La première douloureuse expérience
amoureuse d'une jeune fille qui jette son dévolu sur un écrivain
quadragénaire et marie. Sortant d'une école tenue par des religieuses,
Kate vit à Dublin avec une amie, et devient la maitresse d’Eugène
Gaillard. Mais celui-ci se lasse de Kate qui n'est pour lui qu'une
gamine...
Le mouvement du Free Cinema ne s'intéressa pas qu'aux états d'âmes des "angry Young men" mais aussi à l'émancipation des jeunes filles avec ce beau Girl with green eyes. Le film est l'adaptation du roman The Lonely Girl
de Edna O'Brien (qui en signe également le scénario), deuxième volet de
sa trilogie consacrée aux Filles de la campagne. Edna O'Brien
bousculait les mœurs archaïques de la société irlandaise avec cette
série d'ouvrage qui dépeignait l'émancipation de Baba et Kate, deux
jeunes filles quittant leur campagne irlandaise pour vivre s'installer à
Dublin. La modernité du sujet et la liberté de ton des romans
provoquèrent un scandale en Irlande notamment par les descriptions sans
fard des aventures sexuelles de ses héroïnes. Le film de Desmond Davis
est produit deux ans après la parution du roman sous le patronage d'un
des maître du Free Cinema, Tony Richardson (Un goût de miel (1961) et La Solitude du coureur de fond (1962) sur lesquels Desmond Davis fut directeur photo).
Kate
(Rita Tushingham) et Baba (Lynn Redgrave) sont donc deux jeunes filles
ayant à la fois échappé à une existence austère de la vie rurale
irlandaise mais aussi de leur éducation en couvent pour venir
s'installer à Londres. La délurée Baba suit une formation de dactylo
tandis que la plus rêveuse Kate travaille dans une épicerie, le tout au
rythme des bals populaire et des sorties insouciantes avec des jeunes
hommes tout aussi insouciant. Tout bascule pour Kate avec la rencontre
d’Eugene Gaillard (Peter Finch), un homme plus âgé et fascinant qui
réveille tous les fantasmes romanesques de la jeune fille. Edna O'Brien
qui s'éveilla au monde extérieur par la lecture et se rebella contre ses
parents s'identifie donc clairement à Kate, notamment par la
description de son attrait pour la lecture puisque l'on voit le
personnage lire Tendre est la nuit
de F. Scott Fitzgerald et citer James Joyce.
Après une première
rencontre en campagne, c'est d'ailleurs en recroisant Eugene dans une
librairie qu'elle tombera définitivement sous le charme et le poursuivra
de ses assiduités. La fougue et l'innocence de Kate vont pourtant se
confronter au caractère taciturne d’Eugene, sous le charme mais après un
divorce ne préférant pas s'impliquer dans une romance. Leur
apprivoisement mutuel offre certains des plus beaux moments du film,
Desmond Davis multipliant les belles idées formelles comme l'invitation
écrite de Kate s'incrustant à l'image, le montage faisant rebondir la
continuité d'un dialogue d'un lieu à l'autre (effet typique du cinéma
moderniste des 60's) ou cette magnifique entrevue au crépuscule face à
la mer. Les hésitations de Kate avant sa "première fois" offre de jolis
moments aussi, l'expérience ironique et bienveillante de Eugene se
complétant à merveille de la maladresse juvénile de Kate.
Le plus
grand obstacle à cette romance sera pourtant les entraves de cette
société irlandaise où Edna O'Brien renvoie dos à dos les milieux
populaires comme nantis. Pour les premiers, la médisance causera les
premiers troubles à travers les regards inquisiteurs (une lettre anonyme
dénonçant la liaison scandaleuse) et une brutalité archaïque pouvant se
réveiller à tout moment, le père de Kate venant avec virulence arracher
sa fille à la dépravation de la ville. Kate se confrontera ensuite au
snobisme ordinaire et au dédain des amis bourgeois d'Eugene, sa jeunesse
et son manque de conversation la renvoyant avec un naturel cruel aux
tâches subalternes lors d'une scène anodine.
