Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 3 janvier 2025

À l'abordage - Against All Flags, George Sherman (1952)


 Au début du XVIIIe siècle, des pirates de Madagascar menacent le commerce des Indes. Brian Hawke, un officier de la marine anglaise, est missionné pour infiltrer la bande de criminels. Il découvre alors une toute autre facette de ses ennemis, et tombe sous le charme d'une pirate effrontée...

À l'abordage est une œuvre qui désamorce astucieusement l'habillage de film de pirates sur laquelle elle est vendue. Le couple vedette fait lorgner des souvenirs glorieux du genre, que ce soit Errol Flynn qui y gagna ses galons de stars (Captain Blood de Michael Curtiz (1935), L'Aigle des mers (1940)) ou Maureen O'hara volcanique love interest de Le Cygne noir de Henry King (1942) Pavillon Noir de Frank Borzage (1945). Errol Flynn se trouve alors sur la pente descendante, venant de quitter Warner où il trouva ses rôles les plus prestigieux, en quête d'un second souffle qu'il ne trouvera jamais vraiment dans une suite de productions médiocres (avec quelques exceptions comme Le Soleil se lève aussi d'Henry King (1957) mais où il se trouve au second plan). Au contraire Maureen O'hara rencontre une des périodes les plus épanouissante de sa carrière, tournant d'ailleurs la même année le célèbre L'Homme tranquille de John Ford.

Cette dynamique inversée des deux stars semble implicitement imprégner leurs personnages. Les excès en tout genre ont prématurément vieilli Errol Flynn qui apparaît ici moins bondissant, plus usé. Cela va bien avec son personnage d'espion infiltré chez les pirates devant se montrer sur la réserve. On a l'habitude de voir un Flynn viril et tempétueux, à la séduction pressante sur une héroïne méfiante mais progressivement séduite tout en se faisant désirer par sa retenue. C'est presque l'inverse ici puis Spitfire (Maureen O'hara), jeune femme élevée parmi les pirates, intriguée par cet anglais aux manières plus raffinée qui détone en comparaison des rustres qui l'entourent - tout comme Flynn pouvait l'être face à une Olivia de Havilland, jeune femme distinguée détonant dans son univers. 

C'est elle qui prend avec rudesse les devants dans le jeu de séduction et au contraire Flynn, happé par ses intrigues d'espionnage, qui tente de la refréner. Cela se manifeste notamment par les tenues vestimentaires, Spitfire n'étant jamais plus attirante que dans ses atours farouche de pirate (ce costume vert évoquant Robin des Bois pour bien marquer l'inversion) tandis qu'elle semble jouer un rôle qui ne lui ressemble pas quand elle cherche à se montrer plus féminine et distinguée - et là encore le type d'écueil que pouvait rencontrer Flynn dans ses rôles d'antan où il pouvait être éconduit en tentant maladroitement le transfuge de classe dans ses attitudes.

C'est surtout cette facette du récit, assez rondement menée, qui captive dans À l'abordage. L'aspect aventure maritime est très en retrait et se montre avare en séquences spectaculaires malgré quelques beaux sursauts comme l'attaque du navire indien. C'est néanmoins un vrai plaisir pour les yeux avec le technicolor flamboyant de Russell Metty, une direction artistique superbe et dont les artifices (transparences et matte-paintings très voyant) confèrent même un certain charme à l'ensemble. Le savoir-faire de George Sherman permet un spectacle alerte et prenant, dominé par son couple vedette dont la maturité donne une âme supplémentaire l'éloignant de la bluette, notamment par ses sous-entendus sexuels forts explicites - le again ! plusieurs fois prononcé par la princesse indienne pour un baiser mais fait bien sûr penser à autre chose, Spitfire le disant avec la même véhémence dans la scène finale. Un bon moment.

Sorti en bluray français chez Elephant Films

lundi 19 mai 2014

Gentleman Jim - Raoul Walsh (1942)


A San Francisco, Jim Corbett n'est qu'un modeste employé de banque passionné par la boxe et désireux de s’élever au-dessus de sa condition. Cet arrivisme agace les membres du Club Olympique ainsi que la jolie Victoria Ware dont la tentative de faire corriger l'ambitieux Jim lance au contraire sa carrière...

Gentleman Jim est un des sommets de la collaboration entre Errol Flynn et Raoul Walsh. Le film est le biopic de James J. Corbett, considéré comme un des pères de la boxe moderne et qui connut son heure de gloire à la fin du XIXe. Le scénario de Horace McCoy adapte d'ailleurs The Roar of the Crowd, autobiographie de Corbett parue en 1924 tandis que le film sort neuf ans après sa disparition en 1933. Plus qu'un boxeur émérite, Corbett fut une véritable star de son temps, étendant sa notoriété sportive à d'autres disciplines en jouant notamment au théâtre. C'est cet angle que choisit d'exploiter Walsh avec Errol Flynn dans le rôle-titre qui incarne à merveille le mélange de charisme et de vantardise que représente le champion. D'une assurance sans faille et doté d'un bagout irrésistible, Corbett un phénomène dont l'énergie naturelle préfigure constamment celle dont il saura faire preuve sur le ring. Sa vivacité s'exprimera tout d'abord ainsi par sa capacité à attirer l'attention, s'attirant les bonnes faveurs d'un juge lors d'une rafle mouvementée durant un combat clandestin et s'introduire ainsi dans le très huppé Olympic Club dont il sera la coqueluche tout en s'attirant l'inimitié des habitués mécontents de s'acoquiner à ce bruyant parvenu.

Ainsi dépeint, Corbett aurait pu être un personnage agaçant d'assurance mais Errol Flynn par son aisance et énergie gagne immédiatement les faveurs du spectateur. L'empathie fonctionne d'autant plus en faisant de sa réussite sportive un ascenseur social qui en fait le miroir des classes populaires gouailleuses se pressant aux combats clandestins tandis que les nantis qu'il a nargué y espèrent sa défaite. La présentation tapageuse de la famille Corbett s'inscrit dans cette logique et s'imprègne de cet état d'esprit bagarreur où l'attachement mutuel ne s'exprime que par des beuveries épiques, des désaccords et moqueries se concluant par de mémorable bagarres fraternelles que l'entourage guette avec le running gag du hurlement à la cantonade The Corbetts are at it again!.

Walsh orchestre ainsi un film qui file à tout allure, ne s'appesantit pas en questionnement et réflexions inutiles à l'image de la trajectoire triomphale de son héros bondissant. La famille est ainsi caractérisée dans le bruit et la fureur (hormis un très joli moment où Corbett vient rassurer sa mère inquiète avant un combat) et il en va de même pour l'histoire d'amour entre Corbett et Victoria Ware (Alexis Smith) où l'animosité et les répliques vachardes cachent une passion qui ne demande qu'à s'exprimer. Agacée par la prétention de Corbett tandis que ce dernier ne supporte pas son caractère hautain, il faudra la conclusion où notre héros fend l'armure face à un adversaire vaincu pour que Victoria comprenne enfin sa noblesse d'âme sous les rodomontades. Si l'on ne ressent pas tout à fait l'alchimie si parfaite qui pouvait exister entre Flynn et Olivia De Havilland, Alexis Smith compose un enjeu amoureux élégant et plein de caractère.

Dernier point marquant, il s'agit évidemment des combats. Walsh signe une mise en scène percutante où la puissance, la vélocité et la technique des combattants est constamment mise en valeur. Le réalisateur capture l'énergie de joutes toujours dépeintes dans des cadrages limpides donnant un sentiment de mouvement perpétuel avec une caméra semblant se plier au pas chassés de Corbett. Le découpage est ainsi restreint à son efficacité la plus stricte (Walsh se prémunissant ainsi d'un remontage du studio avec un travail quasi impossible à remanier) où les inserts ne servent qu'à offrir un reflet enfiévré de la foule par rapport à ce qui se joue sur le ring.

Le combat épique contre Joe Choynski en offre un exemple parfait, prolongeant ce mouvement et multipliant les rebondissements en dehors (le shérif jeté à l'eau, les frères de Corbett vivant littéralement le combat qu'ils miment avec ardeur) que sur le ring avec des assauts furieux, de la tricherie et des adversaires se mettant tour à tour au tapis (Flynn donna tant de sa personne qu'il frisa d'ailleurs l'attaque cardiaque sur le tournage, son train de vie dissolu n'aidant pas).

Walsh fait d'ailleurs une vraie distinction entre la barbarie entre brute épaisse du début du film et la virtuosité et énergie dont fait preuve sa mise en scène par la suite, capturant par la seule image les lettres de noblesse qu'acquiert la boxe sous la férule de Corbett. Cette idée culmine dans le magnifique affrontement final contre Jack L. Sullivan (Ward Bond) où la férocité du ring n'a d'égale que le très touchant témoignage de respect mutuel qui conclut le film. C'est là que la différence se fait et que la boxe gagne ses galons de discipline de gentlemen, le folklore gravitant autour d'eux n'ayant plus d'importance.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

vendredi 22 juillet 2011

Le Soleil se lève aussi - The Sun Also Rises, Henry King (1957)


Paris, 1922. Jake Barnes vit à Paris depuis sa démobilisation de la guerre 14/18 et il est journaliste au « New York Herald ». Un soir, il se rend à un bal musette où il retrouve des amis dont le romancier Robert Cohn. Arrive Lady Brett Ashley qui n’est pas une inconnue pour Jake. Elle fut son infirmière à l’hôpital pendant la guerre où ils tombèrent amoureux mais suite à sa blessure contractée sur le champ de bataille, Jake est devenu impuissant. Depuis, ils entretiennent une amitié amoureuse. Pour tenter d’oublier cette déconvenue Brett multiplie les aventures.

The Sun also rises est la seconde adaptation d'Heminghway que signe Henry King après la semi réussite des Neiges du Kilimandjaro (1952) visuellement superbe mais narrativement boiteux et porté par un Gregory Peck peu convaincant en simili double de l'écrivain. Cette seconde tentative bien plus maîtrisée et portée par une distribution exceptionnelle va donner un mélodrame superbe.

Jugée très fidèle au premier roman d'Heminghway, le film dépeint un groupe de personnages associés à la "Génération Perdue", soit cette communauté d'écrivains et d'artistes américain égarés dans l'Europe de l'entre-deux-guerres dont Heminghway lui-même ou encore F. Scott Fitzgerald furent les chefs de file. Le terme n'a pas forcément une teneur négative mais sert surtout à dénommer ce courant, cependant devant la caméra de King il revêt dès la scène d'ouverture une facette dramatique et nostalgique. Un panoramique et un fondu fait ainsi passer un plan d'ensemble du Paris contemporain à celui de 1922 où va se nouer le drame.

Le dépit de cette génération perdue va s'incarner à travers le couple maudit formé par Brett Ashley (Ava Gardner déjà dans Les Neiges du Kilimandjaro et d'une autre fameuse version filmée d'Heminghway avec Les Tueurs) et Jake Barnes (Tyrone Power acteur fétiche de Henry King). Ils s'aiment d'un amour passionné depuis qu'elle fut son infirmière en temps de guerre mais sont condamnés à être séparés à cause d'une blessure l'ayant rendu impuissant. Depuis elle se console sans jamais avoir pu l'oublier dans l'alcool et les multiples conquêtes masculines tandis que lui assiste à la lente déchéance de sa bien-aimée sans pouvoir l'empêcher.

Que ce soit le Paris festif et dansant des Années Folles ou le Pampelune surchauffé par la Saint Fermin, King crée une sorte de dichotomie entre le mental en lambeau de ses personnages et l'imagerie idyllique de cette Europe sources de plaisirs multiples. Car le drame de Jake et Brett est la source de bien d'autres avec les prétendants malheureux de celle-ci. Parmi eux un Errol Flynn bien loin du fringant héros des films d'aventures Warner dont la déchéance physique sied parfaitement à son personnage noyant son dépit dans les excès alcoolisés divers. Mel Ferrer est tout aussi bon en amoureux éconduit obsessionnel et faible de caractère, on en dira pas tant d'un Robert Evans passé à l'auto bronzant et peu crédible en jeune toréador. Il fut imposé à un Henry King pas convaincu par Darryl Zanuck qui eu alors la célèbre phrase "The kid stay in the pictures" pour couper court à toute discussion. Une phrase demeurée célèbre lorsqu'elle deviendra le titre de l'autobiographie (et du documentaire) de celui qui serait bien plus tard le patron de la Paramount et produirait entre autres Le Parrain.

Spectaculaire et intimiste à la fois, la réalisation de King envoute de bout en bout. Le scope et le technicolor étincelant forment un sommet de flamboyance Hollywoodienne mais sous les visions grandioses (les longue et impressionnantes séquences de corrida, la Feria survoltée) le malaise n'est jamais loin tel ce flashback magnifiquement amené sur le passé radieux et tragique de notre couple qui se trouve et se perd dans le même temps après la terrible révélation.

Tyrone Power si bon dans les personnages imposant et charismatique offre un contre-emploi magnifique avec ce héros contraint au rôle d'observateur et devant souffrir en silence. C'est pourtant bien Ava Gardner qui bouleverse totalement avec cette femme perdue, le regard en détresse et se raccrochant à un amour qui ne peut (du moins physiquement) lui être rendu.

Elle irradie vraiment l'écran par sa beauté et sa fragilité la maintient à une échelle plus humaine qu'un Pandora, le film de King contribuant avec ce dernier et aussi La Comtesse aux Pieds Nus à l'association mythique Ava Gardner/Espagne. On signalera aussi une apparition remarquée d'une séduisante Juliette Greco (dont s'était entiché Zanuck) en début de film en jeune séductrice intéressée. La belle conclusion apaisée mais qui ne résout rien nous laisse définitivement dans ce sentiment mélancolique et résigné qui aura imprégné tout ce splendide film.


Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis


jeudi 5 mai 2011

Saboteur sans gloire - Uncertain Glory, Raoul Walsh (1944)


Jean Picard, un criminel français devant être exécuté, est sauvé fortuitement par un bombardement anglais. Le train qu'il emprunte est saboté par la Résistance et les Allemands exigent le coupable sinon ils fusillent des otages. Jean Picard va se dénoncer sur la suggestion du policier à ses trousses afin de se racheter.

Uncertain Glory est certainement la plus originale des collaborations guerrières entre Errol Flynn et Raoul Walsh, on est là assez loin de la simplicité frontale de Sabotage à Berlin et Northern Pursuit, et si le patriotisme de rigueur est toujours bien là vu le contexte de production il s'accompagne d'une gamme de sentiments bien plus complexe.

Au départ on est assez loin du film de guerre attendu et le cadre de la France occupée ne semble être qu'une toile de fond pour une intrigue qui évoque bien plus le polar. Errol Flynn est donc Jean Picard, bandit de grand chemin emprisonné et destiné à être guillotiné au petit matin. Miracle au moment de l'exécution, un bombardement anglais pulvérise la prison et lui permet de s'échapper. L'inspecteur Bonet, ennemi juré du truand se lance alors à ses trousses à travers la France et suite à un concours de circonstances parvient à l'arrêter à nouveau pour le ramener à Paris. L'intrigue prend alors un tour étonnant puisque parallèlement cent hommes sont menacés d'exécution par les allemands dans l'attente de la reddition de l'auteur du sabotage d'un pont. Afin de gagner du temps pour trouver un nouveau moyen de fuir, Flynn décide d'endosser le crime et se rend alors dans le village à proximité des lieux de l'attentat afin de récolter les informations qui lui permettront d'être crédible quand il se dénoncera.

La trame est très originale donc et portée par une prestation de haute volée de Errol Flynn. Malgré le capital sympathie certain dont il bénéficie, l'acteur incarne ici un vrai criminel égoïste et sans remords. Le début du film fait tout pour appuyer cette facette sombre, entre la mine teigneuse qu'il arbore avant son exécution avortée, la trahison envers son acolyte assurant sa fuite dont il séduit la petite ami et le reste du film le montrera toujours sous ce jour ambigu. C'est donc une opposition parfaite dans le duo qu'il forme avec Paul Lukas qui est la droiture incarnée en flic tenace.

Le récit fonctionne donc comme une forme de rédemption pour Flynn qui tombé amoureux d'une fille du village, va peu à peu s'ouvrir à une conscience plus noble. Errol Flynn apporte toute la nuance nécessaire pour ne pas rendre cette transformation simpliste puisqu'il qu'il conserve sa nature de filou individualiste jusqu'au bout, que ce soit par l'humour (hilarante scène de fausse confession pour ses crimes) ou la duperie son but étant bien sûr de s'échapper.

Parallèlement le scénario développe très bien également les protagonistes du village condamnés à voir leurs hommes injustement exécuté. Des questionnements et actes complexes se font jour pour sauver coûte que coûte les innocents (comme dénoncer arbitrairement un faux saboteur) et donnent un tour passionnant à l'ensemble. La romance entre le héros et Jean Sullivan peut paraître un peu trop simple et directe mais la prestation très sincère de l'actrice fait finalement bien passer la chose contrebalancée par un Flynn plus subtil. Plus intimiste que les autres films de guerre Flynn/Walsh, Uncertain Glory comporte néanmoins quelques morceaux de bravoure spectaculaires comme le bombardement d'ouverture ou l'exposition impressionnante du pont en ruine (magnifique maquette). Peut être le plus intéressant du décidément excellent coffret Errol Flynn doté d'une conclusion des plus poignantes.

Comme les autres films de guerre Walsh/Flynn évoqués sur le blog, disponible en dvd zone 1 Warner dans le coffret "Errol Flynn Adventures". Comme souvent chez Warner c'est multizone et compatible partout et doté d'une vf et de sous-titres français.

jeudi 17 mars 2011

Du sang sur la neige - Northern Pursuit, Raoul Walsh (1943)


Seconde Guerre mondiale, 1941, au Canada : Un groupe nazi de saboteurs débarque d'un sous-marin, mais est bientôt décimé par une avalanche. Le colonel Keller, chef du groupe, est le seul survivant. Blessé, il est pris en charge par deux agents de la police montée, Steve Wagner et Jim Austen qui décident de le remettre aux autorités...

Après la propagande sur fond d'action survoltée de Sabotage à Berlin et le drame exaltant les élans guerriers de L'Ange des Ténèbres cette troisième aventure de Errol Flynn en temps de guerre s'attaque au thriller à suspense. Ce Northern Poursuit propose donc un spectacle mené tambour battant sur un pitch excitant en diable qui au départ rappelle le 49e Parallèle de Powell/Pressburger (avec plus de profondeur pour ce dernier).

On assiste donc à l'arrivée des nazis sur les côtes canadienne dans de sombres dessein qui se révèleront au fil de l'intrigue. Face à eux se pose Errol Flynn policier qui va s'infiltrer parmi eux afin de les stopper. Souvent abonné aux nationalités les plus "exotiques" dans ses films de guerre (australien dans Sabotage à Berlin, norvégien dans L'Ange des ténèbres) Errol Flynn fait ici de sa plu culture un des moteurs de l'intrigue. Canadien d'origine allemande, il peut simuler une accointance patriotique avec les nazis afin de démanteler leur plan, tout en maintenant l'ambiguïté face à ses collègues canadiens (ambiguïté qui n'a pas lieu d'être pour le spectateur c'est Errol Flynn !). Le chef du commando nazi est incarné par Helmut Dantine déjà remarquable méchant dans L'Ange des ténèbres et qui ici excelle en stratège infaillible, impitoyable et fanatique. L'alchimie avec Flynn est toujours aussi forte et chaque échange entre eux est chargé d'électricité, aucun n'étant dupe de l'autre.

Une nouvelle fois les grands moyens ont été déployés, ce qui s'affirme dès l'impressionnante ouverture où un sous-marin allemand surgi des glaces pour accoster la côte canadienne. Au programme également une séquence d'avalanche dantesque ou encore une poursuite à ski palpitante qui anticipe celles de Au service Secret de sa majesté. D'ailleurs l'analogie à Bond n'est pas fortuite tant le mélange de tension et de décontraction animant le ton du film s'en rapproche, notamment par la personnalité de Flynn qui contrairement aux films précédents plus collectifs (comme le futur Aventures en Birmanie) il se charge ici de venir à bout seul de l'ensemble de l'ennemi nazi. Mais contrairement à Sabotage à Berlin, cette décontraction sied bien au film plus voué au divertissement pur qu'au message.

Walsh plutôt exécutant ici délivre un produit à la facture visuelle remarquable. Le cadre partagé entre vraie contrées enneigées (paysages superbes) et studio s'alterne avec fluidité et on pardonnera quelques facilités comme la manière balourde d'insérer le personnage de Julie Bishop (qui si elle n'est pas Olivia De Havilland fait preuve d'une belle fraîcheur) à l'aventure car bien évidemment il faut une figure féminine dans ce film de durs. La teneur finale du plan s'avère assez abracadabrantesque dans sa mise en place mais donne l'occasion d'un morceau de bravoure époustouflant en conclusion où Flynn affronte seul un commando nazi en plein air dans un bombardier en déroute (et une nouvelle fois on saluera le soin apporté aux maquettes par la Warner). Sans prétention et fort prenant donc, une réussite.

