais dans Final Option de Gordon Chan (1994) et ses suites. Malgré tout on a le sentiment que ce déficit le fait entrer et sortir arbitrairement de l’histoire sans savoir que faire de son personnage. Wong Kam-kong est un combattant bien plus accompli mais dépourvu quant à lui du charisme d’un Donnie Yen qui faisait passer la pilule en candide impulsif. Néanmoins au fil de la déchéance notamment physique de James, il gagne en intensité, aidé par le maquillage (certes grossier) défigurant son visage.

C’est donc malgré quelques raccourcis les faux-semblants de l’intrigue qui maintiennent l’intérêt pendant une bonne partie du film, Sharla Cheung distillant avec talent un mélange de vulnérabilité et d’ambiguïté. Yuen Woo-ping se repose davantage sur la pyrotechnie pour ses morceaux de bravoures, tel ce combat en pleine mer contre des jet-skis qui convoque des visions improbables mais puissantes comme lorsque James défie au sabre un antagoniste armé d’un lance-roquette. Le contraste entre la sophistication et le luxe du monde des affaires (villa, piscines, soirées mondaines) et les débordements sanglants des affrontements est très réussi. On se souviendra de ce duel dans un terrain vague durant lequel l’on se rend coup pour coup, armé d’une masse ou d’une planche de bois enflammée. Le charisme et les capacités martiales moindre des interprètes est donc certes un manque pour les férus de prouesses à la hongkongaise, mais finalement un petit atout aussi puisqu’il rend les péripéties plus imprévisibles en faisant ressentir une réelle peur pour les personnages. Après la relative légèreté de Tiger Cage 2, cet ultime épisode revient avec talent au désespoir du film fondateur.

Sorti en bluray français chez Metropolitan

samedi 16 mars 2024

Tiger Cage 2 - Sai hak chin, Yuen Woo-ping (1990)


 L’inspecteur Dragon Yau et l'avocate Mandy Chang sont malgré eux mêlés à la disparition d’une mallette contenant des millions de dollars blanchis provenant du trafic de drogue.

Tiger Cage 2 est une fausse « suite » de Tiger Cage (1988), merveille de polar urbain martial qui rencontra un grand succès. Dans la lignée de la saga d’action « cousine » Le Sens du devoir avec laquelle elle entretient plusieurs liens (nous y reviendrons), la trilogie Tiger Cage ne doit son fil rouge qu’à la récurrence de son argument de polar violent croisé à des scènes d’actions périlleuse, avec la permanence de certains participants comme Yuen Woo-ping à la réalisation et Donnie Yen au casting des deux premiers volets. Ce dernier gagne d’ailleurs du galon dans Tiger Cage 2 puisque de chien fou sacrifié (mais remarqué) du précédent film, il passe cette fois en haut de l’affiche. Tiger Cage 2 est un très solide divertissement, mais s’inscrit davantage dans une logique de formule comparée à la noirceur, l’imprévisibilité et l’âpreté de son prédécesseur. 

Cette fois malgré des prémices plutôt ambitieux (le blanchiment d’argent mafieux à Hong Kong par les triades par le monde des affaires), le film ne sait sur quel pied danser quant au ton à adopter. Donnie Yen et Rosamund Kwan sont laborieusement réunis par l’intrigue pour former un duo comico-romantique lorgnant sur les Maggie Cheung et Jackie Chan des Police Story. Incompréhensions, amours vaches et petites jalousies lorsque le duo devient triangle amoureux avec l’arrivée de David Wu sont entrecoupés de morceaux de bravoures oscillant entre violence décomplexée et cette supposée légèreté. Le charme et le charisme des acteurs, surtout une charmante Rosamund Kwan, permettent de naviguer sans trop de heurts entre ces ruptures de ton. 

L’inventivité des scènes d’action, notamment durant la première partie, fait merveille avec une foultitude d’idées nourrissant le véritable dispositif conçu pour chaque bagarre. L’éclairage défaillant d’un tunnel d’égout devient le théâtre de coups de pieds et poings surgis des ténèbres et encaissés avec autant de douleur que de surprise. Une poursuite puis un combat entre deux bus provoquent chutes et traversées de pare-brise vertigineuse et, globalement, tout est prétexte à distribuer parfois gratuitement une gifle bien sentie (les amitiés un peu trop viriles entre Donnie Yen et David Wu ou son ami policier). 

