Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 25 mai 2012

Jason et les Argonautes - Jason and the Argonauts, Don Chaffey (1963)



Dans la Grèce antique, Jason, pour reconquérir le royaume de son père Éson usurpé par le demi-frère de ce dernier, Pélias, doit rapporter à celui-ci la fabuleuse Toison d'or qui se trouve en lointaine Colchide. Il s’embarque à bord du navire Argo avec toute une équipe de héros, les Argonautes. À la fois aidés et contrariés par des dieux et déesses rivaux, ils vont être confrontés aux éléments déchaînés, à des créatures plus monstrueuses les unes que les autres et à divers enchantements dont celui de l’amour…

Jason et les Argonautes est une des plus grandes réussites de Ray Harryhausen dont le pouvoir d'émerveillement intact en fait définitivement un classique cinéma d'aventures. Le scénario est très fidèle au mythe de Jason et la Toison d'Or bien qu'il en élague les aspects les plus sombres et aussi ce qu’on oublie souvent emporté par les péripéties le récit n’arrive pas à son terme (Soit Jason qui reconquiert le trône) en se terminant sur un morceau de bravoure mémorable (le combat contre les squelettes).
Destiné volontairement et au sens le plus noble du terme à la jeunesse, le film ne traite donc bien évidemment pas de la suite plus tragique de l'histoire (la trahison et la terrible vengeance de Médée), chose que privilégiera Pasolini dans son plus austère Médée quelques années plus tard.
Loin d'être une simple vitrine pour les effets spéciaux de Harryhausen (ce qui arriva lorsque le réalisateur n'était pas à la hauteur), le film est porté par une réalisation des plus efficace et inspirée (superbes scène en mer, belles vues de l'intérieur du temple de la déesse Hécate) de Don Chaffey, artisan des plus doué qui confère souffle et énergie à l'aventure. Todd Armstrong tient le rôle de sa vie en Jason, archétype du héros fier, courageux et au cœur pur.
Le reste du casting de second couteau est des plus convaincant aussi, notamment Honor Blackman (future héroïne de Chapeau melon et Botte de Cuir) en Héra déesse protectrice de Jason (erreur ou entorse volontaire au mythe puisque c'était en fait Athéna), Nigel Green en Hercule ou encore Gary Raymond qui campe un Acaste bien vicieux. Finalement seul les scènes un peu théâtrale avec les Dieux on vieillies avec cette imagerie kitsch de décors vaporeux et d’acteurs anglais en toge déclamant comme dans du Shakespeare (cliché bien sûr repris plus tard dans Le Choc des Titans, ultime production de Harryhausen).
Avec cet encadrement idéal, l'histoire n'en est que plus palpitante et confère aux trucages de Ray Harryhausen une grâce et une magie inégalée. On entre de plein pied dans la fantasy avec des péripéties incroyables et un bestiaire des plus fabuleux : la fuite du géant de bronze Talos gardien du trésor des Dieux, la capture des harpies, l'affrontement de l'hydre à sept tête et bien sûr l'extraordinaire combat final contre l'armée de squelettes (montée d'intensité et d'inquiétude intacte lorsqu’ils sortent un à un du sol...).
Les effets de transparence sont poussés ici à la perfection et la stop motion permet d'animer avec réussite les créatures les plus complexes (l'hydre à sept tête incroyablement mobile). Dans Le Septième Voyage de Sinbad (grande réussite également et sorte de répétition générale de ce Jason) le héros y affrontait un redoutable adversaire squelette animé image par image. Harryhausen multiplie ici la menace par sept pour une séquence palpitante et virtuose qui aura traumatisé de jeune spectateur et futur descendant de Harryhausen comme Peter Jackson ou Guillermo Del Toro. Un inoubliable moment d’évasion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

jeudi 5 janvier 2012

Un million d'années avant J.C. - One Million Years B.C., Don Chaffey (1966)



L'homme préhistorique Tumak (John Richardson) est banni de sa tribu. Sur sa route, il rencontre la belle Loana (Raquel Welch), qui décide de quitter elle aussi son clan pour l'accompagner sur sa route.


One Million Years B.C. est un très sympathique divertissement qui témoigne de l'évolution de la Hammer dans les 60's qui grâce au succès et à la mue entamée avec She alternait désormais sa production entre bestiaire gothique et aventure fantastique plus bariolée. La Préhistoire fantaisiste à la sauce Hammer peut prêter à sourire (rien qu’en faisant côtoyer hommes et dinosaures, les seconds ayant bien sûr disparu s 65 millions d’années avant l’apparition des seconds) le but est plus ici de délivrer un spectacle en enlevé que d’approcher un "véracité" façon La Guerre du Feu et malgré ses contresens volontaire le film est tout sauf ridicule. Le tout début dans la tribu est ainsi barbare et brutal à souhait avec le parti pris très fort de totale absence de dialogues (option qui va en s'estompant au fil du film malheureusement) remplacé par des grognements et cris divers.

Cela amène une sorte de pureté et de simplicité assez agréable au récit qui repose car ainsi essentiellement sur la mise image et également du jeu de mime des acteurs plutôt très inspirés et convaincant. La trame bien que simple et au schéma narratif un peu répétitif (alternance entre moments d'accalmie et arrivée d'une grosse bestiole) parvient ainsi à livrer quelques thèmes intéressant comme l'échange de culture entre Tumak (John Richardson) qui apprendra la paix et la coexistence au côté de Loana (Raquel Welch dont c’est le premier rôle consistant avec Le Voyage Fantastique sorti la même année), cette dernière découvrant l'instinct de survie et l'art de tuer pour se défendre.

Ray Harryhausen (dans un de ses rares projets sans son partenaire producteur Charles Schneer) qui avait montré déjà montré son amour pour les bêtes préhistorique dans ses premiers courts métrages et le projet avorté Evolution (et redonnera dans l’aventure préhistorique dans La Vallée de Gwangi trois ans plus tard) s'en donne ici à cœur joie avec un bestiaires foisonnant porté par des effets spéciaux époustouflants.

Alternant la stop motion parfaitement maîtrisée avec la rétro projection de vrais reptiles devenus gigantesque, le film enchaîne les morceaux de bravoure les plus haletants avec un affrontement de titans entre un T- Rex et un stégosaure, Loana enlevée par un ptéranodon, un féroce duel entre Tumak et un raptor, sans parler de la très spectaculaire éruption volcanique .. C’est certainement à ranger parmi ces travaux les plus aboutis par le souci du détail et l'ampleur.

Don Chaffey (à qui on doit la plus fameuse des productions Harryhausen avec Jason et les Argonautes) livre une réalisation impeccable avec l'efficacité qu'on lui connait, entre décors studios et les impressionnant extérieurs rocailleux (le tournage eu lieu à Tenerife aux Îles Canaries) où évoluent les tribus. Il jongle habilement entre livre des plans d'ensemble naturels et mattes painting embellissant le cadre d’une aura plus irréelle tandis que les divers affrontements s’avèrent bien nerveux notamment le final mémorable. Ce n’est pourtant pas des monstres en tout genre ou de l’avalanche de péripéties que se souviendra le spectateur érotomane.

Effet spéciale à elle toute seule, Raquel Welch affolante tout du long dans son micro bikini en peau de bête gagne définitivement ses galons de sex symbol en s’inscrit dans l’inconscient collectif cinéphile, plus pour ses formes que pour ses talents dramatiques qu’elle aura l’occasion de prouver plus tard. Le plaisir fantasmatique est d’ailleurs à son comble lors d'un combat à main nue entre elle et une Martine Beswick tout aussi peu vêtue. Cette dernière aura même droit à une suite/spin off exploitant le filon avec l’amusant mais anecdotique The Prehistoric Women. Un spectacle des plus agréable donc et très loin de la réputation de nanar que le film se traîne parfois.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

jeudi 22 septembre 2011

La Reine des Vikings - The Viking Queen, Don Chaffey (1967)


Salina hérite du royaume de Bretagne la veille de la signature du traité partageant le pouvoir avec l'Empire Romain. Toutefois, la révolte gronde et menace cette paix fragile.
 
