Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 4 avril 2012

Les Sentiments - Noémie Lvovsky (2003)


Jacques, médecin, et Carole, son épouse, habitent une maison en région parisienne. Dans la maison voisine s'installent François et Edith. Ce dernier doit succéder à Jacques et reprendre sa clientèle. Jacques passe beaucoup de temps avec François pour lui transmettre sa succession. Carole et Edith, pendant ce temps, deviennent amies. Très vite, Jacques tombe amoureux d'Edith. Elle est tout d'abord émue par le trouble qu'elle provoque chez lui. Puis elle se met à l'aimer.

Avec son avant-dernier film La Femme d'à côté (1981), François Truffaut réalisa son grand film sur la passion destructrice mais aussi un des plus beaux mélodrames adultère qui soit. C'est une œuvre si marquante pour le cinéma français que depuis de nombreux réalisateur ont cherché à s'y confronter pour le plus souvent des résultats désastreux comme le récent Les Regrets de Cédric Kahn qui ne semble avoir retenu du chef d'œuvre de Truffaut qu’une hystérie ridicule et un drame plombant en lieu et place de la fièvre originelle. Noémie Lvovsky est une des rares à s'être approchée de la flamboyance du maître avec ce beau Les Sentiments. Les raisons ? Tout en entretenant volontairement le mimétisme par des éléments trop communs pour être innocents (l'adultère entre voisin, le vis à vis entre les maisons) Noémie Lvovski trouve sa propre voie en préservant sa personnalité plutôt que de singer Truffaut.

Tout débute ici par les liens se nouant entre deux couples que tout oppose. Jacques (Jean-Pierre Bacri) et Carole (Nathalie Baye) sont un couple usé et éteint par les ans qui voit arriver dans la maison voisine François (Melvil Poupaud) et Edith (Isabelle Carré), jeune mariés radieux et exubérants. La narration entretien un contraste constant entre l'atmosphère des deux foyers au détour de diverses scènes.

Edith accompagne en tenue d'Eve son homme sur le seuil de la porte pour son premier jour de travail quand en face Bacri quitte le domicile en râlant de la saleté de la cuisine. La maison rayonnante et éclairée du jeune couple s'oppose à celle désordonnée et aux rideaux fermés au plus tard de l'après-midi de leurs aînés. Et bien évidemment le teint éclatant et la joie de vivre d'Isabelle Carré jure avec les traits tirés et la démarche fatiguée d'une Nathalie Baye qu'on devine alcoolique.

Bientôt cette opposition va se muer en rapprochement lorsqu'on s'attardera plus particulièrement sur Jacques et Edith qui sous leur stabilité apparente, retrouvent finalement chez l'autre ce qui manque à leur mariage. Edith est séduite par la fantaisie et la gaucherie de Jacques plus attachant que son époux à l'assurance trop distante. Jacques est lui charmé par le caractère mutin et espiègle d'Edith la femme enfant et après des sobres amorces de séduction le temps de jolies scénettes (le sauvetage de canard, Jacques qui se barbouille d'encre le visage dans sa gêne de téléphoner à Edith) la première manifestation d'adultère surgit le plus naturellement du monde le temps d'une séquence toute en délicatesse.

Jean-Pierre Bacri loin de l'emploi bougon auquel on l'associe trop facilement est ici parfait en homme mûr retrouvant les joies de la passion. Il passe avec aisance d'une allure terne à celle de grand amoureux un peu ridicule et emprunté, et surtout très attachant. Isabelle Carré prouve elle une nouvelle fois qu'elle est l'actrice française la plus lumineuse de ces dernières années : le charme, la fragilité toute enfantine et la drôlerie, tout est là et le spectateur ne demande qu'à la protéger. Noémie Lvovsky montre cette courte relation coupable sans la moindre culpabilité justement, comme une sorte bulle éphémère de bonheur dans lequel s’abandonnent les amants sans se poser de question. On a ainsi de superbe moment comme le pique-nique en campagne ou la première étreinte filmée avec une infinie tendresse par la réalisatrice.

L'idée de génie, c'est cette chorale aux chanteurs for démonstratifs qui accompagne toute la narration du film. Avec son très beau La Vie ne me fait pas peur dépeignant l'année du bac d'un quatuor de lycéennes, Noémie Lvovsky avait montré sa capacité d'alterner facilement rires et larmes à travers l'anodin et réussit le même pari ici avec cette astuce. La chorale donne donc un tour d'autant plus sautillant aux amourettes des amants insouciants, prend des élans extatiques lors du bonheur premier des jeunes mariés et fait décoller vers un lyrisme bouleversant la séparation finale qui à l'écran est une volontairement terne scène de déménagement. La logique de départ se maintient lorsque la liaison sera découverte, le couple installé sombrant dans le non-dit alors que ce sera bien plus volcanique chez les jeunes.

La très belle fin est un contraste à l'image du reste du film, le souvenir d'un moment léger de ce bonheur perdu venant accompagner la solitude au présent d'un bouleversant Bacri. Si ce n'est la petite facilité dans la manière de faire renouer Bacri et Nathalie Baye (toute aussi inspirée que ses partenaires), un des plus beaux mélodrames français des années 2000. Noémie Lvovsky offre un bel et discret hommage à Truffaut et réalise un film qui n'appartient qu'à elle.

Sorti en dvd chez TF1 Vidéo


mercredi 14 mars 2012

Le Skylab - Julie Delpy (2011)



Juillet 1979, pendant les vacances d’été dans une maison en Bretagne. A l’occasion de l’anniversaire de la grand-mère, oncles, tantes, cousins et cousines sont réunis le temps d’un week-end animé.

Si on excepte le peu vu et plus hermétique Looking for Jimmy, la carrière de réalisatrice de Julie Delpy fut véritablement lancée avec le truculent Two Days in Paris (dont on reparle bientôt ici vu que la suite arrive en salle). On fera pourtant difficilement le lien avec le plus ténébreux La Comtesse (sur les méfaits sanglants de Bathory) qui a suivi et encore moins Le Skylab, nouveau film qui se distingue par son aspect plus ouvertement « comédie française » avec tout ce que le terme a de péjoratif. La cohérence dans ce papillonnage est à chercher dans Before Sunset, deuxième volet du diptyque romantique de Richard Linklater. Julie Delpy y reprenait dix ans plus tard le rôle qu’elle tenait dans Before Sunrise (1995), le personnage de jeune fille insouciante devenant une adulte ayant vécu et connu douleur et déceptions. Pour ce faire, Linklater avait demandé à l’actrice et à son partenaire Ethan Hawke de coécrire le scénario avec lui et d’y inclure leurs expériences et anecdotes personnelles. Le résultat fut confondant d’émotion et de naturel et Julie Delpy fut nominée à l’Oscar du meilleur scénario original.
Dès lors chacune de ses réalisations suit cette logique en étant toujours profondément rattachée à sa vie. Two Days in Paris est une inspiration évidente du choc culturel qu’à certainement dû rencontrer une Delpy depuis si longtemps expatriée aux USA avec ce couple franco-américain découvrant toutes ses différences le temps d’un séjour à Paris. Bien que fascinée depuis longtemps par la figure de Bathory (le projet fut long à être lancé), lorsque La Comtesse se fait enfin, le film fait figure de catharsis pour Julie Delpy. Elle perd sa mère durant le tournage et affronte sa propre peur de la mort en incarnant Bathory (n’ayant pas encore l’âge du rôle, elle ne devait pas le tenir lors des premières tentatives de monter le projet), rôle impudique d’une femme qui noie dans le sang et les larmes sa hantise de vieillir.
Cette approche semi-autobiographique demeure sous un jour plus léger avec Le Skylab qui s'inspire en partie de ses souvenirs d'enfance de vacances familiales en Bretagne à la fin des années 70. Après une introduction contemporaine avec Karine Viard, on suit donc le temps d'une journée les vacances de la petite Albertine (la jeune Lou Alvarez épatante en miroir enfantin), venue passer avec ses parents un séjour dans la maison de campagne en compagnie du reste de la famille. En apparence, c'est le film le plus ouvertement "léger" de Julie Delpy, totalement dénué du moindre ressort dramatique, hormis la pseudo menace de la chute du Skylab - première station spatiale américaine qui s’écrasa en 1979 dans l’Océan indien - sur la Bretagne. Ce dernier élément, loin d'être superficiel sert en fait à figer cette journée heureuse (et ses premiers émois adolescents) dans la mémoire de l'enfant qui savoure d'autant plus les moments partagés face à cette possible fin du monde.

La narration se fait légère et nonchalante, dynamisée par le talent de Delpy pour caractériser avec brio une dizaine de personnages à travers des situations de vacances banales, repas, une sortie à la plage, une partie de foot. Rien n'est trop appuyé et on ne s'attarde trop longtemps sur personne tout en ayant vite le sentiment de connaître tout le monde grâce au casting remarquable. Les différences, conflits et angoisses de chacun, s'esquissent progressivement, que ce soit le choc des cultures (le couple Delpy/Elmosino un peu intello baba cool face aux beaux-frères fans de Sardou et Cloclo) ou politiques. A deux ans de l'arrivée de la gauche au pouvoir, les conflits idéologiques font ainsi des étincelles et le talent de Delpy pour la réplique assassine est toujours aussi efficace.

Il se dégage une belle chaleur de l'ensemble notamment grâce aux performances d'Eric Elmosino épatant en papa décontracté et chambreur, Julie Delpy (qui joue donc l'équivalent de sa propre mère mais ne se met pour autant pas plus en avant), Albert Delpy en vieux oncle lunaire et torturé et tous les autres (Noémie Lvovski, Sophie Bonneton, Vincent Lacoste héros des Beaux Gosses...) toujours justes. Les jeunes acteurs, bien plus matures que leur aînés doux dingues sont vraiment parfaits de naturel et très attachants.

Seul petit reproche, on regrettera juste une crise d'angoisse finale qui surligne un peu trop ce qui avait été si bien suggéré en filigrane et casse un peu la tonalité subtile et en surface du reste du film. Une belle réussite néanmoins qui montre une Julie Delpy toujours aussi à l’aise et pertinente dans un registre plus populaire.

Sorti en dvd chez Warner