Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 15 avril 2011

Il pleut toujours le dimanche - It Always Rains on Sunday, Robert Hamer (1947)


Evadé de prison, Tommy Swann se réfugie chez Rose, une ancienne conquête. Mariée et mère de famille, Rose accepte alors de bouleverser sa vie rangée pour cacher le fugitif.

Cinéaste au parcours fulgurant et tragique, on ne retient généralement de Robert Hamer que le brillantissime Noblesse Oblige, féroce et caustique jeu de massacre qui occasionna une des performance les plus marquantes de Alec Guiness qui y jouait neuf rôles. Il pleut toujours le dimanche est un de ses chef d'oeuvre, atypique de l'approche habituelle du studio Ealing.

Un dimanche dans le quartier d'une bourgade anglaise ordinaire va être troublé par l'annonce de l'évasion de Tommy Swann, voyou local qu'on soupçonne de revenir en ville au cours de sa cavale. Le récit choral nous dépeint donc la manière dont Tommy Swann va influencer le destin de divers personnages plus ou moins important et lié à lui. Cela va des petites frappes du cru cherchant à refourguer le fruit de leur dernier larcin à la police locale aux en aguets et surtout Rose (Googie Withers) ex fiancée de Tommy aujourd'hui mère de famille étouffant dans son foyer. Ayant retrouvée Tommy, elle ne peut s'empêcher de l'aider tandis que les souvenirs du passé afflue et que la frustration du présent se fait plus forte que jamais.

Mélange de film noir, drame et chronique sociale, It Always Rain on Sunday propose finalement un instantané peu reluisant de l'Angleterre de l'immédiat après guerre. Chacun des différents personnage qu'on accompagne tout au long de l'histoire est ainsi prétexte à soulever un aspect social marqué en toile de fond. L'enquête des policiers nous mène ainsi dans un sordide foyer d'accueil ou en quelque plan Hamer soulève une misère insoutenable. Le puritanisme ambiant pèse tel une chape de plomb sur la jeunesse le temps d'une scène où deux amoureux ne peuvent se réfugier de la pluie chez le garçon, la faute à une logeuse trop tatillonne et inquisitrice. Les rues ne sont pas sûre avec des voyous dont la bêtise poussera à un acte de violence révoltant en conclusion. Enfin, c'est la cellule familiale elle même qui s'avère instable avec une Rose frustrée et malheureuse lâchant sa rancoeur sur ses belles-filles.

Robert Hamer, grand amateur de cinéma français semble clairement avoir voulu donner un équivalent anglais au cinéma français des années 30 et du réalisme poétique qu'il admirait tant. L'esthétique évoque ainsi clairement les oeuvres de Carné au niveau de la photo tout en jeu d'ombres (excellent travail de Douglas Slocombe) et l'agencement de la ville et des décors qui rappelle (à une échelle plus réduite) Les Portes de la Nuit notamment. L'authenticité des situations, la gouaille conférée aux personnages et l'aspect grouillant de l'ensemble sont quant à eux marqués par l'empreinte de Renoir. Hamer digère toute ses influence pour un film qui ne ressemble qu'à lui finalement.

Le studio Ealing était réputé malgré ses audaces être particulièrement frileux sur la question du sexe à cause des inhibitions de son patron Michael Balcon. Hamer fait pourtant tout tourner autour de la question que ce soit les intrigues secondaires (les tromperies du patron du drugstore, l'intérêt porté sur l'avenir d'une jeune fille par parrain local) et surtout celle de Rose. Formidablement incarné par Googie Withers, ce personnage qu'on pourrait détester s'avère finalement poignant dans le réveil de son désir pour son ancien amant, qu'on ressent vraiment physiquement dans la rigidité de ses postures et son regard terne retrouvant une flamme oublié lorsqu'il se met torse nu face à elle. Le film ne peut bien évidemment pas aller trop loin mais Hamer instaure une tension sexuelle indéniable.

La facette polar n'est pas oubliée non plus et surgi réellement le temps d'une formidable course poursuite en conclusion. Une très belle réussite qui cache une grande richesse sous son récit minimaliste et sans vrais héros, anticipant grandement ce que fera bien plus tard un Robert Altman.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio canal dans la collection Ealing, coffret indispensable pour tout amateur de cinéma anglais !

