Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 25 novembre 2018

Une semaine de vacances - Bertrand Tavernier (1980)


Lyon, hiver 1980, une jeune enseignante, professeur de français, doutant d'elle-même et de sa vocation, prend une semaine d'arrêt de travail pour surmenage. Une semaine de réflexion sur sa vie et sa carrière.

Une semaine de vacances est un opus méconnu de Bertrand Tavernier, en tout cas moins que d’autres s’inscrivant dans une sorte de cycle « lyonnais » dans sa filmographie comme l’inaugural L’Horloger de Saint-Paul  (1974). A l’origine du film on trouve l’ouvrage Je suis comme une truie qui doute de Claude Duneton, réflexion de l’auteur sur sa condition d’enseignant. Bertrand Tavernier captivé par le livre décide de le transposer mais à travers un personnage féminin. Par soucis de véracité Tavernier va collaborer avec l’enseignante  Marie-Françoise Hans au scénario, et tenir compte de plusieurs témoignages sur le métier. 

Tout comme L’Horloger de Saint-Paul, Une semaine de vacances est un grand film sur le doute. Le film de 1973 développait son doute sur un drame personnel baignant dans le fait divers, Une semaine de vacances scrute ce doute dans une approche purement intime et existentielle. Laurence (Nathalie Baye) jeune prof de français se trouve soudain pris par une lassitude, un questionnement face à sa profession et sa vie. Elle va se voir prescrire une semaine de congés durant laquelle tout pourrait être remis en question. L’errance mentale et géographique du personnage est ainsi entrecoupée de flashbacks sur sa vie intime et professionnelle qui montrent les prémisses et entre en résonnance de ses interrogations. 

Bertrand Tavernier tisse ce mal-être dans un parallèle sociétal, personnel et formel. Le dépit de Laurence s’exprime notamment face aux élèves qu’elle trouve éteints, sans curiosité ni aspiration. Le réalisateur adopte le regard subjectif et blasé de son héroïne en montrant effectivement durant les scènes de classe les élèves comme une même entité uniforme et mollassonne. Une scène avec le personnage de médecin joué par Philippe Léotard développe ainsi la difficulté d’un enseignement en mutation entre les avancées de mai 68 et les fondamentaux, que ce soit dans le relationnel avec les élèves ou de la nature profonde du savoir à transmettre. 

Le petit ami qu’incarne Gérard Lanvin est un prolo pétri de certitudes de vie plus concrètes notamment dans la vie amoureuse (un désir d’enfant) alors que la supposée détentrice du savoir cède à une introspection pétrie de doute. La ville de Lyon est un autre personnage du film, la grisaille et la brume de cet environnement illustrant les attentes incertaines de notre héroïne. L’introduction fait d’ailleurs office de note d’intention avec travelling panoramique aérien sur le Rhône, flottant et avançant à contre-courant du fleuve comme signifier annoncer le « pas de côté » de Laurence face à son quotidien. 

La caméra avance vers le Pont Winston-Churchill pour rattraper la voiture qu’occupent Pierre (Gérard Lanvin) et Laurence qui va, oppressée de tout, sortir brutalement du véhicule. Tout cela fait vraiment du film une variation rajeunie et au féminin de L’Horloger de Saint-Paul où Philippe Noiret promenait également son spleen et son incompréhension au monde qui l’entourait à travers une déambulation lyonnaise - l’été de 1974 cédant à l’hiver 1980. La boucle est bouclée avec l’apparition de Philippe Descombes, héros de L’Horloger de Saint-Paul qui vient en quelque sorte donner sa vérité à Laurence quant à la période qu’elle vit.  C’est d’ailleurs un élément très personnel à Tavernier qui admet se ressourcer par une promenade dans sa ville de Lyon lorsqu’il est en proie  l’angoisse et au doute.

La ligne narrative tient aux errements de Laurence, tout en circonvolutions, sursaut de joie et descente de désespoir à travers de très beaux moments. On pense aux rencontres avec le beau personnage de Michel Galabru, Laurence rassurant une élève en plein doute ou encore la visite chez les parents (qui annonce Un dimanche à la campagne (1984)). Dans cette idée, pas d’évènements ou de rebondissements faciles pour amorcer le retour à la lumière de Laurence, seul l’amour du métier et le vrai sacerdoce guide ce renouveau. La nature à la fois concrète et incertaine d’un mal-être aura rarement été capturée avec autant de justesse et donne un des films les plus attachants de Bertrand Tavernier. 

Sorti en dvd zone 2  français chez Studiocanal

Extrait

dimanche 5 mars 2017

Coup de torchon - Bertrand Tavernier (1981)

1938. En Afrique-Occidentale française. Lucien Cordier (Philippe Noiret) est l'unique policier d'une petite ville coloniale. Méprisé de tous pour sa lâcheté et sa veulerie, il est l'objet de moqueries et de railleries. Lorsque son officier supérieur (Guy Marchand) lui fait prendre conscience de sa médiocrité, il va peu à peu se transformer en impitoyable assassin et se débarrasser de tous ses tourmenteurs, femme et maîtresse comprises, par un jeu diabolique qui consiste à faire accuser d'autres que lui avant de les éliminer jusqu'à ce qu'il reste seul.

