Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 12 janvier 2014

Les Gladiateurs - Demetrius and the Gladiators, Delmer Daves (1954)


Démétrius (Victor Mature) est un ancien esclave affranchi. Il est l'ami de Pierre (Michael Rennie) et a rapporté de Galilée la tunique du Christ. Caligula (Jay Robinson), alors empereur, désire s'approprier cette relique qui permettrait la vie éternelle. Démétrius frappe un décurion qui avait brutalisé sa fiancée. Il est arrêté et condamné à combattre dans l'école de gladiateurs de Strabo (Ernest Borgnine) qui appartient à l'oncle de Caligula, Claude (Barry Jones), époux de Messaline (Susan Hayward).

La Tunique (1953) de Henry Koster avait plutôt raté sa première vertu de  spectaculaire en mettant guère en valeur les possibilités du cinémascope mais se rattrapait en reliant sa trame biblique à un destin individuel poignant avec le personnage de Richard Burton. Une suite se tournait pourtant parallèlement et allait combler les manques du film de Koster avec Les Gladiateurs de Delmer Daves. Le film s'ouvre sur la mort des deux héros chrétiens de La Tunique pour laisser la place à Démétrius formidablement incarné par Victor Mature. 

On suit ici son parcours initiatique où au départ chrétien pieux et discret sa foi vacille suite au meurtre de sa fiancée. On inverse donc ici la construction de La Tunique avec un héros passant de la foi à la perdition, un choix dramatiquement bien plus intéressant que la piété inébranlable du premier film. L’idée est pourtant la même, illustrer le cheminement personnel du héros dont la paix intérieure se confondra à sa foi chrétienne. 

On y gagne donc avec un récit plus romanesque où Démétrius perd tout et entame une lente déchéance morale où seuls ses bas-instincts de violence (en devenant un gladiateur idole des foules assoiffées de sang) et charnels  (dans les bras de la vénéneuse Messaline incarnée par Susan Hayward) sauront le satisfaire. La fameuse tunique du Christ du film précédent est une nouvelle fois ici l'objet de toutes les convoitises, les romains lui prêtant même des pouvoir magique conférant l'immortalité. 

Produit en même temps que La Tunique comme déjà dit, le film souffre du coup du même léger manque d’envergure  mais Daves déploie une toute autre énergie que le mollasson Koster. La scène où Démétrius fait face à tous les assassins de sa fiancée dans l'arène et de rage les décime à lui seul est un moment d'anthologie, d'une brutalité inouïe pour l'époque et filmé avec une efficacité rare par Daves. Les centurions exultent, lui font une ovation et le spectateur a envie de faire de même devant ce morceau de bravoure, tout comme cet autre moment impressionnant (que Ridley Scott a repris dans Gladiator) où Démétrius affronte trois tigres affamés.

Ces combats démesurés ne doivent n’écarte cependant pas le film du message de paix et de tolérance prônant la coexistence des chrétiens et des romains avec ce final où Démétrius refuse de se battre et est soutenu par toute l'arène.  Oubliant enfin sa propre rage, notre héros refuse enfin d’être un instrument de violence. 

Bien meilleur que le premier volet, Les Gladiateurs souffre par contre une nouvelle fois de la prestation trop théâtrale de Jay Robinson en Caligula qui tombe plus d’une fois dans le ridicule. Le personnage autorise bien sûr une interprétation outrancière " de Tinto Brass (Malcolm McDowell irait encore plus loin dans le Caligula de Tinto Brass) mais là c'est plutôt embarrassant. Un beau diptyque en tout cas. 

Sorti en dvd zone 2 chez Fox

vendredi 27 juillet 2012

The Lost Moment - Martin Gabel (1947)


Un éditeur, prêt à tout pour mettre la main sur des papiers personnels inédits du grand poète romantique Jeffrey Asheton, s'introduit comme locataire chez Juliana Bordereau, qui fut soixante ans plus tôt la muse et l'amante de l'écrivain. La vieille dame, qui vit recluse avec sa nièce, Tina.

Au croisement du mélodrame gothique et du thriller psychanalytique, The Lost Moment est une œuvre des plus envoutante. Le film es adapté de la nouvelle d'Henry James Les Papiers d'Aspern qui lui fut inspiré par une anecdote sur un admirateur de Percy Shelley qui tenta par tous les moyens après sa mort de mettre la main sur la correspondance qu'il avait abandonné.