Extrait

14 commentaires:

  1. Que de films encore à découvrir!
    Merci, Justin, pour ces chroniques toujours intéressantes. Vous savez fort bien mettre en valeur toutes ces œuvres.
    Continuez, s'il vous plaît!
    Isabelle

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  2. Merci Isabelle, pas de raison de s'arrêter on continue ! ;-)

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  3. il pleut toujours le dimanche est dans ma boite aux lettres, mais je viens de voir NOBLESSE OBLIGE, brillantissime
    et pour l'intrigue et pour Alec Guiness (sans doute capable de faire un Dr Jekyll) Joan Greenwood dont la voix aura vraiment mué dans Tom Jones) J'ai encore six films d'Ealing devant moi : quelle moisson
    E puis je vous dis ZUT !

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  4. j'ai peur de lire votre chronique avant de voir le film : it may contain spoilers. Je la lirai après. Ces films anglais ont un cachet, une finesse toute littéraire, qui leur sont propres et leur confèrent cette rare valeur sterling

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  5. Effectivement brillant Noblesse Oblige, un petit bijou d'ironie cinglante envers la société anglaise et un Alec Guiness survolté avec ses multiples rôles. Il pleut toujours le dimanche est assez différent des Ealing habituels, plus mélodramatique et sérieux mais une de leurs meilleure production. Si vous avez récupérez le coffret Studio Canal vous allez vous régalez, il y en a pas mal d'inédit en France disponible en Angleterre qui valent le détour quand vous aurez vu vos six films à tenter vraiment...

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  6. "Il pleut toujours…" n'était pas dans la boîte, en revanche
    OCTOBRE du grand Russe et LINCOLN du Sudiste.
    Bref une journée gachée : vu la moitié du premier, mais je n'étais plus dans le coup (un premier plan qui est l'inverse des marches à Odessa : dans le Cuirassé l'armée descend un escalier aux vastes marches et tire sur tout ce qui est devant elle : c'est aussi beau que tragique. Dans Octobre les Révolutionnaires montent en nombre, quatre à quatre, de larges marches. C'est février 1917, la bourgeoisie endimanchée attaque et tue même quelques jeunes révolutionnaires, puis apparaîtront les contre-révolutionnaires ou 'traitres". Octobre sera gagné de haute lutte, mais fatiguée par ces mouvements de foule et, distillées, quelques rares images surréalistes — un cheval mort attaché au pont levis sur la Neva, suspendu dans la brume — j'ai remis la moitié à plus tard et installé LADYKILLERS, dont je n'ai jamais oublié Mrs WILBERFORCE (my umbrella… I always leave it behind !). J'ai tout lâché 15 minutes avant la fin: c'est moins bon que NOBLESSE…(qui n'est pas ce que vous en dite. Je reviendrai sur ce point). J'espère avoir des choses à dire demain si ce coup de barre se dissipe ! Une chose est certaine Octobre prépare la voie au film que vous aimez tant : Jhivago. Bonne fin de soirée !

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  7. vous écrivez plus haut :
    "Noblesse Oblige, un petit bijou d'ironie cinglante envers la société anglaise ", diriez vous cela du Comte de Monte Cristo ? Dans les deux cas le propos est différent, comme le dit le narrateur à la veille de son exécution, "la vengeance est un plat qui se mange froid". Similitudes des deux intrigues, on a deux serial killers légitimes qui se vengent,avec gourmandise,
    échaffaudant des plans astronomiques. Monte Cristo fait couper la ligne télégraphique et à l'autre bout, un
    salaud perd sa fortune en bourse, est ruiné. Les plans - projets - ne sont pas moins étudiés avec toute l'attention vigilante nécessaire dans le film anglais, et de la même manière, là où les situations se retournaient comme un gant, les meurtres et funérailles consécutives sont expédiés à la vitesse grand V, non sans élégance bouffonne (je pense à la tante Agatha dans son ballon à la Jules Vernes). Oui, bien sûr critique sociale, mais ce n'est pas le propos véritable du film.
    Je n'ai jamais autant aimé Alec Guiness que dans le
    merveilleux Dickens : GREAT EXPECTATIONS de David Lean, le plus beau Dickens à l'écran et l'un des
    meilleurs David Lean. Lire sur IMDB la critique de Roger Ebert, elle rend magnifiquement justice à l'un et à
    l'autre.

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  8. Il y a une différence fondamentale quand même à savoir le ton. L'humour anglais et le second degré est constant dans le Ealing, il y a une forme d'autosatifaction progressive dans la voix-off du héros qui amène une distance permanente tout comme la natue grotesque de ses meurtres.

    Monte Cristo nous sommes dans le pure drame, la vraie tension et l'aventure où l'empathie demeure même face à la dérive vengeresse du héros quand le Ealing est un jeu de massacre où l'on s'amuse. On rit avec et du personnage principal mais on ne s'identifie pas à lui alors que malgré ces écarts c'est le cas chez Dumas, ce n'est pas la même volonté d'implication. Le thème d la vengeance est suffisamment vaste et exploité pour avoir des approches très différentes même sur une trame similaire. Récemment un Tarantino a encore réussi à en proposer tout autre chose sur ces derniers films.

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  9. Je suis tout à fait d'accord avec cette mise au point. Il n'y a pas d'humour chez Dumas, or le monologue de cette dernière nuit en prison (l'ultime de sa vie) le héros ne se départit pas de son humour "tongue in cheek", son calme estimperturbable, il demande du raisin pour son petit déjeuner et naturellement on ne peut s'identifier à lui : il va mourir avec le sentiment d'un devoir acompli, d'une justice rendue à sa mère.
    Monte Cristo est très loin dans ma mémoire : oui l'empathie d'un bout à l'autre, mais la dérive vengeresse
    je ne vois pas ce que c'était (un épisode morbide à Saint-Cloud où un enfant illégitime a été enterré à sa naissance???).

    La similitude est superficielle, je vous l'accorde. La fortune de l'abbé Faria, c'était une chose, un titre de noblesse usurpé c'en est une autre. Et puis il a ces deux femmes, prodiges de duplicité, qui le convoitent et - on peut l'imaginer - qu'il abandonne avec plaisir pour se consacrer pleinement à ses "Mémoires".

    Je m'en vais voir si James Dean est présent dans vos
    chroniques.

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  10. je viens de recevoir le livre de Stephanie Muir :
    "Studying EALING STUDIOS"
    Il pleut toujours le dimanche occupe une bonne place, ceux que je boude et que vous défendez (je crois) pour
    l'humour et le ton sont dans la sélection. Beaucoup de titres inconnus dont THE BLUE LAMP (avec Dirk Bogarde que j'aime dans tous les films de sa vie) développés de façon intéressante (j'ai feuilleté tout simplement).
    Heureuse d'abandonner James Dean : on n'imagine pas,
    derrière le visage de Cal (son rôle dans A L EST D EDEN)
    une telle perversion. La libération sexuelle "apparente" date chez nous de 1968, à New York (qu'il ne faut pas confondre avec la côte Ouest, à cet égard) elle date des années 50 et va très loin. Les homosexuels éditent leur journal ONE. Dean lui-même est un pervers sado-masochiste et le livre évoque des scènes dignes des
    120 JOURNEES de Pasolini.
    LA FUREUR DE VIVRE (avec Nathalie Wood ?) était
    bien innocent pour ce débauché. Peut-être pouvait-on y voir, dans ces courses automobiles qui conduisent au bord de la falaise, un plaisir de jouer avec la mort,
    prémonitoire en quelque sorte de sa fin tragique à 24 ans. Dès le prochain rayon de soleil (et retour de la bonne humeur) je revois ces films d'Ealing que j'ai vu d'un mauvais oeil.
    Ce petit bouquin sur Ealing coûte, neuf, 6,68 € port compris. De toute manière, l'éducation n'a pas de prix …