Tout cela avait été
subtilement amorcé en amont tut au long du récit, la fougue de Kate
ayant été progressivement éteinte par Eugene plus mentor paternaliste
que complice voyant en elle une amante soumise. Kate devra donc
apprendre à faire son chemin seule, s'aguerrir par le savoir et
l'expérience, par un ailleurs symbolisé par le départ final à Londres
lieu de tous les possibles à l'aube du Swinging London. Une belle
réussite qui en appellera une plus grande encore deux ans plus tard lors
de la seconde collaboration entre Desmond Davis et Edna O'Brien (cette
fois sur un scénario original) avec le magnifique I was happy here (1966). Desmond Davis réunira par ailleurs de nouveau le duo Lynn Redgrave/ Rita Tushingham dans Smashing Time (1967) pure comédie pop 60's.
Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sus-titres français
Affichage des articles dont le libellé est Peter Finch. Afficher tous les articles
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mardi 15 septembre 2015
samedi 22 août 2015
Détective du bon Dieu - Father Brown, Robert Hamer (1954)
Le père Brown, un prêtre catholique, se
voit confier la mission de soustraire une croix de grande valeur à la
convoitise d'un voleur réputé. Or, l'ecclésiastique entend contrecarrer
le vol, tout en sauvant l'âme du malfaiteur.
Father Brown est la troisième adaptation du célèbre personnage de prêtre détective créé par G.K. Chesterton. Le film est en fait le remake de Father Brown, Detective (1934) première transposition de Edward Sedgwick avec Walter Connolly dans le rôle-titre. Le film de Robert Hamer reprend le principe du scénario de cette première version en adaptant la nouvelle La croix bleue (première des 51 nouvelles consacrée au personnage) mélangée à l'intrigue d'autres nouvelles. Le mélange d'humour anglais et de vraie intrigue policière alambiquée offre donc une illustration réussie du personnage, bien aidé par l'interprétation facétieuse d'Alec Guinness.
La scène d'ouverture donne une bonne idée de la singularité des enquêtes du père Brown. Alerté par un cambriolage, des policiers ne voient pas le vrai voleur s'échapper et trouve notre héros en train de remettre le butin en place. On découvrira que le voleur était un paroissien que le prêtre a couvert et remis sur le droit chemin avec humour en lui signifiant qu'il était un bien piètre criminel. En effet, le goût pour les énigmes criminelles du père Brown n'est pas un passe-temps mais au contraire une part entière de son sacerdoce religieux où il s'entend à remettre les malfrats qu'il coince sur la voie de l'honnêteté. On évite tout prêchi-prêcha religieux grâce à l'humour des situations et de la truculence du personnage, gaffeur, lunaire et inoffensif en apparence mais à l'intelligence redoutable. Il va avoir à faire à forte partie lorsqu'il devra mettre à l'abri de Flambeau, un voleur chevronné et caméléon la prestigieuse croix de sa paroisse.
Le duel entre le père Brown et Flambeau est amené avec brio, le voleur étant interprété par Peter Finch. Les deux rivalisent de subtilité pour duper l'autre et sans trop en dire le moment où les masques tombent est savoureux, l'acuité de Brown fonctionnant pas sur l'observation des lieux et des objets mais de celles des âmes humaines qu'il sait observer et souhaite apaiser. Dès lors, tout en ayant démasqué Flambeau, Brown décèle la fragilité secrète en lui et décide de lui éviter l'arrestation, le traquant pour mieux l'absoudre. On aura ainsi une intrigue très ludique où la police piste le père Brown afin de remonter jusqu'à Flambeau. Peter Finch en simili Arsène Lupin volant pour le plaisir de l'adrénaline offre une prestation à la vulnérabilité subtile et dégage une classe folle. Le duo formé avec Guinness fonctionne à merveille et finalement on regrettera que le film soit si court tant il y avait matière à pousser plus loin le jeu.
Très agréable même s'il y avait matière à rendre la chose plus tortueuse (d'autant que certaines résolutions des nouvelles s'avère très inventives) mais on passe un bon moment. A noter une curiosité, une partie de l'intrigue se déroulant en France on trouve Gérard Oury encore acteur dans un rôle de flic franchouillard amusant.