Le problème du film est le manque d’identité qui caractérisait Tiger Cage. On retrouve ici les ralentis démonstratifs amplifiant la moindre cascade risquée, le moindre coup virtuose, un gimmick rare dans Tiger Cage qui privilégiait la brutalité et l’urgence dans son exécution. Le casting participe aussi à ce sentiment de série B efficace mais anonyme, Yuen Woo-ping reprenant dans un rôle secondaire et artificiellement gonflé Cynthia Khan dans Le Sens du devoir 4 (1989) où elle avait pris le relai de Michelle Yeoh. Un film où figurait aussi Donnie Yen, rendant l’ensemble un peu interchangeable (notamment avec les guests martiaux occidentaux comme l’intimidant Michael Woods) contrairement à Tiger Cage dont le motif de la trahison est bien plus superficiel ici.

Tiger Cage 2 est donc une œuvre relativement décevante en tant que suite, mais qui pris isolément reste un solide divertissement musclé.

vendredi 8 mars 2024

Tiger Cage - Dak ging to lung, Yuen Woo-ping (1988)


 Après une descente de police très musclée, un trafiquant de drogue se fait descendre. Son frère ne tarde pas à venger sa mort. Arrêté, il menace de dénoncer un gang de flics ripoux. Un inspecteur plus intègre que les autres va découvrir la corruption et s'engager avec son collègue dans une véritable tuerie entre flics, d'où personne s'en sortira indemne.

Tiger Cage est, à l’instar de la série de films Le Sens du devoir, une saga improvisée de polar et d’action dont le fil rouge tient en la présence de Donnie Yen mais surtout par ses empoignades/fusillades urbaines mouvementées. C’est l’occasion pour le légendaire chorégraphe et réalisateur Yuen Woo-ping de sortir de son registre connu privilégiant l’extravagance kung-fu, que ce soit dans les joutes martiales déjantées, la tonalité comique et le choix d’un cadre historique passé dans des réussites comme Drunken Master (1978), Le Héros magnifique (1979) ou encore Miracle Fighters (1982) – si l’on en reste qu’à ses réalisations. Nous sommes donc ici dans un environnement contemporain, urbain et menaçant dont l’intrigue policière nerveuse se déleste de la légèreté et des facéties coutumières de Yuen Woo-ping pour un tonalité particulièrement sombre.

Les premières vingt minutes du film sont d’une densité impressionnante, ce qui s’y déroule suffisant à alimenter la trame entière d’autres polar de série B de ce type. Notre groupe de héros, membre d’une brigade anti-stupéfiant y démantèle l’organisation d’un trafiquant de drogue et le traque avec acharnement en le laissant pour mort. Ce dernier, bien vivant ressurgit pourtant pour se venger avant d’être définitivement mis hors d’état de nuire. Ce n’est que le début d’ennuis qui vont faire imploser l’unité et l’amitié liant la brigade. Yuen Woo-ping ne s’occupe ici que de la réalisation, les combats étant chorégraphiés (en partie) par Donnie Yen. Dès lors l’action se déleste en grande partie (même si quelques ralentis bien sentis nous feront savourer les assauts les plus douloureux) du côté relativement démonstratif inhérent au polar hongkongais pour privilégier la tension et l’urgence malgré quelques péripéties particulièrement kamikaze.

Si les morceaux de bravoure ne manquent donc pas, c’est avant tout la profonde noirceur de l’histoire qui marquera le spectateur. Le début du film, tant dans l’introduction musclée évoquée plus haut, que par des saynètes comiques sert à nous traduire l’amitié et la confiance profonde du groupe de héros policier. Toute la suite de l’histoire, à coup de rebondissements violents et de trahisons cruelles va faire voler en éclat ce statut, laissant voir une corruption à divers étages de la police. Le scénario reste cependant à l’échelle restreintes des conséquences intimes du double jeu des uns et des autres et hormis des éléments anticipables par les habitués des têtes d’affiches hongkongaises (Simon Yam forcément pas très clair sous ses airs vertueux), les coups de théâtres fonctionnent parfaitement. 

