Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 23 juin 2016

Le Dossier Rachel - The Rachel Papers, Damian Harris (1989)

Charles est un pragmatique, dont la logique et la vie amoureuse sont régies par ordinateur. Âgé de 19 ans, il termine le lycée et fait le point avant d'intégrer Oxford, sur ses conquêtes féminines ayant un dossier attitré sur son ordinateur programmé sur une méthode infaillible. Il déploie, avec son copain Geoffrey un luxe de stratégie pour conquérir ses petites amies et gérer ses liaisons avec décor adapté à chacune. C'est simple, chacune d'elles est sur disquette. Il décide alors son aventure la plus exquise, celle avec la belle et énigmatique Rachel, une américaine de la haute société, vivant à Londres...

The Rachel Papers est un beau récit de passage à l'âge adulte qui adapte le premier (et très autobiographique) roman de Martin Amis. On retrouve d'ailleurs de l'ironie et l'humour de l'auteur britannique à travers Charles (Dexter Fletcher), son jeune héros plein d'esprit. Tombé sous le charme de la belle et mystérieuse Rachel (Ione Skye), il va tout mettre en œuvre pour la séduire. Pour ce faire, il a une méthode séduction infaillible rédigée sur son ordinateur où le dossier Rachel trône précédé d’autres conquêtes moins ardues. La voix-off distanciée, la bonne bouille de Dexter Fletcher et la complicité entretenue avec le spectateur (regard face caméra amenant humour et décalage aux situations) confèrent un beau capital sympathique à Charles. La tonalité "british" donne une approche assez différent du teen movie standard, entre car tout le film ne repose pas que sur la réussite de l'entreprise amoureuse.

Ainsi Charles ne tombe jamais dans le cliché du loser puceau tel qu'un teen movie américain aurait pu le dépeindre, ses tentatives de séduction infructueuse amusent par leur ridicule sans non plus le faire tomber plus bas que terre. L'empathie fonctionne donc à plein lorsque Charles est snobé par les amis nantis de Rachel (dont un jeune James Spader en petit ami antipathique), tente tour à tour l'indifférence, l'hyper sensibilité ou la culture pour se montrer à son avantage. S'il ne parait jamais aussi séduisant qu'il le voudrait, c'est précisément cette maladresse et la vulnérabilité qu'elle évoque qui va progressivement émouvoir Rachel. On ressent le poids de la différence de classe dans les éléments qui éloignent Charles et Rachel à travers quelques scènes charmantes (la soirée mondaine chez la mère de Rachel) mais qui peuvent être dépassé à l'image du personnage loufoque de beau-frère incarné ar Jonathan Pryce.

Le plus grand ennemi de cette histoire d'amour ne sera cependant pas le contexte ou les rivaux amoureux, mais Charles lui-même. La candeur de la séduction maladroite cède ainsi à la passion charnelle adolescente étonnamment explicite (par rapport aux prudes teen movie actuel) que Damian Harris illustre en de superbes vignettes. L'abandon n'est pourtant pas total, nombres de gimmick du début du film demeurant et créant une distance. Nous restons dans le monde intérieur de Charles sans complètement plonger dans la romance, le personnage s'observe, se questionne et finalement commente toujours plus qu'il ne vit l'instant. Les schémas alambiqués, le pour et le contre qui guidait la séduction se maintient dans la romance à laquelle il va forcément commencer à trouver des défauts, en éternel insatisfait cynique.

Avec l'usage de l'informatique, cette approche calculée et sans spontanéité, le film anticipe grandement les maux plus modernes des réseaux sociaux (un montage au début amorce même un effet de speed-dating) où il faut cibler, assimiler et se conformer à l'autre, plus une proie potentielle qu'un compagnon amoureux. Ce virage malmène ainsi ce héros si attachant, d'autant que le charme fragile de Ione Skye (héroïne d'un autre teen movie culte la même année, le splendide Un monde pour nous de Cameron Crowe) opère autant en quête insaisissable qu'en amoureuse éperdue.

Les études de Charles qui prépare Oxford semblaient être en arrière-plan mais se révèlent un élément essentiel de l'intrigue lors d'une dernière scène où l'analogie avec le critique littéraire lui fait comprendre son erreur. En ne s'abandonnant pas entièrement aux charmes de l'amour/des classiques littéraire, Charles en devient le commentateur froid et n'y cherche que les défauts en oubliant d'en savourer les délices. La leçon aura été comprise, mais peut-être trop tard comme le laisse croire un beau final mélancolique. Joli film !