La nouvelle et le film donc partent du même argument avec ici l'éditeur Louis Venables (Robert Cummings) souhaitant acquérir les lettres d'amours du poète mystérieusement disparu Jeffrey Asheton. Econduit à chacune de ses demandes, il va se faire passer pour un écrivain et investir la villa vénitienne où vit Juliana Bordereau ( Agnes Moorehead), vieille femme sénile et en possession des fameuses lettres vivant avec sa nièce Tina (Susan Hayward).

Dès lors il s'instaure une atmosphère des plus mystérieuses dans cette étrange demeure où la présence de l'intrus réveille toutes les passions et secrets enfouis depuis longtemps. Martin Gabel prend son temps pour poser son ambiance, entre exploration des moindres recoins du fascinant décor qu'est scène maison dans une Venise abstraite, révélations nébuleuses qui ne prendront leur sens que plus tard et personnages ambigus.

Susan Hayward, chignon sévère, robe noire stricte et gestuelle rigide est assez fascinante de froideur tandis qu'Agnes Moorehead est méconnaissable sous les tonnes de maquillages de cette femme hors d'âge qui a vécu bien trop longtemps. Toutes deux entretiennent un lien aux lettres tant voulues qu'on devine par leur hostilité à l'étranger (Susan Hayward) ou au contraire leur bienveillance (Agnes Moorehead) sans que l'on sache encore pourquoi.

L'enjeu du film est finalement de se soustraire au passé pour embrasser le présent, la vie ou la mort trop retardée. Robert Cummings nous apparait ainsi immédiatement comme un exalté obnubilé par sa quête dont les retombées financières lui importe peu, seul lui importe d'enfin pouvoir lire les lettres quelle qu'en soit les conséquences.

Quant à Agnes Moorhead, il est carrément suggéré que sa vie est raccrochée à la demeure et aux lettres dont la possession et les sentiments qu'elle y fonde ont anormalement prolongé sa vie (très belle première apparition très littéraire où sa vieillesse immense est uniquement suggérée par le regard de Cummings et sa voix off abasourdi par son usure). C'est cependant Susan Hayward qui apporte toute son étrangeté et son émotion au film dans un déroutant double rôle.

Eteinte et distante le jour dans le monde des vivants, elle s'anime la nuit venue en endossant la personnalité de sa tante des décennies plus tôt folle d'amour pour le poète Jeffrey Asheton. Martin Gabel introduit brillamment cette découverte lors d'une mémorable séquence où Cummings voit enfin chaleur et lumière dans l'oppressante demeure en suivant les notes de pianos qui vont amener à sa "première" rencontre avec Susan Hayward.

Celle-ci offre une prestation schizophrène mémorable : terre à terre et éthérée, glaciale et ardente, morte et vivante. On est autant dans le drame psychanalytique que le pur fantastique (le changement de personnalité se faisant par la possession d'un objet) mais la finalité est purement romantique.

Pour s'unir pleinement, les héros devront se détacher de ce passé et s'aimer dans la même temporalité. Gabel sépare clairement les deux entre la tonalité onirique des scènes du passé (superbe envolée lors de la danse) et la noirceur du présent avant d'entretenir le flou à nouveau symbolisé par Susan Hayward s'illuminant enfin parmi les vivant dans une très belle séquence romantique où elle abandonne enfin ses tenues austères.

Le mystère s'éclaircit (un peu) mais le charme est maintenu lors de la conclusion flamboyante dans la plus pure tradition du genre. Vraiment une belle découverte, d'autant qu'il semble bien que ce soit la seule réalisation de Martin Gabel surtout acteur.

Film pas facile a touver, uniquement sorti en dvd en en Espagne (mais trouvable sur amazon) et sans sous-titres sinon espagnols. Copie pas extraordinaire mais regardable.

Et je viens de tomber dessus en cherchant une bande annonce le film est en entier sur youtube avec sous-titres anglais (et la copie est bien meilleure que mon dvd) donc occasion en or de le voir avant que le lien saute.

vendredi 30 mars 2012

Le Jardin du Diable - Garden of Evil, Henry Hathaway (1954)


Trois passagers d'un bateau se trouvent coincés dans une petite bourgade du Mexique après une avarie de machines. Alors qu'ils prennent un verre, une femme aux cheveux roux surgit et les supplie contre récompense de secourir son mari bloqué au fond d'une mine par un éboulement. Les trois hommes ainsi qu'un client du bar acceptent. Ils l'accompagnent dans une région isolée aux mains des Apaches.

