Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Jennifer Connelly. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jennifer Connelly. Afficher tous les articles

jeudi 13 avril 2023

Fièvre à Columbus University - Higher Learning, John Singleton (1995)


 Des jeunes gens de toutes régions, races, et origines sociales intègrent l'université de Columbus. Des problèmes pour chacun apparaissent, et ils doivent faire face à un sentiment de doute...

Avant de rentrer dans le rang et de devenir un faiseur plus anonyme dans les années 2000, John Singleton fut un des réalisateurs américains les plus prometteurs des années 90. Cela se manifestait par des œuvres engagées traitant de la condition de la communauté afro-américaine dans les ghettos de Los Angeles. Le film de la révélation fut Boyz N the Hood (1991) qui valut à Singleton d’être le plus jeune cinéaste à être nominé aux Oscars (et le premier afro-américain à l’être), suivit de Poetic Justice (1993). Fièvre à Colombus Univerty poursuit cette veine sociale mais élargit le spectre en passant des bas-fonds de LA au cadre prestigieux de l’université et traiter dans son ensemble les maux de la société américaine. John Singleton au scénario s’inspire grandement de sa propre expérience à l'université de Californie du Sud.

Le scénario dresse un récit choral où l’on va suivre différents personnages de milieux sociaux, sexe, orientation sexuelle différentes et observer les motifs de rapprochement mais avant tout de division de ce microcosme. Singleton a parfois la main un peu lourde dans sa caractérisation mais cela fixe immédiatement chaque protagoniste, nous permet d’identifier d’où il vient et anticiper comment il se perdra. La jeune oie blanche Kristen (Kristy Swanson) laisse deviner sa candeur par le seul fait de disposer les photos de sa famille dans sa chambre étudiante, la solitude et le nihilisme latent de Remy (Michael Rapaport) se ressent par la panoplie de petit wasp white-trash dans les posters de sa chambre et la bande-son durant son installation, metal et Beastie Boys à tue-tête. Singleton a la main moins lourde pour la communauté noire avec Malik (Omar Epps) certes sportif nonchalant et arrogant, mais qui semble vouloir dépasser cela, ou encore Fudge (Ice Cube) prototype de l’étudiant à conscience politique dont l’intelligence sert un certain communautarisme. 

Singleton montre comment des désagréments ordinaires d’un quotidien étudiant (une fraternité trop fêtarde dérangeant les autres) devient la voute d’une frustration et d’un ressentiment entretenus d’un côté par les origines sociales – Remy échappé de son Idaho sans répondant face à ses voisins noirs fêtards, Fudge ravi d’intimider ce petit blanc impressionnable – mais aussi par l’environnement de la fac reflet de la stigmatisation inhérente à la société américaine – les agents de police plus prompt à contrôler et asticoter les étudiants noirs. L’aspect intéressant est de prolonger cette problématique au sexisme avec une Kristen qui va subir une agression sexuelle dans une quasi-indifférence. L’institution et les codes sociaux de la fac se montre incapables de résoudre ces conflits que les personnages vont devoir régler par eux même. Cela se fait à petite échelle – un petit tabassage en règle pour le violeur – mais ne résout rien, ce mécanisme « d’autodéfense » prenant de plus en plus d’ampleur jusqu’au drame final.

Devant l’impuissance de l’institution, chaque communauté se replie vers ses semblables, pour le meilleur (Kristen se liant à la communauté féministe de la fac), pour le pire (Remy rejoignant un groupe de néonazi et suprématistes blanc) et parfois un peu des deux (les noirs politisés finissant par voir en tout blanc un ennemi potentiel sans distinction). Le spectateur européen ou français pourra voir quelques grossiers raccourcis et simplismes dans certaines situations aberrantes (le climax où la police laisse échapper l’assassin néonazi pour perdre du temps à tabasser un noir), mais qui sont finalement le triste reflet d’une réalité américaine des années 90 et encore vivace comme le montre l’actualité récente. Le problème est de ne s’arrêter qu’à cette condition sociale sans complètement faire exister les personnages. 