Avant la reconnaissance posthume des années 80 et quelques œuvres cultes (Les Arnaqueurs de Stephen Frears (1990), The Killer Inside Me de Michael Winterbottom (2010)), c’est par la France que passèrent les plus mémorables adaptations de Jim Thompson.  La collection littéraire Série Noire avait des années 50 aux années 70 avait assez largement publiée ses romans (et lui offrant même symboliquement son numéro 1000 pour Pop, 1280) et contribué à créer un nombre conséquent d’afficionados de Jim Thompson. Parmi eux, Alain Corneau qui signe en 1979 une fabuleuse adaptation du roman Des cliques et des cloaques avec Série Noire. Bertrand Tavernier, grand amateur de Pop, 1280, avait toujours caressé l’idée d’en faire un film mais avait toujours échoué à trouver un contexte français équivalent au village sudiste raciste et dégénéré du livre. 

La relecture du Voyage au bout de la nuit de Céline ainsi que Voyage au Congo d’André Gide (paru en 1927), par leur ton et descriptions vont déterminer le choix de Tavernier de transposer le roman dans le Congo Colonial à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Dès lors il convoque Jean Aurenche (Tavernier avait relancé le légendaire scénariste malmené par la Nouvelle Vague en faisant appel à lui pour ses trois premiers films L'Horloger de Saint-Paul (1973). Que la fête commence (1974) et Le Juge et l'Assassin (1975)) non seulement pour ses aptitudes littéraires mais également par sa vraie connaissance de cette Afrique équatoriale qu’il visita à l’époque.

Dès la scène d’éclipse qui ouvre le film, Tavernier nous baigne dans une atmosphère hallucinée qui guidera les élans meurtriers et mystique de Lucien Cordier (Philippe Noiret) unique policier d’un village colonial. L’ambiance grouillante et chaleureuse de ce cadre dissimule en fait un véritable théâtre du grotesque et de la monstruosité. Cela passe par le comportement dégénéré reposant sur l’entourage de Lucien mais plus globalement de l’ensemble de cette communauté où le plus faible est écrasé, et plus particulièrement le peuple noir. Lucien qui a compris depuis bien longtemps qu’il ne pourrait appliquer la loi dans ce contexte, laisse faire et accepte placidement les propres humiliations dont il est victime. Tavernier à quelques modifications près (l’institutrice jouée par Irène Skobline remplaçant l’autre caution morale féminine du livre) reste très fidèle à Jim Thompson, notamment dans la construction et le cheminement déroutant des personnages. 

Pris pour un souffre-douleur placide Lucien se rebiffe de manière constamment inattendue, s’imaginant l’ange exterminateur venu purger les dérives de ses concitoyens. L’humour sert ainsi une galerie de portrait extraordinaire : Stéphane Audran en affreuse mégère, Eddy Mitchell en beau-frère obsédé, malveillant et demeuré ou encore une Isabelle Huppert en magnifique contre-emploi dissimulant stupre et vulgarité sous ses airs innocents ; Guy Marchand en beauf raciste bas du front. On rit ainsi autant que l’on est glacé par des comportements où Tavernier francise avec brio l’ironie de Thompson – notamment le langage absurde d’Eddy Mitchell. Ce sentiment de fin du monde et de déliquescence joue sur ce contexte d’avant-guerre sans être abusivement appuyé. La nature humaine fondamentalement mauvaise de Jim Thomson trouve un écho dans cette société française réactionnaire et à bout de souffle.

Les rebondissements et ruptures de ton vont dans ce sens, absurde dans la logique du récit mais limpide dans la tortueuse imperfection de l’esprit humain. Lucien ne fait ainsi que provoquer, anticiper et stimuler les bas-instincts de ses interlocuteurs pour mieux les briser. Philippe Noiret amène une forme de mélancolie supplémentaire à la truculence exaltée du personnage du livre qui le rend étonnamment touchant. La mise en scène de Tavernier, par son usage de la steadycam et ses nombreux plans-séquences participe à ce sentiment flottant et halluciné, tant par la liberté qu’il donne aux acteurs dans leurs attitudes aberrantes que dans la vie propre et le personnage à part entière que constitue cet environnement. Dans cette idée, une des plus belle inventions de Tavernier sera le double rôle de Jean-Pierre Marielle qui en frère jumeau amène tout ce mélange d’absurde et d’étrangeté. Une formidable réussite et un des plus grands succès de Bertrand Tavernier. 

Sorti en dvd zone 2 français chez StudioCanal 

 

vendredi 28 octobre 2016

Les Caprices de Marie - Philippe de Broca (1970)

Marie, la ravissante fille de Léopold Panneton, patron du café et maire du village, doit se présenter à un concours de beauté local. Son père ne veut rien entendre. Sa mère, soutenue par d'autres habitants d'Angevine, prend sa défense. Marie hésite au moment de partir car elle aime Gabriel, l'instituteur, un garçon timide qui n'ose pas se déclarer. Elle est élue «Reine de la Mer», dans un petit port normand. Au même moment, un milliardaire installé sur son yacht apprend que sa quatrième femme l'a quitté et se met sur le champ en quête d'une nouvelle fiancée...

Les Caprices de Marie poursuit l'illustration truculente de la France rurale abordée par de Broca dans son trépidant Le Diable par la queue (1968). Dans ce dernier la ville s'invitait à la campagne avec le malfrat incarné par Yves Montand bientôt gagné par le charme rural et l'excentricité des autochtones. Les Caprices de Marie inverse le postulat avec la ravissante Marie (Marthe Keller) rêvant de quitter le village et d'explorer le monde, l'occasion se présentant peut être en participant à un concours de beauté local. De Broca va d'abord nous enchanter avec la langueur de cette vie où chaque plaisir du quotidien (une partie de pêche, un verre au soleil...) se fait au rythme des pérégrinations de Marie dont tous les villageois masculins sont amoureux. On s'amuse des personnalités hautes en couleurs, du père aux penchants gauchistes incarné par Jean-Pierre Marielle, François Périer en chef d'orchestre lunaire, Fernand Gravey en militaire retraité. La truculence des acteurs rend les personnages très attachant et donne un penchant plus naïf que libidineux à leur attachement pour Marie dont la jeunesse et la beauté avive leur tendresse plutôt que leurs sens.

Il n'y a que le seul célibataire du village, l'instituteur Gabriel (Philippe Noiret) qui semble résister aux charmes de Marie, où du moins ne pas l'afficher alors que c'est finalement celui dont l'attention compte le plus pour la jeune femme. La photo ensoleillée de Jean Penzer magnifie le superbe environnement rural dont en lui conférant une certaine facticité dans le choix des couleurs vives ornant l'architecture des demeures et créant ainsi un effet "maison de poupée". Philippe de Broca use de belles idées formelles pour signifier l'attirance des personnages, notamment cette magnifique scène où l'orchestre disparait pour ne plus laisser voir que Gabriel et son violoncelle aux yeux aimant de Marie lors du concert nocturne dans le kiosque du village.

Marthe Keller déjà si charmante dans Le Diable par la queue (premier film avec de Broca dont elle tombera amoureuse) allie ici séduction, désinvolture craquante et inconséquence féminine attachante. Philippe Noiret incarne un personnage au croisement de ses interprétations de La Vie de Château (1965, Jean-Paul Rappeneau) et Alexandre le bienheureux (1967, Yves Robert), tout en mollesse paisible imprégné de ce cadre campagnard. Seulement si Rappeneau force l'endormi à se démener et Yves Robert à se complaire dans sa paresse, Philippe de Broca reste dans l'entre-deux où l'on sent bien Gabriel amoureux, empoté mais aussi résigné face aux rêve d'ailleurs de marie qu'il ne veut pas contredire. Chez de Broca c'est toujours au rêveur de faire le chemin vers ceux qu'il aime (Les Jeux de l'amour et Le Farceur notamment) ou au contraire choisir de se perdre dans sa fantaisie perpétuelle (L'Amant de cinq jours (1961), Le Roi de cœur (1968), Un monsieur de compagnie (1964)...).

Le rythme du film avance ainsi en trois temps. D'abord celui du milliardaire américain Mac Power (Bert Convy), éreintant et tapageur. Il ne voit au départ en Marie qu'un objet destiné à en remplacer un autre (une nouvelle épouse destinée à éteindre les feux de la presse sur un ex volage) avant d'en tomber sincèrement amoureux en croisant enfin une femme non vénale qui lui résiste. Mac Power est un pendant des personnages extravagants incarnés par Jean-Pierre Cassel chez de Broca, le charme à la française étant remplacé par un sens du spectacle "à l'américaine" où il déploie son immense fortune pour impressionner et séduire Marie. Le deuxième temps est celui de Marie, charmée d'avoir enfin un prétendant aussi spectaculairement entreprenant mais l'héroïne sera constamment en attente, même dans l'imminence d'une cérémonie de mariage toujours retardée, espérant que Gabriel osera franchir le pas. C'est ce dernier qui donne le troisième temps, à la traîne au propre (la catastrophique course de vélo) comme au figuré quand il rate toute les occasions de se déclarer à Marie, le rythme propre à de Broca semblant toujours trop rapide pour la placidité du personnage.

On s'amuse beaucoup du choc des cultures, notamment un Marielle plus fier et franchouillard que jamais qui résiste tant bien que mal à l'outrance de Mac Power. L'erreur de ce dernier sera de vouloir par ses moyens s'approprier Marie et son environnement, source d'une folle comme seul de Broca est capable avec la rencontre physique entre le village français et l'urbanité new yorkaise. Les soirées mondaines, les boites de nuit hippie et les salles de boxe bruyante ne peuvent rivaliser avec les tranches de vie réjouissantes du début de film. De Broca reprend cependant le leitmotiv des deux films jumeaux que sont Le Roi de Cœur et Le Diable par la queue, le charme des excentriques finissant par opérer ici avec notre américain cessant soudain de s'agiter pour comprendre la vraie place de celle qu'il désire.

C'est au rêveur de prendre conscience et choisir, de Broca parvenant à délester "l'étranger" de son caractère caricatural (l'américain parlant fort, achetant tout et se croyant partout chez lui) pour le rendre plus attachant lors du beau final où Marie dépasse également ses aspirations superficielles. La principale qualité mais aussi le seul vrai défaut du film repose sur son rythme effréné (une ellipse en hélicoptère nous emmène du village à New York en un clin d'œil) inscrit les élans des personnages dans le mouvement perpétuel sans lourdeur psychologique mais qui empêche aussi de s'installer la mélancolie suspendue qui fait toute la force émotionnelle des grands films de de Broca. Cela n'en reste pas moins un opus enlevé, très original et injustement méconnu dans la filmographie du réalisateur.

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Gaumont

dimanche 12 juin 2016

Les Grands Ducs - Patrice Leconte (1996)

Trois vieux comédiens has been et fauchés qui cachetonnent pour survivre. Ils vont reprendre au pied levé trois petits rôles d'une comédie de boulevard, la veille du départ d'une tournée théâtrale.

Patrice Leconte signe un des plus belles odes au métier d'acteur avec ces Grands Ducs aussi hilarant que touchant. Le film s'affirme comme un pendant plus burlesque du superbe Salut l'artiste (1973) d'Yves Robert. Dans les deux films le métier d'acteur y est dépeint sous son jour le moins reluisant, la passion et l'abnégation de ces éternelles petites mains condamné aux rôles de complément et à la figuration n'en semblant que plus belle. Si Yves Robert laissait planer une mélancolie douce sous l'amusement, Patrice Leconte opte pour la franche comédie.

La comédie est le lieu où s'oublie la vieillesse et l'inaptitude à la vie pour le trio has been que forment le séducteur Eddie Carpentier (Jean Rochefort), le lunaire Victor Vialat (Philippe Noiret) et l'imprévisible George Cox (Jean-Pierre Marielle). Les deux premiers sont conscients de ce besoin vital du jeu dans leurs vie et continue de courir le maigre cachet quand George Cox moins en demande prolonge pourtant dans son quotidien les attitudes théâtrales outrées offrant d'hilarants contrepoint (la première apparition où il menace un voisin avec un marteau). Lorsque par chance se profilent trois rôles correspondant à leurs âges dans une comédie de boulevard, Eddie et Victor prennent le risque d'impliquer l'explosif Cox.

Le film force le trait de manière tour à tour tendre et cinglante sur tous les aléas de la tournée théâtrale. La négociation du cachet qui se poursuit au chantage dans la coulisse alors que la représentation est lancée, les affres du trac de la première poussée jusqu'à la crise d'angoisse pour Victor ou encore la star de la troupe (Catherine Jacob) se comportant en diva maniérée en toute occasion. La scène semble être le seul lieu capable non pas de canaliser, mais de laisser se déployer la folie douce de l'acteur par essence plus grand que nature. Ceux qui n'ont pas cet exutoire ont l'âme rongée par des préoccupations plus terre à terre avec le producteur véreux incarné par Michel Blanc, pour qui saborder la pièce est plus rentable que son succès. Patrice Leconte déploie un rythme éreintant à l'image qui offre en accéléré le processus d'engagement, d'apprentissage et d'appropriation d'un texte et d'une scène par une troupe d'acteur.

La première chaotique laisse voir le spectacle dans le détail avant qu'un montage habile laisse voir le brouillon s'affiner au fil des représentations. L'humour tient avec équilibre sur le verbe et les excès visuel grâce au déploiement des trois acteurs. Les attitudes de vieux beaux et la lâcheté silencieuse de Jean Rochefort (si bien exploité dans Courage fuyons (1979) déjà) font merveille, tout comme le mélange de truculence et de douce mélancolie que dégage Philippe Noiret. Les vrais gros fous rires viendront cependant d'un Jean-Pierre Marielle monté sur ressort, tout est matière à des rages inattendues où la voix grave et la gestuelle survoltée de l'acteur tétanisent ses interlocuteurs.

L'amour du métier déteint pourtant toujours chez ce cabot capable de secouer son désinvolte metteur en scène pour une indication de jeu, d'oublier toutes ses revendications lorsqu'il est mis au défis et surtout de se laisser emporter par ses propres improvisation lors de la scène totalement folle du train. Et soudain quand tous se calment, le moment le plus sensible nous cueille magnifique quand nos héros devront rassurer une débutante (Clotilde Coureau) qui doute. Face aux trois monstres, le reste du casting fait ce qu'il peut mais Catherine Jacob et Michel Blanc reste dans le cliché de leur personnage sans amener l'humanité ressentie avec Rochefort, Noiret et Marielle. Patrice Leconte leurs offre cependant les gags les plus physiques du film avec des situations à la Bip Bip et Coyote rondement menées. Le beau final offre une éclatante revanche aux has-been et exprime tout l'amour qu'a Patrice Leconte pour ses personnages dans ce qui reste un de ses meilleurs films.

Sorti en dvd zone 2 français chez Aventi 


lundi 7 mars 2016

La Guerre de Murphy - Murphy's War, Peter Yates (1971)

Dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, le Mount Kyle, un cargo britannique est torpillé par un U-Boot dans le delta de l'Orénoque, un fleuve du Venezuela, et l'équipage est massacré. Murphy, simple cuistot irlandais, est l'un des deux seuls survivants avec un pilote aviateur, le lieutenant Ellis qui est grièvement blessé. Ils trouvent refuge dans une mission dirigée par le Docteur Hayden, une femme médecin quaker; auprès de laquelle est abandonné depuis le début de la guerre Louis Brezon, un ingénieur français travaillant pour une compagnie pétrolière.

La Guerre de Murphy est une œuvre curieuse, à mi-chemin entre le film de guerre patriotique "à l'ancienne" et un ton pacifiste et libertaire plus en vogue à travers des œuvres comme MASH ou Catch 22. Cette dichotomie s'exprime par le fossé ressenti entre l'attitude du personnage principal et le contexte du récit. Seul survivant d'un cargo britannique torpillé par un U-Boot allemand, le cuisinier d'équipage Murphy est sauvé et accueilli dans une mission bordant l'Orénoque au Venezuela. En ces derniers jours de la Deuxième Guerre Mondiale, Murphy pourrait se la couler douce dans ces paisibles terres exotiques mais une rage guerrière l'anime toujours, la présence alentour du sous-marin allemand l'incitant à se venger. Peter O'Toole (se délectant de jouer un anti Lawrence d'Arabie) confère au personnage une exubérance irlandaise savoureuse et attachante qui fait oublier sa nature de fou de guerre.

Le scénario joue constamment d'une certaine ambiguïté pour dépeindre son attitude comme de l'héroïsme ou de la folie. Sa haine lui donne une énergie et lui fait réaliser des prouesses auxquelles Peter Yates confère un vrai souffle épique comme lors de la longue scène où Murphy s'improvise pilote d'hydravion, luttant, râlant et piétinant jusqu'à maîtriser l'appareil. Cette fougue amène une bienveillance et une empathie du spectateur qu'on ressent à travers les deux autres personnages, suivant sans hésiter Murphy dans sa folle entreprise comme le français Louis Brezon (Philippe Noiret) ou lui pardonnant tout comme le Docteur Hayden (Siân Phillips, épouse de Peter O'Toole à l'époque).

Pourtant peu à peu la témérité va révéler un esprit perturbé, obsessionnel et individualiste. Peter Yates oppose l'exaltation de Murphy au froid pragmatisme des allemands dont chacun des actes de guerre aussi révoltant soient-ils (le meurtre du pilote) obéissent à une froide logique stratégique et collective quand notre héros poursuit un but égoïste. Ses provocations envers les allemands mettent en danger la paisible communauté sans qu'il s'en soucie et la dernière partie étouffante évoque une sorte de Moby Dick où le sous-marin allemand fait office de baleine. Le conflit pourtant terminé n'a plus d'importance, seul compte ce duel, cette quête mystique et finalement vaine.

Il demeure néanmoins un léger problème de ton, le jeu outrancier de Peter O'Toole atténuant l'aura inquiétante de Murphy, ce qui s'explique par l'hésitation de Peter Yates qui faillit donner au film une issue héroïque malvenue et regretta de ne pas l'avoir fait pour des raisons commerciales. La confrontation finale hésite ainsi entre souffle épique et tension psychologique sans que l'on ressente cette ambiguïté comme totalement volontaire. Reste néanmoins un beau film d'aventures, visuellement éblouissant par instants notamment une photo superbe du regretté Douglas Slocombe qui magnifie les décors naturels de toute beauté.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

 

jeudi 18 février 2016

Assassinats en tous genres -The Assassination Bureau , Basil Dearden (1969)

Jeune femme indépendante qui cherche à faire carrière dans le journalisme, Miss Winter (Diana Rigg) enquête sur une entreprise assez spéciale : le bureau des assassinats. Elle vend son projet d’article au propriétaire d’un gros journal anglais Lord Bostwick (Terry Savalas) et se fait passer pour le commanditaire d’un assassinat pour rencontrer le directeur du bureau, un certain Ivan Dragomiloff (Oliver Reed). Celui-ci est quelque peu surpris quand il apprend l’identité de la victime, mais accepte la mission au nom du bureau.

Basil Dearden signe un divertissement de haute volée avec The Assassination Bureau, drôle, trépidant et classieux. Le film a pour origine un roman inachevé de Jack London, dont l'ami et auteur Sinclair Lewis lui suggéra l’idée d'un récit traitant d'une société secrète d'assassin. Jack London se lança donc en 1910 mais, incapable d'en donner une conclusion satisfaisante mis le roman de côté pour un temps et celui-ci resta inachevé à sa mort en 1916. Bien plus tard en 1963, l'auteur Robert L. Fish se basant sur des notes de Jack London achève le roman qui peut enfin paraître.

En ces 60's pop marquée par le succès des James Bond, une adaptation est rapidement mise en route par le producteur Michael Relph qui convoque pour le mettre en scène son vieil ami Basil Dearden dont il fut le directeur artistique sur de nombreux films à la Ealing comme Au cœur de la nuit (1945) ou Saraband for Dead Lovers (1948). Marqué par ses créateurs de renom, le film marquera donc une première rupture avec le roman en se déroulant en Europe plutôt qu'aux Etats-Unis et étant bien plus marqué par un certain esprit british.

Le récit conjugue habilement questionnement moral, réflexion sur la féminité et un jeu astucieux sur le contexte politique européen explosif de l'avant Première Guerre Mondiale. Comme le montre un hilarant pré générique, l'assassinat est plus matière à ridiculiser la maladresse ou la virtuosité des tueurs officiant plus par l'amour du sport que par volonté politique. C'est la vertu détachée de l'Assassination Bureau dirigé par Ivan Dragomiloff (Oliver Reed), pour peu que la cible ait eu des agissements répréhensibles et que le cachet soit lucratif. Cette ambiguïté morale va le rattraper lorsque l'apprentie journaliste Miss Winter (Diana Rigg) remonte la piste du Bureau pour commanditer son propre meurtre. Ivan par amour du jeu relève le défi et se voit traqué à travers l'Europe par ses anciens collègues mais la manœuvre cache un complot plus vaste.

Le ton ludique conjugué à une narration enlevée et pleine de rebondissements fait passer tous les écarts (notamment narratifs voir la facilité avec laquelle Miss Winter infiltre le Bureau même si on aura une explication)) grâce à la richesse du propos sous la légèreté. Cela passe notamment par une délicieuse Diana Rigg. Miss Winter est une jeune femme portée par sa seule ambition et velléités féministe, dont la rigueur morale et le désintérêt pour la frivolité relève plus du manque de vécu. Révoltée par le principe de l'Assassination Bureau, elle va pourtant user d'un procédé douteux pour le démanteler et tirer un bon sujet d'article par la même occasion. Suivant bien malgré lui Ivan dans son périple à travers l'Europe où il essaie de devancer ses poursuivants, Miss Winter va bientôt vaciller en tombant amoureuse de lui.

Chaque étape et pays visité permet d'aborder une ambiance et une tonalité différente incarnée notamment par le tueur auquel se confronte nos héros. Le Paris libertin de la Belle Epoque nous vaudra une visite dans une rutilante maison close dirigée par le vénal Lucoville (Philippe Noiret). Le décor pétaradant joue autant du fantasme que l'on se fait de cette période que de l'esthétique pop et de la liberté de ton des 60's avec ces jeunes filles courte vêtues, la manière dérobée dont on accède à ses lieux de plaisirs. Oliver Reed se situe l'humour en plus dans le sillage du Love de Ken Russell avec des personnages élégants et loin des rôles de rustres qui l'on fait connaître. Il associe cette classe à un transformisme à la Arsène Lupin et une présence virile à la James Bond qui le rend irrésistible dans les différents stratagèmes qu'il monte pour méduser ses poursuivants.

On s'amuse beaucoup de la complicité naissante avec une Miss Winter qui se déride au fil de l'aventure et de ses propres mésaventures. Diana Rigg alterne avec brio ingénuité (notamment durant les scènes avec un Telly Savalas qu'elle recroisera cette même année dans le grandiose Au service secret de sa majesté), présence sexy et forte personnalité. La scène où elle se retrouve en petite tenue, subit une rafle policière et garde tant bien que mal sa dignité en réclamant l'ambassadeur anglais est un régal. Cette vulnérabilité et féminité subie devient naturelle au fil du récit, sa vision se faisant moins binaire avec les sentiments naissants pour Ivan. Là encore de jolis moments (la scène où elle cherche une bombe dans sa chambre où celle où elle sauve Ivan en oubliant son investissement initial) vienne ponctuer la transformation dans les attitudes plus séduisantes et la présence de plus en plus sexy de Diana Rigg.

Même si l'on traverse une sorte d'Europe décalée à la Tintin (passant par Venise, Vienne ou Paris) le sujet est intéressant dans son enjeu voyant l'assassinat revêtir des vertus politique en vue de manipulation en cette ère pré Première Guerre Mondiale. Ivan est presque le garant d'une époque plus morale et insouciante malgré son statut d'assassin tandis que les adversaires seront des adeptes du complot et du chaos. Cette vilenie ordinaire est parfaitement représentée par la veuve pulpeuse qu'incarne Annabella Incontrera. Michael Relph offre une splendide direction artistique parfaitement mise en valeur par Dearden avec des visions chatoyantes de cette Europe reconstituée à Pinewood, appuyant sur un faste et un rococo dont l'éclat cherche à masque le danger tapis dans chaque recoin (le face à face entre Ivan et Annabella Incontrera dans le somptueux palais vénitien).

Trépidant de bout en bout, le film s'offre même un final sacrément spectaculaire entre James Bond rétro et steampunk avec un long affrontement en Zeppelin lourdement armé. Dearden joue autant des intérieurs tortueux de l'engin que des visions impressionnantes le montrant avancer et vaciller dans les airs. Les transparences sont certes assez voyantes mais c'est mis en scène avec un tel panache qu'on reste bien accroché. Seul regret le scénario retrouve un semblant d'élan machiste (alors que c'était parfaitement équilibré jusque-là) en ne faisant pas réellement participer Diana Rigg au sauvetage final même si cela vaudra un bon dernier gag. Un thriller et film d'aventures originale et ludique épatant donc, bonne surprise.

Sorti en dvd zone 1 Warner Archive et doté de sous-titres anglais

samedi 27 décembre 2014

Le Désert des Tartares - Il deserto dei Tartari, Valerio Zurlini (1976)

Le jeune lieutenant Drogo est affecté à la défense d’une forteresse isolée d’une contrée désertique montagneuse. La garnison est chargée de parer à l’éventuelle attaque des terribles Tartares. C’est le temps qui va se révéler être le pire ennemi des hommes du fort, minant leur vie dans une attente interminable sans que les fabuleux Tartares se manifestent jamais...

Au sortir du succès de Le Professeur (1972) qui l’a remis en selle, Valerio Zurlini se voit proposer par Jacques Perrin (acteur emblématique de ses premiers succès comme La Fille à la valise (1961) et Journal Intime (1962)) l’adaptation du plus fameux roman de Dino Buzzati, Le Désert des Tartares paru en 1940. Convaincu par le scénario d’André-Georges Brunelin, Zurlini se lance donc dans la grande aventure de ce qui sera son plus ambitieux et dernier, grande production internationale au casting hétéroclite et prestigieux.

Peintre d’un romanesque où il se plu à illustrer les joies et douleurs d’un premier amour dans ses œuvres les plus fameuses, Zurlini avait amené cette veine romantique vers une tonalité plus résignée avec Le Professeur. Un état d’esprit qui se prête bien à l’atmosphère désenchantée du Désert des Tartares, avec un récit en contrepoint de toutes les promesses de son postulat. Dépaysant et fantomatique, film d’aventures sans action et statique, film de guerre sans combat, Le Désert des Tartares est un grand film sur l’ennui dont les émotions ne vibrent qu’au rythme atrophié des attentes déçues de ses personnages. 

Le jeune lieutenant Drogo (Jacques Perrin) est affecté à la défense d’une forteresse isolée de l’Empire (le lieu, la période et l’empire régnant resteront flous durant tout le film) menacée par les Tartares dans une région montagneuse et désertique. Rêvant d’exploits et d’aventures, Drogo va rapidement déchanter, sentiment annoncé d’emblée par le regard admiratif que lui lance tous les officiers rencontrés et amusés par son enthousiasme. Dès la première séquence en plein désert, la photo de Luciano Tovoli fait dans l’anti Lawrence d’Arabie (1962), faisant de ces terres ensablées un mausolée exprimant plus la désolation que l’appel de l’aventure. 

Les officiers sont des momies à l’attitude résignée tel Filimore (Vittorio Gassman), commandant de la forteresse à la présence quasi spectrale tant il semble extérieur aux évènements de ces lieux dont il a la responsabilité. Tous semblent en fait usés et finalement éteint par l’attente d’un ennemi qui ne se sera jamais manifesté, ces Tartares invisibles. Le souvenir de leur possible présence est entouré d’une aura quasi mythologique qui aura presque fait perdre la raison à certains comme Ortiz (Max Von Sydow) finissant par progressivement croire qu’il a rêvé les apercevoir.

Le récit dépeint ainsi de quelle façon peu à peu cette torpeur finit par gagner un Drogo à son tour rongé par le dépit et l’ennui. L’expérience du combat rode le soldat à l’imprévu, le met sur le qui-vive et affute ses capacités. Ces sentiments d’urgences, de danger et d’adrénaline sont inconnus pour nos personnages qui face à une situation inattendue appliqueront machinalement le règlement quitte à abattre l’un des leurs qui aura daigné prendre un risque.

Les rares moments d’exaltation s’avéreront terriblement vain, une partie de chasse faisant office d’exercice et l’ascension d’un mont enneigé faisant figure de suicide masqué pour le fragile Amerling (Laurent Terzieff). L’entité de l’armée semble être un prolongement de cet immobilisme au-delà même des murs de la forteresse, condamnant ses hôtes à l’attente éternelle sans espoir d’échappatoire. Seul les plus éteint auront droit au départ, l’extérieur n’ayant plus aucun attrait après avoir gâché leurs meilleures années dans cette geôle à ciel ouvert. 

Pour les autres, l’attente sera devenue une addiction, un espoir fou que l’on guette autant que l’on redoute. La folie latente se manifeste ainsi par la vision incertaine de cet ennemi à l’horizon réelle ou rêvée. Jacques Perrin offre une prestation incroyablement habitée, vieillissant et se désagrégeant sous nos yeux par la seule force du désespoir. Et lorsque cette longue attente sera enfin comblée, le feu sera éteint depuis trop longtemps. Drogo se raccroche vainement à ce défi qu’il n’est plus en mesure de relever, Zurlini réveillant subtilement des sentiments vils entre les soldats qui auront su partager leur dépit mais pas la possible gloire qui se profile (Simeon (Helmut Griem) jubilant presque d’évincer un Drogo amoindri).

Le plus important aura donc été d’accepter ce vide sans fin, le film exprimant avec une puissance rare la quête existentielle du livre. Zurlini aura su rendre cela par la seule image, par la grâce de sa mise en scène, par la force évocatrice de son décor (la cité antique de Bam en Iran malheureusement détruite par un tremblement de terre en 2003, le film étant un ultime témoignage de sa splendeur) et la musique envoutante d’Ennio Morricone. Dans une ultime séquence magnifique, les ennemis tartares apparaissent enfin au loin telles des ombres irréelles et ne sont qu’un bruit de cavalcades incertain pour un Drogo qui n’apercevra jamais cet adversaire qu’il a tant attendu et espéré. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Pathé

jeudi 20 décembre 2012

Les Copains - Yves Robert (1964)


Sept inséparables décident de prendre quelques jours de vacances pour mettre au point trois énormes canulars destinés à bafouer les corps constitués : l'armée, l'église et l'administration... Ils jettent leur dévolu de manière presque arbitraire sur deux paisibles sous-préfectures : Ambert et Issoire, car celles-ci les lorgnaient d'un mauvais œil sur une carte de France.

Entre son adaptation (adoucie certes mais le matériau est là) de La Guerre des Boutons ou son ode libertaire Alexandre le bienheureux, Yves Robert dans ce cadre de cinéma populaire se sera avéré un cinéaste étonnement subversif. La preuve avec cet hilarant Les Copains, adaptation modernisée d'un roman de Jules Romains et grand éclat de rire moqueur lancé à la France Gaullienne. On pense parfois à son futur et cultissime diptyque Un éléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au paradis dans cette visions collective de l'amitié masculine mais si malgré l'humour la réalité rattrape quelque peu les personnages des films de 77/78, on baigne ici dans une douce insouciance détachée des vicissitudes du quotidien.

D'ailleurs les héros des Copains sont chacun des sorte d'archétypes moins fouillés que dans Un éléphant... mais immédiatement cernés et attachant grâce au casting parfait et à la présentation ludique qu'en fait Yves Robert en ouverture. Là, du berceau au lycée en passant par le service militaire et les grandes écoles, Yves Robert dépeint toute les étapes du cycle de la vie d'homme qui auront vu les personnages se rencontrer tour à tout avec la bande joyeux lurons que sont Philippe Noiret (Bénin), Guy Bedos (Martin), Michael Lonsdale (Lamendin), Christian Marin (Omer), Pierre Mondy (Broudier), Jacques Balutin (Lesueur) et Claude Rich (Huchon).

Dans ce parcours balisé, les sept camarades n'auront jamais cessé de s'amuser et se rire de leur entourage. On en a une démonstration en début de film lorsqu'ils sèment la zizanie dispersé dans une salle de cinéma ou lors d'une beuverie épique dans un bar où le tenancier Jean Lefebvre sera joliment malmené. C'est dans cet état second que leur vient l'idée de passer à l'étape supérieure pour moquer cette rigueur et médiocrité ambiante à plus grande échelle. Le cadre de leur action sera choisi au hasard alcoolisé d'une carte de France dans deux sous-préfectures endormies du Puy-de-Dôme, Ambert et Issoire. Chacun des sept amis échafaudera une farce dont les trois meilleures seront exécutées au détriment des malheureux habitants.

Le film s'enferme un peu au départ dans une préciosité qui nous éloigne des personnages, déséquilibrés entre sophistication et esprit de sales gosses turbulents. Il y a néanmoins de bonne idées comme celle de faire du périple vers les villages une sorte de chanson de geste où les copains se croisent et se répondent à distance tel des nobles chevaliers de la blague en route vers leur destinée, le tout truffé de rencontres loufoques tel cette tenancière d'hôtel revêche jouée par Tsilla Chelton. Par contre une fois les fameux canulars lancés, l'hilarité, la vraie, ne se dément pas jusqu'à la dernière minute. L'audace du récit est de se jouer à travers chacune des facéties d'une grande institution que ce soit l'armée, l'église ou l'administration.

 La droiture et le respect aveugle de l'armée sont génialement caricaturés avec un Pierre Mondy déguisé en ministre qui mettre à sac une caserne et la ville par la seule crédulité et l'obéissance de gradés. Les dialogues sont extraordinaires, subtil et rabelaisiens avec une vulgarité élevée en en art (l'épisode des toilettes ) et un final explosif où les malheureux villageois vont passer une drôle de nuit. Philippe Noiret grimé en prêtre provoquera un même éclat de rire avec un discours en forme d'appel à la chair où les contrechamps entre sa tirade enflammée et les mines frustrées et/ou concupiscente des fidèles décuple la force du propos. Le troisième canular prometteur dans l'idée et amusant dans sa réalisation s'avère moins fort même si la figure de Vercingétorix ridiculisée et le phrasé grandiloquent et pompeux du maire son savoureusement croqués.

Une beuverie avait annoncé le début de la campagne farceuse, un autre grand banquet amorce sa fin mais avant de retourner à leur existence ordinaire notre bande s'offrir un dernier coup d'éclat à l'ampleur... écarlate ! Même s'ils ont parfois du mal à tous exister (dommage pour Michael Lonsdale un peu en retrait alors qu'il aura peu eu l'occasion de faire dans la gaudriole) tous les acteurs emportent l'adhésion, en particulier Guy Bedos en grand enfant, Philippe Noiret en chef de bande (et qui remettra le couvert avec le pendant italien du film d'Yves Robert Mes cher amis) et un Pierre Mondy canaille. Grande comédie sur les airs guillerets des Copains d'abord de George Brassens composé pour l'occasion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

Extrait