Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 23 janvier 2017

La Femme Scorpion : La Tanière de la bête - Joshū sasori Kemono-beya, Shunya Ito (1973)


À la suite de son évasion, Nami, surnommée Sasori, est activement recherchée par la police. Elle leur échappe dans le métro, après avoir coupé le bras d'un inspecteur, et trouve refuge dans un quartier sordide, chez une prostituée.

La Tanière de la bête est le troisième volet de la saga de La Femme Scorpion et en constitue une forme de point final. La Toei exploitera certes le filon pour trois épisodes supplémentaires (sans compter les tentatives de reprise dans les années 90) mais cet épisode est le dernier à réunir la charismatique Meiko Kaji - qui tournera néanmoins un quatrième volet - et le réalisateur Shunya Ito qui forgèrent l’identité thématique et visuelle de la série. La Femme Scorpion (1972) était un pur film d’exploitation brutal et inventif qui faisait sonner le vent d’une revanche féroce des femmes opprimées dans un Japon machiste. La suite Elle s’appelait Scorpion (1972) prenait un tour plus surréaliste et sortait du cadre de la prison pour faire du monde extérieur (et donc le Japon en son entier également un lieu de tourment perpétuel pour les femmes. La Tanière de la bête prend une direction encore différente. L’environnement carcéral du premier volet st longuement absent, tout comme l’espace rural cauchemardesque du second. A la place le film se déroule dans un milieu urbain qui se manifeste dès la scène d’ouverture et sa course-poursuite dans le métro. Nami (Meiko Kaji) désormais fugitive s’y défait brutalement d’un inspecteur (Mikio Narita) en le mutilant.

Elle trouvera refuge dans un quartier sordide en se liant d’amitié avec Yuki (Yayoi Watanabe), une prostituée. Shunya Ito délaisse dans un premier temps les expérimentations formelles qui rendaient ludique et poétique les épisodes précédents. A la place un ton austère qui dessine en parallèle le dépit de Yuki et Nami. Yuki symbolise de la façon la plus cruelle la dimension oppressée et sacrificielle de la femme à travers son métier de prostituée et surtout de céder sexuellement à son frère attardé mentalement à son frère victime d’un accident d’usine. Nami quant à elle semble désormais un être terne et vide après n’avoir vécu que pour la vengeance. La détresse des héroïnes s’exprimera par une attitude de plus en plus taciturne et glaciale pour Nami (Meiko Kaji ne décrochant son premier mot qu’au bout de 20 minutes) et au contraire par une vulnérabilité très expressive pour Yuki.

La monotonie de son job de couturière, la solitude de sa chambre illustre le quotidien sans joie de Nami tandis que les couleurs et l’excentricité du quartier des plaisirs accompagne la déchéance de Yuki. C’est donc paradoxalement lorsque la menace ressurgit que la flamme vitale va renaître chez les personnages. Comme dans les deux premiers films, l’absence de solidarité féminine (la voisine trompée ou l’ancienne camarade de prison devenue mère maquerelle impitoyable) comme la barbarie masculine sont sources de tourments pour Nami. C’est dans cette adversité qu’elle peut redevenir Sasori (Scorpion) et retrouver l’aura intimidante qui  fait sa légende et terrifie ses adversaires.

Shunya Ito ne s’embarrasse plus d’un vague semblant de réalisme dans ses péripéties pour faire de Nami une sorte de croquemitaine omniscient et indestructible. Des astuces formelles oniriques servent d’ellipses pour expliquer certains tours de force de Nami (un fondu enchaîné ou une vision infrarouge faisant découvrir à la fois son évasion et les assassinats du médecin avorteur, des acolytes proxénètes), la seule aura de celle-ci suffisant à faire comprendre qu’elle s’en sortira toujours même dans une situation critique – l’épisode des égouts enflammés. Du coup le vrai suspense est absent rapport aux deux premiers films tendus et suffocant, mais pas l’émotion à travers l’amitié de Nami (lui arrachant ses rares sourires) et Yuki retrouvant une raison de s’accrocher à la vie en aidant son amie. 

