Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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Affichage des articles dont le libellé est Screwball Comedy. Afficher tous les articles
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jeudi 8 janvier 2026

Un cœur pris au piège - The Lady Eve, Preston Sturges (1940)

Charles Pike, grand chasseur de papillons et fils d'un richissime roi de la bière américain, rencontre sur le bateau qui le ramène à New York la fatale beauté Jean Harrington en quête d'un mari. Mais si Charles connaît bien les papillons, il connaît mal les femmes, en particulier celle-ci qui le mène en bateau.

Troisième film de Preston Sturges, The Lady Eve est une œuvre participa est une œuvre participant à la folle ascension entamée par le réalisateur avec le succès de Gouverneur malgré lui (1940) qui démocratisa le passage de scénariste à metteur en scène à Hollywood. Le film fait justement exception puisqu’il ne s’agit pas à l’origine d’un script de Sturge, mais le studio Paramount désormais confiant en son poulain après le nouveau plébiscite commercial de Christmas in July (1940) va le placer sur ce projet initialement écrit par Monckton Hoffe. Sturges remanie considérablement le script qui traitait initialement d’un duo de tricheur voyageant sur un paquebot, pour en faire la romance contrariée que l’on sait.

L’un des thèmes majeurs que Sturges contribuera à introduire dans la comédie hollywoodienne est la confrontation de la réalité au fantasme. S’il aborde ce sujet de manière littérale dans Infidèlement votre (1948), un de ses derniers films, il irrigue l’ensemble de son œuvre The Lady Eve en tête. Ainsi le naïf et richissime Charles Pike se montre éperdument amoureux face au charme retors de la gold digger Jean (Barbara Stanwyck), avant de la rejeter lorsque découvrira son passé d’arnaqueuse – certaines circonstances justifiant sa réticence. Durant la scène de rencontre, Sturges oppose la superficialité de l’ensemble des passagères du paquebot voyant en Pike un bon parti, et l’approche plus subtile de Jean qui n’en est pas moins intéressée. Pourtant le réalisateur ne différencie pas Jean à sa seule malice, mais dans la manière différente qu’elle a déjà d’observer Pike. Sous couvert de vouloir arnaquer sa proie, elle est curieuse de cet homme introverti et indifférent aux sollicitations féminines. La duplicité seule n’est donc pas le seul attrait qu’il distingue en Jean qui en est bien consciente et sous le charme déploie une séduction plus sincère que prévue. Sturges comme souvent excelle à introduire de la tendresse sous son cynisme (et inversement), teintant la douce romance entre Jean et Pike d’une passionnante ambiguïté jusqu’à ce que la révélation de la vérité provoque la rupture.

La deuxième partie du film, nouvelle romance mondaine tout en faux-semblants, inverse la dynamique. La vraie amoureuse se cachant sous le fantasme candide que représentait Jean pour Pike devient une aristocrate factice, fantasme de classe plutôt que de cœur dissimulant cette fois sous les mêmes traits une Jean/Eve ivre de revanche. La partition romantique décalée se rejoue, mais avec cette fois une authentique intention de nuire. Ce virage éclabousse les deux personnages. D’amoureux gauche et timide, Pike devient un authentique benêt gaffeur ridiculisé à de multiples reprises par ses chutes incongrues. De gold digger cachant un cœur d’artichaut, Jean/Eve devient mesquine, vindicative et cruelle.

Ce n’est, de façon différente, qu’en pensant avoir tout perdu que les deux amants peuvent se retrouver. Sous les mêmes traits, Pike sait désormais différencier le miroir social et la sincérité du cœur même si, par l’humour, Sturges fait passer cela à travers un certain puritanisme WASP. Enfin Jean comprend que blesser celui qu’elle admet enfin être l’élu de son cœur n’est pas une solution et ose enfin se présenter à lui, sans mauvaise intentions ni artifices. S’ils avaient déjà tourné quelques comédies auparavant (et même partagé l’affiche sur Miss Manton est folle (1938)), The Lady Eve est vraiment l’œuvre qui va installer Henry Fonda et Barbara Stanwyck comme de sérieuses références du genre, en particulier Stanwyck dont le charme étincèlera cette même année dans le merveilleux Boule de feu de Howard Hawks. Un petit bijou au cœur du pic créatif de Preston Sturges.

Sortie en dvd zone 2 français chez Wild Side 

lundi 13 février 2023

Court-circuit - By Candlelight, James Whale (1933)


 Lors d'un voyage en train en Europe, le majordome d'un noble, Josef, est pris pour son employeur, le prince Alfred von Romer, par une belle femme, Marie. Il ne fera rien pour la désillusionner et lorsque le vrai prince arrive, il est pris pour son serviteur...

S’il est passé à la postérité pour ses incursions dans le fantastique (Frankenstein (1931), L’Homme invisible (1933), La Fiancée de Frankenstein (1935)), le registre de James Whale est bien plus vaste comme le montre Court-circuit, bel exercice de comédie romantique sophistiquée à la Lubitsch. Comme chez ce dernier l’inspiration est européenne avec l’adaptation d’une pièce autrichienne de Karl Farkas et Siegfried Geyer. On retrouve également la dimension de classe ainsi que l’observation des mœurs dissolues de la haute société européenne. On va ici observer un jeu amusant de quiproquos, mimétisme et envie se jouant entre maître et domestique. Joseph (Paul Lukas) et le majordome prévenant et dévoué du Prince Alfred von Rommer (Nils Asther) dont il est l’observateur/complice des méthodes de séduction envers ses multiples conquêtes féminines. Cela a développé chez le domestique un certain snobisme pour ses propres aventures amoureuses où il vise plus haut que les gouvernantes et les soubrettes de son milieu.

L’imperfection et la maladresse de Joseph à reproduire l’assurance de son maître  face à une supposée noble le prenant pour un prince aurait pu signifier un message condescendant mais il ‘en sera rien. La mécanique bien huilée de la séduction du prince constitue un rituel dont sa conquête du même statut social n’est pas dupe, notamment le cadeau de cette boite à cigarette qu’ils savent bien tout deux qu’il sera refusé. La romance sincère n’a rien à voir dans l’affaire, il s’agit d’un plaisir hédoniste et éphémère destiné à pimenter un quotidien oisif. Joseph est au contraire tremblant et maladroit dès qu’il tente de réitérer la gestuelle et les bon mot du prince, d’abord intimidé en pensant que Marie (Elissa Landi) est une noble, puis par les vrais sentiments qu’il développe pour elle. Tout le travail de redite, de mimétisme et jeux de rôles vise à exprimer l’humanité des subalternes incapables de jouer tandis que le même marivaudage se redessine chez les nantis avec quelques variations amusées (les deux maris trompés venant demander des comptes au prince). 

Un des éléments intéressant du film est de ne pas créer de schisme cruel entre les classes sociales ; mais plutôt une complicité. Si Joseph sait prendre les devants dans les attitudes, le timing et les bons mots pour aider son maître à conclure, ce dernier s’amuse grandement au moment de lui rendre la pareille et d’inverser les rôles. James Whale excelle une fois le dispositif établit à le dérégler pour justement illustrer la variation qui se forme dans des situations similaires par la seule grâce de la sincérité des protagonistes. Les nantis se reconnaissent explicitement dans leur séduction codifiée, les domestiques ne peuvent s’empêcher de se rapprocher malgré le subterfuge du statut social. C’est une forme d’opposition en cynisme blasé et émotion sincère, sans que Whale pose un jugement sur les deux modes de vie. C’est ainsi très plaisant même s’il manque au film le lâcher-prise dans le romantisme (tout est convenu en définitive sans grande climax sentimental) à la Lubitsch ou le grain de folie des screwball comedy d’Howard Hawks.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

mardi 18 mai 2021

Train de luxe -Twentieth Century, Howard Hawks (1934)


Dans le train Twentieth Century Limited reliant Chicago à New York, Oscar Jaffe, un producteur de théâtre imbu de sa personne, dont les dernières productions ont fait des fours, retrouve Lily Garland, une actrice qu'il a lancée quelques années auparavant et qu'elle a quitté pour Hollywood, ne supportant pas sa jalousie et son égocentrisme. Il rêve de remonter un spectacle avec elle, mais elle ne veut plus travailler avec lui.

Twentieth Century est avec New York-Miami de Frank Capra sorti cette même année 1934 un des films fondateurs de la screwball comedy. Il s'agit de l'adaptation de la pièce éponyme de Ben Hecht et Charles MacArthur jouée à Broadway en 1932. Cette dernière était inspirée Napoleon of Broadway, pièce avortée de Charles Bruce Millholland qui y narrait son expérience douloureuse auprès du producteur de théâtre David Belasco connu pour son excentricité. Cet arrière-plan au vitriol sur le monde du théâtre se marie ici à un récit à la Pygmalion dévoyé, et qui se joue d'ailleurs autant en coulisse que dans l'histoire elle-même. En 1926, Carole Lombard âgée de 17 ans végète dans des petites productions où elle tient des seconds rôles, et arrondit ses fins de mois en tant que danseuse dans des boites de nuit comme le Cocoannut Grove. C'est là qu'un John Barrymore déjà star établie croise sa route et décèle son potentiel dramatique et lui arrange un essai à la Fox qui va s'avérer satisfaisant. Carole Lombard signe un contrat avec le studio et doit donner la réplique à Lionel Barrymore dans le film Tempest (1928). Malheureusement l'actrice victime d'un incident de voiture est pour un temps défigurée et ne retrouvera de sa superbe qu'après un passage par la chirurgie esthétique. Fox rompt le contrat et Carole Lombard retournera pour quelques années à l'anonymat et une période de vache maigre. Quelques années plus tard elle est sous contrat à la Columbia qui ne sait trop que faire d'elle jusqu'à ce que Howard Hawks l'impose pour le premier rôle féminin de Twentieth Century.

Les bases de l'histoire oscillent donc entre ce côté Pygmalion ou pré Une étoile est née avec une Carole Lombard débutante qui fait face à celui qui lui mit le pied à l'étrier, John Barrymore. Howard Hawks joue habilement de ce passif, notamment dans les premières scènes où Mildred Plotka (Carole Lombard) est littéralement façonnée dans son jeu et sa manière d'être par le producteur de théâtre Oscar Jaffe (John Barrymore). Jaffe manie à merveille la caresse et le fouet pour guider les pas de sa protégée rebaptisée pour la scène Lily Garland, alternant attitude faussement doucereuse et colère noire pour l'amener où il le souhaite. C'est littéral quand il guide ses déplacements scéniques à la craie, implicite quand il lui invente un autre moi avec ce nom de scène, et loufoque quand pour lui tirer un cri de douleur il lui pique les fesses de façon impromptue avec une épingle. 

Cette attitude rustre sort la jeune actrice timide de ses gonds et en fait finalement le personnage et la diva que Jaffe a vu en elle. Sur le plateau Carole Lombard sans doute intimidée ne convainc pas les producteurs et John Barrymore jusqu'à ce que le rusé Howard Hawks la prenne à part et lui demande quelle serait sa réaction si un des hommes sur le plateau parlait d'elle de manière désinvolte derrière son dos. La réponse ne se fait pas attendre, I would kick him in the ball et Hawks ment à bon escient à Carole Lombard en lui disant que John Barrymore s'est exprimé en ces termes à son sujet. Dès lors Carole Lombard furieuse n'aura plus aucune appréhension à répondre du tac au tac à Barrymore lors de leur confrontation dans le film. Quelques années plus tard mise au courant de la supercherie, ce I would kick him in the ball deviendra source de plaisanterie entre elle et Hawks.

Dans le film cela fonctionne merveilleusement bien lorsque une fois devenue star Lily Garland souffre de la jalousie étouffante de Jaffe. Ce postulat au lieu de tirer vers le drame va plutôt se déplacer vers une hystérie jubilatoire. Oscar Jaffe est un manipulateur né qui use de stratagème sur scène et dans leur couple pour soumettre Lily qui désormais n'est plus dupe. La rupture est inévitable et tandis que Lily devient une vedette de cinéma, Jaffe sans sa muse vogue d'échec en échec. Un concours de circonstances les place des années après dans le même train où ils vont peut-être pouvoir se réconcilier et retravailler ensemble. Howard Hawks joue de l'espace vertical du train comme d'une scène, un théâtre de vaudeville fait d'allées et venues furibondes où les personnages se heurtent, s'invectivent, se dissimulent où s'impose à l'autre dans la plus grande hystérie. Les portes de compartiments de wagons claquent, les hurlements fusent et autour de notre couple naviguent des acolytes plus azimutés les uns que les autres. 

Il y a d'abord le duo d'employés de Jaffe, Oliver Webb (Walter Connolly) sorte de punching-ball soumis aux colères insensées de son patron, et à l'inverse le bien trop détendu O'Malley (Roscoe Karns) prenant tous les drames en cours à la rigolade et désamorçant la tension avec une rasade de whisky bien sentie. Il y a également les intrus de ce périple en train avec Mathew J. Clark (Etienne Girardot) sorte d'anguille semant la zizanie avec ses tares contradictoires : multiplier les chèques sans provisions et coller des prospectus évangéliste dans tout le train. Il reste également des traces de quelques piques corrosives de Ben Hecht et Charles MacArthur, notamment envers les Passion Play, forme de théâtre religieuse et empesée dont les personnages se moque quand on se risque à leur proposer de jouer dans l'une d'entre elles. L'atout principal reste cependant l'alchimie entre Carole Lombard et John Barrymore, couple qui ne peut se rapprocher que dans l'outrance et l'hystérie, en permanente représentation.

Chaque échange, amoureux comme vindicatif ne fait que dans les cris d'orfraies, les postures maniérées et les roulements d'yeux intempestifs. Carole Lombard déploie tout son potentiel comique en passionaria constamment dans la démesure émotionnelle et John Barrymore est un histrion toujours en représentation, entre rage noire et auto-persuasion sur son propre génie. On aurait peut-être aimé ne serait-ce qu'une scène sentimentale à cœur ouvert sans hystérie, mais Howard Hawks semble assumer que c'est la seule manière de s'aimer pour son couple - Carole Lombard qui conserve comme une précieuse relique l'aiguille qui lui arracha son premier cri d'actrice. C'est un prémices de toutes les grandes screwball comedy à venir du réalisateur (L'Impossible monsieur bébé (1938), La Dame du vendredi (1940)) et cela prépare aussi à toutes les prestations entre glamour et exagération cartoonesque de Carole Lombard, de Mon homme Godfrey (1936) à To be or not to be (1942). Ereintant mais terriblement drôle.  

Sorti en bluray anglais doté de sous-titres anglais chez Indicator

vendredi 7 mai 2021

Jeux de mains - Hands Across the Table, Mitchell Leisen (1935)


 A New York, Regi Allen, employée comme manucure dans un grand hôtel, ne songe qu'à faire un riche mariage. Theodore Drew III, client du même établissement, lui paraît la cible idéale. Mais il est en réalité ruiné et a exactement les mêmes desseins que Regi...

Jeux de mains est une comédie romantique fondatrice dans la carrière de Mitchell Leisen et Carole Lombard dont l'entente sur ce film va déterminer leurs réussites futures à venir. Sous contrat à Paramount, Carole Lombard est un casse-tête pour le studio qui n'arrive pas à l'identifier dans un emploi précis pour le public. Elle avait montré de vraies aptitudes pour la comédie romantique loufoque sur certains rôles précédents comme Twentieth Century d'Howard Hawks (1934) et la réussite de Jeux de mains va la lancer sur les fabuleux rôles délurés Mon homme Godfrey de Gregory La Cava (1936), La Joyeuse suicidée de William A. Wellman (1937) ou bien sûr To be or not to be d'Ernst Lubitsch (1942). Il en va de même pour Mitchell Leisen définira sa direction d'acteur (et plus précisément d'actrice avec Jean Arthur, Claudette Colbert ou Olivia de Havilland ensuite) à l'aune de son entente avec Carole Lombard sur le film, ainsi que le ton entre comédie délirante et arrière-plan social marqué dans ses succès suivants comme La Vie facile (1937), La Baronne de Minuit (1939) ou encore Par la Porte d'or (1940).

Comme dans nombre de films de Leisen à venir on trouve des personnages déchirés entre réussites sociales et épanouissement de leurs sentiments, avec souvent en arrière-plan le contexte de la Grande Dépression. C'est le cas de Regi Allen (Carole Lombard) modeste manucure dans un grand hôtel qui écarte justement les sentiments pour viser un riche parti parmi la clientèle de l'établissement. Elle va jeter son dévolu sur Theodore Drew III (Fred MacMurray), fils de bonne famille malheureusement ruiné par la crise et qui s'apprête aussi à faire un mariage d'argent. Leisen dresse un habile mur invisible entre Regi et Ted tant que leurs objectifs pécuniaires prévalent sur leur sentiment. Ainsi ce qui aurait pu être une belle scène romantique décalée lorsque Regi ruine les doigts de Ted lors d'une séance de manucure est un bijou de cynisme, sa maladresse ne venant pas d'un trouble amoureux mais plutôt de la fébrilité d'être face à un potentiel bon parti. Ted est dans la même logique mais de façon inversée, toute la décontraction et insouciance dont il fait preuve envers Regi vient du fait qu'il sait avoir un matelas doré qui l'attends avec sa fiancée richissime. 

Le vernis se brise le temps d'une soirée arrosée à l'issue de laquelle ils pensent se montrer tels qu'ils sont, intéressés et mutuellement prêts à s'entraider pour accomplir leurs objectifs. C'est un prétexte à leur sentiment amoureux naissant et un dialogue récurrent les voit s'interroger mutuellement sur le fait qu'ils ne cherchent qu'un riche mariage, ce qu'ils confirment chacun avec désinvolture tout en espérant implicitement une réponse différente de l'autre. C'est donc ce cynisme de façade qui autorise la vraie complicité facétieuse et la cohabitation des deux protagonistes dans d'excellentes scènes comiques où ils éconduisent leurs prétendants mutuels. Fred MacMurray est génial lorsqu'il en fait des tonnes en faux mari jaloux et violent pour faire fuir un courtisan de Regi, et Carole Lombard se lance dans une improvisation hilarante pour interrompre une conversation téléphonique entre Ted et sa fiancée. Toutes les scènes de cohabitation forcée dans l'appartement tissent un écrin tendre où Leisen distille avec brio le trouble par son travail sur l'espace (les scènes sur la terrasse qui libèrent le couple de son cynisme et le rend plus tendre), dans l'intimité qui développe une absence de pudeur progressive (Carole Lombard et sa lampe à bronzer) et tension sexuelle.

Le réalisateur fait progressivement basculer la comédie en mélo romantique en altérant la camaraderie qui se mue en amour. Carole Lombard est parfaite pour faire passer cela, comme lors de la scène où Ted explique avoir l'habitude de dormir dans un lit double et être à l'étroit dans le canapé. Le mélange de crainte et d'espérance dans l'expression de l'actrice est une pure merveille avant que Ted pas si cavalier lui demande simplement de le border comme un enfant. On regrettera même que ces délicieux moments dans l'appartement ne durent pas plus longtemps tant l'alchimie entre les deux acteurs fonctionnent bien (même si initialement Carole Lombard souhaitait Cary Grant mais ce dernier était indisponible). Une petite touche d'émotion supplémentaire est ajoutée avec le personnage de Allen Macklyn (Ralph Bellamy), riche confident en fauteuil roulant de Regi qui, complexé, tergiversera trop à se déclarer et verra son aimée cruellement lui échapper sous les yeux. Quelques habiles dialogues à double sens sur sa déconvenue amènent une émotion différente qui fonctionne tout autant. Un très bon moment donc et en plus d'une concision exemplaire, tout ça tient en 1h15 à peine !

Sorti en dvd zone 2 français chez Blaq Out dans un coffret qui comprend aussi le génial "La Baronne de Minuit" !

mardi 21 avril 2020

No Room for the Groom - Douglas Sirk (1952)

Le jeune Alvah s'enfuit à Las Vegas en compagnie de la fille de sa propriétaire et les deux tourtereaux se marient. Mais Alvah est malade et la nuit de noce sera pour plus tard... beaucoup plus tard en réalité, puisqu'il part combattre en Corée. Quand une permission lui permet de rejoindre son épouse, les choses ne vont guère mieux. Sa maison est investie par sa belle-famille, qui ignore encore tout du mariage...

No Room for the Groom est une des grandes réussites d'un pendant plus méconnu de la carrière américaine de Douglas Sirk, la screwball comedy. Le postulat rappelle un peu le Allez coucher ailleurs d'Howard Hawks (1948) mais, à la déconstruction de la figure masculine de ce dernier, le film de Sirk s'inscrit plus spécifiquement dans des thématiques liées à l'Amérique des années 50. Dès la pourtant charmante introduction du couple formé entre Alvah (Tony Curtis) et Lee (Piper Laurie), l'urgence et le sursis de leur mariage vient d'un travers politique d'alors, l'anticommunisme qui mène à la Guerre de Corée dans laquelle est mobilisé Alvah et abandonner son épouse sitôt unis. La crise de varicelle impromptue qui empêche le mariage d'être consommé préfigure donc les autres obstacles que rencontrera le couple mais qui s'incarnent à chaque fois sous un contour comique tout en ayant une teneur plus profonde.

De retour de permission après dix mois, Alvah trouve un foyer envahit par la famille nombreuse et bruyante de pique assiette de Lee. Tous ont été appelés là par la mère de Lee (Spring Byington) matérialiste qui souhaite plutôt voir sa fille se lier à Strouple (Don DeFore), nabab local de l'industrie du ciment. On rit et on se désole de toutes les situations loufoques empêchant toute intimité entre les jeunes mariés, la frustration d'Alvah passant par les personnalités intrusives de sa belle-famille (ce petit garçon infernal) ou des scènes construites formellement pour en faire symboliquement un étranger dans sa propre maison. On pense à ce passage où il se retrouve à faire la queue pour la salle de bain, ou justement quand il s'extrait de cette salle de bain par la fenêtre alors qu'il cherche à y passer un moment avec son épouse.

Sirk fait apparaître (le petit garçon sur une branche d'arbre qui empêche une énième tentative d'isolement du couple) ou disparaître (l'assiette d'Alvah subtilisée au moindre manque d'attention lors du repas, l'expulsant encore du groupe) les éléments à l'image pour nous signifier l'isolement des personnages. Ces éléments concrets dissimulent en fait un schisme plus idéologique. Alvah représente l'Amérique "d'avant", souhaitant vivre paisiblement des ressources de sa plantation de vignes. La mère de Lee et sa famille sont assujettis au culte de l'argent, travaillant tous pour Strouple et vénérant sa réussite matérielle. Lee se trouve déchirée entre ces deux visions du monde, le train de vie confortable et les objets qui vont avec et son amour pour Alvah.

On se rend finalement compte que dans ses thèmes, le film préfigure grandement Tout ce que le ciel permet (1955) et de manière plus large un questionnement qui aura cours dans tous le cinéma américain des années 50 (L'Homme au complet gris de Nunnally Johnson (1956), La Blonde explosive de Frank Tashlin (1957). Les films remettant en cause ce modèle de réussite superficielle arrivent plutôt au milieu ou en fin de décennie, et l'audace du film de Sirk se ressent du coup dans les dialogues où le désintéressement d'Alvah est suspect pour les autres à travers les nombreuses répliques de la mère le traitant de communiste et suggérant son passage devant la commission Hays. C'est donc plus audacieux qu'il n'y parait sous les contours de jolie comédie romantique, le couple Tony Curtis/Piper Laurie dégageant un charme certains notamment dans la délicieuse scène de reconquête finale.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant

lundi 6 novembre 2017

Le monde est merveilleux - It's a Wonderful World, W. S. Van Dyke (1939)

Kidnappée par un homme accusé de meurtre, une jeune femme l'aide à retrouver le véritable assassin.

Le Monde est merveilleux est une screwball comedy décalquant le modèle initié par le film fondateur du genre, le fameux New York-Miami (1934) de Frank Capra. On y retrouve donc cette association improbable entre un homme et une femme que tout oppose sur fond de road movie haut en couleur. Sans égaler le classique de Capra (dont il récupère Claudette Colbert pour son premier film au sein de la MGM), le film est des plus agréables à suivre et offre d'ailleurs un galop d'essai dans le genre au scénariste Ben Hecht qui allait ensuite contribuer au mémorable La Dame du vendredi de Howard Hawks (1940).

Le mélange des genres est un des premiers attraits avec ce postulat à la Hitchcock où le détective Guy Johnson (James Stewart) se trouve entraîné dans la chute de son patron piégé et accusé de meurtre. Un indice lui laisse à penser que l'épouse de ce dernier est la coupable vénale et après une évasion, une course-poursuite à travers le pays va l'amener à la démasquer. Tout comme chez Hitchcock (le modèle des 39 Marches bien sûr) une bienfaitrice encombrante et amoureuse va l'aider dans sa quête. La comparaison s'arrête là puisque Johnson loin du vertueux sans peur et sans reproche est un mufle cynique dont la motivation à résoudre l'affaire est uniquement pécuniaire avec 100 000 dollars de récompense à la clé.

D'abord prise en otage, la poétesse Edwina (Claudette Colbert) se prend de passion pour les mésaventures de Johnson et décide de l'aider bien malgré lui. James Stewart même s'il vient de gagner en notoriété chez Frank Capra (Vous ne l'emporterez pas avec vous (1938)) n'est pas encore complètement identifié à son emploi de jeune homme naïf et bienveillant et du coup étonne en macho désabusé rudoyant plus d'une fois la malheureuse Claudette Colbert. Pourtant celle-ci en grande rêveuse ne voit que l'aura romanesque de Johnson et ses aventures et s'accroche à lui coûte que coûte. Plus l'intrigue avance plus le rustre Johnson s'avère empoté et incapable de se sortir seul d'affaire tandis qu'Edwina tout en perspicacité et fantaisie s'avère d'une aide précieuse.

La mise en scène de Van Dyke reste dans l'ensemble assez conventionnelle mais les situations font souvent mouche entre l'abattage de Claudette Colbert et les airs ahuris de Stewart (totalement ridicule en uniforme de scout et lunettes à verre épais) et les seconds rôles sont truculents notamment un duo de policier des plus incompétents. Sans forcément rire aux éclats, on s'amuse donc bien (notamment la scène où Claudette Colbert dupe les policiers en faisant passer Stewart pour son fiancé) d'autant que le script n'adoucit pas Stewart, hésitant jusqu'au bout entre individualisme lâche et héroïsme. On regrettera peut-être jusque que le final plutôt bien amené (réunissant tous les tenants et aboutissants dans un théâtre) soit un peu poussif alors que tous les éléments étaient là pour une apothéose de suspense à la Hitchcock mais Van Dyke privilégie la légèreté au mélange des genres initial plus prononcé. Sympathique néanmoins.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mardi 6 septembre 2016

She Wouldn't Say Yes - Alexander Hall (1945)

La psychanalyse n'aura pas envahi que le film noir à Hollywood mais aussi des genres plus inattendus comme la screwball comedy avec ce très plaisant She wouldn't say yes. La romance du film oppose le contrôle et la spontanéité à travers les très mal assortis Dr Susan Lane (Rosalind Russell) et Michael Kent (Lee Bowman). La première est une psychanalyste de renom et chantre de la maîtrise dans ses analyses comme le montre la scène d'ouverture où elle aide des vétérans traumatisés reprendre le dessus sur leurs émotions à vifs. Elle s'applique à elle-même cette discipline d'où est exclu toute réaction spontanée et inappropriée - et d'autant plus l'abandon nécessaire à une relation amoureuse. A l'inverse Michael Kent est un caricaturiste qui s'est rendu célèbre avec le personnage de Nixie, mauvais génie qui dans chaque planche incite les protagonistes les plus sérieux à larguer les amarres et se désinhiber sans se préoccuper du regard des autres. Leur première rencontre donne le ton, Kent percutant par inadvertance Susan et la faisant rechuter à chaque tentative de la redresser tandis que cette dernière garde son calme malgré une exaspération croissante. Charmé par cette séduisante psychorigide, Kent va inlassablement la poursuivre de ses assiduité.

Le caractère loufoque de Kent (Lee Bowman tout en charme et fantaisie) semble contaminer le récit et les personnages à travers les différentes situations tandis que Susan tente tant bien que mal de rester stoïque. Les situations dérivent systématiquement en quiproquos alambiqués tandis que les figures excentriques se multiplient. L'argument de la psychanalyse sert bien cette approche notamment avec le personnage de Allura (Adele Jergens) artiste bolivienne persuadée d'être attiré par les hommes déjà pris et condamné malgré elle à une mort certaine dès qu'elle leur décoche un baiser. Elle va servir un triangle amoureux des plus tordu lorsque Susan en fera sa patiente et usera d'un exercice d'analyse pour la jeter t dans les bras de Kent et se débarrasser de ce dernier par la même occasion. Autre protagoniste farfelu, le propre père de Susan (Charles Winninger) trouvant en Kent un partenaire idéal pour décoincer sa fille. On pourrait croire que Rosalind Russell fait tâche dans cette folie ambiante mais finalement ce sérieux à toute épreuve la rend tout aussi décalée que son entourage.

Sa manie de voir en chaque interlocuteur un objet d'étude sera d'ailleurs l'occasion de quelques séquences hilarantes avec une machination - qui ferai tiquer les féministes aujourd'hui avec ce semblant de mariage forcé - autour d'un vrai/faux mariage où cette autorité douce de psychanalyste la fait apparaître aussi folle aux yeux des autres que ses patients potentiels. Cela ne la rend que plus craquante lorsqu'elle daigne se dérider, avec ce baiser de Kent repoussé timidement ou lorsque cette rigueur professionnelle se retournera contre elle quand ses vrais sentiments semblent se dévoiler. Il est dommage que la mise en scène trop sage d'Alexander Hall ne pousse pas plus loin la folie dans ses retranchements, tant dans les situations que l'excentricité des personnages. Sur un postulat voisin la screwball comedy Théodora devient folle (1936) s'envolait vers des sommets de furie comique tout en étant plus subtil. On ne boudera néanmoins pas son plaisir devant cette romance enlevée et bien menée.

Sorti en dvd zone 1 chez Sony et doté de sous-titres anglais

lundi 13 juin 2016

Indiscrétions - The Philadelphia Story, George Cukor (1940)

Fille de la haute société de Philadelphie et de fort tempérament, Tracy Lord a gardé peu de temps son premier mari, le playboy C.K. Dexter Haven. Deux ans plus tard, elle est sur le point de se remarier avec un homme d'affaires en vue, ce qui intéresse au plus haut point le magazine Spy, à qui Dexter promet les entrées nécessaires à ses deux reporters, le journaliste Macaulay Connor et la photographe Liz Imbrie.

Après avoir aligné sept échecs commerciaux avec ses derniers rôles, Katharine Hepburn se voit qualifier par les exploitants de salle américains du surnom peu glorieux de « box-office poison ». La star va donc décider de relancer sa carrière sur scène en se façonnant un écrin sur mesure avec la pièce The Philadelphia Story. Philip Barry écrit donc le rôle spécifiquement pour Katharine Hepburn en jouant justement sur cette image distant et hautaine qu’elle peut dégager, pour mieux la fissurer et l’humaniser aux yeux du public. L’idée de l’actrice est d’avoir un véhicule qu’elle sera la seule capable de porter aux yeux des studios en cas d’adaptation cinématographique. L’immense succès de la pièce impose l’idée et Katharine Hepburn sécurise sa présence en en achetant les droits (avec l’aide de son ami Howard Hughes), devenant ainsi productrice et à même de mieux imposer ses volontés à la MGM. Tous les atouts sont réunis avec l’engagement de son réalisateur fétiche George Cukor tandis que le studio tente d’atténuer les effets du « box-office poison » en alignant deux stars masculines majeures avec Cary Grant et James Stewart.