Sorti en dvd zone 2 anglais chez Sony
Extrait
Father Brown est la troisième adaptation du célèbre personnage de prêtre détective créé par G.K. Chesterton. Le film est en fait le remake de Father Brown, Detective (1934) première transposition de Edward Sedgwick avec Walter Connolly dans le rôle-titre. Le film de Robert Hamer reprend le principe du scénario de cette première version en adaptant la nouvelle La croix bleue (première des 51 nouvelles consacrée au personnage) mélangée à l'intrigue d'autres nouvelles. Le mélange d'humour anglais et de vraie intrigue policière alambiquée offre donc une illustration réussie du personnage, bien aidé par l'interprétation facétieuse d'Alec Guinness.
La scène d'ouverture donne une bonne idée de la singularité des enquêtes du père Brown. Alerté par un cambriolage, des policiers ne voient pas le vrai voleur s'échapper et trouve notre héros en train de remettre le butin en place. On découvrira que le voleur était un paroissien que le prêtre a couvert et remis sur le droit chemin avec humour en lui signifiant qu'il était un bien piètre criminel. En effet, le goût pour les énigmes criminelles du père Brown n'est pas un passe-temps mais au contraire une part entière de son sacerdoce religieux où il s'entend à remettre les malfrats qu'il coince sur la voie de l'honnêteté. On évite tout prêchi-prêcha religieux grâce à l'humour des situations et de la truculence du personnage, gaffeur, lunaire et inoffensif en apparence mais à l'intelligence redoutable. Il va avoir à faire à forte partie lorsqu'il devra mettre à l'abri de Flambeau, un voleur chevronné et caméléon la prestigieuse croix de sa paroisse.
Le duel entre le père Brown et Flambeau est amené avec brio, le voleur étant interprété par Peter Finch. Les deux rivalisent de subtilité pour duper l'autre et sans trop en dire le moment où les masques tombent est savoureux, l'acuité de Brown fonctionnant pas sur l'observation des lieux et des objets mais de celles des âmes humaines qu'il sait observer et souhaite apaiser. Dès lors, tout en ayant démasqué Flambeau, Brown décèle la fragilité secrète en lui et décide de lui éviter l'arrestation, le traquant pour mieux l'absoudre. On aura ainsi une intrigue très ludique où la police piste le père Brown afin de remonter jusqu'à Flambeau. Peter Finch en simili Arsène Lupin volant pour le plaisir de l'adrénaline offre une prestation à la vulnérabilité subtile et dégage une classe folle. Le duo formé avec Guinness fonctionne à merveille et finalement on regrettera que le film soit si court tant il y avait matière à pousser plus loin le jeu.
Très agréable même s'il y avait matière à rendre la chose plus tortueuse (d'autant que certaines résolutions des nouvelles s'avère très inventives) mais on passe un bon moment. A noter une curiosité, une partie de l'intrigue se déroulant en France on trouve Gérard Oury encore acteur dans un rôle de flic franchouillard amusant.
Sorti en dvd zone 2 anglais chez Sony
Extrait
samedi 15 août 2015
Ma vie commence en Malaisie - A Town Like Alice, Jack Lee (1956)
Une jeune anglaise
fortunée (Virginia Mckenna) revient en Malaisie pour aider des villageois à
construire un puit. Les souvenirs de sa vie troublée par la guerre remontent
alors à la surface, et elle se remémore son histoire d’amour avec Joe (Peter
Finch). En 1941, les japonais envahissent le pays et font prisonnier les colons
britanniques. Les deux amants se rencontrent dans un camp, et surmontent
ensemble de terribles épreuves afin de survivre.
En cette fin des années 50, le cinéma anglais prenait un
angle nouveau dans sa manière d’aborder la Seconde Guerre Mondiale.