Il y a une vraie dimension cathartique de film d’exploitation impitoyable dans laquelle s’entrecroisent les pertes tragiques et les vengeances hargneuses. Le surjeu d’un Jacky Cheung nerveux à souhait ne fait donc pas tâche, son opposition à Simon Yam anticipant même celle fameuse d’Une Balle dans la tête de John Woo (1990). Le film regarde d’ailleurs dans les yeux Le Syndicat du crime 2 (1987) de ce dernier avec une histoire plus solide et une réalisation qui n’a pas à rougir. Yuen Woo-ping renouvèle donc bien son registre dans ce cadre du polar, avec lequel il renouera avec Le Sens du devoir 4 (1989) et surtout les deux suites Tiger Cage 2 (1990) et Tiger Cage 3 (1991). 

Sorti en bluray chez Metropolitan/HK Vidéo dans un coffret regroupant la trilogie

jeudi 4 août 2016

Il était une fois en Chine - Wong Fei-hung, Tsui Hark (1991)

A la fin du XIXe siècle à Fa Shan, en Chine du Sud. Tandis que les puissances coloniales européennes et américaines s'y affrontent pour le contrôle du commerce maritime, les premiers signes d'occidentalisation commencent à percer dans la société chinoise. Dans ce climat politique tendu, Wong Fei-hung, docteur en médecine chinoise, maître de kung-fu et chef instructeur de l'armée du Dragon noir, est chargé par le commandant Lau de maintenir l'ordre durant les guerres qui éloignent ses troupes de la région, afin de sauvegarder ce qui reste de paix et de stabilité.

En créant sa société de production Film Workshop, Tsui Hark avait trouvé la formule magique du succès après des débuts compliqués. Jeune chien fou de la Nouvelle vague (au côté de Ann Hui, Yim Ho et quelques autres), Tsui Hark avait cherché à bousculer les genres et/ou les mœurs avec des films trop extrêmes et anticonformistes comme Butterfly Murders (1979) ou le très féroce L’Enfer des armes (1980). Devenu producteur malin et avisé, Tsui Hark fera désormais toujours passer ses velléités modernistes par le prisme d’un élément traditionnel de la culture et/ou du cinéma hongkongais. L’incursion dans le polar du Syndicat du Crime (1986) de John Woo use des codes film de chevalerie chinois, le conte Histoires de Fantôme Chinois (Ching Siu-Tung, 1987) allie la grâce originelle à un érotisme plus prononcé et une horreur outrancière et plus tard Green Snake (1993) et The Lovers (1994) amèneront féminisme et identité sexuelle confuse aux légendes d’origine. Ces rénovations cherchent tout autant à bousculer la tradition de ces sources dans leur facette littéraire que dans le souvenir figé de leurs premières adaptations cinématographique pour le public hongkongais. Le sommet de cette démarche, Tsui l’atteint avec la saga des Il était une fois en Chine où il s’empare de la figure de Wong Fei-hung.

Wong Fei-hung est un véritable héros chinois, médecin et maître d’arts martiaux célèbre pour sa droiture et soif de justice. Les informations rares tout comme l’absence de photos (celle qui circule étant en fait une photo d’un de ses fils lui ressemblant) auront contribués à laisser libre cours à l’imagination et donc du cinéma  pour se l’approprier dans les très nombreuses adaptations lui étant consacrés dès les années 40, quelques années après sa mort en 1924. L’acteur Kwan Tak Hing fut longtemps l’image la plus célèbre de Wong Fei-hung, redresseur de tort paternaliste dans plus de quatre-vingts cinq films de 1949 au début des années 80. Il vampirisera tellement le « personnage » que les autres tentatives les plus connues prendront une direction radicalement différente. Loin du père la morale de Kwan Tak Hing, Gordon Liu dans Le Combats des maitres (1976), ainsi que Jackie Chan dans Le Maître Chinois (1978) et sa suite tardive Drunken Master 2 (1994) jouent un Wong Fei-hung jeune chien fou immature et encore en formation. Tsui Hark opère une brillante fusion de toutes ses incarnations en réinventant le personnage sous les traits de Jet Li. Son Wong Fei-hung a pour lui la jeunesse et la maturité à la fois, impose une figure morale, d’autorité et de patriotisme tout en étant finalement toujours en apprentissage. Le scénario inscrit en fait au cœur des enjeux ce fameux rapport complexe à la tradition et modernité cher au réalisateur, à la fois pour la Chine et le symbole que représente Wong Fei-hung.