The Philadelphia Story est une continuité des comédies sophistiquées de George Cukor où il fustigeait les mœurs aristocratiques comme Les Invités de Huit heures (1933), Haute Société (1933) ou encore le merveilleux Vacances (1938). La donne change légèrement ici puisqu’il s’agit moins de critiquer un milieu que les attitudes hautaines et la froideur qu’il suscite en sacrifiant tout aux apparences. Tracy Lords (Katharine Hepburn) en est un produit typique, s’habillant, causant et se comportant tel que son rang l’exige et attendant la même perfection de son entourage. L’hilarante scène d’ouverture montre la séparation muette d’avec son premier époux C.K. Dexter Haven (Cary Grant), Tracy gardant dignité tout en affirmant un cruel mépris tandis que C.K. plus humain et moins guindé la repousse d’une chiquenaude. Deux ans plus tard Tracy semble avoir trouvé chaussure à son pied avec l’insipide George Kittredge (John Howard), homme d’affaire qui voit justement en elle cet objet parfait dont l’image contribuera à ses ambitions. Seulement la veille du mariage, C.K. revient tourmenter son ex épouse accompagné de deux journalistes incognito venu couvrir la cérémonie. L’un des deux, Mike Connor (James Stewart) est un écrivain sans le sous qui est le pendant inversé de Tracy. 

Cynique et revenu de tout, il juge toute cette bourgeoisie d’un bloc méprisant et superficiel. Par la grâce de quiproquos amusants, Cukor pousse dans leurs derniers retranchements les clichés que chacun se fait de l’autre. Connor est regardé de travers par les majordomes dès qu’il approche une argenterie de valeur, sa collègue photographe Liz (Ruth Hussey) mitraille de son appareil la moindre situation croustillantes tandis que Tracy - ayant deviné les intentions de ses « invités »- force largement le trait de l’aristocrate creuse. Voix haut perchée, gestuelle maniérée et saillies cinglante sous la candeur, Katharine Hepburn est grandiose dans ce registre revêche et sophistiqué. L’armure glaciale des unes et les préjugés des autres vont pourtant progressivement s’effriter, d’abord entre une Tracy étonnée de la sensibilité du livre de Connor, et ce dernier tout aussi surpris de voir l’aristocrate réceptive à son œuvre. Cary Grant est à la fois en retrait et essentiel. Présence gênante issue du passé, il fut rejeté car n’entrant pas dans l’idéal de perfection rêvé par Tracy trop égoïste pour voir sa détresse. 

Désormais remis même si toujours amoureux, il est l’agent de sa conscience qui lui révèlera son horrible rapport aux autres, famille comme époux : elle est une icône lointaine qu’il faut admirer respectueusement, à laquelle il faut se soumettre et se montrer digne. Tracy a ainsi rejeté un premier époux, un père volage et choisit d’épouser un homme sans éclat mais répondant à ce culte des apparences. Katharine Hepburn est absolument bouleversante dans la façon dont cette diatribe la fait vaciller. L’écriture brillante pousse chacune des situations suivantes à appuyer ce reproche, notamment un tête à tête avec ce fiancé énamouré donc chaque compliment est un coup de poignard tant son amour repose justement sur cette admiration respectueuse d’une vestale dont il faut rester ç distance respectueuse. La gestuelle de Katharine Hepburn se fait plus incertaine, la silhouette plus vaporeuse, le phrasé soudainement sans répondant et l’œil malicieux se baigne de larme. Cukor plie l’environnement à cette déchéance, faisant brutalement basculer le jour à la nuit comme pour écraser un peu plus Tracy dans une idée formelle relevant autant du cinéma que des racines théâtrales du récit.

Tout le reste du film ne sera qu’affaire de déconstruction, l’alcool laissant transparaître l’excentricité et la fantaisie de caractère de Tracy, mais aussi du bougon Connor. Cukor fait rebondir par le mouvement et le verbe l’alternance entre l’abandon à la légèreté et les retours maladroits à la retenue dans leur échange. Si James Stewart ne semble pas totalement à l’aise, ces vas et vient de ton rendent Katharine Hepburn encore plus touchante et vulnérable, si déçue quand la conversation reprend un tour guindé et poli. Le montage (les inserts sur les bagues et montres abandonnés), le rôle du décor (la piscine comme terrain de pertes des inhibitions) et le jeu sur la temporalité (avec la nuit les attitudes deviennent plus libérées) contribue également à exprimer ce changement d’attitude des personnages. 

Cary Grant est parfait de subtilité, observateur et acteur des évènements où l’amoureux transparait constamment sous le détachement. Il n’est pas là pour inciter, mais seulement aider Tracy à se révéler à elle-même pour faire naître cette flamme qui lui manque. On sera d’ailleurs très étonné de la manière explicite dont la froideur initiale de Tracy est associée aussi à sa sexualité, un dialogue cinglant laissant entendre que la première union n’a pas été consommée. La nature incomplète de Tracy se pare de niveaux de lecture osé et étonnamment direct. La conclusion est sans doute un peu trop bavarde et confuse pour aboutir à la fameuse « comédie du remariage » (la construction de Vacances amenait un pic émotionnel bien plus fort) mais Indiscrétions n’en reste pas moins une pure merveille de romantisme. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner