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vendredi 8 avril 2016

Piège de cristal - Die Hard, John McTiernan (1988)


John McClane, un policier new-yorkais, arrive à Los Angeles pour rendre visite aux siens, installés en Californie depuis que son épouse travaille pour une grande firme japonaise, et résoudre les problèmes de couple occasionnés par cette séparation. Alors qu’il rejoint sa femme lors de la réception donnée par son patron en haut du grand building de l’entreprise nippone, le Nakatomi Plaza, un commando de terroristes européens investit les lieux et prend en otage tous les employés. McClane parvient à s’échapper discrètement…  

John McTiernan avait avec Predator (1987) signé un vrai classique du cinéma d’action et après avoir montré ses aptitudes dans ce qui était seulement son deuxième film, il était fin prêt à révolutionner le genre. Die Hard est un projet de longue haleine dont le résultat aurait pu être très différent. Le film est une adaptation très libre du roman Nothing Lasts Forever de Roderick Thorp. L’ouvrage est une suite du Détective précédent ouvrage de Thorp adapté en 1968 avec Frank Sinatra. Ce dernier est donc rattaché au projet pour y reprendre son personnage mais sera trop âgé quand le projet prend forme au milieu des 80’s. Dès lors il est décidé de recycler le postulat en actionner lambda 80’s, Arnold Schwarzenegger devant y reprendre le rôle de John Matrix qu’il tenait dans le buriné Commando (1985). La star autrichienne décline et le projet passera sans succès entre les mains de Sylvester Stallone ou encore Burt Reynolds. Le producteur Joel Silver convaincu par le brio de McTiernan l’engage à la réalisation et ce choix conjugué à celui de Bruce Willis (star télé dans la série Clair de lune et pas du tout associé au cinéma d’action à l’époque) orientera le film dans une direction plus audacieuse.

Le héros d’action chez John McTiernan ne s’impose pas par sa force physique ou sa virilité, mais surtout par son astuce et sa ténacité. Dans ses meilleurs films le réalisateur met à mal les clichés machistes, conférant à ses personnages une vulnérabilité dans laquelle ils vont puiser des ressources morales et/ou intellectuelles qui vont leur permettre de s’en sortir. L’imposant Arnold Schwarzenegger semblera bien frêle face au chasseur extraterrestre surarmé de Predator et devra en revenir à un état primitif pour survivre. Ce même Schwarzenegger rigolard et invincible dans le film dans le film de Last Action Hero (1993) se montre emprunté dans le monde réel, donnant un vrai sens et danger à son héroïsme. On peut ajouter Le 13e guerrier (1999) et son prince arabe devant lui aussi apprivoiser les mœurs viking pour survivre face à une tribu cannibale. Die Hard est la meilleure illustration de cet aspect à travers John McClane (Bruce Willis), pure incarnation du héros maverick rétif au monde qui l’entoure, pour le meilleur et pour le pire.

McTiernan le caractérise immédiatement comme une anomalie face à la superficialité et la supposée modernité ambiante. Atterré par les mœurs californiennes désinvolte dès sa descente de l’avion, il tiquera tout autant à la familiarité et à la consommation de cocaïne qui règne au sein de la société Nakatomi. Cette imposante tour de verre symbolise l’Amérique capitaliste des 80’s, le corporatisme international avec ce Japon synonyme de modernité mais aussi son couple en crise depuis que son épouse Holly (Bonnie Bedellia) a décidé d’y mener carrière. Ce côté poisson hors de l’eau deviendra un atout lorsqu’il s’agira de contrecarrer les plans de dangereux cambrioleurs maquillés en terroriste qui vont prendre l’immeuble en otage.

McTiernan définit l’héroïsme de McClane par sa débrouillardise, sa désinvolture et sa volonté qui s’oppose à la froide organisation et au méthodisme des malfrats emmenés par le terrible Hans Gruber. A la technologie, l’armement lourd et à l’élégance vestimentaire de Gruber et ses sbires répondra le marcel de plus en plus crasseux, le système D et l’humour en toutes circonstances de McClane. Si Gruber s’avérera un ennemi retors et vicieux, McTiernan fait endosser ce côté négatif par d’autres protagonistes que les méchants. Le yuppie Ellis (Hart Bochner) périra par sa stupide arrogance, tout comme les hilarants agents du FBI Johnson et Johnson (Robert Davi et Grant L. Bush) tous tirés à quatre épingles et imbus d’eux-mêmes. 