Ainsi on comprend que c’est une difficulté à se faire des amis, une maladresse liée à l’éducation violent de son père qui rend Remy si perméable à l’idéologie raciste, mais Singleton reste en surface et laisse croire que seuls les petits désagréments quotidiens causent sa bascule. De même l’engagement féministe de Kristen est très superficiel, tout comme sa bisexualité (Jennifer Connelly personnage prétexte à ces deux éléments intime et sociaux) alors que c’était une thématique originale dans un film grand public américain des années 90. La charismatique figure du professeur Phipps sert à dresser un trait d’union dans tout cela mais malgré la belle prestation de Laurence Fishburne, cela passe par de lourds dialogues sentencieux.

Singleton mets cependant tous les extrêmes dos à dos dans le culte du virilisme entretenu par la communauté noire et la notion de gang, les néonazi et leur crainte d’un « grand remplacement », et de manière générale les hommes avec la violence faite aux femmes. Chaque adversité doit se résoudre par la violence jusqu’au point de non-retour final visionnaire du drame de Columbine. Singleton parvient à l’exprimer par une belle idée formelle à la fin avec cette vue en plongée sur des escaliers que le néonazi descend après avoir commis l’irréparable et qu’un personnage noir monte pour l’en punir, les deux silhouettes étant réunies dans la même image. A l'inverse les deux personnages ayant signifié cette division dans la scène d'ouverture témoignene d'un timide rapprochement lors de l'épilogue, synonyme d'espoir et de moins d'incompréhension pour la suite. Malgré quelques gros sabots donc, une œuvre très intéressante, une véritable photographie d’une époque, alors qu’aujourd’hui les clivages d’alors se sont renforcés et que d’autres sont apparus. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

lundi 26 décembre 2016

American Pastoral - Ewan McGregor (2016)

L’Amérique des années 60. Autrefois champion de sport de son lycée, Seymour Levov, dit « le Suédois », est devenu un riche homme d’affaires marié à Dawn, ancienne reine de beauté. Mais les bouleversements sociopolitiques de l’époque font bientôt irruption dans la vie bourgeoise, en apparence idyllique, de Seymour. Lorsque sa fille adorée, Merry, disparaît après avoir été accusée d’acte terroriste, il part à sa recherche pour que sa famille soit de nouveau unie. Profondément ébranlé par ce qu’il découvre, il doit affronter le chaos qui secoue la société américaine et jette les bases d’un nouveau monde. La vie de famille ne sera plus jamais la même…

Des jeunes gens se réfugiant dans un activisme/ idéologie extrême nourrissant autant leur mal-être que le rejet de la société de leurs parents… C’est un schéma qui alimente une triste actualité récente mais qui n’est finalement pas nouveau, des chiens fous des Brigades Rouges dans l’Italie des Années de Plomb à la Bande à Baader allemande durant la même période. Ce contraste n’aura jamais été aussi fort qu’entre l’Amérique idéalisée des années 50 et celle des soubresauts politique de la décennie suivante, l’assassinat de JFK marquant la fin du rêve. American Pastoral est l‘adaptation du roman éponyme de Philip Roth et constitue dans son œuvre le premier volet d’une trilogie où il s’interroge sur l’identité américaine avec J'ai épousé un communiste puis La Tache. C’était sans doute un projet trop ambitieux pour un premier film et Ewan McGregor en tire une transposition manquant singulièrement de nuances.

Le récit oppose l’adhésion et la profonde idéalisation au Rêve Américain entre l’homme d’affaire Seymour Levov (Ewan McGregor) et sa fille Merry (Dakota Fanning) basculant dans l’activisme politique violent. La relation père/fille à l’amour inconditionnel faite d’incompréhension est ce qu’il y a de plus réussit et touchant dans le film, porté par l’interprétation sensible de McGregor et celle tour à tour fébrile et hébétée de Dakota Fanning. C’est plutôt dans la description du contexte socio-politique de leur rupture que le film échoue. Ce sera d’abord dans l’aspect fidèle mais finalement pauvrement illustratif de cette bascule des époques. Les flashbacks du roman entouraient « le suédois » d’une aura quasi mythique, en faisant une icône idéalisée pour tous les jeunes fils d’émigrants juifs se rêvant tous un avenir aussi doré que ce modèle à suivre. McGregor est la fois trop fidèle et pas assez audacieux pour retranscrire cette idée. 

