Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 1 décembre 2023

Vie Privée - Louis Malle (1962)

 Fraîchement arrivée à Paris pour devenir danseuse, Jill devient instantanément une star. Rapidement, elle est traquée jour et nuit par des photographes, perdant ainsi tout espace de vie privée.

Vie Privée est un film qui sort en quelque sort au cœur du cyclone Brigitte Bardot et qui va chercher à le documenter sous un angle schizophrène, entre fiction et autoportrait. De la révélation et du scandale de Et Dieu créa la femme de Roger Vadim (1956) jusqu’à l’entérinement du mythe dans Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963), Brigitte Bardot va vivre sept années folles la voyant imposer son mythe cinématographique à travers des collaboration prestigieuses (En cas de malheur de Claude Autant-Lara (1958), La Vérité d’Henri-Georges Clouzot (1960)) et devenir un véritable phénomène médiatique dont le moindre geste est traqué par les médias. C’est au départ la perspective de se refaire commercialement après l’échec de Zazie dans le métro (1960) qui motive Louis Malle à collaborer avec Brigitte Bardo sur ce qui doit d’abord être l’adaptation d’une pièce de Noel Coward.

Ce sont les confidences de Bardot sur son enfer quotidien qui incitent Louis Malle et son coscénariste Jean-Paul Rappeneau, fascinés, à transformer le projet pour en faire cet objet étrange biographique que sera Vie Privée. Brigitte Bardot est partante pour cette orientation et se livrera encore davantage sur sa jeunesse, son présent dont des pans entiers se retrouvent dans diverses situations du film. En plus de satisfaire la curiosité des spectateurs sur sa vie, le quota glamour et romantique semble assuré avec l’engagement d’un Marcello Mastroianni tout juste auréolé du succès de La Dolce Vita de Federico Fellini (1960). Le pouvoir de fascination du film réside dans le fait qu’une Brigitte Bardot, à ce stade encore jeune de sa carrière, a dépassé le stade de l’interprétation pour ne devoir plus que représenter des avatars d’elle-même. Ce sera la force et la limite de ce Vie Privée.

Louis Malle au-delà de la commande partage des origines sociales bourgeoises communes avec Brigitte Bardot, ce qui lui permet de capturer et comprendre les éléments les plus insaisissables de sa psychologie. Il ne faut pas y voir néanmoins une biographie authentique, mais une vision fantasmée dans les côtés sombres comme lumineux du récit. Brigitte Bardot voit la bascule et le début de ses ennuis dans son arrivée à Paris et son introduction dans le milieu du cinéma, son statut de star étant vu comme une sorte de malédiction. Pourtant les provocations à venir viennent justement d’une volonté de transgression en réponse d’une éducation sévère. Dans le film Malle dépeint au contraire comme un paradis perdu, presque un prologue, le segment de la jeunesse de Jill à Lausanne. La beauté de Bardot est saisie dans le juste équilibre entre sensualité et innocence gironde dans une esthétique de roman-photo. Le départ de ce cocon est une frustration amoureuse, puis une ellipse efface toute la possible exaltation de l’ascension vers la starification, la découverte du métier d’actrice, pour passer immédiatement aux seules souffrances de cette notoriété.

Brigitte Bardot est de tout les plans, défiante, torturée, désespérée, Malle apportant une emphase opératique à certaines épreuves où Jill fait figure de martyr -le malaise en plein festival, harcelée par la foule. On est frappé par ce degré de mise à nu, même si le mimétisme avec la réalité correspond avant tout à la difficulté de son personnage médiatique plutôt que de vrais évènements intimes et personnels – sa grossesse difficile, ses ruptures amoureuses. Le mariage de ces deux aspects (la biographie et le romanesque de fiction) ne fonctionne pas totalement malheureusement, la faute à une romance jamais vraiment incarnée et flamboyante avec Mastroianni. Il y a comme un filtre qui transparaît à l’image et empêche la passion de vraiment s’exprimer entre eux, notamment les scènes en Suisse. 