Le récit se déroule à la fin du 19e siècle qui voit les colons étrangers investir la Chine, prendre le contrôle de son commerce maritime et se partager sa péninsule. Le régime cède à leurs exigences par nécessité économique mais suscite la méfiance de l’armée, Wong Fei-hung étant en début de film chargé par un officier dissident de former des disciples en vue de se défendre contre les « étrangers ». Tous les personnages du film sont ainsi en quête d’identité, qui sera signifiée par le regard contrasté sur les intrus. Pour Wong Fei-hung c’est la méfiance tant il est témoin d’injustices au quotidien où il cherche à être un impuissant médiateur entre les autorités locales soumise, les colons arrogants et le peuple qui souffre. Cet ailleurs revêt un visage oppressant qui ne pourra être atténué que par Tante Yee (Rosamund Kwan), amie d’enfance de retour d’Angleterre et secrètement amoureuse de lui. Ses tentatives d’initier Wong Fei-hung à certains rites étranger sont sources de comédie et de doux moments romantiques (la frayeur causée par un appareil photo, les mesures prises pour un costume occidental) mais surtout de rapport de force tant notre héros ne peut séparer le bon grain de l’ivraie dans cette culture occidentale.

Tsui Hark évite le manichéisme, montre des étrangers corrompus (les industriels américains) et bienveillant avec le prêtre catholique, mais aussi des chinois fascinés et crédules (les appels à une migration aux Etats-Unis qui dissimule un esclavagisme larvé) mais aussi d’une xénophobie crasse envers ce qui est différents. Les pires et les méchants du film seront ceux qui choisiront les plus viles facilités des deux cultures pour leur réussite, que ce soit une milice locale racketteuse et pratiquant la traite des blanches ou le pendant inversé de Wong Fei-hung avec « Habit de fer » (Shi-Kwan Yen) maître d’art martiaux prêt à souiller son art pour s’enrichir. Dans cette idée, le personnage le plus intéressant sera Leung Fu (Yuen Biao, complice bien connu de Jackie Chan), jeune homme indécis ne trouvant pas sa place dans cette Chine schizophrène, voguant d’un camp et métier à un autre avant d’être pris sous l’aile de Wong Fei-hung.

Tsui Hark mène de main de maître ce scénario particulièrement riche dans une veine épique qui fait passer le spectateur par toutes les émotions. Jet Li est absolument impérial et trouve de loin son meilleur rôle, à la fois stoïque dans ses convictions et plus vulnérable dans ses émotions pour une belle alchimie avec la belle Rosamund Kwan. Les combats virtuose servent de fil conducteur à toute la montée en puissance épique, passant du trivial (la bagarre générale chez les occidentaux) au véritable ballet aérien sous la férule du chorégraphe Yuen Woo Ping. S’appuyant sur les compétences martiales hors-normes de Jet Li, Tsui Hark alterne le jeu sur la gravité irréel issu de ses wu xia pian (la trilogie Swordsman, sa relecture de L’Auberge du Dragon (1993)) dans son usage des câbles, avec la vélocité surhumaine des combattants assenant des rafales de coups dans les positions les plus impossibles. 

Le sens du chaos cher au réalisateur (et que l’on retrouvera dans le furieux The Blade (1995)) s’estompe pour une mise en scène plus lisible - qui permet de savourer la superbe direction artistique -, le montage aidant à faire passer les mouvements réellement irréalisable tandis que le découpage virtuose des manos à manos peut laisser place à des ralentis mettant en valeur la beauté de certaines passes. Le sommet est atteint avec un stupéfiant combat final où des échelles servent tout autant de marchepied que d’objet destructeur à Wong Fei-hung et son redoutable adversaire. L’acceptation de « l’autre » se fait même dans l’action avec ce moment discutable où Wong Fei-hung daigne faire l’usage d’une arme à feu. Au final un vrai grand classique du cinéma de Hong Kong qui remportera un immense succès et fera de Jet Li la nouvelle incarnation indélébile de Wong Fei Hung pour le public. C’est aussi le premier jalon d’une saga de six films dont la trilogie initiale toujours signée Tsui Hark constitue le sommet et prolonge les thématiques de cette brillante entrée en matière. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez HK Video

lundi 10 novembre 2014

Le Sens du devoir 4 - In the Line of Duty 4 ou Wong ga si je ji IV: Jik gik jing yan, Yuen Woo Ping (1989)

Cynthia, flic à San Francisco, est chargée de retrouver Luk, un petit dealer, témoin de l’assassinat d’un policier et vraisemblablement, détenteur de photos compromettant un important trafiquant de drogue. Elle n’est pas la seule à suivre la piste...

La fameuse saga d’action au féminin de Hong Kong atteint déjà son quatrième épisode avec ce film signé Yuen Woo Ping. Les deux premiers volets avaient innovés avec leur mélange de polar classique et d’action débridée sous influence des Police Story de Jackie Chan, Michelle Yeoh se plaçant en équivalent féminin hargneux et séduisant. Momentanément retirée des plateaux, celle-ci avait laissé la place à la nouvelle venue Cynthia Khan dans le troisième épisode certes efficace mais qui commençait à être quelque peu routinier dans son déroulement. Ce quatrième volet retrouve un regain qualitatif inattendu et s’avère même le meilleur de la saga. Le scénario n’est pas particulièrement innovant (on reprend le principe du faux-coupable/témoin traqué que notre héroïne va devoir protéger) mais s’avère resserré et nerveux car rehaussé par la mise en scène survoltée de Yuen Woo Ping.

On ne présente plus celui qui se fit surtout connaître en Occident comme chorégraphe de la saga Matrix ou des Kill Bill de Tarantino mais qui jouissait d’une carrière exceptionnelle à Hong Kong, entre chorégraphie virtuose pour des classiques comme les deux premiers Il était une fois en Chine (1991 et 1992) de Tsui Hark où ses propres réalisations où il se laisse aller à une illustration de l’action encore plus folle (avec en somme absolu le grandiose (Le Maître Chinois (1978), Le Héros Magnifique (1979), Miracle Fighters (1982) pour citer les plus déjantés). Le Sens du devoir 4 appartient donc à cette seconde catégorie et brille autant par sa trame prévisible mais haletante que par la mise en scène décomplexée de Yuen Woo Ping.

Luk (Yuen Yat-chor) un travailleur émigrant chinois installé aux Etats-Unis va se trouver le témoin d’une transaction de drogue à laquelle est mêlé un ponte de la CIA. Traqué à la fois par la police et les malfrats Luk va du côté de la loi hésiter à faire confiance au dur à cuir et brutal Donnie (Donnie Yen) et la plus compréhensive Cynthia (Cynthia Khan). L’histoire parvient à distiller une certaine émotion entre deux morceaux de bravoure quant à la solitude et l’entraide des émigrants chinois à travers le personnage de Luk, les retrouvailles avec sa mère à Hong Kong étant très touchantes également. 

Le grand apport de ce volet est l’arrivée de Donnie Yen, dans la trame où son rôle de flic impulsif évolue avec intérêt et bien sûr dans l’action (il chorégraphie avec Yuen Woo Ping) où au sommet de sa forme physique il déploie ses aptitudes dans des moments furieux dont notamment une poursuite à moto des plus kamikaze. Pas encore star, l’acteur déploie un charisme idéal qu’il saura encore mieux exploiter plus tard seul à l’affiche. 

Cynthia Khan n’est pas en reste, plus charismatique et à l’aise que dans le précédent épisode et qui a elle aussi l’occasion de se mettre e valeur. On retiendra notamment une mémorable empoignade dans une cage d’ascenseur défiant les lois de la gravité. Nombreuses et variées les scènes d’actions sont les meilleures de la saga et le réalisateur sait varier les plaisirs, les cascades plus urbaines alternant avec les mano à mano plus classique, la dernière partie lorgnant vers le jeu vidéo avec sa succession d’adversaires de plus en plus démesurés dont un Donnie Yen passant un mauvais quart d’heure avec un capoeiriste bodybuildé féroce. L’ensemble fonctionne vraiment comme une version améliorée du second volet (duo policier improbable, témoin à protéger) et s’autorise même quelques surprises dans ses rebondissements (le personnage de Michael Wong au revirement inattendu). Une excellente série B donc pour les nostalgiques du cinéma d’action hongkongais des 90’s dans une série de film qui vieillit toujours aussi bien. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

mercredi 25 avril 2012

True Legend - Su Qi-Er, Yuen Woo Ping (2010)



Général réputé de la dynastie Qing, Su Chan met fin à sa carrière militaire pour réaliser son rêve : fonder une famille et sa propre école d'arts martiaux. Mais sa paisible existence est réduite à néant quand Yuan Lie, son frère adoptif qui cherche depuis toujours à venger son père naturel, exécute le père de Su Chan provoquant ce dernier en duel. Grâce à sa maîtrise des cinq venins mortels et à une armure le rendant quasiment invulnérable, Yuan Lie triomphe de Su Chan et enlève son fils Feng.

Lieu d’ébullition créative à l’influence énorme pour le cinéma mondial dans les années 80/90, la péninsule de Hong Kong s’est vue quelque peu éclipsée par la Corée du Sud durant les années 2000. Sans retrouver les hauteurs de son âge d’or, la production locale n’a pourtant pas démérité notamment grâce aux polars d’un Johnny To ou d’un Derek Yee, même si on peut déplorer que les boursouflées et moribondes coproductions avec la Chine signées Zhang Yimou (les mauvais Hero, Secret des Poignards volants et La Cité interdite) aient eu la primeur d’une sortie en salle. Ces dernières années, ce cinéma retrouve un vrai souffle qualitatif et il semble bien que cela soit dû au regain de forme de ses grands anciens. John Woo nous a offert une époustouflante œuvre guerrière et épique avec Les Trois Royaumes et Tsui Hark a démontré une inventivité et une fougue intactes récemment dans l’excellent Detective Dee.

Dans une moindre mesure, on peut donc largement intégrer Yuen Woo Ping dans le lot avec ce True Legend. Yuen Woo Ping est surtout connu en occident pour ses contributions en tant que chorégraphe et fut fort sollicité au début des années 2000. Les frères Watchowski firent appel à lui pour le premier Matrix (et ses suites) et le succès et l’influence du film (ainsi que de Tigre et Dragons) sur le cinéma hollywoodien d’alors en firent une figure incontournable du cinéma d’action puisqu’on lui doit également les affrontements des Kill Bill de Tarantino ou Danny the Dog.

Loin de n’être qu’un chorégraphe l’homme est aussi réalisateur et c’est d’ailleurs dans ses travaux hongkongais qu’il faut chercher ses plus grandes réussites. On lui doit les combats virtuoses des Il était une fois en Chine de Tsui Hark et lorsqu’il est derrière la caméra, le spectacle relève de la folie pure. Entre humour débile assumé (il aida à lancer Jackie Chan avec Le Chinois se déchaîne), manichéisme primaire et chorégraphies délirantes éloignées de toute réalité, la plutôt mince carrière de réalisateur de Yuen Woo Ping propose son lot d’ovnis comme Tai chi Master ou Miracle Fighter.

C’est un peu de tous ces éléments qui imprègnent ce True Legend, à la limite du pastiche et qui nous replonge au début des années 80. On retrouve deux héros s’affrontant sur fond de rivalités martiales, fraternelles mais aussi amoureuses (le méchant Yuan semblant avoir une attirance quelque peu incestueuse pour sa sœur) dans un récit alignant les archétypes du genre. Trahisons, vengeance et revanche sur fond d’entraînement douloureux rythment donc le film sur un scénario prévisible mais à la naïveté et premier degré agréables.

Yuen Woo Ping évite la routine grâce à son inventivité coutumière lors des séquences de combats. Le méchant dope ainsi ses aptitudes par un usage surprenant de magie noire et notre héros brisé s’entraîne avec un maître qu’on soupçonne d’être issu de son imagination pour un usage inattendu de la schizophrénie dans un film martial. Malgré l’usage un peu abusif du numérique, le savoir-faire de Yuen Woo Ping n’est plus à démontrer et l’ensemble est assez jubilatoire notamment lors de l’utilisation de la légendaire boxe de l’homme ivre.

Seul souci, une dernière demi-heure qui s’ajoute lourdement à l’ensemble alors que la trame principale était pourtant achevée. Là le héros et son jeune fils défient en Russie des combattants européens cruels et méprisants (menés par un David Carradine venu cachetonner peu avant sa mort) de la boxe chinoise. Un élan xénophobe bien appuyé et assez étrange, clin d'oeil aux productions nationalistes où les ennemis européens sont souvent montrés comme brutaux et stupides.

L’outrance et le second degré sous-jacent désamorcent ainsi le fond douteux car il est plus question ici d'un hommage à une certaine époque du cinéma de Hong Kong (ce que les nombreux caméos tendent à prouver, on croise ainsi brièvement Jay Chou, Gordon Liu ou Michelle Yeoh. Le héros est lui joué par Chiu Man Cheuk, légendaire héros de The Blade et Green Snake). Malgré cette dernière partie dont on serait passé, True Legend offre un agréable spectacle, qui réveillera quelques souvenirs donc.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal