Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Richard Quine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Richard Quine. Afficher tous les articles

jeudi 5 juin 2014

Le Monde de Suzie Wong - The World of Suzie Wong, Richard Quine (1966)


Robert Lomax, homme d'affaires américain, débarque à Hongkong pour refaire sa vie et se consacrer à la peinture. Sur le ferry, il rencontre une jeune fille timide, Mee Ling. Celle-ci, qui s'appelle en réalité Suzy Wong, a dû se résoudre à se prostituer pour survivre. Lomax la retrouve en ville et lui propose alors de poser pour lui.

Richard Quine est bien évidemment surtout connu pour ses délirantes comédies mais il sut toujours distiller au sein de celles-ci une émotion qui faisait la différence (My sister Eileen (1955), L'Adorable voisine (1958)) et finalement signerait sa plus éclatante réussite en laissant totalement s'exprimer sa veine dramatique avec Les Liaisons Secrètes (1960) ou précédemment le film noir Du plomb pour l'inspecteur (1954). On peut en dire autant de ce méconnu Monde de Suzie Wong, autre incursion du réalisateur dans le mélodrame. Le film est l'adaptation du roman éponyme de Richard Mason paru en 1957 et devenu instantanément un classique de la littérature anglo-saxonne. Avant la transposition de Richard Quine, le film aura été dès 1958 adapté au théâtre à Broadway avec William Shatner et Frances Nuyten.

L'histoire dépeint la romance complexe entre l'américain Robert Lomax (William Holden qui goûte à niveau aux amours mixtes après La Colline de l'adieu (1955)) et Suzie Wong (Nancy Kwan) au sein de Hong Kong, cette relation questionnant au niveau moral, racial mais aussi culturel quant aux obstacles qui se mettront en travers du couple. Robert Lomax est un architecte qui a décidé de tout quitter pour un an afin de se lancer dans une carrière de peintre et s'installe pour cela à Hong Kong. Dès son arrivée dans la péninsule, il est pris à partie par une jeune hongkongaise insolente qui s'affirme fille d'un riche homme d'affaire chinois.

Forcé de s'installer dans un hôtel bon marché du quartier de Wan Chai, il constatera qu'il se trouve dans un lieu de passe entre riches européen et marins de passages avec des prostituées locales. Et surprise la jeune femme précédemment rencontrée y officie, sensuelle et provocante sous le nom de Suzie Wong. Notre héros sera amusé et intrigué par elle, au point d'en faire son modèle. Le mensonge initial de Suzie symbolise en fait le masque sous lequel elle se cache pour accomplir sa sordide profession, dissimulant la nécessité qui l'amène à cette déchéance par un détachement de façade. Robert est ainsi partagé entre intérêt et mépris tant au fur et à mesure de leur relation il découvre un être attachant et sensible incompatible avec son attitude vénale.

Quine amène cela sous l'angle de la comédie dans un premier temps avec les avances indécentes de Suzie, ses poses et moues provocantes auxquelles se refuse de répondre Robert. Pourtant sous la posture on devine les regards réellement aimant de la jeune femme fascinée par cet homme si différent qui la respecte, cette retenue finissant par être blessante pour celle habituée à voir les sentiments uniquement s'exprimer par le désir physique alors que cette fois ils s’affirment par le refus.

Robert va en fait au fil de cette romance l’aider à fusionner son corps et son esprit, les deux pouvant être dévoués et dédiés à une seule personne. La thématique du film amène aussi un questionnement sur la démonstration différentes de cet amour, Suzie devant se reconstruire une morale alors que Robert doit faire fi des codes de la sienne rattachée aux codes occidentaux et l'empêchant d'exprimer ses sentiments.

Ces contradictions rendront le récit de plus en plus intense quand se confronteront les deux cultures forcés de s'adapter par amour. Le mépris occidental est ainsi fustigé autant par l'amant nanti qui s'entichera de Suzie (Michael Wilding) que la jeune américaine (Sylvia Syms) ampoureuse de Robert, dédaignant chacun à leur manière à Suzie le statut d'être humain pour n'être qu'un bel objet encombrant dont on peut profiter et se débarrasser. Robert plus tolérant va néanmoins devoir se débarrasser de sa propre condescendance pour comprendre Suzie.

Nancy Kwan est fascinante dans le rôle-titre, beauté froide et intéressée montrant de plus en plus de failles et une vraie innocence qui culmine lors d'un final bouleversant où l’inondation apocalyptique est moins vertigineuse que les larmes qu’elle laisse enfin couler. William Holden (qui après Picnic (1955)) de Joshua Logan endosse à nouveau un rôle pour lequel il est bien trop vieux le personnage du livre étant un jeune homme) amène également de vraie nuance dans le dilemme sentimental et moral de Robert.

Richard Mason avait écrit le livre suite à un séjour de quatre mois à Hong Kong, s'inspirant du Luk Kwok Hotel dans lequel il avait séjourné au sein du même quartier populaire que le film. Richard Quine en garde l'idée dans son descriptif, partagé entre le romantisme contemplatif (la magnifique balade en bateau) et une approche documentaire (des détails comme le fait que les femmes ne peuvent entrer qu'accompagnées dans les bars) qui offrira des vues rares de Hong Kong dans le cinéma hollywoodien de l'époque.

Le lyrisme qu'on a pu admirer dans Les Liaisons secrètes sait également s'exprimer à plusieurs reprises ici. Le premier baiser manqué où l'on voit le regard de Suzie Wong se faire sincère face au rapprochement de Robert et surtout le magnifique mouvement de caméra traversant la chambre pour mettre les amants face à face lors de leur grande scène d'amour.

Même si à l'époque il est impossible de réellement montrer des situations scabreuses, le contexte n'est pas aseptisé et sait se faire cruel à plusieurs degrés de lecture (Suzie tabassée par un client, cela montrant paradoxalement son attachement à elle et source de fierté). La fin semble malheureusement un peu plus expédiée mais les péripéties qui nous y mènent sont source de moments très touchant (la détresse de Robert, le final en pleine inondation) qui malgré les difficultés nous font quitter les personnages sur une note d'espoir. Magnifique film et un des grands Richard Quine.


Sorti en dvd zone 1 chez Paramount et doté de sous-titres anglais

mardi 2 août 2011

Du Plomb pour l'inspecteur - Pushover, Richard Quine (1954)


Un braquage de banque coûte la vie au vigile avant que les malfaiteurs prennent la fuite avec leur butin ... A la sortie d'une salle de cinéma, une femme et un homme entament une relation; elle s'avère être la maîtresse du braqueur, lui un inspecteur chargé de le capturer en la surveillant. Elle le démasque mais l'amour brouille les cartes...

Si le cinéphile ne retient le plus souvent aujourd'hui que les comédies les plus délirantes et fantaisiste de Richard Quine, ce dernier n'a jamais renié un attrait pour une certaine noirceur dans celles-ci où dans des œuvres plus ouvertement dramatiques comme son magnifique Strangers When We Meet. Pushover (en passant où vont ils chercher ces titres français ridicules ?) est également pour Quine le film de la rencontre son actrice fétiche (et un temps amante) qu'il saura mettre en valeur mieux que personne (hormis Hitchcock et son Vertigo), Kim Novak qui pour sa première apparition à l'écran trouve déjà un rôle marquant grâce à son mentor.

Le cadre du film noir offre un écrin idéal aux thématiques de Quine développera dans ses grands films à venir. On retrouve donc dans Pushover l'histoire d'amour coupable (Strangers When We Meet et son couple adultère) et teintée d'ambiguïté (Kim Novak pensant l'amour de James Stewart dû à un sortilège dans L'Adorable Voisine, Jack Lemmon suspicieux de Kim Novak encore dans L'Inquiétante Dame en noir) ainsi que le cadre aliénant (la banlieue pavillonnaire faussement rassurante de Strangers When We Meet) ici symbolisé par le cadre presque unique du vis à vis des deux immeubles où va se dérouler l'enquête.

Avant de mettre en place ces éléments significatifs, Quine signe une introduction magistrale avec hold-up muet d'une redoutable efficacité puis la rencontre du couple Kim Novak/Fred McMurray. Cette dernière séquence, troublante et élégante à souhait dissimule déjà sous sa fausseté manifeste (la séduction est trop appuyée et immédiate) la réelle passion qui va unir les deux héros et Kim Novak évanescente et lascive fascine déjà, autant femme fatale qu'être frêle à protéger notamment lors de ce plan où elle observe McMurray dans l'embrasure d'une porte. Ce dernier retrouve un emploi voisin d’Assurance sur la mort, un type normal qu'un amour et désir aveuglant amène sur la voie criminelle.

Le comédien est comme toujours parfait dans ce registre, il faut voir l'assurance et la froideur avec laquelle il séduit Novak au départ et qui s'effrite lentement lorsqu'il est dépassé par ses émotions. La comparaison avec le classique de Wilder s'arrête cependant là car si Quine joue un temps sur l'ambiguïté de leur rapport et ne nie pas la vénalité qui conduit en partie leurs actions, lui croit vraiment en l'histoire d'amour réciproque de ses héros et en dépit leur actes les rend malgré tout attachants dans leur funeste destin. Quine est un réalisateur sans distance ni cynisme même dans la comédie enlevée et croit toujours sincèrement en ces personnages.

Passé l'introduction et quelques séquences annexes éparses, le suspense et la tension grimpent donc progressivement dans une unité de temps et de lieu où entre mensonges, manipulations et faux semblants les amants criminels tentent d'arriver à leur fin. Le scénario remarquablement équilibré esquisse d'ailleurs d'excellents personnages secondaires avec Phil Carey et Dorothy Malone dont la romance naissante offre un pendant positif à celle du couple principal puisque la dissimulation de départ est guidée par de meilleurs sentiments et conduira à des actes bien plus positifs. La brève durée du film évite la lassitude face à ce cadre restreint et de la répétitivité des péripéties (les vas et vient d'un immeuble ou d'un étage à l'autre, les phases d'observation et de filature) et au contraire les dynamite constamment lorsqu'on croit l'ennui s'installer (le sort que réserve McMurray à l'auteur du hold-up).

Un excellent et plutôt original film noir qui tient en haleine sans réel méchant ou criminel à affronter, étonnant. Il est d'ailleurs dommage que Quine n'ait pas donné plus souvent dans le genre policier (sous la parodie L'Inquiétante Dame en Noir est un assez redoutable thriller) mais cette première œuvre commune avec Kim Novak était pleine de promesses largement tenues par la suite.

Sorti en dvd zone 1 soit dans un coffret consacré à Kim Novak, soit dans un coffret de la collections films noirs et tout deux doté de sous-titres anglais et français. Pour le film seul c'est plus compliqué puisque toujours inédit en zone 2 hormis une édition espagnole dépourvue de sous-titres par contre (si ce n'est espagnol et portugais !).

Extrait de la séduction entre Kim Novak et Fred MacMurray

vendredi 19 novembre 2010

Ma Soeur est du tonnerre - My Sister Eileen, Richard Quine (1955)


Deux soeurs, Eileen et Ruth Sherwood, une actrice l'autre écrivain, quittent l'Ohio pour New-York, afin de faire fortune et mener la belle vie.

Un tourbillon de bonne humeur, de fougue juvénile et de couleurs, léger comme une bulle de savon, voilà ce que nous ont concoctés Richard Quine et Blake Edwards avec ce bijou de comédie musicale. La réussite est d'autant plus grande que le film trouve son origine dans un matériau déjà usé jusqu'à la corde. A l'origine il y a donc une série de courtes histoires en partie autobiographique écrite par l'auteur journaliste Ruth McKenney publiée dans le New Yorker puis regroupée dans un roman en 1938. Le succès est tel que les déclinaisons seront multiples : une pièce de théâtre en 1940, un premier film en 1942, une feuilleton radiophonique (où Rosalind Russel et Janet Blair reprennent leur rôles tenus dans le film), un spectacle à Broadway en 1953 et après le film de Quine une série télévisée au début des années 60.

Richard Quine épaulé par Blake Edwards au scénario parvient pourtant à faire du neuf en resserrant le récit original et en en développant de nouveaux aspect, tout en faisant table rase des versions passées puisque aucune des chansons du musical de Broadway n'est conservées (pourtant signée Berstein entre autre). A la place on a de nouvelle compositions de Jule Styne et Leo Robbin, brillante et plus adaptée au ton enjoué et insouciant du film de Quine. On assiste donc à l'arrivée de deux soeurs à New York, ayant quittées leur Ohio natal pour réussir respectivement en tant qu'écrivain et actrice. Hormis leur complicité et leur affection réciproque tout les oppose. Eileen (Janet Leigh) la cadette est d'un caractère enjoué d'une beauté lumineuse lui attirant toutes les faveurs masculine. A l'inverse Ruth (Betty Garret) l'aîné est plus complexée et cynique, éclipsée qu'elle est par Eileen à qui elle n'arrive pas à en vouloir néanmoins.

En effet pas de trace de jalousie où de sentiments négatifs, les deux soeurs devront surmonter leurs caractère et aller de l'avant face à toutes les embûches se plaçant sur le chemin de leur réussite. Le film fait preuve d'un entrain et d'une joie peu commune pour dépeindre les aventures de nos héroïnes. Personnages truculents avec Kurt Kaznar génial en propriétaire roublard, gags irrésistibles tel l'appartement vibrant à chaque passage du métro et veine sentimentale touchante son de la partie. Pour ce dernier aspect si la partie concernant Janet Leigh est réussie mais classique (dont une amourette un tenancier de drugstore timide joué par un tout jeune Bob Fosse) c'est vraiment le personnage de Betty Garret le plus attachant.

D'un rôle ingrat de beauté quelconque, Betty Garret compose un personnage magnifique dans sa résignation et manque de confiance en soit, condamné à n'être que l'ombre de sa soeur. La romance avec Jack Lemmon (tout jeune et plein d'allant aussi) est l'occasion pour Quine de déjà distiller une ébauche des mise en abîme alambiquées de certains de ses films à venir (on pense notamment à Comment tuer votre femme) lorsque Ruth crée la confusion entre le personnage de ses nouvelles inspiré de sa soeur et elle même.

Si la mélancolie a sa place (les échecs professionnels, le mal être de Ruth qui offre une des plus belles chansons du film As soon as they see Eileen) c'est réellement la joie de vivre et le ton positif qui domine dans ce Greenwich Village estival filmé dans un scope superbe. Les chansons sont splendides, les chorégraphies originales et entraînantes (superbe duel entre Bob Fosse et Tommy Rall) et Quine et Edwards laissent éclater la folie qui les caractérisent le temps d'une scène inoubliable où Ruth est traquée par une horde de marins portugais sous le charme jusque chez elle, le tout se terminant en immense fête où tout le quartier les rejoints. Grande réussite pour le spectacle le plus euphorisant qui soit.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous titres anglais

Extrait "As soon as they see Eileen" magnifique !


jeudi 21 octobre 2010

Les Liaisons Secrètes - Strangers When We Meet, Richard Quine (1960)


L’architecte Larry Coe, marié et père de famille, se retrouve pris dans une relation complexe avec la belle Maggie Gault, une voisine ayant elle-même une famille.

Sous leur aspect faussement policé et grand public, les mélodrames à succès de Douglas Sirk auront largement contribué à l’évolution des mœurs dans l’Amérique des années 50. Ces films « ripolinés » et léchés, ciblant les ménagères, abordaient des questions audacieuses comme le racisme, la médisance ou l’adultère. D’autres mélodrames moins marquants lui emboîtèrent le pas durant la décennie. A Summer Place de Delmer Daves osait ainsi parler de la sexualité adolescente tandis qu’un ancêtre des soap operas (format dans lequel il fut d’ailleurs adapté par la suite) comme Peyton Place de Mark Robson traitait des noirs secrets d’une petite ville américaine impliquant viols, inceste et meurtre. Liaisons secrètes, sorti en 1960, témoigne de cette liberté nouvelle et annonce les œuvres plus ouvertement dérangeantes des années à venir. Sur une structure dramatique calquée sur Brève Rencontre de David Lean, le film de Richard Quine ne se contente pas de traiter l’adultère sous l’angle de la seule culpabilité, mais l'utilise pour des questionnements plus profonds qu'il implique sur les transformations de la société américaine de l’époque.

Liaisons secrètes analyse, à travers les motifs qui vont rapprocher les amants, les mutations en cours d’une Amérique à la veille des bouleversements majeurs des 60’s. Le personnage de Kirk Douglas interroge notamment la place de l’homme, sa fonction et ses aspirations, sorti de ses obligations à subvenir aux besoins de sa famille. Architecte brillant, Larry Coe est peu satisfait de sa vie, enfermé dans un train de vie conformiste.

Par son souhait de ne travailler que pour des projets novateurs et stimulants, il fait preuve d’un volontarisme et d’un libre arbitre peu en rapport avec son statut de chef de famille. Incompris par sa femme le poussant à choisir des emplois plus lucratifs, il est en quête d’autre chose que ce que le monde moderne lui réclame (travailler dur et nourrir les siens). Les discussions qu’il partage avec le personnage d'Ernie Kovacs, écrivain pour qui il construit une maison hors norme, sont à ce titre passionnantes sur la perte de repères de la figure masculine. Kirk Douglas offre une de ses plus poignantes prestations sous les traits de ce Larry Coe, anticipant grandement son futur rôle dans L’Arrangement d'Elia Kazan.

La présence froide, éthérée et sensuelle de Kim Novak sied à merveille à son personnage de femme esseulée. Le film se montre là tout aussi audacieux autour de cette mère de famille ordinaire, affirmant son désir et sa frustration. Quelques indices et dialogues en filigrane nous indiqueront que, élevée par une mère abusive aux mœurs légères, elle s’est mariée avec le premier venu lui permettant de quitter sa situation. Désormais mariée et mère, elle n’en est pas plus satisfaite pour autant. Une scène est particulièrement marquante quant à la rupture entre la mentalité masculine ordinaire des 50’s et l’affirmation moderne de la féminité. Kim Novak accueille son mari rentré du travail en se montrant particulièrement pressante, l’ « allumant » corsage défait et tout en poses suggestives provocatrices de désir. Ce dernier, homme de la vieille école, se montre tour à tour faussement indifférent puis décontenancé car incapable de comprendre que l'expression de la libido puisse émaner de manière aussi affirmée du sexe faible (en tout cas pas s'il s'agit de sa propre femme).

Tant au niveau des dialogues que des situations équivoques, le film est d’ailleurs assez précurseur dans son rapport au sexe, abordé sans détour ni métaphore (inoubliable moment où Douglas dit à Novak « I want make love to you » de manière crue et directe). Confrontés à leur solitude respective et à l’incompréhension de leur entourage, Larry et Maggie sont donc fin prêts à entamer leur liaison, mais seront rattrapés par le règne des apparences.

La relation entre Kirk Douglas et Kim Novak s’avère des plus poignantes, en grande partie par le jeu fragile de cette dernière. L’actrice évolue en toute confiance avec Richard Quine, son réalisateur fétiche avec qui elle tournera trois films ( la belle screwball comedy teintée de fantastique, L’adorable voisine, la comédie loufoque L'Inquiétante Dame en Noir ou le film noir Pushover). Elle se met grandement en danger avec ce personnage de femme glaciale et fuyante dont la distance et les refus sont autant d'appels du pied inconscients que ne manquera pas de déceler Kirk Douglas. L’alchimie entre les deux est parfaite, le désir et la complicité se dégageant de toutes leurs scènes communes, même avant que la relation adultère ne soit entamée. Un lien fragile mais sincère entre ces deux êtres, bientôt obscurci par le cadre dans lequel ils évoluent.

Tim Burton n’aura eu de cesse de l’affirmer dans certains de ses meilleurs films comme Edward aux mains d’argent : les banlieues pavillonnaires proprettes made in US ne sont qu’hypocrisie et malveillance. Le couple va ainsi peu à peu se désagréger, précisément à cause de ce cadre malsain. Une première scène nous aiguille avec une douloureuse confession de Kim Novak révélant avoir subi un quasi-viol un an plus tôt dans le quartier. Plus tard, ce sera au voisin sournois et faussement puritain campé par Walter Mathau (sa bonhomie rassurante cachant une vraie perversité) de tenter sa chance avec la femme de Douglas (jouée par Barbara Rush), profitant d'avoir précédemment découvert la liaison des héros.

Comme dans Brève Rencontre, on use ici de l’artifice de la promotion à l’étranger (construire une ville dans la jungle hawaïenne pour Kirk Douglas) pour rendre définitive la séparation des amants. Loin d’être une facilité, ce choix aura été appuyé par la force des dernières scènes montrant le paisible quartier sous son vrai jour, une prison oppressante et malsaine. S’aimant d’un amour pur, Larry et Maggie sont donc contraints de se quitter, et c’est dans la maison fraîchement construite, symbole d’espoir et de déception, qu’ils vont se voir pour la dernière fois, fantasmant l’existence qu’ils auraient pu y mener.

A l’image du reste du film, Richard Quine filme le moment tout en sobriété, au plus près des personnages, le montage et les cadrages appuyant la force de chacun de ces derniers regards. Volontairement dépourvue de l’emphase picturale d’un Douglas Sirk ou de la dramatisation exacerbée du David Lean de Brève Rencontre, la conclusion reste à la hauteur touchante et pathétique de ses héros, renonçant au vrai bonheur. Les larmes de Kim Novak et sa voiture s’éloignant vers une existence morne seront les dernières images de cette fin magnifique.

Classique oublié, Strangers when we meet mérite grandement d’être redécouvert tant il s’affirme comme une des plus belles réussites du mélodrame moderne.

Sorti en dvd zone 2 français chez Columbia


vendredi 23 juillet 2010

Comment tuer votre femme - How to murder your wife, Richard Quine (1965)



Stanley Ford (Jack Lemmon) est un auteur de bande dessinée à succès qui raconte chaque jour les aventures de Bash Brannigan, agent secret. Célibataire endurci, il vit avec son majordome Charles Firbank (Terry-Thomas) une vie réglée et immuable. Un jour, sous l'emprise de l'alcool, il épouse une strip-teaseuse italienne (Virna Lisi) qui ne tarde pas à prendre une grande place dans son existence. Stanley Ford ne rêve alors que de sortir de cette situation.

Après L'inquiétante dame en noir et le génial Deux têtes folles, le film qui conclu en quelque sorte unee trilogie entamée par Quine et George Axelrod sur la mise en abîme, les rapport entre réel et création.Le scénario déplace cette fois tout l'aspect référenciel au cinéma des deux précédents film pour une évocation hilarante des rapports hommes/femmes. C'est par la voix off puis la silhouette distinguée de son majordome (Terry Thomas fabuleux en valet british possessif) que nous est présenté le héros Jack Lemmon, dessinateur de bd et célibataire endurci au quotidien réglé comme du papier à musique. Le ton est distancié à souhait avec un Terry Thomas multipliant les clins d'oeils au spectateur tandis qu'il présente l'intérieur cossu de son maître et son mode de vie dont toute relation durable est exclu.

L'argument du film est outrageusement machiste puisque les femmes et le mariage son synonyme d'enfer ultime auquel il convient absolument d'échapper à tout prix. Un enterrement de vie de garçon aux allures de veillée funèbre confirme cette idée de manière jubilatoire avant que l'annulation des fiançailles lance la vraie fête, au lendemain de laquelle Lemmon se réveille marié à la belle Virna Lisi (1ere apparition mémorable en petite tenue sortant d'un gâteau...). Celle ci joue l'italienne exubérante et sexy dans toute sa splendeur, envahissante pour un Lemmon qui subit tout les clichés liés au mariage puisqu'il s'empâte à force de bon plat, ne dort plus à cause des ardeurs de sa belle et de son addiction à la télévision tandis que la décorations féminine criardes envahissent l'appartement. Le questionnement entre réel et fiction se fait par l'intermédiaire de la bd du héros qui fait de son personnage un extension de lui même.

Du temps du célibat, celui ci était un agent secret à la vie trépidante dont Lemmon expérimente les exploits physiques dans la réalité et une fois la corde au cou c'est à l'aventure du mariage qu'est soumis le double de papier. Lemmon y lâche donc ces frustrations et y projette le meurtre de sa femme, mais est ce vraiment uniquement dans la bd ? Le côté machiste assumé est d'une drôlerie irrésistible, à la convention du devoir de mariage Lemmon argumente pour sa défense dans une grandiose tirade finale le droit de chaque homme à souhaiter un jour tuer sa femme, appuyé par tout les maris présents... Il est d'ailleurs dommage que le scénario n'entretienne pas plus vivement le doute sur la fait que le meurtre ait été effectué ou non, la question étant trop vite résolue.

Quine multiplie les idées de gags fabuleuses tel tout les gaffes commises par Virna Lisi conclues par un gros câlin dont l'image se floute progressivement, le rapport presque marital entre Lemmon et son valet... Virna Lisi au grand potentiel comique n'est pas tout à fait au diapason de Lemmon sur le registre dramatique et la conclusion ne rend pas tout à fait toute l'émotion souhaité après les envolées anti mariage qui ont précédées, même si on saisit la morale de l'histoire (applicable dans les deux sens) en dépit des défauts divers l'autre est indispensable.

Trouvable facilement en dvd zone 2

Petite leçon de tyrannie féminine



Et en toute parité génial exemple d'égoïsme masculin !

vendredi 16 juillet 2010

L'Inquiétante Dame en Noir - The Notorious Landlady, Richard Quine (1962)

William Gridley (Jack Lemmon), un jeune diplomate américain est envoyé à Londres. A la recherche d'un appartement à louer en ville, il postule auprès de la ravissante Carlyle Hardwicke (Kim Novak) qui consent à lui céder l’appartement. Mais ce qu’il ignore c’est qu’elle est le suspect numéro 1 du meurtre de Miles Hardwicke époux de cette dernière dont on n’a jamais retrouvé le corps.Quelques années avant son bijou Deux têtes folles, Richard Quine s’essayait déjà à l’exercice de la parodie et de la mise en abyme cinématographique avec ce génial pastiche hitchcockien co écrit avec Blake Edwards. L’histoire dépeint la rencontre entre une américaine installée à Londres soupçonnée de meurtre avec un modeste employé d’ambassade joué par Jack Lemmon qui ne sait rien de cette fâcheuse réputation. A partir de cette idée va s’amorcer une enquête policière loufoque où Lemmon tombé amoureux va tout faire pour prouver l’innocence de Kim Novak.

Tout les grands climax du récit vont ainsi s’appliquer à reprendre de manière délirante et outrancière des classiques de séquences de Hitchcock. Le début où Lemmon encore méfiant soupçonne Novak de vouloir l’empoisonner lorgne donc vers Soupçons en inversant les rôles, plus tard une filature nocturne dans un Londres sinistres et brumeux évoquera The Lodger, une séquence de tribunal avec Novak en accusée Le Procès Parradine et la course poursuite finale en train et par la campagne Les 39 marches mais aussi La Mort aux Trousses. Malgré un côté un peu décousu, toutes ces différentes péripéties ne font pas dans la parodie pure Quine est plus subtil que cela et l’enquête maintien tout son intérêt à coup de rebondissements déroutants et de révélation en pagaille.

Surtout, avant de partir tout azimuts, Quine aura pris le temps de rendre ses personnages très attachant. Kim Novak (jamais plus belle et émouvante que devant la caméra de Quine son réalisateur fétiche) étincelle de fragilité en accusée à tort (et son choix dans une déclinaison de Hitchcock est des plus judicieux) et après Embrasse Moi Idiot de Wilder démontre à nouveau une légèreté et un timing comique irrésistible. Il faut la voir accueillir Lemmon au début avec un accent outrancier, mais c’est surtout en accusée à tort oppressée de toute part qu’elle arrive à nous toucher par sa grâce.

Lemmon en monsieur tout le monde remuant ciel et terre offre encore un grand numéro. Quine prend son temps pour montrer leur rapprochement avant de partir dans le grand huit comique. Fred Astaire en second rôle s’avère très sympathique aussi. Sous la légèreté le suspense n’est pas exclu loin de là et quelques élans de noirceur et de violence viennent nous rappeler que nous sommes bien devant un thriller, même pour rire notamment une dernière demi-heure ébouriffante de rythme. Pas tout à fait aussi brillant que Deux têtes folles dont il est l'embryon (George Axelrod collabore au scénario des deux films) mais fort réussi tout de même.




Trouvable en dvd zone 2 français et le film ressortira en salle le 4 août prochain


vendredi 14 mai 2010

Deux têtes folles - Paris When It Sizzles, Richard Quine (1964)


Superbe exercice dans le sous genre si difficile du film sur le cinéma. Une première moitié de film ébouriffante d'inventivité où William Holden scénariste fêtard et bon vivant se voit contraint de conclure en deux jour un scénario qu'il n'a pas commencé à écrire et pour ce faire il aura fort besoin de la jeune secrétaire incarné par Audrey Hepburn. Le récit se fait donc l'illustration des tâtonnement de Holden pour trouver la bonne histoire, le bon angle et le ton idéal, toutes les pistes se manifestant à l'image sous forme de film dans le film dont lui et Audrey Hepburn sont les protagonistes.

Richard Quine joue à merveille de son postulat en alternant les parodies de genre divers (épouvante, espionnage, polar), se moquant des clichés de ce type d'intrigue sentimentale tout en en usant puisque l'évolution des rapports entre Holden et Hepburn dans le réel déteignent sur l'intrigue imaginaire. Que Holden se montre un peu trop entreprenant et la fasse boire pour arriver à ses fin, et Hepburn l'imaginera en monstre d'épouvante affamé de sa vertu. Il en va de même lorsque Holden manifestant une légère jalousie pour un rendez galant à venir d'Hepburn avec un jeune acteur le transforme en bellâtre narcissique et égoïste dans le scénario en cours. Le tout ponctué de caméos surprenant de véritable stars comme Marlène Dietrich, Tony Curtis dans un double rôle ou encore Franck Sinatra. Les blagues moqueuse sur ce nouveau cinéma intellos et la Nouvelle Vague sont fort amusantes également.


La seconde partie est plus aventureuse en laissant presque entièrement la place à la fiction dans la fiction, laissant deviner la tournure des rapports réels des héros par les réactions de leurs double, ainsi que par d'amusante interventions en voix off en cas de désaccords des deux auteurs. Un parti pris assez risqué après un début si parfaitement écrit surtout que la fausse intrigue est des plus fantaisiste. Ca fonctionne pourtant parfaitement, l'aspect bancal correspondant au trouble que ressentent les auteurs, Holden soudainement effrayé par les sentiments qu'il ressent tandis que Audrey Hepburn se laisse embraser par la passion.Les deux acteurs offrent d'ailleurs des performances épatantes, Holden (pas un hasard d'en refaire un scénariste après Sunset Boulevard) dissimulant à nouveau une belle fragilité sous ses allures de séducteur sûr de son art.

Quant à Hepburn c'est une de ses meilleures performances, les différentes tonalité du film lui permettant d'aborder de multiples registre : l'ingénue pleine de charme qu'on connaît, l'espionne manipulatrice ou carrément la pure vamp lors d'une inoubliable scène de bain moussant.

Richard Quine dynamise idéalement le tout par un rythme alerte et une réalisation inventive avec la prouesse de véhiculer les plus grands clichés romantiques (avec un Paris ensoleillé et touristique à souhait), en être conscient et parvenir à les faire miraculeusement fonctionner au premier degré. La preuve étant la scène de conclusion épatante où l'ironie cotoie l'émotion la plus sincère. Richard Quine est définitivement un réalisateur à réhabiliter...

Trouvable facilement pour pas très cher en dvd zone 2

vendredi 30 avril 2010

L'Adorable voisine - Bell, Book and Candle, Richard Quine (1958)


Gillian Holroyd est une jeune et belle sorcière qui tient un magasin d'art africain, à Greenwich Village, quartier de la bohème new-yorkaise. L'étrange pouvoir qui lui permet de faire et defaire à sa guise les choses de la vie ne l'empêche pas d'être bien seule en cette veille de Noël. Elle sait que le jour où elle tombera amoureuse, son pouvoir magique disparaitra. C'est alors que le séduisant éditeur Shep Henderson, et locataire du troisième étage, frappe à sa porte, son téléphone étant malencontreusement tombé en panne...

Belle comédie qui apporte un renouvellement bienvenu à la screwball comedy en la confrontant au surnaturel. On a donc une Kim Novak en sorcière lasse de ne fréquenter que ces congénère et souhaiterait une existence plus normale. Tombé sous le charme de James Stewart, elle ne pourra s'empêcher de l'ensorceler pour qu'il tombe dans ces bras, ce dernier devant se marier le lendemain. Tout le film questionne donc l'artificialité ou pas de ces sentiments, tout en décrivant l'inconscient éveil au sentiments de Kim Novak et jouant avec humour de son aspect fantastique.

Il est fort probable que les producteurs de la série Ma sorcière bien aimée ait vu ce film (tout comme Ma femme est une sorcière de René Clair) tant on en retrouve certains éléments ici avec l'univers des sorcières bariolé et fantaisiste, les personnages loufoques (la tante) et l'antagonisme avec la belle famille dont un génial Jack Lemmon en frère de Kim Novak. Les moments de comédies sont irrésistibles avec un James Stewart en grande forme dont un séquence mémorable où il va voir une vieille sorcière en campagne pour se faire exorciser d'un sortilège.
L'aspect surnaturel est plutôt porté par une Kim Novak parfaite, totalement glaciale et mystérieuse au départ et qui par quelques nuances subtiles devient peu à peu plus humaines que sorcière.

Le souvent très doué Richard Quine (son mélo "Liaisons Secrètes" toujours avec Kim Novak son actrice fétiche est une petit chef d'oeuvre) offre une réalisation aussi alerte dans la comédie qu'envoûtante dans le fantastique (traité avec humour mais jamais par dessus la jambe) avec une séquence d'ensorcèlement totalement hypnotique avec un jeu de regard entre Nova, Stewart et un chat assez bluffant. Quelques petites longueurs par si par là mais rien de bien méchant, et la conclusion est magnifique d'émotion.Un an avant Vertigo l'alchimie entre Novak et Stewart était étincelante.

Trouvable en dvd zone 2 français pour pas très cher