Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Joshua Logan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Joshua Logan. Afficher tous les articles

jeudi 14 mai 2020

Arrêt d'autobus - Bus Stop, Joshua Logan (1956)


Un jeune cow-boy, participant au rodéo de Phoenix, rencontre dans le bus une chanteuse de cabaret. S'éprenant de la Belle, il va alors tout faire pour qu'elle quitte son ranch et l'homme avec qui elle doit se marier...

Après la réussite de son magnifique Picnic (1955), Joshua Logan  va devenir le spécialiste des prestigieuses adaptations à l’écran des succès de Broadway, pour le meilleur parfois mais aussi pour le pire avec quelques meringues boursouflées de fin de carrière comme Camelot (1967) et La Kermesse de l’Ouest (1969). Bus Stop se situe plutôt dans le haut du panier et tout comme Picnic, il s’agit de l’adaptation d’une pièce du dramaturge William Inge. Celui-ci était connu pour le caractère réaliste de ses écrits dépeignant souvent des milieux prolétaires et provinciaux, et la manière dont ces environnements sociaux pouvaient écraser des personnages faibles et incapable d’en sortir. C’était tout le propos de Picnic avec son couple William Holden/Kim Novak figés dans sa gloire lycéenne passée et incapable de trouver leur place dans le monde des adultes. Bus Stop creuse le même sillon mais dans une veine moins dramatique et lorgnant plutôt vers la comédie romantique.

Nous suivons ici Bo Decker (Don Murray), un jeune cowboy en route pour Phoenix afin de participer à un tournoi de rodéo. C’est pratiquement la première sortie en ville du jeune homme, qui se manifeste de façon comique par ses attitudes bruyantes et sans gêne de plouc ignorant la us et coutume citadines. Cette inexpérience est sources de gags grossiers (timbre de voix tonitruant, incompréhension des feux routiers, appétit d’ogre) mais va trouver son nœud dramatique quant à ses relations avec les femmes. Bo est à la recherche d’un « ange », et c’est tout naturellement qu’il s’amouracher d’une femme à la beauté clinquante et un peu vulgaire, Chérie (Marylin Monroe), chanteuse de cabaret. Dès lors c’est décidé, il compte bien l’épouser et la ramener avec lui dans son ranch, de gré ou de force.

Il serait facile de ne voir qu’une affreuse fable machiste dans le récit, notamment les analogies animalières douteuses de Bo (un dialogue où il affirme qu’une femme est comme un animal sauvage qu’il saura dresser tôt ou tard comme au rodéo) qu’il met en pratique en attrapant la malheureuse Chérie au lasso ou en la soulevant par-dessus l’épaule comme du gibier. Cependant Joshua Logan à travers le jeu outrancier de Don Murray (dont c’est le premier rôle au cinéma) n’oublie jamais de souligner l’inexpérience et la pureté du protagoniste. La scène de la rencontre l’illustre bien. On aura vu Chérie auparavant tripotée et sifflée par les clients masculins libidineux, et utilisée comme matière aguicheuse pour les faire consommer. Bo lorsqu’il pénètre dans le bar est frappé par sa beauté de la plus innocente des manières, et incite à sa manière rustre l’assemblée à se taire pendant son numéro. Il exprime donc un amour certes très maladroit et brutal, mais se montre paradoxalement plus respectueux de la jeune femme que les hommes qu’elle a l’habitude côtoyer. 

D’ailleurs Chérie en femme qui a connue de nombreux hommes et les déconvenues qui vont avec ne s’offusque guère, par habitude, des attitudes désinvoltes à son égard. Bo est bien différent et lorsque le film se déleste de sa frénésie, Logan tisse de très beaux moments tendres et intimistes.  La discussion dans la remise montre ainsi un Chérie plus libérée, et un Bo qui tombe véritablement là amoureux de cette fille simple dissimulée sous les fanfreluches de chanteuse. Don Murray est très intéressant, sa prestation pourrait être fatigante à la longue mais il exprime en fait la façon maladroite qu’aurait un enfant d’exprimer son amour. La manière de tirer par le bras Chérie pour s’isoler, sa gestuelle agitée quand ils se trouvent seuls (puisque l’initiative d’un rapprochement corporel lui est étrangère) montrent une expression amoureuse passant avant tout par l’action physique, comme un enfant cherchant à attirer l’attention. Ce n’est que lorsqu’il sera justement dominé physiquement (recevant une sévère correction du chauffeur de car) qui s’assagira et exprimera ses sentiments d’une autre façon, sa gaucherie d’agaçante devenant très touchante.

