Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 10 août 2023

Quest for Love - Ralph Thomas (1971)

Après une expérience ayant mal tourné, un scientifique se retrouve dans une réalité alternative ou il est un auteur connu marié à une très belle femme. Il tente désespérément de sortir de cette autre vie malgré son attirance pour sa nouvelle femme...

Quest for love est une belle romance surnaturelle qui brille par sa nature feutrée et sa modestie entièrement au service de son histoire d'amour. Le film adapte la nouvelle de science-fiction Random Quest de John Wyndham publiée en 1954. Le film de Ralph Thomas succède à une première adaptation produite pour la télévision en 1969 pour la série d'anthologie SF Out of the Unknown, et en précède une autre plus récente avec le téléfilm Random Quest diffusé en 2006. La singularité du film est de reléguer son argument SF au point d'en faire un quasi prétexte à initier la romance. L'introduction est ainsi expéditive avec le scientifique Colin Trafford (Tom Bell) expérimentant un accélérateur de particules qui va dérailler et le faire se réveiller dans une réalité alternative. 

Dans cette dernière il découvre, déboussolé, qu'il est désormais un auteur à succès, que John Fitzgerald Kennedy est toujours vivant et secrétaire des nations unies, que l'acteur Leslie Howard n'est pas mort en mission durant la Deuxième Guerre Mondiale puisqu'elle n'a pas eu lieu. Toutes les pistes uchroniques captivantes potentielles sont évacuées pour nous amener vers le moment de bascule où Colin célibataire dans sa réalité se découvre ici marié à la belle Ottilie (Joan Collins). La mise en scène de Ralph Thomas, très terre à terre jusque-là éblouit soudain par la saisissante apparition de Joan Collins, avec un gros plan féérique magnifiant sa beauté et nous faisant ressentir le coup de foudre immédiat de Colin. Ce parti pris va se poursuivre tout au long du récit puisque l'onirisme presque baigné de fantastique gothique ne naît pas de l'argument surnaturel, mais par la seule expression des sentiments dont l'intensité semblent faire basculer l'atmosphère (la scène du piano), porté par un beau thème romantique de Eric Rogers.

Malheureusement notre héros va constater que les sentiments de Ottilie lui sont largement hostiles, son autre "moi" s'avérant un infâme goujat adultère. Tout le bagage néfaste de son double l'empêche de se rapprocher d'Ottilie, lorsqu'il se trouve contraint à en endosser l'existence mondaine au sein de laquelle il va comprendre à quel point il est un être détestable et détesté. Peu à peu la passion renaît alors qu'il fait comprendre à Ottilie qu'il n'est plus celui qu'elle a connu, et là aussi l'explication SF est expédiée et c'est la licence poétique qui prévaut. Ce Colin si aimant, attentionné et doux ne peut pas être son mari pour Ottilie qui accepte ce changement. L'atmosphère romantique envoute, le lyrisme bien que discret est bien là et surtout la conviction des deux acteurs emporte l'adhésion. 

Tom Bell est incroyablement habité et intense, et Joan Collins est vraiment surprenante dans ce registre doux et évanescent. L'actrice est surtout connue pour ses rôles de vamps séductrice au début de sa carrière anglaise (Turn the key softly de Jack Lee (1953)) à Hollywood (La Fille sur la balançoire de Richard Fleischer ((1955), La Terre des pharaons d'Howard Hawks, Esther et le roi de Raoul Walsh (1960)) ainsi qu'à la télévision sur un registre plus mature dans le célèbre feuilleton Dynastie. Ici sans se départir de son aura glamour, elle fait montre d'une sensibilité à fleur de peau et d'une vulnérabilité qui fait immédiatement partager l'intensité des sentiments de Colin, et fait exister avec force la romance alors que celle-ci est en définitive assez brève.

En effet une péripétie va tragiquement séparer Colin et Ottilie, mais il est possible pour Colin de "réparer" l'anomalie en retrouvant le double d'Ottilie dans son monde. Là encore on est pris de court par la soudaineté du drame et c'est une véritable course contre la montre qui s'engage dans l'autre réalité où Colin fris la démence pour retrouver son aimée. Cela reste très étonnant cette manière de mettre tout le contexte et les explications en retrait mais la première partie nous a suffisamment conditionné pour n'être uniquement que soucieux de l'urgence des retrouvailles dans le récit. 

Le moment attendu survient en formant une boucle des deux grands instants romantiques des différentes réalités avec des fleurs, et nous laisse sur une belle fin ouverte. Il y avait matière à faire plus flamboyant dans le fond et la forme à la manière des classiques passés (Le Portrait de Jennie (1948), L'Aventure de Mme Muir (1948), Peter Ibbetson (1935)) et contemporains (Quelque part dans le temps de Jeannot Szwarc (1980), L'Armée des douze singes de Terry Gilliam (1996)) de ce type de romance surnaturelle autour de l'obsession amoureuse, mais c'est finalement son côté feutré et minimaliste qui fait tout le sel de Quest of Love.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres chez ITV 

mardi 5 avril 2016

La Terre des pharaons - Land of the Pharaohs, Howard Hawks (1955)

De retour victorieux d’une longue campagne de guerre, le Pharaon Chéops impose à son peuple de lui bâtir un tombeau inviolable. Un architecte de la tribu asservie des Kushites, Vashar, accepte de lui construire sa pyramide en échange de la liberté de son peuple. Chéops tombe entre-temps amoureux de Nellifer, princesse de Chypre, qui s’est juré de lui ravir son trône et le trésor royal.

En ce milieu des années 50, Howard Hawks se trouve au sommet de sa carrière. Sortant d’une série de beau succès commerciaux et de grandes réussites artistiques (La Captive aux yeux clairs (1952), Chérie je me sens rajeunir (1952), Les Hommes préfèrent les blondes (1953)), Hawks se voit offrir un faramineux contrat par la Warner avec 100 000 dollars de salaire et cinquante pour cent sur les prochains bénéfices de ses films, du jamais vu pour un metteur en scène. Parallèlement il se voit à son grand amusement attribuer l’étiquette d’auteur par les jeunes turcs des Cahiers du Cinéma et futurs acteurs de la Nouvelle Vague. Côté personnel il brûle également la vie par les deux bouts en épousant une femme trente ans plus jeune et en continuant à s’adonner à sa passion pour les sports automobiles. Ces circonstances favorables auréolent donc naturellement le cinéaste d’une confiance à toute épreuve, ce qui tombe à point nommé alors que Hollywood est en train de basculer dans une ère de grandiloquence. 

La concurrence de la télévision a poussé les studios à l’invention du format Cinémascope, propice à des images spectaculaires que le petit écran ne peut égaler. Le format étant inauguré avec succès dans le péplum La Tunique (1953), les « sword-and-sandal » envahissent bientôt les salles américaines, chaque studio y allant de sa grande fresque antique. Curieux d’expérimenter à son tour le scope, il convainc sans difficulté Jack Warner de financer son projet de dépeindre la construction d’une pyramide par le pharaon Khéops. L’entreprise tournera pourtant au fiasco avec un tournage riche en excès divers, difficultés météorologique et dépassement de budget - raconté avec humour par Noel Howard dans son livre Hollywood sur Nil. Le film dépeint le retour sur terre et à sa propre humanité et faiblesse d’un souverain qui s’est pris pour un dieu. On pourrait tout naturellement faire le parallèle avec un Howard Hawks tout-puissant au moment d’aborder le tournage mais dont l’échec du film le ramènera à plus de modestie.

La construction du récit va dans ce sens avec l’imagerie la plus monumentale se situant dans la première partie (Hawks tournant les scènes à grand spectacle en premier pour rassurer le studio ébahis par les rushes). Khéops (Jack Hawkins) est de retour en Egypte après une campagne de guerre victorieuse. Hawks multiplie les visions grandioses pour illustrer l’aura du monarque avec ces troupes s’étalant à perte de vues, ces prisonniers soumis et ces trésors de guerre innombrables. De même les scènes plaçant Khéops face à son peuple en adoration accentuent cette aura divine, pourtant contrebalancée par le physique assez ordinaire de Jack Hawkins (on est loin de la prestance princière et dédaigneuse de Yul Brynner dans Les Dix Commandements (1955)). C’est sans doute un choix volontaire de Hawks, cette allure assez commune pouvant trahir un manque de confiance du pharaon malgré ses triomphes. S’accrochant à ses trésors, il souhaite les emporter avec lui à sa mort et se constituer un tombeau inviolable et lui offrant selon les croyances égyptiennes une vie céleste encore plus fastueuse que ne fut la terrestre.

Là encore dans la mise en œuvre de la formidable entreprise, Hawks use d’une imagerie fastueuse qui n’a d’égal que l’exaltation des égyptiens à satisfaire leur monarque, accourant de tout le pays pour participer à la construction de la pyramide. Si Khéops nous parait très terre à terre par son charisme tout relatif, tout son environnement semble suggérer le contraire. Les moyens colossaux nous offre d’impressionnantes scènes de constructions avec figurants à perte de vue et Hawks arpentant les extérieurs rocailleux dans un scope qu’il maîtrise à merveille. Plus Khéops sera ramené à sa réelle faiblesse et à son égo surdimensionné, plus cette description si grandiose verra à se rétrécir. Cela interviendra d’abord par un changement de ton, les chants joyeux des ouvriers heureux de satisfaire leur souverain cédant à la métronomie des tambours et aux claquements de fouets alors que le chantier s’éternise durant des années. Khéops n’est plus vue que comme un être autoritaire et vociférant face aux retard, loin de celui qui en appelait avec humilité à son peuple. Dès qu’entre en scène l’ambitieuse princesse Nellifer (Joan Collins), le cadre du film devient plus étriqué et les morceaux de bravoures laisse place aux intrigues de palais. 

Khéops est séduit par l’insolence de la jeune femme et ramené à son statut d’homme en cédant peu à peu de son autorité à ses formes voluptueuses. Joan Collins excelle en femme fatale antique, tout en regard de braise et poses lascives tandis que Hawks refuse désormais à Hawkins le moindre cadrage valorisant et le ridiculisant même dans ses démonstration de force comme quand il cherchera à dompter un taureau. Faute d’une écriture plus solide, le film perd néanmoins de sa force (la photo de  Lee Garmes et Russell Harlan donne ainsi un côté théâtral assez maladroit aux scènes d’intérieur) quand il bascule dans une tonalité plus feutrée et parait un peu déséquilibré. Dans une veine voisine, David et Bethsabé d’Henry King (1951) ou plus tard Esther et le Roi de Raoul Walsh (1960 et de nouveau avec Joan Collins) sauront mieux allier intimisme et spectaculaire. Néanmoins Hawks parvient à marquer durablement la rétine par ses choix hésitant entre fantaisie hollywoodienne et vrai rigueur historique puisque le Département des Antiquités égyptiennes et nombres d’égyptologues réputés (dont le français Jean-Philippe Lauer) firent office de conseillers notamment dans la description magistrale du mécanisme du piège du tombeau.

Tout comme son héros, Howard Hawks se sera brûlé les ailes en volant trop prêt du soleil dans cette superproduction qui sera un échec au box-office. Meurtri, il ne reviendra à la mise en scène que quatre ans plus tard pour Rio Bravo (1959), classique absolu dont l’apparente modestie cache une tout autre ambition que son péplum.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

samedi 11 octobre 2014

Esther et le Roi - Esther and the King, Raoul Walsh (1960)


Assuérus, Roi des Mèdes et des Perses, est un homme glorieux et respecté, depuis qu'il a remporté une victoire sur les Juifs. Il laisse son bras droit, le cruel Haman gérer les affaires courantes. Celui-ci, abusant de son autorité, mène une politique impitoyable à l'égard des Juifs. Il aimerait amener le Roi à massacrer tous les juifs. Mais la jeune Esther va changer le cours de l'Histoire.

En près de 50 ans de carrière, Raoul Walsh aura su traverser tous les genres, tendances et mouvement hollywoodien et en ce début des 60's c'est tout naturellement que nous le retrouvons dans ce péplum coproduit par la Fox et la Titanus et tourné en Italie. Le film tend vers le versant biblique du genre avec cette adaptation d'un épisode de l'Ancien Testament issu du Livre d'Esther. Esther fut une jeune femme issue de la diaspora juive installée en Perse et qui s'attira les faveurs du roi Assuérus (connu aussi en tant que Xerxès) qui en fit sa reine.

Fort de ce statut, elle sut adoucir le cœur du roi et la politique de répression envers les juifs toujours considéré comme étrangers en raison de leur culte d'un dieu monothéiste. Le scénario très fidèle donne un tour romanesque captivant à l'ensemble qui tutoie le meilleurs de grands péplums intimiste comme David et Bethsabée (1951) d'Henry King. Le film s'ouvre sur le retour triomphal d'Assuérus (Richard Egan), vainqueur de multiples campagnes de guerre et véritable maître du monde uniquement menacé par l'ascension d'Alexandre. Sous cette toute puissance apparente, c'est un homme seul parti fuir justement le vide son existence sur les champs de bataille.

 On découvrira ainsi que son épouse la Reine Vashti (Daniela Rocca gironde et provocatrice) le trompe allégrement dans les bras de son ambitieux premier ministre Haman (Sergio Fantoni) qui aura tissé sa toile en son absence pour lui voler le trône. Ainsi désespéré il délaisse le pouvoir et passe pour un tyran aux yeux du peuple écrasé par les taxes et parmi eux la jeune Esther (Joan Collins).

L'approche romantique sert avant tout à humaniser les personnages, donner un tour dramatique à leurs actes les plus répréhensible ou à leur idéologie religieuse stricte. Ainsi Assuérus reniera et bannira sa femme après une provocation de trop avec une danse torride devant la cour alors que dans la Bible c'est à l'inverse le refus d'effectuer cette danse qui provoquera la colère du roi. De même il semble se soumettre avec détachement à la loi lorsque toutes les jeunes vierges du pays seront enlevées pour lui trouver une nouvelle compagne.

Parmi les malheureuses, on trouvera donc la jeune juive Esther et là aussi le personnage est caractérisé tout d'abord comme une passionaria religieuse préoccupée par le salut des juifs et son rapprochement avec le roi comme un sacrifice pour son peuple. Peu à peu l'égoïsme d'Assuérus révèlera le mal-être du personnage et les sentiments naissants d'Esther la sortiront de la pure doctrine qui semblait guider le personnage.

Richard Egan est excellent, sa stature imposante contredisant constamment la mélancolie de son visage le guerrier et l'homme ne parvenant jamais à cohabiter chez le souverain. Joan Collins surprend quant à elle par la pureté et l'innocence qu'elle dégage (surtout quand on pense à son rôle de séductrice vénéneuse dans son autre fameux péplum La Terre des pharaons (1954) d'Howard Hawks) ses grands yeux étant la compassion même sous la caméra de Walsh.

Visuellement le film est assez schizophrène. L'intrigue se partage entre morceaux de bravoures spectaculaires où les moyens déployés impressionnent, (tant par les figurants à perte de vue que les décors titanesques) avec un ton plus intimiste se partageant entre intrigues de palais et romance feutrée. Tous les intérieurs portent la marque du directeur photo Mario Bava avec les teintes de couleurs bariolées donnant une atmosphère inquiétante et presque surnaturelles au palais et qui annoncent son Hercule contre les vampires.

L'érotisme ambiant très prononcé, la violence bien plus outrées (le sort final du méchant sec et brutal) et les écarts sanglants rapprochent plus l'ensemble du péplum italien mais avec les moyens hollywoodiens colossaux de la Fox. Cela a cours surtout dans la première partie où Assuérus erre comme une âme en peine au sein de sa cours, l'arrivée d'Esther et l'aura lumineuse de Joan Collins amenant un visuel moins baroque et plus dans l'idée de ce que l'on attend d'une production hollywoodienne.

Choix de Raoul Walsh ou vrai co réalisation (d'autant que sur certaines sources c'est crédité comme tel) en tout cas on ne retrouve le style ample et vigoureux de Walsh que dans les grandes scènes de bataille dont un final mémorable et à la montée en puissance implacable où les juifs sauront (le mimétisme avec l'holocauste et les persécutions ancestrales étant constamment rappelé) offrir un répondant vindicatif à leur agresseur.

La dernière scène offre un merveilleux parallèle avec le début du film. En ouverture, Assuérus arrivait en roi invincible et vainqueur mais était seul au monde tandis que la conclusion le montre revenir défait par Alexandre mais bien plus heureux avec la silhouette d'Esther qui se dessine à l'horizon. Il est désormais attendu et aimé et c'est sa plus belle victoire.


Sorti en dvd zone 2 français chez Fox dans la collection Hollywood Legends

mardi 7 août 2012

The Bravados - Henry King (1958)


Le cow-boy Jim Douglass traque quatre hommes, de passage près de son ranch en son absence lorsque sa femme fut violée et assassinée. Il les retrouve alors qu’ils ont été emprisonnés par le shérif d’une petite ville. Sur le point d’être pendus, les bandits réussissent à s’échapper grâce à l’aide d’un complice. Les habitants et Jim se lancent à leur poursuite.