Au début des années 60 la firme Hammer décide d’élargir quelque peu son registre au-delà des seules productions d’épouvante qui ont fait sa gloire. Plusieurs films plus couteux que les méfaits de Frankenstein, Dracula et consort et plus tourné vers le grand public font donc leur apparition comme le film d’aventure She avec Ursulla Andress ou encore Un million d’années avant JC où Raquel Welch en peau de bête et les créatures préhistoriques en stop-motion de Ray Harryhausen éblouiront le public. La Reine des Viking, croisement de péplum et de film d’aventures se situe dans cette veine tout en conservant la fantaisie associée à la Hammer notamment la vision des vikings d’une fidélité historique très relative.

Inspiré très librement par le destin de la Reine Celte des Iceni (donc pas grand-chose à voir avec les vikings en réalité) Boudicca le film dépeint un contexte et des thèmes qui peuvent évoquer certains instants de La Chute de L'Empire Romain d’Anthony Mann avec la difficile cohabitation entre l'envahisseur romain et les peuplades colonisées, chacun des deux camps comportant son lot de fanatiques va t en guerre, un chef romain avide de pouvoir d'un côté, un druide exalté et manipulateur de l'autre. Le film n'approfondi pas plus que cela cet aspect, très simplement traité au final et privilégie le romanesque avec l'histoire d'amour impossible entre le gouverneur romain Don Murray et la reine des vikings jouée par la sculpturale Carita pour sa première apparition à l'écran.

Cela fonctionne plutôt bien avec un scénario idéalement construit dans la montée dramatique, l'alchimie réussie entre Murray et Carita nous impliquant immédiatement. Loin de la guerrière amazone que nous montrent les livres d'histoire, Carita campe avec conviction une reine indécise et constamment manipulée et victime du destin. Touche Hammer oblige, sa plastique affolante est largement mise en valeur entre les toges au décolleté plongeant et les tenues guerrières raccourcies autant que possible. Don Murray est très bon également en gouverneur Justinien aspirant à la paix et l'amour, et le reste du casting tout aussi impeccable avec notamment un Donald Houston grandiose en druide va t en guerre et Andrew Keir.

Depuis Jason et les Argonautes le savoir-faire de Don Chaffey n'est plus à démontrer et le film est visuellement très plaisant notamment les belles compositions de plan du magnifique cadre Irlandais. Si on ne nage pas dans le faste hollywoodien, c'est très soigné et impressionnant par moments (l'incendie du village entre autres) et le film joue bien de ses limites (bien mieux que certains péplums italiens fauchés en tout cas)comme la présentation qui explique que les Romains isolés aux confins des territoire sont en nombres limités (ce qui est une réalité historique), ce qui fait passer le nombre réduits (mais assez conséquent quand même) de figurants lors des batailles comme une lettre à la poste.

L'histoire est suffisamment prenante pour qu'on oublie que les batailles sont peu nombreuses et assez brèves dans l'ensemble, mais Chaffey filme très efficacement le tout comme cette embuscades furieuses des vikings dans la forêt où les troncs d'arbre tombent de toute part et un affrontement final intense avec un pic lorsque Salina décime des rangs romains à elle seules furieusement juchée sur son char. L’ensemble fait preuve d’un érotisme soft assez prononcé, entre l’armée d’amazones de Salina et ce moment fort suggestif ou Salina qui se fait fouetter. Un très bon spectacle donc, qui change un peu de la routine du péplum plus souvent abordés par les italiens et les américains.

Sorti en dvd zone 2 français chez Seven 7 dans la collection Hammer