Il s’agit du premier rôle de Marylin Monroe après son passage à l’Actor’s Studio et les préceptes de la méthode s’expriment ici subtilement. Elle laisser deviner un accent sudiste dans son phrasé pour signifier les origines prolétaires de son personnage, adopte un maquillage plus sobre (et du coup moins clinquant hollywoodien) pour souligner cette facette et se montre volontairement fausse lors de son numéro musical (alors que Les Hommes préfèrent les blondes (1955) ou plus tard Certains l’aiment chaud (1959) démontre bien son brio scénique) afin de montrer le talent très relatif de Chérie – et la seule nature de chair offerte au public masculin de sa prestation.

Sorti de ses techniques de jeu, elle trouve un de ses plus beaux rôles par la fragilité magnifique qu’elle dégage. La dernière partie où elle ressent l’amour et non le seul désir qu’éprouve Bo passe par d’infinies nuances de regards et d’attitudes dont elle est seule capable. Leur premier baiser où elle freine ses habitudes emportées et lui apprend comment l’aimer est un superbe moment. Il faut donc passer outre sa comédie un peu lourde (les scènes de rodéo pénibles) pour se poser à ce paisible Arrêt d’autobus jamais meilleur que dans la sobriété.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Fox 

mercredi 14 janvier 2015

Picnic - Joshua Logan (1955)

Hal Carter, un garçon séduisant qui vit au jour le jour, arrive dans une petite ville du Kansas. Alan, un ancien compagnon de collège qui est fiancé à Madge la plus jolie fille du pays, se propose de lui trouver du travail. Mais au cours d'un pique-nique qui réunit tous les habitants de la ville, Hal et Magde sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre.

Genre roi de cinéma américain des années 50, le mélodrame fut un vrai reflet des mutations sociologiques de l’époque. Sous l’aspect propret se dissimulait toujours des thématiques fortes et audacieuses, annonçant la décennie suivante plus permissive. Si Douglas Sirk fut logiquement célébré comme son maître incontesté, d’autres œuvres réussirent à tracer leur voie à l’époque, tel ce beau Picnic, véritable film culte aux Etats-Unis (et inversement fort méprisé par la critique française) qui contribua à lancer la carrière de Kim Novak. 

Picnic s’inscrit dans la tradition des grandes adaptations de pièces issues de la plume de dramaturges prestigieux, très en vogue dans le cinéma des fifties. Souvent imprégnés de psychanalyse et dissimulant des thèmes tabous sous-jacents, les films de cette veine connurent un vrai essor à l’époque, notamment par les textes de Tennessee Williams, brillamment adaptés par Mankiewicz avec Soudain l’été dernier, ou encore par Richard Brooks pour La Chatte sur un toit brûlant.
Picnic est donc à l’origine une pièce de William Inge qui rencontra un grand succès à Broadway. Lorsque l’adaptation est envisagée, on fait appel à Joshua Logan (dont c’est seulement le troisième film) au regard de son passé de metteur en scène à Broadway qui en fait la personne toute désignée pour donner des vertus plus cinématographiques au texte. 

C’est effectivement cette expérience qui lui permet de capter l’essence même du texte et de la magnifier, réalisant ainsi son meilleur film. Logan est généralement associé à un cinéma boursouflé et luxueux, typé « qualité américaine », qui lui vaudra les foudres des critiques français, la faute à quelques comédies musicales très poussives comme La Kermesse de l’Ouest ou Camelot. Pourtant, s’il ne s’élève pas au firmament des plus grands réalisateurs hollywoodiens de l’âge d’or, Joshua Logan est loin d’être le tâcheron qu’à voulu en faire la postérité. Dans sa filmographie, on trouve au moins deux autres belles réussites comme Bus Stop (autre film injustement méprisé) qui offre un de ses plus beaux rôles à Marylin, et le drame de guerre Sayonara avec Marlon Brando. C’est pourtant avec Picnic qu’il donnera toute la plénitude de son talent, en ornant de noirceur et de romanesque l’imagerie d’une Amérique rurale et propre sur elle.

Le film de Joshua Logan se distingue nettement des mélodrames que pouvait réaliser un Douglas Sirk au même moment. Aux rebondissements et raccourcis improbables des intrigues de Sirk (idéalement gérés tant les récits sont prenants), Picnic s’orne d’un certain réalisme et d’une vraie cruauté dans son cadre et les personnages dépeints. Parallèlement, la construction du récit vire progressivement de la noirceur d’une atmosphère viciée et malsaine à une tonalité de conte de fée. A travers le couple incarné par Kim Novak et William Holden, Picnic montre le brutal retour sur terre de deux icônes déchues. Anciens dieux du lycée, le passage au monde adulte les aura enfermés dans l’image qu’ils renvoyaient lors de ces années dorées. Champion de football fêtard au succès certain auprès de la gent féminine, Hal Carter (William Holden) aura laissé passer sa chance pour n’être au final qu’un vagabond sans but. Déterminé à s’en sortir, il décide de rendre visite à un ancien camarade d’université richissime dans le but d’obtenir une situation. C’est là qu’il tombera sous le charme de la fiancée de ce dernier, Madge (Kim Novak).

Celle-ci, ancienne reine de beauté ne se voit réduite qu’à cette seule surface par son entourage. Chacun d’eux dissimulent de douloureuses fêlures sous le physique avantageux. William Holden, un peu trop vieux pour le rôle en fait finalement un avantage pour exprimer l’usure morale de cet Adonis déclinant, dont la beauté animale se révèle lors d’une scène (largement exploité lors de la promotion du film) où il apparaît torse nu. Hal est ainsi rongé par cet attrait qu’il exerce encore mais qui ne contrebalance plus une situation sociale insignifiante. A la fin de la décennie, La Fureur de vivre égratignera sévèrement l’imagerie de la jeunesse pure et innocente des années 50, en montrant pour la première fois les fêlures de ces adolescents. Sorti quelques années plus tôt, Picnic était encore plus audacieux en se penchant sur la question de « l’après », et surtout en choisissant de montrer de purs archétypes de cette Amérique juvénile et insouciante sous un jour négatif quelques années plus tard. 

Comme déjà dit, Picnic adopte une tonalité entre réalisme et conte de fée qui s’articule autour de l’unité de temps et de lieu (une journée de pique-nique au sein d’une petite ville américaine) apportant une véritable exacerbation des sentiments au fil de l’avancée du jour. On découvre ainsi progressivement le dénuement de Holden condamné à la quasi-mendicité lorsqu’il arrive dans la ville, et le dénuement moral de Kim Novak subissant la pression d’une mère abusive. Celle-ci voit d’un mauvais œil le regard concupiscent du vagabond Hal sur sa fille, pour qui elle entretient de plus hauts projets. La morale ne tient d’ailleurs qu’à un fil lors d’une scène où elle lui suggère de franchir le pas avec son petit ami nanti afin de s’attirer définitivement ses faveurs. 

La première partie étale donc un idéal de ce que l’Amérique a de meilleur à offrir : l’entraide envers son prochain à travers l’accueil chaleureux fait à William Holden, le pique-nique ensoleillé, les habitants truculents. La nuit venant, c'est un autre visage, celui de la frustration, de la rancœur et de la haine qui se dévoile. Le personnage de vieille fille incarné par Rosalind Russel (la pimpante héroïne de La Dame du vendredi de Howard Hawks) est aussi pathétique que détestable tandis que le jeune héritier (Cliff Robertson tout jeune dans un de ses premiers rôles) va montrer une image bien moins affable lorsqu’il verra Madge lui échapper au profit de William Holden.

Car sous ce cadre délétère, c’est également l’amour qui se révèle. Attirés l’un par l’autre mais empruntés, c’est lors d’une scène de danse absolument prodigieuse que Holden et Novak révèlent leur sentiment à travers leur alchimie sur la piste. Un autre moment d’une grande intensité interviendra un peu plus tard après la fuite d’un Holden humilié, lorsque Kim Novak le poursuivra et l’incitera à se dévoiler comme jamais. Cette naïveté et cette magie du lien se nouant entre les deux s'expriment également par l’esthétique du film. La photo du film notamment, travaille l'opposition entre rêve (la romance) et cauchemar (la réalité) à travers le crescendo dramatique appuyé par le passage de la journée à la nuit. Ainsi le passage où Kim Novak est élue reine de la saison offre une image majestueuse, montrant son arrivée en barque, illuminée dans la pénombre par les éclairages de la fête.

Même si la dernière partie se déroulant le lendemain brise un peu la progression toujours plus intense du film, elle est totalement en adéquation avec la tonalité de l’ensemble. Après toute la noirceur qui a précédé, un ailleurs possible, ténu et fragile s’offre à notre couple en dépit des obstacles. Ils ne sont d’ailleurs pas réunis à l’écran pour ce nouveau départ, l’ultime image étant le train emmenant Madge pour rejoindre Hal. Fiasco comme épanouissement, tous les avenirs sont possibles pour des personnages présentés comme ouvertement médiocres mais touchants et dont l’union pourrait destiner à une existence meilleure. L’humanité sordide et à la fois passionnée dévoilée au cours de l’intrigue, laisse les deux voies à l'interprétation de chacun. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox et en bluray all region chez Twilight

lundi 27 décembre 2010

Sayonara - Joshua Logan (1957)


Pendant la guerre de Corée, il était interdit aux Américains en poste au Japon de se marier avec des Japonaises. Le film relate donc l'histoire de deux amours interdits.

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et de la longue occupation américaine dans un Japon vaincu, les rapprochements entre soldats américains et femmes japonaises étaient inévitables et le film dépeint les obstacles à franchir pour ses couples mixtes mal vus des deux côtés. L'histoire se déroule durant la Guerre de Corée, moment où la xénophobie américaine retrouvait un pic semblable à l'après Pearl Harbor et c'est justement un grand héros de l'armée transféré au Japon qu'incarne Marlon Brando. Ce dernier en fait un peu trop en gradé yankee méprisant des coutumes nippones, accent du sud traînant bien appuyé et remarques désobligeantes à foison. On devine bien que le but est de marquer la différence avec son changement à venir mais c'est néanmoins forcé.

Le principal intérêt du film est vraiment dans la description de cette découverte, rapprochement avec la culture japonaise par les yeux blasés puis peu à peu fascinés de Brando. Il faut le voir affalé mâchant son chewing-gum durant un spectacle Kabuki et clamer que le manque de beauté à la Marilyn Monroe, tout cela n'est pas très subtil. Les entraves de l'armée aux unions entre américains et japonaises (qu'ils n'étaient pas autorisé à ramener au USA en cas de transfert) offrent des moments vraiment intéressant à travers les embûches administratives et manoeuvres d'intimidation pour briser ses couples.

Le film a cependant un énorme problème, son histoire d'amour est totalement insipide. Brando agace tout d'abord en américain rouleur de mécanique puis semble en pilotage automatique quand il s'agit de conter fleurette à sa belle japonaise. Le personnage comporte pourtant des facettes intéressantes notamment le fait d'être un officier modèle faisant passer sa réputation et image avant tout, ce que lui reproche sa fiancée Patricia Owens en début de film. L'alchimie ne fonctionne pas avec Miiko Taka, la faute également à la prestation de cette dernière dont on peut soupçonner un apprentissage en phonétique des dialogues anglais tant elle semble désincarnée. Les séquences de séduction où elle demeure lointaine et conserve son mystère de star (elle est la danseuse vedette d'une revue célèbre) sont réussies mais dès la scène de déclaration, il y a un fossé entre la décontraction de Brando et la touche trop énamourée de Miiko Taka.

Il y a pourtant bien une vrai belle romance dans le film, celle entre le soldat incarné par Red Buttons et Miyoshi Umeki. Moins glamour que le couple vedette ils sont pourtant plus authentique et touchants (le scénario osant poser le problème de la barrière de la langue dans leur cas) dans leurs hésitation et maladresse. Leur sort s'avère réellement tragique et les deux acteurs seront judicieusement récompensés des Oscars des meilleurs seconds rôle masculins et féminins.

Le film sera également récompensé pour sa direction artistique et nominé pour sa photographie (les extérieurs à Kobé sont superbes), à juste titre tant on sent la volonté de respecter et d'illustrer au mieux les diverses spécificités culturelles japonaises comme le théâtre kabuki, les intérieurs soignés ou dans une veine plus hollywoodienne offrir des numéros musicaux imprégnés du folklore local. Malgré ces gros défauts cela se laisse donc relativement regarder malgré la platitude de la mise en scène de Logan (nettement moins inspiré que sur Picnic (1955) les choix artistique hasardeux (Ricardo Montalban grimé en japonais qui grimace et plisse les yeux tout le film) et les grosses longueurs (2h20 out de même).

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

Extrait du générique de début histoire de savourer la bande son soignée et les belles images...