Hathaway réalise un des plus singuliers westerns des années 50 avec ce Jardin du Diable où le déroutant scénario de Frank Fenton nous emmène de surprise en surprise. Le film démarre comme un western d'aventures picaresque façon Vera Cruz (réalisé cette même année 1954 et où Gary Cooper campe un personnage assez proche) où trois hommes coincés dans une bourgade mexicaine acceptent de suivre une femme dont le mari est coincé dans une mine d'or.

Tout les les archétypes sont là, personnages comme décors spectaculaire pour mener un récit mouvementé. Gary Cooper est ici un homme droit mystérieux et taciturne sur son passé, Cameron Mitchell serait plutôt le jeune chien fou à la gâchette facile et le grand Richard Widmark aux antipodes de ses rôles de psychotique est le désinvolte posant un regard distancié sur le danger. On comprend déjà que l'on est ailleurs avec le personnage de Susan Hayward qui ne tombe dans aucun clichés du genre (la vamp, la femme effacée et aimante) pour composer une femme à poigne qui ne lève pas un regard sur les hommes ayant accepté de l'accompagner.

Seul compte pour de sauver son époux enseveli et aucun obstacle ne se posera en travers de sa route. Une scène définit cette détermination lorsqu'elle traverse la première et en sautant à cheval et sans la moindre hésitation la crevasse d'un chemin sinueux en flanc de montagne. Ce passage accompagne aussi le basculement du film dans un territoire inconnu, autant dans l'espace traversé que par la tournure de l'intrigue.

Le rythme et l'atmosphère sont des plus étranges. Hathaway effectue un grand écart étonnant avec ces cadrages amples dévoilant toute la majesté des somptueux et très variés décors naturels contrebalancé par une caméra statique qui instaure progressivement une ambiance des plus oppressantes. On ne sait pas vraiment ce que l'on doit craindre le plus, les indiens tapis dans l'ombre dont c'est le territoire ou alors les passions des protagonistes que ce soit l'appât du gain ou l'attirance pour Susan Hayward. Pas d'action donc mais une tension sourde où l'on explore les failles des personnages et devine dans quel travers ils tomberont lorsque les choses se gâteront.

L'interprétation est exceptionnelle au sein du trio vedette. Gary Cooper taiseux et droit comme la justice fait passer une gamme d'émotions subtiles à un personnage dont on ne saura rien jusqu'au bout. Richard Widmark est lui fascinant en homme lucide sachant lire l'esprit des autres et qui malgré cela se montrera prêt à céder à une Susan Hayward ambiguë. Hathaway saisit magnifique la séduction et le pouvoir de conviction de cette femme sensible mais prête à capable de pousser les hommes à leur perte si besoin.

L'arrivée à la mine et les retrouvailles avec son mari l'éclaire sous un nouveau jour où on saisit toutes les nuances du script de Fenton. On a là des êtres vide de toute humanité dans leur simple quête de richesse et finalement les plus attachants seront ceux qui sauront se sacrifier où survivre pour une plus noble cause.

Le mari (Hugh Marlowe) saura ainsi rendre tragiquement à son épouse l'abnégation qu'elle a mis à le sauver, Richard Widmark exprimera sa flamme au travers du hasard d'un jeu de carte (même si une belle scène de de déclaration aura précédé) et Gary Cooper dans la belle scène finale rejoindra Susan Hayward dans un soleil couchant sachant lui aussi où est l'essentiel.

L'action est entièrement soumise à cette évolution des personnages et n'arrive finalement que dans les tous derniers instants du film. Là Hathaway récompense notre attente avec un sacré morceau de bravoure où une course poursuite nerveuse s'enchaîne avec une embuscade en montagne.

L'ennemi indien n'est qu'un prétexte et un révélateur qu'Hathaway film comme des silhouettes indistinctes et sans visages, une menace omniprésente dont les flèches peuvent surgir de partout amenant une dimension fantastique et psychologique appuyée. Formellement c'est somptueux de bout en bout et un des Hathaway les plus aboutis visuellement où les images marquantes sont multiples. Vraiment surprenant dans sa manière de contredire un argument attendu, un superbe western pour peu qu'on accepte d'être happé dans son étrangeté.


Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis dans la collection western

mercredi 21 mars 2012

Ma femme est une sorcière - I Married a Witch, René Clair (1942)


Au XVIIe siècle, une sorcière et son père sont condamnés au bûcher par Jonathan Wooley, geste funeste car une malédiction est jetée à travers les siècles sur les héritiers de Wooley. Trois siècles plus tard, Wallace Wooley s'apprête à épouser Estelle Masterson.

Deuxième film américain de René Clair, I Married a Witch sans égaler les hauteurs de ses films des années 30, s'affirmait comme le premier grand succès du cinéaste ans son nouvel environnement après La Belle Ensorceleuse où la collaboration avec Marlène Dietrich fut compliquée. Là il parvient merveilleusement à mêler sa veine poétique et décalée aux codes de la screwball comey. Le script mêlant romance et surnaturel permet ainsi au réalisateur de donner libre cours à son imaginaire à travers cette drôle d'histoire d'amour entre une sorcière et le descendant de son bourreau à qui elle avait jeté une malédiction jetant le malheur sur les mariages de sa famille.

Clair amène dès l'ouverture une ironie comique et un rythme mêlant touche typique de la comédie américaine en vogue à la Preston Sturges (ami de René Clair à Hollywood et qui lui a peut-être recommandé Veronica Lake dirigée dans Les Voyages de Sullivan) lors de cette vente de pop-corn aux spectateurs du bûcher au XVIIe. L'illustration de la malédiction conjugale à travers les époques, tout en mouvement et montage inventif dans une approche essentiellement visuelle semble quant à elle faire le lien avec les travaux antérieurs de René Clair.

Tout le film fonctionne sur cet habile décalage, que ce soit à travers le script où les idées de mise en scène du réalisateur. Le cadre solidement réaliste de la politique et des élections de gouverneur est ainsi progressivement dynamité par l'irruption du fantastique, l'univers des sorciers et les manifestations de leurs pouvoirs. Pour le héros Wallace Wooley (Fredric March), c'est un avenir tout tracé avec fiancée revêche (Susan Hayward géniale en mégère en puissance) et carrière politique ambitieuse qui est balayée par l'imprévisible Jennifer (Veronica Lake). Auréolée des aptitudes hors-normes de son personnage, Veronica Lake ajoute encore à la dimension surréaliste du film puisque cette enquiquineuse charmante typique de la screwball comedy va s'en avérer d'autant plus envahissante.

On la découvre nue dans la fumée d'un incendie, elle apparaît/ disparaît à sa guise dans l'existence de Wallace en défiant toute les règles de la bienséance et Veronica Lake mêle à merveille charme mutin (aussi affolante nue sous sa fourrure que dans les grandes robes sombres qui lui sied parfaitement), présence érotique et innocence enfantine de celle pour qui tout est permis. Les scènes de séduction n'en sont que plus savoureuses notamment celle où en un panoramique et quelques tours d'aiguille sur l'horloge Fredric March passe de réticent à amoureux transi. La géniale séquence de mariage avorté et sa simili Castafiore toujours à contretemps des évènements est également sources de nombreux rires.

Ce va et vient entre sérieux et distance se joue bien sûr dans la nature de l'histoire d'amour, au départ guidée par la vengeance puis par des éléments artificiels (le philtre d'amour) avant un final tout en candeur où les sentiments transcende même les sortilèges. Ce retour au réel crée le romantisme dans un ton à la fois rétrograde (Jennifer renonçant à sa séduction agressive pour essayer d'être la parfaite ménagère) mais surtout humain puisque c'est en abandonnant les artifices que Jennifer se désinhibe et découvre finalement l'amour. Une mélancolie brève mais inattendue se dévoilent donc dans les dernières minutes (avec de jolie vision comme notre couple enlacé près de l'arbre maudit dans un superbe décor studio) où les amoureux se perdent et se retrouvent.

Entre temps, René Clair aura fait preuve d'une inventivité constante distiller la féérie burlesque de l'ensemble, que ce soit les esprits sous formes de nuages des sorciers fraîchement libérés où ce taxi survolant la ville. Le film n'est pas parfait loin de là (rythme un peu décousu et pas mal e moment de creux et des personnages secondaires sous exploités hormis le père joué par Cecil Kellaway) mais procure un charme certain. Ce sera une des grandes sources d'inspiration (avec L'Adorable Voisine de Richard Quine) de la célèbre série Ma Sorcière bien-aimée.


Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

mercredi 16 novembre 2011

Un refrain dans mon cœur - With a Song in My Heart, Walter Lang (1952)



La vie de la chanteuse américaine Jane Froman.

Walter Lang signe là un joli biopic de la chanteuse Jane Froman qui donne l'occasion à Susan Hayward de donner une de ses plus belles prestations. Le film pêche dans un premier temps par une touche conventionnelle qui ne le démarque guère du commun des biopics. On assiste donc à l'irrésistible ascension de la jeune chanteuse et des divers problèmes personnels qui vont découler de cette célébrité naissante tel le mal être de son mari et mentor Don Ross (David Wayne) lui-même musicien en quête de reconnaissance.

Il s'en suivra également un assez classique triangle amoureux avec un pilote incarné par Rory Calhoun. Si l'on n'est guère surpris, le film est très agréable à suivre grâce à l'interprétation pleine d'allant du casting qui offre quelques savoureux moments comme la première audition de Jane Froman où se dévoile ce qui la détache des autres artistes formatée et fera son succès, sa sincérité conjuguée à ses talents vocaux.

Visuellement c'est un régal pour les yeux avec comme souvent à la Fox une photo technicolor somptueuse de Leon Shamroy donnant un tour luxueux et chatoyant aux différents environnements mettant surtout en valeur des numéros musicaux de toutes beauté qui forment une sorte d'apogée d'une Jane Froman au sommet de son art.

On évite l'écueil de la jolie coquille vide avec la deuxième partie plus dramatique. Le film s'ouvrait sur une remise de prix à Jane Froman pour l'étonnant titre d'artiste "la plus courageuse de l'année" avant que (à la manière du Eve de Mankiewicz) on ne la découvre en flashback à travers les souvenirs de convives proche présent.

Le tout gagne en intérêt en s'intéressant aux évènements plus singulier et grave associée à Jane Froman avec un terrible crash aérien (alors qu'elle se rendait à Londres donner un concert aux troupes américaines) dont elle survit mais au prix d'une grave blessure à la jambe droite menacée d'être amputée.

On a donc une belle leçon de courage avec l'artiste soumise à de multiples interventions chirurgicale qui tente envers et contre tout d'assurer son art. L'émotion peut enfin se faire jour lors de cette belle séquence de retour sur scène où émue (et contrainte d'être assise) elle est triomphalement accueillie par le public. Jane Froman fut saluée par sa contribution à l'effort de guerre où même handicapée elle traversa l'Europe pour réconforter les soldats américains.

C'est ce qui compose la dernière demi-heure et le meilleur moment du film avec un tourbillon musical et émotionnel où l'héroïne se reconstruit et retrouve confiance tout en apportant une étincelle de bonheur aux blessés. La double rencontre avec un tout jeune Robert Wagner (c'est vraiment le rôle qui le lança apparemment) une première fois en soldat timide et attachant puis plus tard hébété par un choc traumatique est vraiment très belle et naïve. Le final triomphal et jubilatoire où Jane Froman entame les hymnes des différents Etats américains auprès d'un public survolté est des plus galvanisants également.

Susan Hayward dégage une belle aisance et est touchante de bout en bout, on notera que les parties vocales sont assurées par la vraie Jane Froman très impliquée dans la production. Thelma Ritter fait également apprécier sa gouaille franche dans un énergique rôle d'infirmière. Après toutes ses péripéties on aura compris et acquiescera au titre d'artiste la plus courageuse lors du retour au présent final où Jane Froman enfin en pleine possession de ses moyens entonne un grandiose With a song in a heart.

Sorti en dvd zone 1 chez Fox et doté de sous-titres français

Extrait d'un des meilleurs passages musicaux

lundi 14 novembre 2011

Je veux vivre ! - I want to live !, Robert Wise (1958)


Complice de deux joueurs professionnels, Santo et Perkins, Barbara Graham est soupçonnée du meurtre d'une riche veuve et ne peut fournir d'alibi. Elle est condamnée à mort. Un journaliste, Ed Montgomery, convaincu de son innocence, tente de convaincre l'opinion.

Une des grandes réussites de Robert Wise qui donne également l'occasion à Susan Hayward d'offrir une de ses plus mémorables performances qui lui vaudra un Oscar. Comme nous l'indique le générique et l'épilogue, le film s'inspire des articles (ainsi que divers autres documents, interviews...) du journaliste Ed Montgomery sur le fait divers qui impliqua Barbara Graham, accusée de meurtre puis condamnée à mort et qui n'aura de cesse de clamer son innocence.

Wise ne se soumet pas pour autant à une tonalité pesante trop marquée, notamment dans la très percutante première partie qui nous présente la personnalité trouble de Barbara Graham. Dépravée, malhonnête et rétive à toute forme d'autorité, celle-ci n'est pas vraiment ce qu'on appeler une femme bien. Le film va assez loin dans la description de ces divers travers où on la découvrira prostituée, coupable de parjure et adepte de l'escroquerie en tout genre. Wise accompagne ce tourbillon d'excès d'un montage percutant et d'une ambiance de film noir prononcé sur une bande-son jazzy parfaite pour accompagner les déambulation lascive et le franc-parler d'une Susan Hayward faisant toujours les pires choix possible et bien mal accompagnée. Tout cela jusqu'au dérapage de trop lorsque notre héroïne se trouve associée à un trio de meurtrier qui pour sauver leur peau rejette leur crime sur elle.

Le film est partagée entre une certaine ambiguïté puis une franche tendance à clamer l'innocence de Barbara Graham plus l'on approche de la conclusion. Wise maintient cet entre deux principalement par la prestation de Susan Hayward et donc de l'image qui se reflète de Barbara Graham. Dans les faits, il semble que la culpabilité de Barbara Graham soit bien plus concrète que ne le montre le film et Susan Hayward avouera après la masse de documentation consultée pour le rôle qu'elle la pensait coupable.

L'intérêt n'est donc pas uniquement dans cette résolution (et les spectateurs de l'époque pour lesquels les faits étaient récent devaient certainement déjà connaître l'issue) mais dans ce que l'affaire contribue à dénoncer. La longue introduction montrant les mœurs dissolues de Barbara sert à montrer l'image que se forgera d'elle l'opinion publique, celle d'une coupable, plus pour ce qu'elle est que pour ce qu'elle est supposée avoir fait.

Wise use constamment d'un montage alterné entre les séquences de procès et d'autres de journaux télévisé ainsi que d'insert de unes de journaux qui créent une tempête juridico-médiatique dans laquelle Helen Graham devient un phénomène à exploiter. Trop impétueuse, cette dernière en joue avant de constater son erreur mais il est trop tard son passé a joué contre elle, innocente ou pas. Une logique inéluctable se met en route accentuée par ce personnage qui commet toujours de terribles erreurs aux plus mauvais moments.

Susan Hayward est fabuleuse, jamais vraiment sympathique, vulgaire et à la sexualité agressive constante. Pourtant elle confère une humanité formidable à ce personnage tragique au détour de quelques moments intimistes, surtout lorsqu'elle est seule et se rend compte de tous ce que lui coûte ces dérapages qu'elle ne peut réfréner (le passage silencieux où elle fond en larmes après avoir refusé d'enlever sa nuisette peu appropriée à la prison).

Wise rend le film de plus en plus oppressant et étouffant plus la sentence d'exécution approche et Hayward entre résignation et fol espoir rend ces instants palpitants. La mise en scène se fait de plus en plus clinique, le montage s'arrête sur des détails, des visages, des regards ou élément de décors comme pour les imprimer à la rétine avant que tout ne s'évanouisse dans un nuage de gaz.

Ce traitement (où toutes les étapes de préparation de l'exécution nous sont montrées) accentue la nature inhumaine de cet acte où lez journaliste venus au spectacle se plaignent à chaque report dans l'attente d'un sursis. Finalement c'est cela que dénonce le film, un système qui permet de livrer un être en pâture de cette façon (l'affiche originale est marquante à ce titre), coupable ou non. Le titre est un cri du coeur dont le point d'exclamation marque le désespoir.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

dimanche 25 septembre 2011

Le Passage du Canyon - Canyon Passage, Jacques Tourneur (1946)


En 1856, Logan Stuart escorte Lucy Overmire, la fiancée de son ami, à Jacksonville dans l'Oregon. Au fil du voyage Lucy tombe sous le charme de Logan. Arrivé à destination, le duo s'aperçoit que l'aventure ne fait que commencer...

Si ses films d'épouvantes à l'économie tournés au sein de la RKO restent les films les plus célébrée de Jacques Tourneur, le réalisateur aura prodigué son talent dans tous les genres et des productions parfois bien plus luxueuses. Le Passage du Canyon est un film marquant à ce titre puisque c'est sa première œuvre en couleur, son premier western et l'occasion de s'aventurer hors de la RKO (ici Universal) avec un budget important. 

Le réalisateur n'en conserve pas moins sa singularité car Canyon Passage est un western des plus curieux. Sur le papier (un script de Ernest Pascal d'après un roman de Ernest Haycox) tout le programme du spectacle attendu et palpitant de rigueur est bien présent : les contrées sauvages de l'Oregon où s'agitent des chercheurs d'or, un triangle amoureux, des indiens menaçant rôdant alentours... Pourtant alors qu'un seul de ses différents éléments suffirait à nourrir un film entier, Tourneur en apparence paraît n'en exploiter réellement aucun jusqu'au bout. Si on passe à côté, le film paraît faussement "paisible" voire ennuyeux tant le réalisateur propose une construction déroutante. Hormis la dernière partie où nos héros font face aux assauts des indiens et une courte scène de bagarre, Canyon Passage est même totalement dénué d'action digne de ce nom.


Tourneur tient pourtant le spectateur captivé de bout en bout, tout simplement en pliant le genre à ses règles et non l'inverse. L'angoisse latente qu'il aura su saisir dans ses films fantastique, il la traduit ici visuellement, thématiquement et narrativement ici à une échelle plus complexe encore. La beauté des paysages naturels de l'Oregon est rarement exploitée dans toute sa largeur et profondeur de champ, comme pour laisser deviner une présence, une menace indicible. On le constate lors d'un des moments les plus joyeux du film lorsque toute la ville aide à construire la cabane de jeunes mariés, en pleine festivité un regard inquiet hors champs laisse deviner avant qu'on ne les voit l'arrivée des indiens venus perturber la fête.


Dans une même idée, Tourneur use à nouveau de codes de films d'épouvante lorsqu'il interrompt l'action pile avant que le personnage de Brian Donlevy ne tue un chercheur d'or qu'il sait ne pouvoir rembourser (on peut ajouter l'attaque nocturne de Bragg sur le héros ou son agression d'une jeune indienne. Les intrigues donnant l'impression d'être sous-exploitées sont ainsi sous leur fadeur toutes placées sous des cieux troublés. En quelques échanges on devine la romance retenue entre Dana Andrews et une Susan Hayward déjà fiancée, ce même Dana Andrews liant à la belle Patricia Roc qui malgré son amour pour lui aspire à une vie plus paisible que celle qui l'attend avec cet homme d'affaire remuant.

Le casting est idéal pour cette tonalité qui traverse le film. Susan Hayward conserve une présence volcanique tout en voyant tous les aspects plus excessifs de son jeu éteint par Tourneur, Dana Andrews à cette aura neutre et monolithique où pointe autant le charisme d'un héros qu'une certaine normalité. Leur union parait ainsi bien plus menacée, que ce soit de manière physique par la brutalité d'un Ward Bond ou les choix malheureux de Donlevy.


Cette menace ressentie tous le film, Tourneur la laisse enfin éclater lors de la dernière partie à la violence brève mais marquante. Tous les symboles apaisant du début du film sont éclaboussé d'une brutalité surprenante. La forêt accueillante est témoin de terribles massacres, la maison des jeunes mariés finit incendiée et nombre de figures attachantes rencontrées tout au long de l'intrigue disparaissent cruellement, femme comme enfant...


La communauté solidaire aura déjà montré précédemment sa capacité à céder par elle-même à ses bas instincts et se voit brisé par une menace extérieure pour mieux se reconstruire. Tourneur aura ainsi rendu instable le destin de ses héros pour mieux les amener à se reconstruire avec une conclusion qui remet tout en cause pour le meilleur. Même le bel happy-end plein d'espoir ne dissipe pas tout (le sort de Brian Donlevy) étonnant western... Comme le dit très bien Tavernier en bonus, Tourneur a amené au genre par son regard européen le doute dans ce qui n'était que certitude par le prisme américain.

Disponible en dvd zone 2 français dans la collection Western chez Sidonis
Extrait