Toutes ces évocations du passé ne trouve pas d’imagerie suffisamment puissante et/ou nostalgique pour se résumer à la vision d’une photo ou un simple dialogue en voix-off. Il en va de même pour voir la manifestation du rêve américain dans l’existence de Levov, marié à une ancienne reine de beauté (Jennifer Connelly) et vivant dans un cadre fermier bourgeois somptueux. L’esthétique tapageuse à la Norman Rockwell attendue pour contraster avec la noirceur à venir s’avère donc assez quelconque. La jeune Merry, en confrontant ses propres limites (à travers son bégaiements) à ses modèles écrasant de perfection découvre et se passionne aussi aux maux d’un monde loin du paradis qui l’entoure : Guerre du Vietnam, Mouvement des droits civiques des noirs-américains… Mais son propre déséquilibre et mal-être l’amène à exprimer tragiquement ses engagements, jusqu’au point de non-retour du terrorisme.

L’environnement agité des 60’s souffre de cette même illustration sans relief où l’on ne sent jamais la force de ce monde changeant malgré la reconstitution impeccable. La fidélité littérale à Philip Roth dessert également le film en ajoutant les scènes au présent de la réunion au lycée qui ne se justifiait qu’à l’écrit avec la présence de son personnage récurrent Nathan Zuckerman. Le film dénué de cette continuité littéraire tacite rend toutes les parties du présent lourdement explicatives et empêche une construction qui aurait gagnée à s’émanciper pour paradoxalement mieux servir le propos de Philip Roth. Heureusement Ewan McGregor retrouve une vraie force mélodramatique dès qu'il donne dans l’intimisme et plus précisément la direction d’acteur. 

Le réel et justifié engagement politique masque ainsi la haine aveugle de l’idéal bourgeois que représente le Suédois (les confrontations éprouvantes avec l’activiste hargneuse jouée Valorie Curry) où son rejet par pur fragilité psychique (l’ultime entrevue avec Merry où on comprend que n’importe quel dogme aurait pu la faire vaciller). Et dans tout cela le drame qui consumera un père aimant, incrédule et impuissant en voyant sa fille sombrer. Malheureusement, même cet élément vraiment réussi du film sera un peu édulcoré par une conclusion qui contredit le désespoir plus total du livre. Un premier film pas inintéressant mais qui confirme les difficultés à adapter Philip Roth – se souvenir du maladroit La Couleur du mensonge (2003) de Robert Benton adaptant La Tâche.

En salle 

jeudi 26 mars 2015

Dark City - Alex Proyas (1998)

Se réveillant sans aucun souvenir dans une chambre d'hôtel impersonnelle, John Murdoch découvre bientôt qu'il est recherché pour une série de meurtres sadiques. Traqué par l'inspecteur Bumstead, il cherche à retrouver la mémoire et ainsi comprendre qui il est. Il s'enfonce dans un labyrinthe mystérieux où il croise des créatures douées de pouvoirs effrayants. Grâce au docteur Schreber, Murdoch réussit à se remémorer certains détails de son passé trouble.

La fin des années 90 vit un thème récurrent se faire jour dans nombre de productions américaines, le doute et à la paranoïa quant à la réalité du monde qui nous entoure. Un thème assez commun à la littérature de science-fiction mais qui semblait particulièrement sensible dans l’anxiété de cette fin de XIXe siècle. Notre quotidien se voyait ainsi manipulé par les machines dans Matrix (1999), la loi de l’audimat pour le visionnaire The Truman Show (1998) ou la crise existentielle avec Fight Club (1999), titres auxquels on peut ajouter les plus mineurs Existenz (1999) ou encore Passé Virtuel (1999). Dark City s’avère un vrai précurseur à toutes ces oeuvres et sans doute le meilleur film d’Alex Proyas. Le réalisateur était sorti profondément déprimé de The Crow (1994) dont le succès avait été entaché de la mort tragique de Brandon Lee sur le tournage. Le brio avec lequel il avait réussi à reprendre le film et l’esthétique ténébreuse qu’il y avait façonné devait cependant rassurer les producteurs pour Dark City, projet bien plus ambitieux et personnel.

Le doute quant au réel prend ici un tour existentiel puisque l’illusion est supposée révéler le secret de l’âme humaine. John Murdoch (Rufus Sewell) se réveille amnésique dans une sordide chambre d’hôtel abritant un cadavre. A l’extérieur, un environnement urbain oppressant et impersonnel ne voyant jamais la lueur du jour. Dans toute sa confusion, notre héros est pourtant le plus clairvoyant parmi une population vivant une existence factice et malléable au gré des manipulations psychiques et physiques que mènent de mystérieux êtres chauve à l’allure de croquemort arpentant la ville. L’esthétique du film est un fourre-tout reflétant la confusion des protagonistes, tout comme ils s’amusent à mélanger les souvenirs des humains, les Etrangers entrecroisent plusieurs architecture en une.

Proyas revisite ainsi un siècle de villes de cinéma et de multiple genres, des visions grandioses et expressionnistes de Metropolis (1927) à la féérie mêlée de cauchemar de L’Aurore(1930) et tout un pan de la claustrophobie ténébreuse du film noir américain des années 40. L’une ou l’autre de ces influences prédomine à un moment ou un autre au gré des impressionnantes séquences « d’harmonisation » où la ville se transforme physiquement : les buildings s’élèvent ou s’enfoncent, des passerelles poussent ou se rétractent, portes et fenêtres apparaissent ou s’estompent. De même les destins humains basculent, les couples s’unissant et se défaisant, les fortunes changeante et parfois les instincts les plus vils apparaissant avec ce serial killer dont la nature sadique un ajout artificiel.

A travers son héros insoumis, Alex Proyas exprime la profondeur de l’âme humaine, dépassant un quotidien factice qu’une force supérieure (ou la société au sens large) nous impose pour dévoiler quelque chose de plus insaisissable. Cet aspect incomplet se révèle dans les failles du plan des Etrangers ou sous la manipulation, les humains ressentent dans une angoisse latente que quelque chose manque à leur vie. Cette ville ne voyant jamais la lumière du soleil, les souvenirs implantés rappelant un passé lointain mais jamais les actions de la veille et bien sûr le leitmotiv de Shell Beach seront les éléments qui susciteront le doute si ce n’est l’éveil, notamment du personnage de policier qu’incarne William Hurt. 

Ce dernier prolonge cette ambiance de film noir par l’intrigue criminelle (plus en retrait que dans le scénario initial), Proyas jouant parfois des clichés esthétique du genre comme lors de la superbe introduction de Jennifer Connelly en chanteuse de club. Les Etrangers relèvent aussi de divers lieux communs du fantastique, de leur apparence à la Nosfératu (en faisant une entité quasi unique à la différence de l'homme) à leur antre sous-terraine où La Cité des enfants perdus rencontre Terry Gilliam. On pense également aux comics d’horreur d’EC Comics friand de ces atmosphères mais par son ton mystérieux et son exigence Dark City lorgne aussi vers la mythologie grecque et ses Dieux jouant avec le destin d’humains réduits à l’état de pantins là pour les divertir.

Les pouvoirs de Murdoch sont donc une manifestation du libre arbitre de l’homme, voir du surhomme puisqu’il sera amené à devenir un Dieu pouvant refaçonner la réalité à sa guise, signe. Le film est ainsi déroutant et captivant de bout en bout. Le début et son montage très haché fait parfaitement ressentir la confusion du héros. Proyas parvient également signifier l’erreur des Etrangers (cherchant l’âme humaine dans la cérébralité et pas les sentiments) en montrant la nature profonde de l’homme dans l’amour entre Rufus Sewell et Jennifer Connelly qui dépasse peu à peu sa dimension prédestinée pour être réel (la scène du parloir et le magnifique final sur la corniche repris plus tard à l’identique par Aronofsky dans Requiem for a dream (2001)). 

Plus exigeant et moins ouvertement divertissant qu’un Matrix, Dark City sera pourtant un échec au box-office. Un an plus tard Matrix sur une trame et des thèmes voisins (et des décors communs puisque Matrix fut tourné dans les même studios australien de la Fox) sera un triomphe, le final de Matrix Revolutions (2003) s’inspirant même de celui dantesque à la Akira (1988) de Dark City qui innovait aussi en tentative de japanimation live. Un classique de la SF 90’s, toujours aussi envoutant, dommage que Proyas n’ait plus jamais retrouvé de telles hauteurs.

Sorti en dvd zone 2 françis et bluray chez Metropolitan, un director's cut (pas vu) est également disponible depuis quelques années

 

mercredi 14 mai 2014

Une Place à prendre - Career Opportunities, Bryan Gordon (1991)


Josie est la fille de l'homme d'affaires le plus influent de la ville et désire partir de chez elle. Désorientée, elle s'endort dans un grand magasin. Quand elle se réveille, la nuit est tombée et se retrouve enfermée avec l'homme d'entretien qui s'avère être un menteur invétéré.

John Hughes signait en 1991 son dernier film en tant que réalisateur avec l'oubliable La P'tite arnaqueuse. Entretemps il avait délaissé les récits adolescents qui avaient fait sa gloire depuis longtemps déjà pour des œuvres plus adultes mais nettement moins marquante et allait se reconvertir par la suite en scénariste de comédie familiale. Career Opportunities s'avère ainsi un objet curieux au croisement de toutes ces influences.

 On retrouve l'idée d'enfermement forcé entre jeune gens mal dans le peau qui vont apprendre à se découvrir (Breakfast Club (1985)), ces même personnages qui doivent affronter l'assaut de malfrats maladroit (Maman j'ai raté l'avion (1990) et un ton cartoonesque très prononcé ( La Folle Journée de Ferris Bueller (1986)). Faute d'une vraie ligne directrice, la somme de toutes ces facettes a plutôt tendance à amoindrir le potentiel du film, d'autant que Bryan Gordon est loin d'avoir la maîtrise et la subtilité de Hughes mais l'ensemble s'avère néanmoins sympathique.

Le film narre donc la rencontre de deux solitudes qui n'auraient jamais dues se croiser. Jim Dodge (Frank Whaley) est un jeune homme de 21 ans qui a bien du mal à prendre son départ dans la vie. Sans diplôme vivant encore chez ses parents et régulièrement congédié des différents jobs qu'il a pu obtenir, au grand désespoir de son père qui enrage de cet immature vivant à ses crochets. Il faut dire que Jim a un monde intérieur très agité le faisant verser dans une mythomanie et une tête dans les nuages constante. Sa dernière chance consiste en un job d'homme d'entretien dans le plus grand supermarché de la ville. Un magasin appartenant au père de la belle Josie (Jennifer Connelly) qui malgré son cadre de vie aisé subit le même mal être que Jim.

Des circonstances rocambolesques vont amener les deux à être coincés ensemble dans le supermarché alors que Jim effectue sa première nuit de travail. C'est le meilleur moment du film avec cette atmosphère de confidence où l'on sent la patte typique de Hughes et dans laquelle nos héros se complètent dans leur détresse mutuelle. Jim est un expansif au débit mitraillette qui cache son angoisse dans cette hyper expressivité alors que Josie dégage charme et mystère par son sex appeal affolant mais c'est un charisme de façade.

Jim a peur du monde extérieur et de quitter le foyer d'où ces échecs volontaire où l'on devinera une adolescence difficile. Josie ne rêve que de prendre son envol mais est soumise à un père très autoritaire (Noble Willingham). Toute cette partie intimiste où les affres de l'ancienne cheerleader vedette rejoignent ceux du nerd constitue le meilleur moment du film, on retrouve ce dépassement du cliché qui faisait le charme de Breakfast Club (les jeunes adultes en questionnement ayant remplacés les ados tourmentés) à travers la prestation des deux acteurs et en particulier Jennifer Connelly. Malheureusement dès que l'on quitte nos deux tourtereaux l'ensemble s'effondre.

Les personnages secondaires sont caricaturaux au possible (les parents) le semblant de trame policière avec les deux voleurs n'a absolument aucun intérêt et il aurait mieux valu se concentrer tout au long du film sur le seul tête à tête improbable. Les gags sont au départ plaisant car visant à caractériser et rapprocher les personnages (le supermarché transformé en gigantesque terrain de jeu) mais dès qu'on cherche à verser dans un burlesque plus prononcé c'est une catastrophe.

Jennifer Connelly filmée sous les angles les plus racoleurs comme une bimbo perd tout le crédit initial où on la découvrait par le regard amoureux de Jim et le film se conclut dans le cliché total pour ce qui aurait pu être le plus intéressant, leur émancipation commune loin de leur ville natale. Un beau gâchis alors qu'il y avait matière à un joli film et qui ne sera passé à la postérité que pour les poses suggestives de Jennifer Connelly. Dommage.


Sorti en dvd zone 1 chez Universal 

vendredi 2 décembre 2011

Le Fantôme de Sarah Williams - Waking the dead, Keith Gordon (2000)



1972. Fielding Pierce, un jeune étudiant en droit ambitieux et Sarah Williams, une jeune fille idéaliste et militante, tombent amoureux l'un de l'autre. A son contact, Fielding apprend à s'intéresser à de nobles causes, tandis qu'elle-même s'emploie à pondérer ses discours. Mais Sarah meurt victime d'un attentat en compagnie de deux chiliens... Dix ans plus tard, Fielding est sur le point de réaliser ses ambitions politiques. C'est alors que surgissent des hallucinations et la présence de Sarah se fait plus pressante.

Un joli film sur le thème toujours passionnant de l'obsession amoureuse, surtout quand on y mêle une dimension surnaturelle. Keith Gordon acteur dont on se souvient dans le Pulsions de De Palma ou Christine de John Carpenter signait là le film le plus reconnu d'une carrière de réalisateur entamée depuis la fin des 80's.

Dès l'ouverture le film est placé sous le signe de l'absence avec l'annonce télévisée de la mort tragique de Sarah Williams (Jennifer Connelly) sous les yeux horrifié de son fiancé Fielding (Billy Crudup) tandis que la caméra parcours la pièce et les souvenirs liée à la disparue. Dès lors la narration fonctionne à double niveau entre passé et présent.

Le passé, c'est le coup de foudre et l'histoire d'amour entre Fielding et Sarah. Ils sont liés par un même idéalisme et volonté de changer les choses mais empruntent des directions différentes. Lui fréquente les haute sphères et nourrit des ambitions politiques élevées tandis qu'elle donne dans un activisme militant risqués. Gordon multiplie les bonne idées pour souligner les personnalités de chacun (le monologue de Fielding lors du premier déjeuner) et l'alchimie entre les deux acteurs rend cette histoire d'amour intense tant dans la passion que le conflit lorsque leurs mondes s'opposent inexorablement.

Le présent voit un Fielding mener sa première grande campagne électorale et soudainement assaillit par le souvenir de Sarah. Les vas et vient entre les époques les font se répondre à travers les divergences politiques du passé se reflétant dans le présent et dévoilant peu à peu les raisons de la disparition de Sarah. L'obsession de Fielding est supposée être autant dû à l'angoisse de la campagne qu'à de vraies réapparition de l'au-delà de son aimée ou plus fou encore le fait qu'elle ne soit jamais vraiment morte mais ait disparue pour suivre ses convictions. L'approche de Keith Gordon est donc toute en retenue entre le psychologique ou le fantastique feutré. C'est un peu le problème puisque ce frein ne s'équilibre jamais vraiment et aucune des deux directions n'est aboutie et explorée alors que les implications politiques et émotionnelles du script (le politicien aux dents longues en devenir serait il rattrapé par sa bonne conscience à travers ce souvenir ?) amènent leur lot de réflexions potentiellement intéressantes.

Sur le fantastique la mise en scène est trop quelconque (ces horribles fondus blanc lors des flashbacks digne d'un téléfilm) et timorée lors des apparitions de Sarah et pour le psychologique même s'il ne démérite pas Billy Crudup est bien trop léger pour traduire le délabrement mental du héros. Il manque un vrai instant d'emphase qui nous happerait et évacuerait tout réalisme mais il n'arrivera jamais (dans cet entre-deux un film comme Quelque part dans le temps était bien plus réussi, en remontant plus loin Le Portrait de Jennie également). Le récit touche parfois mais n'emporte jamais vraiment.

La sensibilité à fleur de peau du film permet néanmoins d'être pris notamment grâce à la belle prestation de Jennifer Connelly. Elle alterne registre charnel et passionné avec une présence plus évanescente et rêvée avec un même talent et exprime parfaitement l'attraction suscitée par cette femme au-delà des mots, du rêve et du souvenir. Malgré les défauts du film, la fascination exercée par l'actrice maintien l'intérêt même si le résultat aurait pu être bien meilleur. Le tout s'achève néanmoins sur un beau moment avec des retrouvailles brèves et touchantes dont la réalité offre un beau point d'interrogation final et apaise enfin notre héros.
Sorti en dvd zone 2 français chez M6 Vidéo