Sorti en dvd zone 1 dans le coffret Errol Flynn Adventures déjà évoqués précédemment et doté d'une vf et de sous titres français.

Bande annonce disponible ici

vendredi 25 février 2011

L'Ange des ténèbres - Edge of Darkness, Lewis Milestone (1943)


Norvège, 1942. Le village de Trollness vit à l'heure de l'occupation allemande depuis maintenant deux ans. Mais la résistance s'organise... Impliqués dans la lutte contre l'envahisseur, Gunnar Brogge, un marin-pêcheur, et sa fiancée, Karen Stensgard, doivent redoubler de prudence à la veille du parachutage d'une cargaison d'armes en provenance d'Angleterre...

Sorti en plein coeur de la Deuxième Guerre Mondiale, Edge of Darkness ne fait pas dans la demi mesure pour ce qui est d'exprimer un vindicatif et exalté appel à la lutte contre l'ennemi nazi. L'histoire nous plonge donc dans le drame d'un petit village côtier norvégien sous le joug de l'occupant allemand régnant d'une main de fer sur la petite communauté. Sous l'apparente soumission, la fureur monte pourtant lentement face à l'envahisseur et le scénario (de Robert Rossen qui adapte un roman de William Woods) explore très intelligement les sentiments contradictoires qui anime les norvégiens. La fierté nationale et la haine des nazis côtoient donc la peur et la lâcheté bien ordinaire et compréhensible quand ce n'est pas la collaboration pure et simple comme avec un odieux personnage d'entrepreneur. Ses différentes facettes se dessine à travers une gammes de personnages variés et à la psychologie fouillée malgré l'évidente teneur propagandiste du film.

Errol Flynn est magistral de charisme en leader de la rébellion et même s'il est clairement le héros se fond dans la peau d'un pêcheur ordinaire membre de cette communauté. Une prestation nuancée et modeste où il excelle car ne roulant pas des mécaniques de manière inappropriée comme dans Sabotage à Berlin précédemment évoqué. La scène ou décidé à venger l'agression dont Ann Sheridan a été victime il est violemment ramené à la raison de la collectivité est ainsi magnifiquement intense notamment lorsque la caméra défile sur tout les visages d'autant plus déterminés. Walter Huston en médecin hésitant puis gagné par la fièvre guerrière est fascinant également, Ann Sheridan plus unidimensionnelle en résistante farouche offre également une solide prestation mais c'est l'ensemble du casting qui est admirable. D'ailleurs le camp nazi offre les figures les plus ambigües avec John Beal perdu qui rejoint les allemand par faiblesse et ne parviendra jamais à réparer son erreur, tout comme Nancy Coleman en polonaise soumise au bon plaisir de Koenig campé avec un sadisme parfait par Helmut Dantine.

Le film propose une lente montée en puissance dramatique où le village en attente de livraison d'armes par les anglais pour une attaque massive doit subir tout les tourments. La construction narrative invite d'ailleurs à cette tonalité noire puisque le récit s'ouvre par l'arrivée d'une armée allemande dans le village dévastée et jonchées de cadavres un flashback nous laissant découvrir les évènements. Les héros nous sont également présentés du point de vu ennemis lorsque les nazis devisent sur les éléments les plus perturbateurs de la communautés. L'atmosphère souffre alors d'une tension de tout les instants avec cette menace omniprésente pouvant sévir à tout moment. Ayant réussi à réellement nous attacher à cette petite communauté, Milestone n'en rend les malheurs et souffrances que plus fort pour ce qui est le grand atout du film, une force émotionnelle qui va au delà de l'aspect propagandiste et belliqueux. Les exactions nazies se font ainsi de plus en plus révoltante que se soit l'humiliation, un viol au filmage sobre et traumatisant où le terrible jet en pâture d'un vieil intellectuel qui a courageusement osé s'opposer au vol de sa maison.

La conclusion guerrière sur la rageuses réaction du village est donc un véritable exutoire amené avec une empathie massive du spectateur tant Milestone a su jouer de cette attente. L'affrontement final est un des plus furieux vu dans un film de guerre de cette période, moments héroïques et sacrificiels survoltés, destruction massive en pagaille le tout filmé avec une rage et une virtuosité phénoménale par Milestone (ce moment où Flynn approche du QG nazi en charrette lancé au galop et en saute pour jeter une grenade grandiose !). Cela rappelle beaucoup Went the day well film anglais du studio Ealing (traité en juillet sur le blog) tout aussi rageur où un village anglais se soulevait contre invasion nazie souterraine. Edge of Darkness s'avère aussi dur et exaltant dans son ode au combat contre la tyrannie, se terminant sur une note pleine d'espoir mais tout aussi va t en guerre. Grand film de guerre et au passage un score ténébreux et fabuleux de Frank Waxman notamment lors de l'assaut final où il s'orne d'élan funèbres à la Wagner.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans le coffret Errol Flynn déjà évoqué précédemment.

Extrait

vendredi 18 février 2011

Sabotage à Berlin - Desperate Journey, Raoul Walsh (1942)


Lors de la deuxième guerre mondiale, l'équipage d'un bombardier de la RAF est abattu au-dessus de l'Allemagne, les 5 rescapés s'organisent et se mettent à la recherche d'un avion pour rentrer en Angleterre, mais sur leur route ils multiplient les sabotages des installations ennemies qu'ils rencontrent...

Consacré figure de proue de l'héroïsme à la Warner autant dans le film d'aventures historiques que le westerns, Errol Flynn la deuxième guerre mondiale entamée allait transposer cette image dans les films de guerre patriotique en vogue une fois les Etats-Unis engagés dans le conflit. Desperate Journey est un des premiers qu'il tourne sous la houlette de celui qui su si bien le mettre en valeur l'année précédente dans La Charge Fantastique. On est d'ailleurs pas bien loin des grand films d'aventures d'antan avec un pitch excitant en diable où les rescapés de l'équipage d'un bombardier de la RAF abattu leur mission effectuée doivent traverser la moitié de l'Allemagne nazie pour regagner leur terres.

Tout est donc fait pour rendre l'ensemble le plus palpitant possible. Il y a pratiquement un rebondissement, une scène d'action où un coup de théâtre toutes les dix minutes sur un rythme échevelé ne laissant pas une minute de repos. C'est spectaculaire de bout en bout avec une Warner qui semble avoir déployé les grands moyens. La première partie aérienne est vraiment très impressionnante avec un palpitant duel d'avion et le bombardier anglais pilonné par les obus allemands le tout filmé avec maestria par Walsh épaulé par de remarquable effets spéciaux (transparences, maquettes impeccable). Les membres du commando sont caractérisé avec bonhomie et tendresse, leur complicité et amitié faisant bloc sous un même esprit courageux et héroïque (notamment un très amusant Alan Hale en soldat amateur de crachats de noix...). C'est donc à un divertissement de haute volée et sans temps mort auquel on assiste, fort plaisant.

Et finalement c'est un peu le problème du film. La formule à la Errol Flynn est transposée dans un cadre de guerre mais s'avère sans aspérité et prévisible (l'apparition d'un personnage féminin paraît presque dicté par cette nécessité), pas forcément à cause du contexte politique d'ailleurs puisqu'un Aventure en Birmanie bien plus ouvertement propagandiste s'avère autrement plus intéressant que Sabotage à Berlin. Hormis une péripétie finale surprenante à Munich le spectacle n'offre aucune surprise jusque dans ses morts que la caractérisation marquée permet d'anticiper tandis que les méchants allemands sont transparent (Raymond Massey d'habitude fabuleux dans ce registre fait une bien piètre opposition). La décontraction manifeste est vraiment plaisante par instants (les gags lorsque les héros sont fait prisonnier dans l'état major allemands) mais perd un peu l'attention lorsque le ton doit se faire plus dramatique le tout semblant très forcé comme la rencontre avec la résistance allemande.

Malgré les morceaux de bravoure époustouflant (dont une course poursuite en voiture finale assez extraordinaire) ça se suit finalement assez distraitement même si c'est réellement très bien fait. On pouvait peut être attendre un peu plus de Walsh que cet ancêtre de Quand les aigles attaquent, ce dernier allant tellement dans la surenchère et sans bons sentiments mécaniques qu'il est finalement plus plaisant à suivre que son modèle. Heureusement Flynn et Walsh feront bien mieux par la suite durant leur longue association.

Sorti en dvd zone 1 récemment dans le coffret "Errol Flynn Adventures" dont on va décrypter le contenu progressivement ces jours ci. Doté d'une vf, de sous titres français et comme c'est Warner c'est multizone et compatible partout.

Extrait