Ils se perdront en sacrifiant à un système (Ellis et son idéologie capitaliste pensant que tout s’achète) ou une méthodologie (Johnson et Johnson appliquant sans réfléchir le processus face à une opération terroriste) quand McClane ne fait confiance qu’à lui-même et improvise au gré des situations. Le scénario défini cette idée avec le vrai objectif des malfrats (un cambriolage d’envergure masqué en opération terroriste) et McTiernan le résume en une scène magistrale quand le tank hi-tech et imposant de la police avance fièrement sur la musique martiale de Michael Kamen avant d’être dégommé d’un coup de bazooka par les méchants.

La mise en scène de McTiernan offre également une vrai réflexion dans le duel que se mènent Gruber et McClane. Gruber a savamment préparé son hold-up, plaçant scrupuleusement hommes et matériel dans cette tour Nakatomi qu’il a parfaitement étudiée. Lui et ses sbires et y déambulent selon un plan défini, suivant une topographie des lieux qu’ils maitrisent et le réalisateur leur fait suivre des environnements ordinaires (salle de réunions, bureaux, sous-sol) sur des lignes verticales et horizontales. Il en va tout autrement pour McClane en perpétuelle découverte de cette tour Nakatomi au fil des dangers encourus. Cela sera un handicap comme une force, la prise de risque permanente se conjuguant à une imprévisibilité qui désarçonnera toujours les terroristes si bien organisés. Impossible de définir une ligne pour l’avancée chaotique de McClane s’adapte au lieu et aux situations, tour à tour rampant dans les conduits, sautant dans le vide ou escaladant les patios d’ascenseur. 

Quand ses ennemis s’approprient les lieux, McClane s’y fond. La mise en scène fluide de McTiernan fait parfaitement fonctionner cette approche, dans un mouvement constant associé à la musicalité d’un montage conférant une énergie folle à l’ensemble. La manière dont toutes les situations et informations convergent pour montrer la prise de pouvoir des terroristes au début est une véritable leçon de maîtrise par McTiernan. Le montage et l’art du raccord font figures d’ellipse sans jamais avoir à surligner par une scène ou un dialogue superflu une information passant par l’image (McClane repérant une sortie et s’éclipsant à l’arrivée des terroristes) et faisant confiance à l’intelligence du spectateur. Cette fluidité et élégance visuelle (magnifique photo de Jan De Bont) atteint des sommets lors des montées de tension, McTiernan excellant pour amplifier un rebondissement comme ce travelling avant vers Gruber quand il devine l’identité de l’épouse de McClane, la photo se saturant de lense flare pour accentuer la dramaturgie et loin de l’usage stérile qu’en fait aujourd’hui un JJ Abrams. De même ce calme avant la tempête lors du face à face final est une pure merveille où le côté cowboy roublard de McClane est totalement exploité.

Bruce Willis, aussi sarcastique qu’intrépide invente une véritable icône moderne avec John McClane. Alan Rickman dans son premier rôle au cinéma impose une présence onctueuse et impitoyable. Chaque échange verbal et face à face en fera des adversaires malins et sournois qui rend l’affrontement palpitant. Même les quelques facilités et conventions (l’amitié entre Willis isolé et le policier en uniforme Reginald VelJohnson, la scène finale) passent toutes seules tant elles se fondent bien dans le ton et la continuité du récit, constamment ludique dans son déroulement sans se départir de son suspense. Un très grand film qui deviendra un mètre-étalon maintes fois copié (il faudra attendre Matrix (1999) pour que le cinéma américain aille chercher ailleurs l’inspiration en terme d’action) et qui connaîtra quatre suites dont on ne retiendra que Une Journée en enfer (1995) où McTiernan renouvèlera à nouveau le genre dans un style sur le vif qui annonce le chaos d’un Paul Greengrass. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox 

7 commentaires:

  1. bravo pour votre brillante analyse d'un film (et cinéaste) dénigré à sa sortie par Télérama, Positif et d'autres, alors que les mêmes Positif adorent le cinéma d'action hollywoodien classique et moderne (Cimino,Eastwood). Le film traverse trés bien l'épreuve du temps et reste toujours aussi efficace et jouissif à regarder. Alan Rickman est formidable,digne des plus grands méchants d'Hitchcock.

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  2. Merci ! C'est vrai que même s'il avait quelques solides défenseurs, il a presque fallu ses graves ennuis judiciaires récents pour que McTiernan jouisse d'une réelle reconnaissance en France. L'accueil de la presse était tout autre quand il a donné sa masterclass en France à la cinémathèque en 2014. Et oui Alan Rickman est fabuleux un des plus grands méchants du cinéma 80's.

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  3. Hello Justin, C'est sans doute devenu un classique du cinéma d'action hollywoodien effectivement, et la mise en scène est remarquable, mais en revoyant le film, j'ai fini par ressentir dans la dernière partie un sentiment de trop plein : McClane est trop fort, rien ne semble pouvoir l'arrêter, et du coup j'y ai moins cru cette fois, j'ai moins aimé, et j'ai davantage vu les excès et les exagérations. Et c'est quand même un film assez violent et sanglant. Bon, Rickman reste le méchant effectivement fabuleux dont je me souvenais.
    Strum

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    1. Salut Strum,

      Alors en fait il ne faut jamais oublier de mettre en perspective McClane avec les héros du cinéma d'action hollywoodien d'alors. Schwarzeneger la figure du surhomme ou de la machine, Stallone la force de la nature, Steven Seagal casseur de bras impassible ou le bovin Chuck Norris. McClane est increvable non pour sa force physique mais pour son côté emmerdeur tenace et malin, il faut voir dans quel état d'épave physique il termine le film c'est au antipodes du standard de l'époque. Après McTiernan lui donne un côté iconique (surtout le face à face final avec Rickman)flamboyant plein de ressources ça ajoute au capital sympathie et ne joue jamais sur la facette virile macho des stars du genre que j'ai cité. Ce n'est pas étonnant que le personnage ait marqué et tout les exploits restent dans une relative notion de crédibilité (comparé aux suites qui iront dans la surenchère) et McClane en subit à chaque fois les conséquences. Après pour le côté sanglant c'est un peu le genre et l'époque qui veulent ça, dix ans plus tard ce sera la violence numérique plus désincarnée et suspendue de Matrix question de période.

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  4. Quand même, il n'y a rien de crédible dans le film, McClane meurt au moins une demi-douzaine de fois. :) Si tu le compares aux Commandos de l'époque, qui sont encore moins crédibles, il est sûr que McClane apparait comme une mauviette, mais dans l'absolu, si tu sors le film de son contexte de production (ce que j'ai fait en le revoyant), McClane est un superhéros invicible, ultra résistant et qui pense à tout, et ce malgré le côté décontracté et pince-sans-rire de Bruce Willis. A la fin, tout est bien qui finit bien, mais il y a quand même eu 20 morts ; même le policier sympa qui lui parlait de l'extérieur abat son terroriste (durant l'épilogue lui aussi "too much", avec le bras droit du méchant qui ressuscite selon un cliché récurrent des films d'action), et c'est filmé comme un accomplissement. Bref, cette fois, le film m'a un peu fatigué par sa surenchère à la fin, même s'il y a eu effectivement pire ensuite.

    Strum

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    1. Quand je parle de crédibilité c'est plus entre l'équilibre entre les exploits de McClane et les conséquences physiques pour lui ça reste autant inédit dans le standard d'action 80's, que les cabrioles de Matrix et aujourd'hui l'ère des suer héros. Après le héros increvable c'est une convention du cinéma d'action l'important c'est le talent du réalisateur à faire partager la souffrance du héros et à avoir peur pour lui. Et là au delà du too much c'est une force (McTiernan est quand même le seul à avoir réussi à rendre Schwarzenegger vulnérable dans Predator et Last Action Hero, Willis n'en mèn pas large non plus dans Une journée en enfer) de susciter l'empathie pour le héros tout en lui conservant une dimension intouchable. Pour revenir sur la violence ce n'est pas si gratuit et ça sert à rendre les méchants intimidants, le meurtre du PDG est suffisamment brutal et inattendu pour poser la détermination et le détachement d'Alan Rickman. Ca participe à la caractéristion du ersonnage au delà du simple carnage. Après je sens aussi que c'est peut être un désintérêt de ta part du cinéma d'action aujourd'hui par rapport à l'époque où tu a découvert le film, les ficelles (inhérentes à chaque genre au fond) ne passe plus ;-)

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  5. Oui, cela compte certainement aussi. ;)

    Strum

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