La dernière partie rejoue donc le registre vengeur plus classique de la série mais sans la jubilation initiale. Nami a finalement cessé d’exister pour son double Sasori et semble comme condamnée à être agressée pour se rebeller en retour dans une boucle éternelle. Une fois un antagoniste vaincu, elle disparait jusqu’à s’en trouver un autre. Le jeu de plus en plus glacial de Meiko Kaji exprime bien l’abstraction et la symbolique dans laquelle s’engonce le personnage et c’est la meilleure façon de lui offrir sa sortie, iconique et tragique à la fois. Même si Meiko Kaji tournera un quatrième volet plutôt réussi, on peut estimer que la vraie belle conclusion de la saga réside dans cette Tanière de la bête.

Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé

dimanche 1 juin 2014

Elle s'appelait Scorpion - Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bô, Shunya Ito (1972)

Matsu, surnommée Sasori, est une prisonnière rebelle, haïe et maltraitée par le directeur de la prison. En rentrant d'une journée de travaux forcés, Mastsu s'échappe en compagnie de quelques autres prisonnières. Le directeur de la prison fera tout pour les retrouver, mortes ou vives.

La Femme Scorpion (1972) avait constitué un grand succès consacrant l’incursion de la Toei dans le Pinku Eiga tout en faisant de Meiko Kaji une véritable icône. Le film constituait encore une pure œuvre d’exploitation où le message féministe rageur s’intégrait à une intrigue et des situations typiques du genre, entre érotisme racoleur et violence sadique. Ce deuxième volet prend un tour bien plus radical dans son propos, tirant vers des territoires inattendus les bases posées par le premier. Suite aux évènements de La Femme Scorpion, notre héroïne Sasori (Meiko Kaji) a été ramenée en prison et placée en isolement dans une cellule insalubre par pure vengeance du directeur qu’elle a humilié et rendu borgne. Le début du film joue donc à fond des motifs d premier volet avec cette ambiance carcérale oppressante, ce sadisme révoltant dans les maltraitances que subit Sasori mais aussi dans l’ambiance délétère et l’absence de solidarité entre prisonnière. 

Tous ces éléments prendront une tournure exacerbée lorsque Sasori va s’évader en compagnie de six autres prisonnières. La Femme Scorpion disposait d’une trame qui tendait toute entière vers l’objectif de vengeance de Sasori, filant droit tout en intégrant facette racoleuse et/ou vindicative. Elle s’appelait Scorpion est bien différent, constituant un récit d’errance sans but pour nos évadées. Le directeur de la prison constitue certes un antagoniste, mais pas aussi intimement lié à l’héroïne que le fiancé sournois du premier film. Le directeur figure en fait ici le japonais dans son ensemble, dominateur, indifférent et cruel envers les femmes. Les prisonnières fuient donc cette oppression masculine symbolisant la société japonaise et exacerbée par le contexte de la prison où, à la merci de leur geôliers hommes les malmenant à leur guise.

Shunya Ito semble faire de ces femmes des figures sacrificielles dont les souffrances constituent comme un cycle perpétuel. Ces tourments en ont d’ailleurs fait des êtres bestiaux et brutaux dont les écarts finissent par rapprocher de ceux qui les persécutent. Ainsi avant l’évasion les compagnes de Sasori vont la brutaliser dans la fourgonnette de la prison car elle semble avoir trop appréciée à leur gout le pourtant insoutenable viol collectif qu’elle a subie sous leurs yeux. Le réalisateur va ainsi convoquer une imagerie surréaliste de théâtre kabuki pour à la fois signifier la nature ancestrale de la soumission féminine mais aussi pour montrer les dérives où elle a conduit avec e détail des crimes de chacune des évadées, tout sauf des oies blanches. Infanticides, meurtres, malveillance, toutes semblent être devenues à leur tour des monstres, seul moyen de se montrer l’égal de l’ennemi masculin. Cette dimension de malédiction se manifestera aussi par la rencontre d’une sorte de spectre de vieille femme marquée par une douleur qui restera inconnue.

Sasori est finalement très en retrait de ce second volet. Elle avait représenté la revanche des femmes dans La Femme Scorpion où en punissant avec une rage jubilatoire tous ceux l’ayant trahie. Elle est plutôt ici observatrice, ne pouvant être placée au même niveau que ses acolytes basculant dans une barbarie primitive quand chacune de ses actions signifiera toujours une vengeance concrète et ciblée. 

La mise en scène de Shunya Ito oscille ainsi entre naturalisme (tous les effets pop et cadrages alambiqués du premier film ont disparu) et onirisme faisant du film un long cauchemar ininterrompu. Les personnages traversent des contrées montagneuses et désertiques à l’image de leur avenir sans espoir, chaque rencontre est synonyme de mort provoquée ou subie et la photo de Masao Shimizu baigne l’ensemble dans une ambiance automnale baroque et oppressante. Le film va en fait plus loin que la réflexion féministe première en posant un constant désespéré de l’humanité et plus précisément du Japon. 

Cette évocation de l’invasion de la Chine par le Japon et les exactions qui y furent commise (un personnage masculin racontant hilare leur méthode au front pour violer des chinoise) est tout sauf anodine, la barbarie des hommes ayant brisé ou transformé les femmes, rendant dans le film tout rapprochement impossible sauf dans l’abjection et la monstruosité (la longue séquence du bus où les prisonnière malmènent les passagers sans distinction). Meiko Kaji propose ici une prestation encore plus taciturne (elle prononce son premier mot dans le dernier quart d’heure), son regard noir et visage impassible n’exprimant plus seulement la rage intérieure mais aussi une forme de résignation et d’impuissance face à l’inexorable violence.

Il est ainsi dommage que sur la toute fin le film quitte cette approche aride pour recoller à celle vengeresse dont la vacuité nous a pourtant été démontrée. Un revirement sans doute imposé par la Toei (et histoire d’annoncer le troisième volet) mais qui ne fait pas illusion avec la mise en image de Ito. Le semblant de solidarité féminine ayant enfin cours en toute fin vient du personnage féminin le plus détestable et la conclusion revanchard (où Sasori reprend sa mythique tenue d’ange de la mort avec chapeau et imper noir) est loin de l’exaltation ressentie dans le film précédent, faisant presque de cette assouvissement une scène de rêve. Entre la furie de La Femme Scorpion et la désolation de celui-ci, la saga s’affirme en tout cas passionnante et témoigne de l’agitation idéologique d’alors au Japon.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé dans un coffret regroupant tous les épisodes de la saga


dimanche 30 mars 2014

La Femme scorpion - Joshuu 701-gô: Sasori, Shunya Ito (1972)


Après avoir été trahie par l'homme qu'elle aimait, Matsu, surnommée Sasori (Meiko Kaji), va tout faire pour s'évader de prison et assouvir sa vengeance.

La Femme Scorpion est sans doute un des films les plus emblématiques du Pinku Eiga et de ces paradoxes. On rappelle donc que ce sous-genre naquit à la fin des années 60 lorsque les studios japonais en détresse et au bord de la faillite à cause de la concurrence de la télévision trouvèrent une solution radicale pour se relancer. L’idée était de de montrer ce que ce que le petit écran ne pouvait se permettre à savoir un érotisme bien plus prononcé. Cette tendance envahit tous les genres, du film historique au sein de la Toei au mélodrame ou la comédie polissonne à la Nikkatsu et sous la contrainte ces films purent parfois s’avérer diablement audacieux.  

La Femme Scorpion en est un bel exemple avec un pur film d’exploitation cédant à tous les aspects putassier propre à séduire le public masculin initialement visé en en faisant un WIP (Women in Prison) déshabillant allégrement ses prisonnières, faisant subir les derniers outrages à son héroïne et en pimentant même le tout d’une scène saphique totalement gratuite (et à la chute assez comique). Sous le racolage apparent pourtant se cache un sacré brûlot féministe fustigeant la société japonaise.

