Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 10 janvier 2017

L'Amour à mort - Alain Resnais (1984)


Un homme meurt. La mort est constatée par un médecin. La femme qui l'aime et qu'il a aimée est encore sous le choc quand, soudain, il revient à la vie. Que va-t-il faire, que vont-ils faire tous deux de ce sursis, de cette vie "en plus" qui leur est accordée ?

Dans de nombreux films d’Alain Resnais, il est question pour les personnages de se soumettre ou s’affranchir d’un courant qui peut endosser plusieurs formes à laquelle se plie le concept du film. L’héroïne d’Hiroshima mon amour (1959) doit s’affranchir du courant du souvenir nourrit de ses regrets, ces mêmes souvenirs emportant Claude Rich dans les méandres de l’expérience scientifique à laquelle il participe dans Je t’aime, je t’aime (1968). A l’inverse c'est à un courant de l’oubli que résistera Delphine Seyrig dans le labyrinthe de L’Année dernière à Marienbad (1961). Et parfois il s’agit de ne pas céder à une puissance supérieure comme le narrateur omniscient de Providence (1977), tout comme les élans romanesques du trio de Mon oncle d’Amérique (1980) échappent aux préceptes anthropologiques qu’ils sont supposés illustrer. Pour cette troisième et dernière collaboration avec le scénariste Jean Gruault (après Mon oncle d’Amérique et La vie est un roman (1983)), Alain Resnais scrutera l’abandon ou la résistance à une pulsion de mort.

Le film s’ouvre sur la crise qui va provoquer la mort de Simon (Pierre Arditi) sous le regard en détresse de sa compagne Elisabeth (Sabine Azéma). Alors que le médecin le déclare cliniquement mort, Simon se relève pourtant quelques instants plus tard, miraculeusement revenu à la vie. Cet évènement semble provoquer une forme d’exaltation chez lui l’amenant à se détacher de toute entrave, de tout entourage dont il n’aurait eu que faire et inversement en donnant son dernier souffle. Sa passion pour Elisabeth n’en devient que plus intense le temps d’étreintes fiévreuses et d’un lien quotidien de plus en plus fusionnel. Ce que l’on pourrait prendre pour un sursaut de vie dissimule en fait une angoisse morbide. Alain Resnais fait de la musique de Hans Werner Henze le guide de ces idées noires. 

La forme ne ressemble une fois de plus à rien d’autre dans cet usage de la musique totalement séparée de l’image, moteur des émotions plutôt que ponctuation ou accompagnement. Les abimes de la mort dont Simon a arpenté les rebords se manifestent ainsi par des courts interludes/inserts en écran noir ou ténèbres enneigées sur lesquels tonne la partition tourmentée de Henze. Cela se fait de manière insidieuse par l’expérimentation sonore qu’exige Resnais, la hauteur des mesures devant s’accorder à la tessiture de la voix des acteurs (et inversement) dans l’enchaînement des séquences ce qui nécessitera une préparation méticuleuse (d’autant que la bande-originale sera composée après le tournage selon les directives contraignantes de Resnais) et un travail aussi brillant qu’invisible d’Albert Jurgenson au montage.

 A l’image cette tonalité funèbre s’exprimera à la fois par l’austérité (ce quasi décor unique dont on s’échappe si peu) et une stylisation appuyée lors des étreintes du couple baignée de lumière rouge - où la notion de « petite mort «  de la jouissance n’aura jamais mieux portée son nom. Une fois cette atmosphère délétère installée, la mort isole les personnages telle cette scène où l’arrière-plan se fait sombre et opaque alors que Simon et Elisabeth se réconfortent, seuls leurs visages en gros plan étant éclairés. 

Les personnages au départ plein d’allant et de désir semblent donc comme affectés physiquement avant de l’être moralement, Pierre Arditti se désagrégeant pour ne plus faire qu’un avec ce cadre sinistre tandis que seule l’énergie du désespoir semble animer Sabine Azéma impuissante face à la déchéance de l’homme qu’elle aime. La dernière partie questionne cette forme d’idéal romantique mortifère où l’union ultime doit se faire par la mort. Le couple d’amis Fanny Ardant/André Dussolier constitue donc un pendant lumineux par son vécu où l’amour s’épanouit dans la vie, même si une impasse philosophique se posera lorsque la seule réponse à ces pulsions de mort s’exprimera par la religion. 

