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lundi 26 décembre 2016

American Pastoral - Ewan McGregor (2016)

L’Amérique des années 60. Autrefois champion de sport de son lycée, Seymour Levov, dit « le Suédois », est devenu un riche homme d’affaires marié à Dawn, ancienne reine de beauté. Mais les bouleversements sociopolitiques de l’époque font bientôt irruption dans la vie bourgeoise, en apparence idyllique, de Seymour. Lorsque sa fille adorée, Merry, disparaît après avoir été accusée d’acte terroriste, il part à sa recherche pour que sa famille soit de nouveau unie. Profondément ébranlé par ce qu’il découvre, il doit affronter le chaos qui secoue la société américaine et jette les bases d’un nouveau monde. La vie de famille ne sera plus jamais la même…

Des jeunes gens se réfugiant dans un activisme/ idéologie extrême nourrissant autant leur mal-être que le rejet de la société de leurs parents… C’est un schéma qui alimente une triste actualité récente mais qui n’est finalement pas nouveau, des chiens fous des Brigades Rouges dans l’Italie des Années de Plomb à la Bande à Baader allemande durant la même période. Ce contraste n’aura jamais été aussi fort qu’entre l’Amérique idéalisée des années 50 et celle des soubresauts politique de la décennie suivante, l’assassinat de JFK marquant la fin du rêve. American Pastoral est l‘adaptation du roman éponyme de Philip Roth et constitue dans son œuvre le premier volet d’une trilogie où il s’interroge sur l’identité américaine avec J'ai épousé un communiste puis La Tache. C’était sans doute un projet trop ambitieux pour un premier film et Ewan McGregor en tire une transposition manquant singulièrement de nuances.

Le récit oppose l’adhésion et la profonde idéalisation au Rêve Américain entre l’homme d’affaire Seymour Levov (Ewan McGregor) et sa fille Merry (Dakota Fanning) basculant dans l’activisme politique violent. La relation père/fille à l’amour inconditionnel faite d’incompréhension est ce qu’il y a de plus réussit et touchant dans le film, porté par l’interprétation sensible de McGregor et celle tour à tour fébrile et hébétée de Dakota Fanning. C’est plutôt dans la description du contexte socio-politique de leur rupture que le film échoue. Ce sera d’abord dans l’aspect fidèle mais finalement pauvrement illustratif de cette bascule des époques. Les flashbacks du roman entouraient « le suédois » d’une aura quasi mythique, en faisant une icône idéalisée pour tous les jeunes fils d’émigrants juifs se rêvant tous un avenir aussi doré que ce modèle à suivre. McGregor est la fois trop fidèle et pas assez audacieux pour retranscrire cette idée. 

Toutes ces évocations du passé ne trouve pas d’imagerie suffisamment puissante et/ou nostalgique pour se résumer à la vision d’une photo ou un simple dialogue en voix-off. Il en va de même pour voir la manifestation du rêve américain dans l’existence de Levov, marié à une ancienne reine de beauté (Jennifer Connelly) et vivant dans un cadre fermier bourgeois somptueux. L’esthétique tapageuse à la Norman Rockwell attendue pour contraster avec la noirceur à venir s’avère donc assez quelconque. La jeune Merry, en confrontant ses propres limites (à travers son bégaiements) à ses modèles écrasant de perfection découvre et se passionne aussi aux maux d’un monde loin du paradis qui l’entoure : Guerre du Vietnam, Mouvement des droits civiques des noirs-américains… Mais son propre déséquilibre et mal-être l’amène à exprimer tragiquement ses engagements, jusqu’au point de non-retour du terrorisme.

L’environnement agité des 60’s souffre de cette même illustration sans relief où l’on ne sent jamais la force de ce monde changeant malgré la reconstitution impeccable. La fidélité littérale à Philip Roth dessert également le film en ajoutant les scènes au présent de la réunion au lycée qui ne se justifiait qu’à l’écrit avec la présence de son personnage récurrent Nathan Zuckerman. Le film dénué de cette continuité littéraire tacite rend toutes les parties du présent lourdement explicatives et empêche une construction qui aurait gagnée à s’émanciper pour paradoxalement mieux servir le propos de Philip Roth. Heureusement Ewan McGregor retrouve une vraie force mélodramatique dès qu'il donne dans l’intimisme et plus précisément la direction d’acteur. 

Le réel et justifié engagement politique masque ainsi la haine aveugle de l’idéal bourgeois que représente le Suédois (les confrontations éprouvantes avec l’activiste hargneuse jouée Valorie Curry) où son rejet par pur fragilité psychique (l’ultime entrevue avec Merry où on comprend que n’importe quel dogme aurait pu la faire vaciller). Et dans tout cela le drame qui consumera un père aimant, incrédule et impuissant en voyant sa fille sombrer. Malheureusement, même cet élément vraiment réussi du film sera un peu édulcoré par une conclusion qui contredit le désespoir plus total du livre. Un premier film pas inintéressant mais qui confirme les difficultés à adapter Philip Roth – se souvenir du maladroit La Couleur du mensonge (2003) de Robert Benton adaptant La Tâche.

En salle 

2 commentaires:

  1. Dommage que le film ne remplisse pas ses promesses, je me rattraperai avec le roman. J'en profite pour te souhaiter une excellente fin d'année !

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    1. Oui le film n'est pas dénué d'intérêt mais le roman est bien plus fort je recommande ! Merci et très bonnes fête de finn d'année à toi aussi ;-)

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