Le film s’ouvre sur l’évasion de la prisonnière 701 Nami (Meiko Kaji) avec une codétenue, les deux étant malheureusement rattrapée de justesse par leurs geôliers non sans avoir vendu chèrement leur peau. Autant dans sa façon de tenir tête aux poursuivants lors de l’évasion que par son attitude farouche et glaciale lorsqu’elle est jetée au cachot après sa capture, la hargne de Nami interpelle. Capable d’exaspérer par sa résistance les gardiens qui la torturent ou d’intimider alors qu’elle est pourtant ligotée une codétenue sadique par un regard noir, Nami semble être un roc inébranlable. Sa haine vient de bien plus loin que ceux qui la tourmentent dans cette prison et remonte à quelques années plus tôt lorsqu’elle fut manipulée par l’homme qu’elle aimait Sugimi (Isao Natsuyagi), un policier corrompu qui la livra en pâture à des yakuzas pour s’enrichir. 

Ito se montre d’une inventivité flamboyante pour souligner ce passé dramatique à coup de cadrage surprenant (la contre-plongée rendant le sol transparent et adoptant le point de vue terrifiée de Nami assaillie par des yakuzas libidineux), d’une esthétique pop qui renforce le malaise (tout le drame initial se déroulant dans un décor unique se transformant au gré des variations d’éclairages et en coulissant pour illustrer comment ce traumatisme s’inscrit dans la mémoire de l’héroïne) et surtout par une force évocatrice marquante. Ainsi le sang de Nami déflorée pour la première fois forme le drapeau du Japon sur le drap blanc, le machisme et la domination masculine étant montrés en étendard par la représentation même de ce symbole national bafoué.

Le scénario (adapté du le manga de Tooru Shinohara) étale tous les clichés associés au film de prison (gardiens sadique, rivalité entre bande rivales…) mais même dans ses angles les plus racoleurs ne perd jamais de vue ses velléités féministes rageuses. Toutes les divisions et les affrontements entre prisonnières se font donc souvent par les manigances d’un élément masculin extérieur semant la discorde, que ce soit Sugimi payant une détenue pour assassiner Nami qui reste un témoin gênant ou alors le directeur braquant les prisonnières contre notre héroïne en les soumettant à des tâches harassantes à cause d’elle. 

La toute puissance masculine altère ainsi une possible solidarité féminine et dévoile les tares d’un sexe faible incapable d’exister loin du regard des hommes. Ito exprime cette idée en faisant de toutes les femmes néfastes des personnages expansif et bavard ayant recours à une logorrhée trompeuse et signe de faiblesse. 

A l’inverse, Nami et ses rares alliées sont des êtres taiseux qui se jaugent et s’estiment en un regard et dont les actions définissent la volonté de fer plus que les mots. Malmenée par une prisonnière profitant qu’elle soit attachée pour lui jeter son repas à la figure, Nami va par le geste radicalement calmer les ardeurs de l’intéressée. Plus tard lorsqu’on infiltrera une gardienne pour se lier d’amitié et lui soutirer des informations, un simple « Tu parles trop » lancé par Meiko Kaji suffira à faire comprendre qu’elle a démasquée la taupe.

 Shunya Ito va verser dans un excès visuel croissant pour rendre cette thématique par l’image, rendant les ennemies les plus malfaisants carrément monstrueuse (le face à face dans les douches) où transformant son décor en véritable espace mental propre à libérer toutes ses frustrations (le passage de l’extérieur au studio durant la scène de travaux forcés tournant à la rébellion et le ciel prenant des teintes écarlates accentuant la touche baroque). 

L’allure frêle mais le regard farouche, Meiko Kaji impose un personnage au tempérament indomptable dont elle fait une véritable icône. C’est une femme martyr refusant constamment le destinée de soumission que la société veut lui imposer, cette nature rebelle et vengeresse s’incarnant parfaitement lors du final où elle arbore cette tenue d’archange noir bien décidé à faire payer tous les hommes l’ayant trahie. Un vrai classique qui sera une des sources d’inspirations de Quentin Tarantino pour ses Kill Bill (reprenant d’ailleurs la chanson Urami-Bushi chantée par Meiko Kaji) et qui connaîtra pas mal de suites dont seuls les 2e et 3e épisodes réunissant encore Shunya Ito et Meiko Kaji devant et derrière la caméra valent le détour. 


Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé dans un coffret réunissant tous les épisodes de la saga