C’est passionnant d’autant qu’Alain Resnais ne tranche pas, cet attrait des abimes étant tout à la fois l’expression d’une souffrance mentale (on apprendra que Simon a déjà voulu marquer un ancien amour par cet élan suicidaire) que celle d’un amour pur, inconditionnel et indélébile comme le soulignera le personnage ambigu de Fanny Ardant. Le dialogue évoquant les deux traductions de l’amour de Dieu, Eros et Agapé devenant possessif ou apaisé selon l’usage du grec ou du latin expriment toute la dualité possible de ce sentiment amoureux. Alain Resnais signe un film hanté et austère qui captivera ou laissera de côté même les plus férus de son art (l’accueil public et critique sera très mitigé malgré cinq nomination aux Césars) mais l’originalité et la radicalité de l’ensemble en font une de ses œuvres les plus marquantes. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Mk2

samedi 19 novembre 2016

Mon Oncle d'Amérique - Alain Resnais (1980)

Le Pr Laborit donne un cours sur le fonctionnement du cerveau et ses conséquences sur le comportement. Parallèlement, trois personnages que tout sépare vivent, souffrent, évoluent, se croisent.  Janine, Jean et René n'ont a priori rien en commun. Pourtant, ces trois personnes vont se rencontrer. Janine, fille d'un militant communiste, est comédienne. Elle devient la maîtresse de Jean, haut fonctionnaire marié. René, fils de paysan breton, a choisi de travailler dans l'industrie et a, peu à peu, gravi les échelons.

Mon oncle d'Amérique est la première des trois collaborations d’Alain Resnais avec le scénariste Jean Gruault avant La vie est un roman (1983) et L'Amour à mort (1984). Comme toujours avec le réalisateur le projet repose sur une expérience visuelle et narrative inédite, l’objectif étant ici de traduire par l’image les concepts anthropologiques du professeur Henri Laborit. Celui-ci s’était fait connaître pour ses travaux révolutionnaires dans la psychiatrie et la neuroscience et Alain Resnais s’applique à en déployer une forme de vulgarisation à travers l’outil cinématographique. Le début du film sera ainsi assez déroutant par une mise en parallèle schématique des concepts de Laborit avec l’introduction des personnages qui permettront de les éprouver en situation. La voix-off du scientifique accompagne des images animalières et de laboratoire, le montage alterné présentant tout aussi machinalement (sur une voix-off féminine de Dorothée) la biographie complète de Jean Le Gall (Roger Pierre), René (Gérard Depardieu) et Janine (Nicole Garcia). Cette mise en place neutre devient plus prenante au fil des destins des personnages appliquant les théories scientifiques. La construction même du récit obéit à cette idée : le principe du cerveau reptilien (le plus instinctif, commun à tout le règne animal et assurant les réflexes de survie) lors des scènes d’enfance où se construit la personnalité des héros à travers leur premières expériences, le cerveau limbique (commun à tous les mammifères, celui de la mémoire, qui guide notre comportement) réaction du précédent et qui laisse apparaître les affects positifs comme négatifs et enfin le néocortex (propre à l’humain qui permet d'associer des idées provenant d'expériences plus abstraites) qui viendra complexifier la donne dans la dernière partie. 

Resnais parvient à éviter toute lourdeur grâce à une narration certes déroutante mais toujours prenante. Entre le bourgeois Jean Le Gall, le fils de paysan René et la fille de militant communiste et comédienne Janine, on traverse trois milieux sociaux très différents qui permettent d’appliquer par la fiction (et l’humain) les cheminements de pensée d’Henri Laborit. Le personnage de Jean Le Gall dégagera tout le film la dimension à la fois rêveuse issue du cerveau reptilien (les souvenirs d’enfance sur son île l’attachement à son grand-père qui l’y amenait) et le déterminisme du cerveau limbique (l’exigence scolaire des parents, la culture de ce milieu bourgeois). Il en va de même pour René dont la ténacité et l’envie d’ailleurs tient de l’agression permanente se dégageant de son éducation rurale, sa réussite professionnelle adulte tenant de sa volonté de la quitter mais également les angoisses qui en naîtront en se pensant constamment menacé, en sursis. 

Enfin le goût du travestissement, le plaisir de capter l’attention de Janine vue dès ses jeux de petite fille amorcent sa carrière mais aussi la théâtralité avec laquelle elle affronte les situations personnelles (la dispute avec Le Gall où elle lui demande de l’enfermer après une dispute). Resnais fonctionne également par association d’idées, en plus des inserts scientifiques s’ajoutant des extraits des comédiens favoris des personnages là aussi pas attribué au hasard : Jean Gabin pour le prolo René, Danielle Darrieux pour le distingué Jean Le Gall et Jean Marais pour la maniérée Janine.

C’est une manière très originale de venir perturber une narration classique avec ce surlignage/explication scientifique qui donne un tour ludique et amène autant une hauteur amusée (le mimétisme entre Depardieu et le directeur rival dans l’usine) qu’une empathie marquée, la prestation écorchée et sobre de Gérard Depardieu étant particulièrement touchante. Le risque aurait pu être qu’en endossant une totale croyance dans les concepts de Laborit, Resnais cède à une démonstration mécanique du pouvoir du cerveau. Il n’en sera rien car illustrer ces théories est pour lui un moyen de s’amuser avec les codes narratifs plus qu’un moyen d’imposer une idée. Dans Providence (1977) par exemple après avoir célébré la toute-puissance du créateur dans la première partie, il en montrait les limites avec l’envers réel du décor où les failles affectives du héros se révélaient. Il en va de même ici où la complexité de l’esprit humain et les situations imprévisibles auxquelles il peut être exposé perturbe un comportement attendu.

Après une longue expérience sur un rat en cage soumis à des chocs électriques, Laborit dépeint l’apprentissage de la punition/douleur par l’animal qui sait désormais l’anticiper et la fuir. Resnais le contredit pourtant dans la scène suivante où Jean Le Gall retrouve Janine sur l’île quelques années après leur rupture et où après l’avoir tout d’abord fuit (échaudé par la manière dont elle l’a rejeté) il accepte finalement la promenade qu’elle lui propose, ranimant brièvement la complicité d’antan. Cet instinct de protection prend un tour plus alambiqué aussi à travers le mensonge d’Arlette Le Gall (Nelly Borgeaud) feignant la maladie incurable pour récupérer son époux. L’attitude soumise renvoie paradoxalement à un instinct de survie inapplicable à un rat passant d’une cage à une autre.

Les idées de Laborit s’avèrent passionnantes de bout en bout notamment la manière dont les inhibitions de la civilisation nous rendent plus vulnérables et se répercutent à des maux physiques et psychologiques typiquement modernes (développement croissant d’une cellule cancéreuse, dépression nerveuse). C’est comme si l’Homme payait cette conscience qui le rend plus complexe par des troubles qui lui sont propre aussi. Là aussi c’est illustré avec brio par Resnais, faisant surgir le mal-être physiologiquement (les coliques néphrétiques de Jean Le Gall après son renvoi de Radio France) comme mentalement (la tentative de suicide de René). Janine (magnifique Nicole Garcia) est sans doute le personnage qui l’exprime le mieux, le dépit amoureux autorisant toutes les dérives pour le laissé pour compte. Le travail sur le montage d’Albert Jurgenson est impressionnant, sachant aussi bien déployer la veine la plus expérimentale que le classicisme romanesque et il se réinvente après les prouesses réalisée sur Je t’aime,je t’aime (1968) ou Providence.

Le guide des affects de l’Homme pour Resnais repose finalement sur la nature insaisissable de ces attentes et déceptions. C’est là que s’explique cet étrange titre de film, Mon Oncle d’Amérique. Pour le travailleur engoncé dans sa condition, l’Oncle d’Amérique est la funeste légende de celui qui a rêvé et échoué. Pour l’actrice Janine, c’est le fantasme des feux des projecteurs et Jean Le Gall le nanti un idéal qu’il est certain de toucher du doigt. Le film sera un des plus grands succès commerciaux (1,3 millions France) et critique (Prix Méliès en 1980, Prix FIPRESCI et Grand Prix Spécial du Jury du Festival de Cannes 1980, nomination à l'Oscar du meilleur scénario original pour Jean Gruault en 1981) d’Alain Resnais, tout en dégageant une polémique entre Henri Laborit et la communauté scientifique qui n’avait pas compris que la magie du film repose sur le ressenti plus que l’explication rationnelle.Un précurseur du Vice Versa de Pixar ?

Sorti en dvd zone 2 français chez Mk2 

 

jeudi 1 septembre 2016

La Vie est un roman - Alain Resnais (1983)


En 1919, dans son château situé dans la forêt des Ardennes, le comte Forbek propose à ses invités une expérience qui doit les conduire à un état de bonheur permanent. En 1982, le même château est devenu un collège expérimental. Un colloque de chercheurs s'y réunit pour préciser les méthodes et moyens d'une éducation de l'imagination. Au même moment, trois enfants s'inventent un conte moyenâgeux, dans lequel un prince vaillant triomphe d'un tyran pour le bonheur de son peuple.

La vie est un roman poursuit la collaboration d’Alain Resnais avec le scénariste Jean Gruault après Mon oncle d’Amérique (1980) - et qui se poursuivra dans L’Amour à mort (1984). Le réalisateur y poursuit son questionnement sur l’abandon de l’individu dans la rêverie, qu’elle soit celle des souvenirs et des regrets (Hiroshima mon amour (1959), Je t’aime, je t’aime (1968)), de l’oubli (L’Année dernière à Marienbad (1961)) mais aussi des méandres de l’imagination (Providence (1977)). Le récit explore ici la quête d’une utopie à travers trois récits enchevêtrés. 

Au début du siècle, le comte Forbek (Ruggero Raimondi) nourrit la folle ambition de plonger les hommes dans un état de bonheur permanent grâce à une expérience les isolant du monde et une renaissance les débarrassant de ses entraves. Il va pour ce faire construire un château dont l’esthétique annonce l’étrangeté de l’entreprise, véritable pâtisserie médiévale surgie au milieu de la campagne déserte. Ces mêmes lieux abritent de nos jours un collège expérimental où va se dérouler un colloque sur les nouvelles méthodes d’éducation visant à stimuler l’imagination des élèves. Ces nobles intentions vont être vouées à l’échec quand les tourments bien humains viendront s’en mêler. Le ton étrange, grandiloquent et exalté de Forbek imprègne la partie d’époque mais son projet naît d’une douleur universelle (le traumatisme de la Première Guerre Mondiale) et intime (sa fiancée Livia (Fanny Ardant) l’ayant quitté pour son ami Raoul (André Dussolier)) qui l’anime d’une folie jusqu’auboutiste qui le perdra. 

L’approche semble plus légère dans la partie contemporaine, source de joyeux marivaudage. Là aussi le prétexte d’expérimentation amusée relève de l’intime. L’anthropologue Nora Winkle (Geraldine Chaplin) fait le pari avec son amie Claudine (Martine Kelly) que la douce et romantique Elisabeth (Fanny Ardant) tombera sous le charme du très farfelu Robert (Pierre Arditi). On comprendra que c’est pour Nora un moyen d’éloigner Elisabeth du charismatique Max Guarini (Vittorio Gassman), maître d’œuvre cabot et séducteur du colloque avec lequel elle entretient une liaison. Le comte Forbek dissimule ses fêlures dans sa quête du bonheur de tous, Nora ses peurs sous l’insouciance et la curiosité anthropologue. La caractérisation des personnages et la progression du récit semblent tirer vers ce déroulement attendu, l’excentricité séductrice de Max semblant incompatible avec le tempérament sage d’Elisabeth à l’inverse la tendresse que dissimule Robert sous les pitreries.

La folie de Forbek voue dès le départ son projet à l’échec par une subtile trahison, ensuite par le ridicule de la régression qu’il impose à ses cobayes – comme si le bonheur résidait dans la perte de conscience de soi et du monde – puis par son ambition démesurée où disparait toute humanité lorsqu’il se montrera indifférent à la mort d’un de ses hôtes. Alain Resnais fait ponctuellement surgir chez ses personnages une fantaisie affranchie de cette approche trop calculée, notamment par des passages chantés qui annoncent son On connaît la chanson (1997). Le côté factice et inquiétant du château dont des allures d’étrange cauchemar à la partie d’époque. Les couleurs pastel, le contour arrondi et la texture de biscuit des décors conçus par Jacques Saulnier illustrent une féérie anxieuse que la photo de Bruno Nuytten rend d’autant plus inquiétante. C’est comme si le conte était vu à travers le regard d’un esprit malade, celui de Forbek. La partie contemporaine dissimule au contraire sa noirceur sous le ton amusé et sautillant. C’est par le dialogue que Resnais amène les dissonances lorsque les oppositions idéologiques suscitent le conflit parmi les membres du colloque. 

L’hypocrisie et la jalousie de Nora nourrissent les interactions des personnages, semblant artificiellement éveiller en eux les sentiments attendus (l’amorce de romance qui se noue entre Elisabeth et Robert) et créant une cacophonie dont on ne comprend plus la cause. Dans le passé l’attrait des hommes à se complaire dans le malheur sera la raison de la chute à travers le très torturé personnage de Fanny Ardant (lui aussi caché derrière un masque espiègle). Au présent c’est l’absence de communication et la volonté de domination ordinaire qui creusera le fossé, Resnais parvenant même à créer un drame touchant en une scène avec la caricaturale et hautaine directrice (Véronique Silver). Resnais laisse la place au dépit et à la mélancolie de ce qui aurait pu être pour les manipulateurs et manipulés mais décrète en tout cas que le bonheur, que le sentiment amoureux ne se contrôlent pas à travers l’issue tragique du passé et plus douce-amère du présent.

Entre ces deux temporalités aura existé un imaginaire plus libre et fou par le monde intérieur des trois enfants qui traversent le film de leurs jeux en ignorant les adultes. Enki Bilal y contribue par ses décors plus baroques, les éléments dessinés se superposant à l’image. La fantaisie médiévale fantasmée par ces esprits juvéniles pas encore bridés par les contraintes de la civilisation offre donc des visions déroutantes et magnifiques. Resnais contredit superbement le titre de son film en affirmant dans une de ses ultimes répliques que la vie n’est pas un roman. C’est le chemin sinueux de tous les possibles pour les esprits indépendant où se tisse un romanesque loin des attentes. La théâtralité à venir dans l’œuvre de Resnais se déploie déjà là. 

Sorti en dvd zone 2 français chez MK2