Le décorum théâtral de la dernière partie en Italie constitue un écrin renforçant la dramaturgie, sans que l’alchimie du couple en soit plus intense pour autant. Le questionnement est pourtant intéressant, la dévotion et attention exclusive impossible que réclame Jill d’un amant ne pouvant être compensé que par les paparazzis honnis. La dernière scène en témoigne, Jill est à la fois dans l’impossibilité d’être celle en retrait qui pour une fois ne ferait que regarder, et n’assume pas demeurer celle captant seule l’attention. Un dilemme qui provoquera sa chute, au propre comme au figuré dans une conclusion tragique et onirique. Vie Privée est un objet très imparfait par troublant, posant en quelques sortes les jalons de Le Feu Follet (1963) dans son observation de la dépression, et Le Souffle au cœur (1971) pour l’autobiographie fantasmée.

Sorti en bluray chez Gaumont

jeudi 19 décembre 2013

Shalako - Edward Dmytryk (1968)


Une partie de chasse dirigée par un baron et une comtesse européens pénètre dans la réserve de chasse des Apaches. Heureusement, un ancien colonel de l'armée, habitué à la vie rude de ces contrées, passait par là.

Si le western spaghetti su inventer une alternative novatrice à son pendant US, il n’a pas pas inventé le concept de western européen.  En effet, les Espagnols et surtout les allemands les avaient précédés notamment avec l’amusante série des Winetou mais dans l’ensemble cela singeait plutôt les productions américaines (tout comme les westerns italien d’avant Sergio Leone d’ailleurs) même si certains pouvaient s’avérer d’honnête divertissement. Ce qu’ont fait les Italiens, c’est lui donner une identité et des caractéristiques propres, qui le distinguent du western américain avant de carrément l'influencer. 

Dans la foulée les autres tentatives de western européen se trouveraent imprégné du western spaghetti pour des résultats très inégaux. On peut mettre dans le lot ce Shalako qui entre un grand réalisateur déjà loin de son heure de gloire, un casting improbable pour le genre entre les superstars de l'époque (Sean Connery, Brigitte Bardot), les has been et les vieux de la vieille (Stephen Boyd, Honor Blackman, Jack Hawkins, Woody Strode en chef indien !) et le tout dans une coproduction anglo-allemande a de quoi piquer la curiosité. 

Le film adapte le roman éponyme de Louis L’Amour, auteur américain spécialisé dans la fiction western et de nombreuses fois adapté à l’écran et la télévision, Hondo (1953) de John Farrow avec John Wayne restant la plus connue.  Shalako, parut en 1962, naît du désir du producteur  Euan Lloyd d’adapter un roman de L’Amour (ami de longue date) depuis des années. Une première tentative échouera avec un casting un peu plus cohérent (Henry Fonda et Senta Berger) mais échouera à cause des coût désormais élevés d’un tournage au Mexique et de la côte descendante d’Henry Fonda pas suffisante pour attirer les avances des distributeurs. 

Quelques années plus tard et avec l’avènement du western spaghetti ce sera désormais possible, bien aidé par l’intérêt de Sean Connery pressé de se départir de l’image de James Bond (Marnie d’Hitchcock lui réussira mieux) dont il vient d’abandonner le smoking.  Le tournage à Alméria (en Espagne et lieux de tournage privilégié du western transalpins) ajouté à la distribution hétéroclite brouille cependant l’identité originelle du projet et le film ne saura choisir entre classicisme, vraie originalité et dérapages issus du western spaghetti pour un résultat pas à la hauteur de ce mix étrange. 

Quelques thèmes très intéressants sont pourtant esquissés avec cette noblesse européenne confrontée aux rigueurs de l'Ouest et qui tente avec arrogance d'y appliquer sa vision colonialiste. De même le long contentieux issus des guerres indienne que semble entretenir Shalako avec le chef apache (sous-entendus par quelque dialogue et le mano à mano final) n'est jamais réellement approfondi  malgré une introduction intéressantes de ces problématiques. On a ainsi un western assez mou et prévisible qui se laisse néanmoins suivre sans trop d'ennui. 

Sean Connery tout talentueux et charismatique qu’il soit est peu crédible malgré une fière allure de cow boy puisque dès qu’il ouvre la bouche son accent écossais prononcé (aucune allusion à des origines européenne de son personnage n’étant faîtes ce qui aurait pu faire passer) sa caractérisation de vieux baroudeur de l’Ouest ne passe pas. 

Son couple avec une Bardot (qui fera bien pire en western européen avec Les pétroleuses de Christian- Jaque) belle mais peu concernée fonctionne tout juste, et quelques bonnes idées en matière d'actions étant un peu expédiées par Dmytryk (l’ attaque du fort par les indiens en infiltration, l’assaut final avec les héros coincés sur une colline et assaillis de tout part par les indiens). Preuve de cette absence de direction, une violence corsée par instants et un peu hors de propos (puisque surfant maladroitement sur la surenchère transalpine) notamment une scène ou Honor Blackman est assez cruellement tuée par les indiens. Une curiosité donc pour qui souhaite voir James Bond porter le stetson… 

Sorti en dvd zone 2 français cez Studio Canal 

Extrait
 

jeudi 2 septembre 2010

Histoires Extraordinaires - Federico Fellini, Louis Malle, Roger Vadim (1968)


Une coproduction franco-Italienne inspiré plus ou moins fidèlement des nouvelles d’Edgar Allan Poe. D'une très bonne tenue dans l'ensemble même si le sketch de Vadim est un ton en dessous.


Metzengerstein de Roger Vadim

Les étranges rapports d’amour et de haine que la comtesse Frederica (Jane Fonda), cavalière émérite, entretien avec son cheval, un superbe étalon noir qui va s’avérer être la réincarnation de son amant décédé…

Clairement l'opus faible du lot, même si pas dénué de qualité. Le début laisse à penser que Vadim se fait la main pour son futur Barbarella, entre une Jane Fonda filmée sous toutes les coutures une tenue différente à chaque scène et les séquences de luxure et de débauche au château. Une ambiance raffinée et une vraie élégance se dégage de cette vie de château en campagne, Jane Fonda campant une comtesse odieuse et autoritaire, adepte de la torture psychologique et de l'humiliation en tout genre.

Tant que l'on reste dans ce ton, le récit fonctionne mais on tombe dans le ridicule lorsque Fonda découvre l'amour et tue l'homme ayant rejeté ses avances dans un incendie, se dernier se réincarnant en cheval. S'ensuivent d'interminables séquences où Jane Fonda galope en pleine nature à moi nue avec son cheval, le caressant, l'embrassant et lui susurrant à l'oreille, le tout pour en arriver à une conclusion attendue et plate.


William Wilson de Louis Malle

William Wilson (Alain Delon), un officier autrichien despotique, hanté par son double, entame une partie de carte avec la belle Giuseppina(Brigitte Bardot), partie qui va révéler les tendances sadiques de Wilson…

La qualité se réhausse dans ce second sketch. Très grande performance de Delon en officier psychotique et sadique, une vraie ordure à la cruauté inouïe mais perturbé par un double venant régulièrement troubler ses noirs desseins. La réalisation de Louis Malle capte bien le trouble de son personnage principal, entre schizophrénie fantastique ouvertement prononcé.

La partie de carte face à Brigitte Bardot est un grand moment de tension (à la conclusion bien perverses) et la fin ouverte excellente, bien dans le ton trouble où nous laissent les récits les plus déroutants de Poe. A noter un enfant jouant Alain Delon enfant sacrément inquiétant...


Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable de Federico Fellini

L’acteur britannique Toby Dammit vient à Rome pour un projet de film, un western à l’italienne. Une soirée médiatique est organisée pour fêter cet évènement. L’attention de Toby, déjà passablement altérée par la drogue et l’alcool, plus que par la bizarre cérémonie romaine où défilent prêtres et journalistes, est surtout attirée par la belle Ferrari qu’on lui fait miroiter pour le séduire et aussi par une étrange fillette qui joue avec une sorte de balle blanche. Hallucination ou réalité ?

Le vraie sommet arrive avec ce récit, sans doute celui qui prend le plus de liberté avec Poe en le situant à une époque contemporaine et dans le milieu du cinéma. Totalement déstabilisant dès les premières secondes en adoptant le point de vue halluciné de Terence Stamp abruti par la drogue et l'alcool.

Un filtre rouge omniprésent, une temporalité des plus étranges et un défilé de situations les plus bizarres les unes que les autres où Fellini recase à coup de référence son univers onirique sur le monde du spectacle de Huit et demi dans une veine plus psychédélique. Un conclusion des plus glaçante et mystérieuse avec un Terence Stamp (le teint blafard et allure de rock star) coincé au milieu de nulle part et hanté par une inquiétante petite fille dont on ne connaitra jamais le rapport avec lui. Le plus intriguant du lot et de loin.

Pas totalement abouti mais au final le film est une vraie curiosité et un témoignage d'une époque où le film à sketch était un genre roi du cinéma grand public.

Longtemps indisponible et enfin sorti cette année dans une belle édition



lundi 24 mai 2010

Les Grandes Manoeuvres - René Clair (1955)



Au début du siècle dans une petite ville de garnison, Armand de la Verne, lieutenant des dragons fait le pari de séduire une femme désignée par le hasard. Marie-Louise Rivière se trouve être l'innocente victime du pari, mais Armand en tombe malgré lui éperdument amoureux.

Un beau drame sentimental, parmi ce qui a pu se faire de mieux dans la veine romanesque au sein du cinéma français. Gérard Philippe de nouveau dans une grande figure de séducteur, qui campe ici un lieutenant au charme dévastateur et à la goujaterie étincelante comme le montre une mémorable entrée en matière où quittant une amante, il en trouve une autre dont il avait oublié la présence en rentrant chez lui. Sur un pari, il se lance dans une cours éfrennée de Michelle Morgan, un repas étant l'enjeu s'il la fait sienne. Cependant, loin des jeunes provinciales naïves (dont une toute jeune Brigitte Bardot) ou des femmes mariées esseulée auquel il a affaire d'ordinaire, Marie Louise Rivière est une femme distinguée venue de Paris qui voit clair dans son jeu.

C'est cette distinction et cette opposition qui va prendre en défaut le séducteur pris à son propre jeu, car c'est en tombant réellement amoureux et se dévoilant qu'il finit par progressivement gagner le coeur de Michelle Morgan. Sous l'aspect sentimental, le film s'avère d'une terrible cruauté dans sa description du mode de vie provincial bourgeois. Toutes les femmes se montrent défiantes et distante envers Michelle Morgan, jalouses de son allure et de sa beauté. Chaque faits et geste est épié, étudié et commenté par la communauté pour faire circuler la calomnie, notamment lors d'une belle séquence de ballade romantique totalement détournée car constamment perturbée par les voix des harpies observatrices en voix off.

Si la solitude entraînée aboutit au rapprochement du couple de héros, il sera aussi la cause de la rupture définitive car impossible de reparaître à la face du monde après avoir vu son nom bafoué. Michelle Morgan est magnifique d'assurance et de distinction, ce qui rend les moments où elle cède d'autant plus fort face un un Gérard Phillippe parfait qui montre bien l'impasse de son personnage prisonnier e sa réputation et ses mécanisme hypocrite. Visuellement c'est vraiment un des plus beaux films français de l'époque, couleurs chatoyantes, intérieur studios de tout beautés et filmage élégants de cette ville bourgeoise de province.

Une dernière scène poignante qui montre toute l'impasse ayant parcouru le film, les sentiments des personnages sont intact mais le poids des regards (les rires des camarades de régiment en fond sonore uand Gérard Philippe tente de s'expliquer durant l'avant dernière scène sont terriblement cruels) et la fierté à afficher empêche tout retour en arrière.


Disponible en dvd zone 2 chez René Chateau ou pour encore moins cher en dvd zone 2 anglais de très bonne qualité.

Extrait avec la séduction très agressive de Gérard Philippe