L’illustration de grandes batailles et campagnes militaires dans une veine
documentaire et/ou spectaculaire aura toujours cours mais laissera aussi
s’exprimer d’autres approches. Contrairement aux œuvres produites lorsque le
conflit faisait rage, on peut désormais évoquer des fronts plus éloignés dont
les évènements sont alors plus connus. Cette tendance nourrira surtout le
mélodrame exotique, ce dépaysement nourrissant idéalement les grands sentiments
comme dans Le Vent ne sait pas lire
(1958) de Ralph Thomas traitant de la romance entre un anglais et une japonaise
ou chez les américains Sayonara
(1957) de Joshua Logan – ce dernier traitant cependant de la Guerre de Corée. Ma vie commence en Malaisie s’inscrit
dans cette veine, l’orientation de cette adaptation d’un roman de Neil Shute
privilégiant l’angle romanesque dépaysant dans le contenu d’une œuvre pourtant plus
complexe. Le film n’adapte en effet que la seconde partie du roman à succès
paru en 1950, les souvenirs de l’héroïne sur sa captivité en Malaisie. Le roman
était une bien plus vaste saga dépeignant tout d’abord l’héritage que faisait
une jeune anglaise et les relations avec son mentor/donateur puis l’usage
qu’elle en faisait en retournant aider les populations en Malaisie et enfin sa
quête d’un amour disparu en Australie.
Le scénario de Richard Mason (qui s’y entend en romance dépaysante
puisqu’il est l’auteur de Le Monde de
Suzie Wong) et W. P. Lipscomb prend juste brièvement le même point de
départ, lorsque la Jean Paget (Virginia McKenna) s’envole pour la Malaisie et
finance l’installation d’un puits au sein du village l’ayant accueillie durant
la guerre. Malgré la joie de retrouver ses bienfaiteurs d’alors, Jean souffre
en silence en repensant à son amour perdu. Nous découvrirons ainsi son odyssée
en flashback où elle fut captive des japonais ayant investis le pays où elle
officiait en tant que secrétaire. Le film a l’originalité de représenté la
Malaisie entière comme une immense geôle à ciel ouvert.
Si les prisonniers masculins peuvent représenter une main d’œuvre utile pour divers travaux, les femmes et enfants constituent un fardeau exploitant inutilement les ressources pour les japonais. Une première confrontation montre avec une grande violence psychologique le fossé culturel entre les femmes anglaises dont la liberté de ton fait figure d’affront aux officiers japonais. Jean et ses compagnes paieront leurs « inutilité » en errant à pied dans toutes la Malaisie, rejetés par tous les camps de prisonniers japonais ne souhaitant pas s’en encombrer et leur sacrifier des denrées.
Si les prisonniers masculins peuvent représenter une main d’œuvre utile pour divers travaux, les femmes et enfants constituent un fardeau exploitant inutilement les ressources pour les japonais. Une première confrontation montre avec une grande violence psychologique le fossé culturel entre les femmes anglaises dont la liberté de ton fait figure d’affront aux officiers japonais. Jean et ses compagnes paieront leurs « inutilité » en errant à pied dans toutes la Malaisie, rejetés par tous les camps de prisonniers japonais ne souhaitant pas s’en encombrer et leur sacrifier des denrées.
Seul lumière dans cette épreuve pour Jean, les rencontres épisodiques
avec le prisonnier de guerre australien Joe Harman (Peter Finch). Peter Finch, de
nationalité anglaise mais exilé à l’âge
de dix ans en Australie respire l’authenticité dans le rôle où cette identité
doit transparaître dans la description exaltée qu’il fait de sa ville natale
(Alice Springs qui donne son titre au film) à Jean. L’alchimie entre les deux
acteurs est palpable, que ce soit la tendresse de Virginia McKenna ou un Peter
Finch (acteur sensible mais qui d’ordinaire ne révèle toujours que subtilement
la vulnérabilité de ses personnages) qu’on a rarement vu se mettre autant à nu.
Chaque rencontre est une respiration dans l’intrigue, l’aide matérielle risquée
de Joe préservant la santé de Jean et ses compagnes tandis que sa présence
chaleureuse lui réchauffe l’âme et lui donne un motif de survie à cette guerre.
Un terrible rebondissement va pourtant remettre en cause ces fragiles espoirs.
Le réalisateur britannique Jack Lee signait là son film le
plus populaire et son brio technique allait faire des merveilles. Si ce n’est certains
moments où les arrière-plans de studios se devine aisément (mais s’oublie pris
par l’intrigue), l’illusion fonctionne parfaitement et l’on pense vraiment que
le film a été tourné en Malaisie. Le budget pour envoyer toute l’équipe et le
casting dans un tournage à l’étranger s’avérant trop couteux, seule sa seconde équipe
y filma une multitude de plans d’ensemble où des figurantes malaisiennes
étaient habillées comme le casting féminin. Le montage, les éclairages et le
brio filmique et narratif de Lee rendent l’ensemble imperceptible, notamment l’éprouvante
séquence des marécages insalubres tournée en plein hiver dans un jardin
avoisinant le studio Pinewood !