Dernier western réalisé par Henry King, The Bravados signe aussi l'aboutissement de thématiques développée dans deux de ses autres incursions marquantes dans le genre, Le Brigand bien-aimé (1939) et La Cible Humaine (1959). Les deux films montraient deux personnages embarqués sur le chemin d'une vie hors-la-loi, pour une noble cause ou par accident et qui finissaient par y perdre leur âme. Le Brigand bien-aimé, biographie romancée de Jesse James explorait l'ensemble de ce cheminement tandis que le très noir La Cible humaine se penchait uniquement sur la fin où le pistolero Gregory Peck las d'une vie de violence ne pouvait désormais plus échapper au destin promis par la voie qu'il avait emprunté. The Bravados est dans cette veine en suivant l'odyssée vengeresse de Jim Douglass, traquant impitoyablement les quatre hommes responsable du viol et du meurtre de son épouse.

Le début du film tant par ses situations que par le jeu monolithique de Gregory Peck semble illustrer un point de non-retour pour notre héros. Taciturne et glacial, il ne semble vivre que dans la perspective de voir les quatre criminels morts, son regard ne s'animant que lors du bref face à face où il ira les identifier en prison. La brève rédemption possible entrevue pour Douglass se voit d'ailleurs éteinte par l'évasion des malfrats qui le relance dans sa traque.

Henry King orne Peck d'une aura quasi surnaturelle en ange noir de la vengeance que rien ne détournera de son but, préfigurant le Clint Eastwood de Pendez les haut et court ou Josey Wales. Il apparait à ses ennemis de manière spectrale (lorsqu'il surgit à l'arrière d'un Lee Van Cleef en embuscade pour le tuer), semble invulnérable lorsqu'il s'apprête à abattre son bras vengeur tel ce moment où il chevauche entre les arbres échappant au balles tirées en vain par son adversaire.

Les exécutions sont également impitoyables, avec un Peck le regard fou se faisant juge, jury et bourreau malgré les supplications de ses ennemis. L'habituellement peu charismatique Stephen Boyd s'avère ici le plus abject d'entre eux, violeur au regard torve (avec un moment très malsain où il malmène une jeune fille prise en otage) dont on n’a aucun mal à imaginer coupable du crime dont on l'accuse.

C'est d'ailleurs là que le bât blesse, le film est particulièrement convaincant dans l'escalade vengeresse mais inégal dans la voie de la rédemption qu'emprunte le script dans sa dernière partie. Les derniers instants remettent quelque peu en cause la culpabilité des victimes de Peck, aussi abjectes soit-elles. Seulement les rebondissements son assez grossièrement amenés et le personnage de Joan Collins, garde-fou de Peck durant ses exactions est des plus transparents. Pire, elle le poussera même finalement au crime durant une scène contredisant ainsi le pivot paisible et l'avenir qu'elle peut représenter pour lui.

Malgré la belle ironie de la séquence finale (Peck applaudi par la foule pour des tueries pour lesquelles le remord le ronge désormais), la conclusion est un peu poussive malheureusement. Sur un sujet similaire, le chef d'œuvre de Boetticher Decision at Sundown était bien plus radical et dans une optique plus rédemptrice le futur Josey Wales d'Eastwood est bien plus subtil. Prenant malgré tout et une nouvelle fois formellement somptueux, notamment la photo de Leon Shamroy sur les stupéfiantes scènes nocturnes bleutées.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

Bande annonce présentée par Joe Dante

lundi 6 août 2012

Turn the Key Softly - Jack Lee (1953)


Un beau mélodrame dont on se souvient surtout pour être un des premiers rôles important de Joan Collins, un des rares qu'elle tenu dans son Angleterre natale avant le début de son ascension hollywoodienne entamée avec La Terre des Pharaons d'Howard Hawks. Elle n'est d'ailleurs pas ici au centre de ce portrait croisé de trois figures féminines. Le film s'ouvre sur la sortie de prison de trois femmes d'âge et d'horizon fort différent : la jeune beauté Stella (Joan Collins), la plus mûre et élégante Monica (Yvonne Mitchell) et l'âgée et fragile Mrs. Quilliam (Kathleen Harrison). Avant même de dévoiler les raisons de leur incarcération, Jack Lee nous en donne déjà quelques clés à travers leur attitude face à cette future libération et leur premier pas en dehors de la prison. Stella est la frivolité incarnée, ne cessant de se repoudrer pour son homme qui l'attend dehors et qu'elle doit épouser.

Monica semble plus pensive quand à ce qui l'attend à l'extérieur tandis que Mrs Quilliam semble elle bien apeurée par cette sortie (où elle aura le sentiment que chaque passant l'observe) laissant deviner une criminalité guère prononcé. Le récit passe ainsi de l'une à l'autre dans une unité de temps sur cette première journée de liberté où elles seront confrontée aux vieux démons qui ont fait basculer leur destin, à d'ancienne connaissances peu recommandable mais aussi à l'impasse et la solitude les attendant à l'extérieur.

Lee révèle subtilement et dans le fil de sa narration les motifs qui ont conduit chacune en prison. C'est au détour d'un dialogue qu'on découvrira que Monica a écopé pour l'homme qu'elle aimait (Terence Morgan) qui l'a entrainé dans un cambriolage et a fui en l'abandonnant à la police. Ce sera plus subtil pour Stella où son gout du clinquant (elle ira dépenser en boucle d'oreilles criardes l'argent que son fiancé lui a confié pour chercher un logement) et une rencontres avec d'anciennes amies un peu trop fardée laisseront deviner son passé de prostituée. Le plus pathétique et touchant viendra cependant avec Mrs Quilliam, vieille veuve sans ressources qui n'a que son Johnny pour l'attendre réellement dehors.

Johnny n'est autre que son fidèle chien, seul à lui témoigner de l'affection et elle s'avère des plus pathétiques dans les attentions maternelles qu'elle lui témoigne, palliant ainsi l'indifférence de sa vraie famille lors d'une rencontre aussi brève que glaciale avec sa fille et sa petite-fille. C'est un vol à l'étalage qui lui a valu l'épreuve de la prison, là encore le script ne le disant pas explicitement mais le laissant deviner lors d'un moment où elle est sur le point de récidiver.

En passant de l'une à l'autre des femmes et de leur parcours durant cette journée, le script passe habilement d'un genre à l'autre et parvient à surprendre constamment dans son déroulement. Monica va ainsi recroiser et tomber à nouveau dans les bras de celui qui lui a causé tant de tort et qui malgré les apparences n'a pas changé. On bascule ainsi dans le film noir nocturne tendu se concluant par une haletante course poursuite sur les toits et le vrai sordide est tout juste évité lorsque Stella se trouve un nouveau "client" pour la renflouer de l'argent gaspillé de son fiancé.

L'émotion reste pourtant véhiculée par Mrs Quilliam dont la relation avec son chien n'est pas loin d'émouvoir autant qu'un Umberto D notamment lorsqu'elle le cherche désespérée dans la nuit londonienne.

Le script confronte le trio à la toujours difficile réinsertion au monde extérieur à travers différentes situations (la recherche de travail de Monica où les portes se ferment à l'évocation de son passé) mais aussi par la mise en scène de Lee qui capture cet extérieur inquisiteur (cette plongée lourde de sens lors de la sortie de prison) et désormais inconnu avec une caméra incertaine face au fourmillement urbain, des cadrages qui isole les silhouettes des héroïnes dans l'immensité des rues de Londres.

Toutes ne finiront pas cette journée sous les meilleurs hospices et si la chute s'avère cruelle pour certaines (Mrs Quilliam et une conclusion assez terrible), on peut aussi douter des bonnes résolutions d'autres à l'avenir (Stella et ses gouts de luxe) tandis que d'autres ont enfin trouvée la sérénité (Monica sorti de l'emprise de son amant malfaisant).

Le trio d'actrice est remarquable, en particulier la très touchante Kathleen Harrison (qui à 60 ans fait croire au grand âge et à la fragilité de son personnage magnifiquement) et Yvonne Mitchell superbe en femme résistant non sans mal à un désir qui pourrait la perdre à nouveau. Joan Collins est un peu plus en retrait se repose déjà un peu trop sur sa séduction même si il est vrai que son personnage n'est pas le plus intéressant. Joli film bien mené en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

Extrait