Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 4 avril 2014

Colors - Dennis Hopper (1988)


La guerre des gangs secoue Los Angeles et fait des ravages. Deux policiers très différents luttent ensemble contre ce phénomène de l'insécurité urbaine. L'un est jeune, inexpérimenté et il joue les durs, l'autre est un vieux flic, paternaliste, qui aura fort à faire pour initier son jeune collègue.

Après plusieurs années d’errance, Dennis Hopper était magnifiquement revenu au premier plan avec sa mémorable prestation de psychopathe caractériel dans Blue Velvet (1986). Avec ce Colors il reviendrait à la lumière deux ans plus tard cette fois sous sa casquette de réalisateur. Comme un signe de ses penchants politiques plutôt à droite et à contre-courant du Nouvel Hollywood qui l’a vu éclore (on pourrait ajouter un John Milius parmi les exceptions également) Hopper allait passer des hors la loi de son cultissime et initial Easy Rider (1969) aux agents de la loi dans Colors qui suit le quotidien de deux flics en uniforme dans les bas-fonds de LA.  Le film offre un pont entre la tradition du polar urbain (et notamment le classique de Richard Fleischer Les Flics ne dorment pas la nuit (1972) au postulat similaire où rookie apprend les rudiments du métier au contact d’un flic aguerri ) et le film de « ghetto » qui sera très en vogue dans les années 90 avec des œuvres comme Menace To Society (1992), Boyz N the Hood (1991) ou encore New Jack City (1991) pour les plus connus (le premier cité étant le plus recommandable un vrai petit classique).

En ouverture un panneau nous annonce les forces en présences : deux unités de flic rivales, le CRASH unité anti gang rattaché à la ville, celle appartenant aux unités du shérif et face à eux les multiples gangs de LA trois fois plus nombreux et mieux armés. Avec une telle note d'intention on s'attend à un récit tendu sur fond de rivalités policières et de guérilla urbaine dantesque mais il n'en sera rien. Les scènes de confrontations entre gangs manquent cruellement d'envergure et d'énergie. Surtout, ces gangs sont multi ethniques, détail assez improbable qui nuit un peu à la crédibilité souhaitée tant les codes, les noms de ces gangs correspondent en premier lieu à une opposition de races parmi les populations les plus démunies de ces quartiers pauvres. 

 De plus le film ne sait que choisir entre intrigue policière construite (avec l'ouverture sur un crime dont l'enquête sera mollement menée) et chronique quotidienne de flic bien plus prenante. Cela rend le tout un peu bancal notamment au niveau des personnages comme Don Cheadle qui s'annonce au début comme le grand méchant qu'on ne reverra plus que par intermittence  ensuite. Le déséquilibre entre velléités documentaire et dramatisation plus appuyée est un souci permanent alors qu’une orientation plus radicale aurait bien mieux servi le film qui ne manque pas d’idées dans chacune de ces directions mais sans les exploiter. On espère ainsi enfin un peu de réelle tension lorsque Sean Penn accusé à tort d'un meurtre devient la cible de tous les gangs de la ville. Cela vient sans doute du remaniement que subit le scénario qui traitait initialement de trafic de drogue avec d'être réorienté vers la guerre des gangs sans qu'un réel travail de réadaptation soit réalisé avant le tournage.

Sinon c'est relativement prenant tout de même grâce à une description assez réussie de la vie de ses quartiers pauvres de LA, de l'errance des jeunes avec le gang comme seul refuge. Robert Duvall en vieux de la vieille conciliant et Sean Penn en chien fou incontrôlable forme un duo complémentaire et charismatique suscitant l’empathie lors des rares moments où le suspense fonctionne, que ce soit ne course poursuite de suspect en voitures qui tourne mal ou encore un traque de dealer  se terminant en grosse bagarre dans les cuisines d'un restaurant. Un film précurseur mais bien inférieur à ses successeurs et Hopper se montrera bien plus inspiré avec sa réalisation suivante, le film noir moite Hot Spot (1990). 

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM 

jeudi 22 novembre 2012

Échec à l'organisation - The Outfit, John Flynn (1973)


Sorti de prison où il a passé cinq ans, Macklin décide de venger son frère, tué par la Mafia de Chicago.

The Outfit est un polar assez emblématique du genre à cette période et offre une des belles réussites de la trop mince filmographie de l'excellent John Flynn. Le film adapte le roman éponyme de Richard Stark alias Donald E. Westlake. C'est d'ailleurs à une fameuse autre adaptation de Richard Stark qu'on pense ici à savoir Le Point de non-retour (1967) de John Boorman qui révolutionna le polar à sa sortie. Si John Flynn goute peu aux expérimentations psychédéliques à la Boorman, l'intrigue minimaliste quasi abstraite et le héros taciturne entièrement voué à son objectif (vengeur ici pécuniaire chez Boorman) entretiennent grandement la parenté entre les deux œuvres. Robert Duvall incarne ici Macklin (dans le roman Parker même héros que Point Blank personnage récurrent de Westlake et joué par Lee Marvin dans le Boorman), ancien braqueur fraîchement sorti de prison et qui va immédiatement se trouver la cible de tueur de la mafia.

Remontant la piste des commanditaires, il découvre que la cause du contrat planant sur sa tête est un ancien hold-up où il avait avec son frère dévalisé une banque blanchissant de l'argent pour la Mafia. Son frère est froidement assassiné avant sa sortie (dans une glaciale scène d'ouverture muette) et dès lors Macklin entame une vengeance impitoyable en pillant tous les tripots locaux de la Mafia jusqu'à remonter au boss Mailer (Robert Ryan).

The Outfit est clairement au carrefour du style des polars de l'époque avec plusieurs autre classiques qui viennent à l'esprit. La vengeance fraternelle implacable de Duvall penche vers le Get Carter de John Hodges (1971), l'entité criminelle assez nébuleuse poursuivie rappellera à nouveau Le Point de non-retour (tendance due à Richard Stark sans doute) et le cadre rural loin des ambiances urbaines coutumières est lui dans l'esprit du génial Tuez Charley Varrick de Don Siegel sorti la même année avec aussi Joe Don Don Baker en tueur décontracté. Flynn n'égale aucun de ses films à cause d'un certain manque d'identité et des choix artistiques moins radicaux mais trousse tout de même une très plaisante série noire. Robert Duvall, loin du consigliere qui le rendit célèbre dans Le Parrain en impose un maximum ici en truand badass et taciturne, une vraie teigne brutale et méticuleuse qui cogne d'abord et discute ensuite.

 A ces côtés Joe Don Baker tout aussi imposant (et tout de même moins rigolard que dans Tuez Charley Varrick) en acolyte fidèle, le film étant une succession de confrontations musclées, poursuites et fusillades en tout genre. Flynn également au scénario épure son intrigue au maximum, pas de sous-intrigue ou de respirations superflues dans la narration entièrement vouée (à l'image de son héros) aux règlements de compte.

Seul exception, et qui humanise un peu le personnage de Duvall, la petite amie incarnée par Karen Black. En une poignée de scènes intimistes, cet être fragile plongés dans un monde d'hommes violent touche grandement et montre à quel point les préoccupations de ces tueurs sont éloignées de toute réalité par son histoire d'amour malheureuse avec Macklin, lorgnant sur le Guet-apens de Peckinpah. Le côté abstrait de ce monde criminel refermé sur lui-même nous apparaît par elle.

Parmi les quelques points décevants on regrettera un Robert Ryan un peu mou en méchant (alors qu'il excelle dans ces rôles d'ordures détestable mais il était déjà bien atteint par son cancer au moment du tournage ce qui peut expliquer) et un final pas aussi tendu qu'on pouvait l l'espérer mais qui a peut-être inspiré Michael Mann pour celui fabuleux du Solitaire. Un bon moment donc même si Flynn fera mieux dès le suivant et mémorable Rolling Thunder (1977).

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres mais le film est annoncé prochainement en zone 2 chez Wild Side.