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  11. Vous savez déjà tout sur Ealing, moi : je découvre une communauté soudée du haut au bas de la hiérarchie. Deux choses me frappent : le nationalisme (bien compris) anti américain et la détermination féroce à lutter contre le nazisme. L'intrigue d'un film qui n'est jamais arrivé (Went the Day well ?) décrit la vie d'un petit vllage paisible où s'introduisent soudain, dans des costumes anglais, des Allemands féroces. Et ces hommes et femmes paisibles vont devenir des monstres : les femmes anglaises vont achever des Allemands à la hache. Il s'agit là d'un film de propagande comme Ealing en fera tant (sa création date de 1937, son dernier film de 1955.Les films sont montrés à la cour. Et pendant le black out à Londres,
    projetés dans des lieux invisiibles, ils sont des hâvres de réconfort, de chaleur humaine et de bonheur : la victoire des Anglais à l'écran. C'est là un joli chapitre du cinéma mondial.
    Mais l'immunité n'existait alors pour personne et je
    pense souvent à Leslie Howard, devenu pilote de guerre, abattu au large du Portugal. La corpulence de son garde du corps (si c'est bien le mot) était celle de
    Winston Churchill. Aussi Churchill fut-il épargné et l'avion d'Howard perdu en mer. Howard a joué avec Merle Oberon dans un film sur la Révolution française pour Ealing (ou Gainsborough, excusez du peu)

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  12. le lapsus Gainsborough m'aconduite à rechercher leurs
    productions : celles-ci sont importantes et je vois pour mon plus grand bonheur le nom de Carol Reed: Les commentaires des acheteurs pour L HOMME DE BERLIN (James Mason, Claire Bloom) sont enthousiasmants : je l'ai commandé.
    Je me pencherai sur Gainsborough, une fois le cycle
    Ealing terminé. THAT LADY HAMILTON était bien de Gainsborough, n'est-ce pas ?

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  13. Lady Hamilton n'est pas une production Gansborough non mais London Films la société d'Alexander Korda. Sinon "Went the day well" est un ovni dans la production Ealing, beaucoup plus sombre et violent qu'à l'ordinaire et anti nazi certes mais très critique aussi comme toute les productions Ealing jouant autant du nationalisme et de l'identité anglaise que de ses anomalies envers.

    Il y a une bonne dizaine de productions Gainsborough évoqué sur le blog si vous voulez vous faire une idée c'est un régal, romanesque bien tordu, sujet et personnages provocateur, humour dévastateur. Il faut accepter le sens de l'excès de tous ces films mais si on rentre dedans c'est un délice de tous les instants. Commencez par "The Wicked Lady" qui est un des meilleurs plus représentatif si vous n'aimez pas celui-là ce sera compliqué d'adhérer au reste je pense.

    Suivez le lien vous verrez tous ceux évoqués sur le blog

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/search/label/Gainsborough

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  14. Merci pour ce coup de chapeau : j'en ai besoin !
    Figure-toi : j'ai acheté DEAD OF NIGHT d'occase, avant hier chez Gibert (4 € : on les compte. C'est la crise !)
    et j'ignoarais que d'autres films portaient le même titre.
    Celui que j'ai vu est de 1974 et s'appelle DEATH DREAMS en anglais. C'est simplement un vrai film d'horreur. Je n'en suis pas encore remise. Il n'y a qu'une seule histoire, inspirée du Ealing, un soldat traumatisé par la Guerre de Corée dont il revient, est devenu un
    meurtrier qui (un peu comme Dr Jekyll lorsqu'il devient
    Mr Hyde) prend un visage de mort vivant au moment où il passe à l'acte : il n'y a aucune intelligence dans ce film, mais le bonus est intéressant. La séance de maquillage qui transforme le visage dure 6 heures.
    J'ai reçu de la lecture ce matin et je vais ce soir me
    contenter du thriller du vendredi sur ZDF. Sur ZDF
    toujours, le dimanche à 22.00 il y a un thriller danois
    souvent inspiré de Mankel. Les acteurs sont généralement beaux et même si les intrigues sont un peu compliquées, c'est agréable à voir. Quand je traduisais de l'allemand, ZDF passait les "Commissaire Brunetti", j'entrainais mon allemand dans le décor de Venise. Bref, je retire mon ZUT ! (pour l'instant)

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