Par son approche humaniste et intimiste, A Town like Alice évite tout manichéisme, les japonais étant vus sous leur réel jour le plus belliqueux et inhumain sans pour autant en faire un trait commun à leur ensemble grâce à l’attachant personnage du garde finalement aussi contraint que ses prisonnières de souffrir dans ce pénible voyage. La vraie noirceur du contexte n’interdit une lueur d’espoir ténue dans cette œuvre sensible qui sera le troisième film au box-office anglais en 1956.
Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films
lundi 26 janvier 2015
Operation Amsterdam - Michael McCarthy (1959)
Mai 1940. Un Anglais de l'Intelligence Service et deux
Hollandais sont débarqués près d'Amsterdam alors que les troupes allemandes
s'en approchent. Ils ont quatorze heures pour réussir leur mission : ils doivent
persuader les diamantaires de leur remettre tous leurs bijoux afin d'éviter aux
Allemands de les piller...
Une excellente production anglaise à l'intrigue très originale, entre l'espionnage pur et le film de guerre (surtout pour son final). L'ouverture démontre une fois de plus toute l'efficacité et la concision des films de cette période, contexte historique, personnage et enjeu présenté en un temps record et au bout de dix minutes on se retrouve déjà en Hollande pour mener la mission. Sans que le rythme soit particulièrement soutenu, la tension ne se relâche pas un instant avec nos héros qui doivent convaincre les joailliers de leurs confier leurs diamants et collecter ceux enfermé dans les coffres forts. Les dangers sont multiples : une Hollande pilonnée par les bombes, des soldats hollandais tour à tour amis ou ennemis faisant partie de la cinquième colonne et l'arrivée imminente de l'armée allemande créant un sentiment d'urgence. La première partie est plus posée et joue la carte de l'infiltration avec des agents jouant à cache-cache avec l'ennemi dans Amsterdam tout en collectant les diamants tandis que le final bien mouvementé montrant la fuite effrénée du pays.
Une excellente production anglaise à l'intrigue très originale, entre l'espionnage pur et le film de guerre (surtout pour son final). L'ouverture démontre une fois de plus toute l'efficacité et la concision des films de cette période, contexte historique, personnage et enjeu présenté en un temps record et au bout de dix minutes on se retrouve déjà en Hollande pour mener la mission. Sans que le rythme soit particulièrement soutenu, la tension ne se relâche pas un instant avec nos héros qui doivent convaincre les joailliers de leurs confier leurs diamants et collecter ceux enfermé dans les coffres forts. Les dangers sont multiples : une Hollande pilonnée par les bombes, des soldats hollandais tour à tour amis ou ennemis faisant partie de la cinquième colonne et l'arrivée imminente de l'armée allemande créant un sentiment d'urgence. La première partie est plus posée et joue la carte de l'infiltration avec des agents jouant à cache-cache avec l'ennemi dans Amsterdam tout en collectant les diamants tandis que le final bien mouvementé montrant la fuite effrénée du pays.
En filigrane une évocation très intéressante de la situation de la Hollande,
avec une véritable chape de plomb pesant sur ses habitants par l'occupation
allemande qui s'annonce. Le scénario questionne très bien les hésitations de
certains diamantaires, notamment les juifs, qui voit dans leurs stocks un
possible moyen d'échapper à de futurs mauvais traitements même si cela profite
à l'ennemi. De saisissantes visions de désespoirs parcourent le film avec ces
bateaux de réfugiés régulièrement coulés par les obus allemand, les ports
hollandais bondés où encore Amsterdam ressemblant à une ville fantôme dont les
rues sont jonchées de cadavres. L'interprétation est solide, avec Peter Finch
charismatique, un Tony Brighton stoïque et déterminé en commandant anglais et
une émouvante Eva Bartok en hollandaise ayant tout perdu et qui décide d'aider
les anglais. C'est son personnage et sa relation avec Peter Finch qui amène le
soupçon d'humanité qui fait la différence dans cette intrigue qui ne s'embarrasse
guère de fioriture.
La réalisation de McCarthy est au diapason, sans génie mais efficace et au
service de l'histoire, osant même verser dans de vrais moments noirs comme la
mort tragique d'un enfant lors de la fuite finale. Très bon film donc qui
manque peut être juste un peu de surprise, on guette une traitrise quelconque qui
n'arrive jamais.
Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous-titres français
mercredi 7 janvier 2015
Un dimanche comme les autres - Sunday Bloody Sunday, John Schlesinger (1971)
Bob Elkin, un jeune sculpteur œuvrant
dans l’art contemporain, a une relation amoureuse avec une femme
divorcée plus âgée, Alex Greville, une fonctionnaire... Parallèlement,
Bob, qui est bisexuel, a aussi une liaison avec le docteur Daniel Hirsh,
un quinquagénaire BCBG… Bob vit sereinement ses histoires d’amour bien
plus qu’Alex et Daniel, au fait de la situation et pressentant
confusément qu’aucun d’eux n’aura jamais sa préférence…
Après le succès mondial et les Oscars de Macadam Cowboy (1969), retour en Angleterre pour John Schlesinger avec ce Sunday Bloody Sunday. On retrouve donc des préoccupations sociales plus typiquement britannique dans ce qui semble être une continuité de deux de ses plus beaux films, l'inaugural Un amour pas comme les autres (1962) et Darling (1965). Dans le premier, Schlesinger montrait les déboires d'un jeune couple lié presque par la force des choses et voyant se profiler une morne existence dans une cité ouvrière grisâtre. Darling était une des premières œuvres à porter un regard critique sur le Swinging London qui sous la légèreté et l'hédonisme était un nid d'égoïste narcissique rêvant de célébrité. Sunday Bloody Sunday fait une sorte de bilan entrecroisant ces deux univers quelques années plus tard. Chaque dimanche, Bob Elkin (Murray Head) jeune et séduisant artiste contemporain se partage entre les bras d’Alex (Glenda Jackson) jeune femme divorcée et Daniel (Peter Finch) médecin quinquagénaire. Tous deux sont les victimes consentantes de ce ménage à trois où leur bel amant mène le jeu avec indifférence.
Schlesinger montre d'abord le dispositif à la fois tendre et cruel de cette relation. Tendre car Bob est un partenaire aimant, sensible et prévenant pour chacun de ses partenaires, les scènes sensuelles alternant avec d'autres montrant un plus paisible quotidien à deux. Cruel parce que Bob est aussi inconstant et égoïste, un(e) amant(e) ne lui manquant jamais plus que quand il est en compagnie de l'autre et il n'hésitera jamais à se volatiliser pour le rejoindre. Dès que l'ennui et l'ordinaire qui cimente aussi une relation de couple daigne se manifester, Bob s'évapore car il ne souhaite que les bons moments.
Ainsi chaque apparition du personnage est synonyme de plaisir et l'histoire dévoilera progressivement le désert qu'est l'existence d’Alex et Daniel en son absence. Le préhistorique système de messagerie téléphonique que l'on voit dans le film est une sorte de fil rouge narratif de l'attente constante d'Alex et Daniel loin de Bob. Les entraves se révèlent peu à peu entre emploi administratif ennuyeux pour Alex, sexe fugace pour Daniel mais aussi pression sociale et religieuse.
Comme dans Un amour pas comme les autres, les personnages aspirent à autres chose, à un amour sincère et passionné mais devront se contenter des miettes que daigne leur offrir Bob. On retrouve ce thème de Schlesinger de héros refusant de se plier à une réalité terne et rêvant de plus (la superbe scène entre Glenda Jackson et Peggy Ashcroft jouant sa mère qui lui reproche de trop attendre de la vie et de ne pas accepter le peu qu'elle lui offre) mais toujours amené à rester cloué au sol par les circonstances (là on pense aussi bien sûr à son Billy Liar (1963)).
Bob est lui un pendant de la Julie Christie de Darling un jeune homme moderne et dont l'évolution dans un milieu "hype" a nourri l'indifférence et l'égo. On ne s'étonnera pas de la séparation finale terriblement amère et désinvolte. Le constat est assez désespéré d'ailleurs, Schlesinger renvoyant dos à dos la tradition (le mariage silencieux et malheureux de la mère d'Alex) comme la modernité (la famille d'amis hippies tout à son libre arbitre un peu vain) et admettant presque ainsi l'acceptation résignée que l'on doit avoir des maigres instants d'amour qui peuvent s'offrir à nous, la tirade final face caméra de Peter Finch allant dans ce sens.
L'atmosphère du film est à la fois éthérée et austère, alternant d'étonnantes séquences de rêverie (dont une superbe traduisant le sentiment d'insécurité de Glenda Jackson) et un réalisme gris, dépressif dans lequel nous baigne la magnifique photo de Bill Williams. Glenda Jackson est comme souvent magnifique, représentant la facette émotionnelle la plus expressive. A l'inverse Peter Finch tout en désespoir contenu allie sobriété et fragilité et prend de sacré risque avec ce qui est un des premiers films grand public à représenter avec autant de normalité un personnage gay. Sa performance est d'autant plus à saluer que Ian Bannen initialement choisit manifesta tant de gêne à tourner des scènes d'amour entre homme que Schlesinger le remplaça après deux semaines de tournages. Un très beau film donc qui témoigne tout de même du pessimisme de Schlesinger puisqu'il faut qu'il se plonge dans le passé (la magnifique adaptation de Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée (1967)) pour que ses héros puissent inverser leur destin dans ses œuvres sociales.
Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films
Après le succès mondial et les Oscars de Macadam Cowboy (1969), retour en Angleterre pour John Schlesinger avec ce Sunday Bloody Sunday. On retrouve donc des préoccupations sociales plus typiquement britannique dans ce qui semble être une continuité de deux de ses plus beaux films, l'inaugural Un amour pas comme les autres (1962) et Darling (1965). Dans le premier, Schlesinger montrait les déboires d'un jeune couple lié presque par la force des choses et voyant se profiler une morne existence dans une cité ouvrière grisâtre. Darling était une des premières œuvres à porter un regard critique sur le Swinging London qui sous la légèreté et l'hédonisme était un nid d'égoïste narcissique rêvant de célébrité. Sunday Bloody Sunday fait une sorte de bilan entrecroisant ces deux univers quelques années plus tard. Chaque dimanche, Bob Elkin (Murray Head) jeune et séduisant artiste contemporain se partage entre les bras d’Alex (Glenda Jackson) jeune femme divorcée et Daniel (Peter Finch) médecin quinquagénaire. Tous deux sont les victimes consentantes de ce ménage à trois où leur bel amant mène le jeu avec indifférence.
Schlesinger montre d'abord le dispositif à la fois tendre et cruel de cette relation. Tendre car Bob est un partenaire aimant, sensible et prévenant pour chacun de ses partenaires, les scènes sensuelles alternant avec d'autres montrant un plus paisible quotidien à deux. Cruel parce que Bob est aussi inconstant et égoïste, un(e) amant(e) ne lui manquant jamais plus que quand il est en compagnie de l'autre et il n'hésitera jamais à se volatiliser pour le rejoindre. Dès que l'ennui et l'ordinaire qui cimente aussi une relation de couple daigne se manifester, Bob s'évapore car il ne souhaite que les bons moments.
Ainsi chaque apparition du personnage est synonyme de plaisir et l'histoire dévoilera progressivement le désert qu'est l'existence d’Alex et Daniel en son absence. Le préhistorique système de messagerie téléphonique que l'on voit dans le film est une sorte de fil rouge narratif de l'attente constante d'Alex et Daniel loin de Bob. Les entraves se révèlent peu à peu entre emploi administratif ennuyeux pour Alex, sexe fugace pour Daniel mais aussi pression sociale et religieuse.
Comme dans Un amour pas comme les autres, les personnages aspirent à autres chose, à un amour sincère et passionné mais devront se contenter des miettes que daigne leur offrir Bob. On retrouve ce thème de Schlesinger de héros refusant de se plier à une réalité terne et rêvant de plus (la superbe scène entre Glenda Jackson et Peggy Ashcroft jouant sa mère qui lui reproche de trop attendre de la vie et de ne pas accepter le peu qu'elle lui offre) mais toujours amené à rester cloué au sol par les circonstances (là on pense aussi bien sûr à son Billy Liar (1963)).
Bob est lui un pendant de la Julie Christie de Darling un jeune homme moderne et dont l'évolution dans un milieu "hype" a nourri l'indifférence et l'égo. On ne s'étonnera pas de la séparation finale terriblement amère et désinvolte. Le constat est assez désespéré d'ailleurs, Schlesinger renvoyant dos à dos la tradition (le mariage silencieux et malheureux de la mère d'Alex) comme la modernité (la famille d'amis hippies tout à son libre arbitre un peu vain) et admettant presque ainsi l'acceptation résignée que l'on doit avoir des maigres instants d'amour qui peuvent s'offrir à nous, la tirade final face caméra de Peter Finch allant dans ce sens.
L'atmosphère du film est à la fois éthérée et austère, alternant d'étonnantes séquences de rêverie (dont une superbe traduisant le sentiment d'insécurité de Glenda Jackson) et un réalisme gris, dépressif dans lequel nous baigne la magnifique photo de Bill Williams. Glenda Jackson est comme souvent magnifique, représentant la facette émotionnelle la plus expressive. A l'inverse Peter Finch tout en désespoir contenu allie sobriété et fragilité et prend de sacré risque avec ce qui est un des premiers films grand public à représenter avec autant de normalité un personnage gay. Sa performance est d'autant plus à saluer que Ian Bannen initialement choisit manifesta tant de gêne à tourner des scènes d'amour entre homme que Schlesinger le remplaça après deux semaines de tournages. Un très beau film donc qui témoigne tout de même du pessimisme de Schlesinger puisqu'il faut qu'il se plonge dans le passé (la magnifique adaptation de Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée (1967)) pour que ses héros puissent inverser leur destin dans ses œuvres sociales.
Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films
lundi 24 octobre 2011
La Piste des éléphants - Elephant Walk, William Dieterle (1954)
John Wiley et Ruth, jeunes mariés reçoivent en héritage une plantation de thé à Ceylan. Arrivée là-bas, Ruth tombe amoureuse de l'intendant du domaine. Mais quand la sécheresse s'abat, les éléphants qui peuplent l'île morts de soif changent de comportement.
Beau film d'aventures que cet Elephant Walk qui constitue un des derniers films américain de Dieterle avant son retour en Europe. A l'origine le projet est destiné au couple Laurence Olivier/Vivien Leigh mais Olivier accaparé par d'autres projets s'efface rapidement (finalement remplacé par Peter Finch) tandis que son épouse assaillies par ses troubles bipolaires se voit contraintes d'abandonner le tournage déjà entamé. Elizabeth Taylor qui avait dû abandonner le rôle pour cause de grossesse peut finalement après son accouchement jouer dans le film. Plusieurs plans larges filmés avec Vivien Leigh ont néanmoins été conservés dans le montage final.
Beau film d'aventures que cet Elephant Walk qui constitue un des derniers films américain de Dieterle avant son retour en Europe. A l'origine le projet est destiné au couple Laurence Olivier/Vivien Leigh mais Olivier accaparé par d'autres projets s'efface rapidement (finalement remplacé par Peter Finch) tandis que son épouse assaillies par ses troubles bipolaires se voit contraintes d'abandonner le tournage déjà entamé. Elizabeth Taylor qui avait dû abandonner le rôle pour cause de grossesse peut finalement après son accouchement jouer dans le film. Plusieurs plans larges filmés avec Vivien Leigh ont néanmoins été conservés dans le montage final.
Seulement une fois sur place une ombre se place entre elle et son époux, celle du vénéré et tyrannique ancien chef du domaine, son père Tom Wiley. De manière symbolique sa tombe trône face à la maison comme s'il dirigeait encore les lieux depuis l'au-delà et chacune des règles de vie qu'il a instaurée sont rigoureusement respectée au détriment de la nouvelle maîtresse de maison. Le script se dote même d'un équivalent local à Mrs Danvers avec le domestique Appuhamy (Abraham Sofaer) qui chéri le souvenir du disparu en conservant intacte sa chambre tel un autel et qui s'adresse à sa tombe tous les matins.
Extrait des 15 premières minutes
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