Sorti en dvd zone 1 chez MGM et dotés de sous-titres français 

mardi 7 janvier 2014

Un monde pour nous - Say Anything..., Cameron Crowe (1989)

Eternel optimiste, Lloyd Dobler ne souhaite qu'une chose dans la vie : conquérir le cœur de Diane Court, jeune fille resplendissante et inaccessible. A la surprise générale, Diane répond aux avances de Lloyd. Mais le père de celle-ci, un homme divorcé et possessif, n'approuve pas la relation naissante entre les deux adolescents. Lloyd va comprendre que pour gagner définitivement le cœur de Diane, le pouvoir de l'amour n'est pas suffisant.

Beau premier film de Cameron Crowe dont le ton oscille entre la tonalité de teen movie de ses premiers scripts comme Ça chauffe au lycée Ridgemont (1982) ou The Wild Life (1984) et les questionnements existentiels de jeunes adultes de Singles (1992). On sent déjà toute la tendresse du réalisateur dans ce film initial tout en finesse. C'est la remise des diplômes dans un lycée de Seattle, un moment où l'on fait ses adieux à ses camarades et s'interroge sur leur avenir. Diane Court (Ione Skye) est la major de la promotion et a sacrifié ses années d'insouciance pour atteindre son but puisqu'elle a obtenu une bourse pour une université anglaise.

 A l'inverse Lloyd Dobler (John Cusack) est un peu perdu et ne sait que faire une fois le lycée terminé. Tout au oppose les deux personnages, Diane vivant dans une banlieue pavillonnaire cossue avec son père à l'écoute de tous ses désirs quand Lloyd est hébergé par sa sœur mère célibataire dans un cadre bien plus modeste. Pourtant Lloyd fou amoureux de Diane va tenter sa chance et contre toute attente elle va accepter son invitation pour se rendre à une fête.

Malgré cette opposition, Cameron Crowe reste fin et ne tombe pas dans la caricature, ne forçant par l'imagerie du milieu privilégié de Diane comme celui de Lloyd modeste sans forcément être sordide. Cette subtilité amène parfaitement les questionnements du film soulevé dès cette séquence de fête et e premier rendez-vous. Diane se confronte presque pour la première fois à cet environnement lycéen dont elle est restée à distance avec les blagues de potaches, les chagrins amoureux et les beuveries, découvrant ainsi d'attachant camarades auxquels prise avec lesquels elle n'a jamais cherché vraiment à sympathiser.

C'est l'occasion de prendre conscience qu'elle a un peu raté cette jeunesse et se rapprocher du timide Lloyd. John Cusack en jeune amoureux emprunté au débit hésitant est très attachant et Ione Skye (qui n'a malheureusement pas fait grande carrière par la suite contrairement à son partenaire) dégage un charme fou et une présence lumineuse. L'amitié puis la romance entre les deux personnages est l'occasion d'une confrontation sociale où le père (John Mahoney) de Diane va finir par s'opposer à cette relation. Ainsi lors d'une scène de dîner les aspirations floues de Lloyd feront pâles figures face à l'avenir tout tracé de Diane, créant un moment gênant et une cruelle condescendance vis à vis de Lloyd.

Crowe privilégie pourtant l'esprit libre et aventureux de Lloyd (proche de son propre parcours) et va progressivement dévoiler les bases douteuses de la réussite annoncée de Diane avec les agissements douteux de son père. Diane remettra ainsi en cause ses sacrifices passés et le rapport à son père, là aussi Crowe évitant là une fois encore la caricature.

Loin d'être un tyran, John Mahoney incarne ici un père aimant et complice qui même dans la facette plus sombre que l'on découvrira est dévoué à sa fille. Le conflit évite le pathos et est finalement une manière de grandir pour la trop sage Diane, le jeu intense mais mesuré d’Ione Skye amenant parfaitement cette facette.

L'histoire d'amour offre de jolis moments et une bel alchimie entre les deux jeunes acteurs dans des moments anodins et au romantisme feutré : Lloyd apprenant à Diane à conduire, celle-ci tombant sous le charme par un instants tout simple où Lloyd lui évite de marcher sur des morceaux de verre ou encore cette première étreinte voyant John Cusack tremblotant d'émotion. Sans doute le meilleur film de Cameron Crowe avec Presque célèbre (2000), celui où l'émotion est la plus juste et sobre, loin du trop-plein et de la mièvrerie qui entache parfois d''autres réussites sympathique comme Jerry Maguire (1996) ou Rencontres à Elizabethtown (2005)

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox