The Secret est le premier film pour le cinéma d’Ann Hui et, parmi une poignée d’autres, une des œuvres fondatrices de la Nouvelle Vague hongkongaise. Comme beaucoup de réalisateurs du mouvement, le parcours d’Ann Hui passe par des études à l’étranger (en l’occurrence en Angleterre à la London International Film School) puis un retour à Hong Kong où elle fit ses premières armes à la télévision. Ce média, et notamment la chaîne TVB, était un terrain d’expérimentation et d’apprentissage idéal, recrutant cette jeune garde à moindre coût et cherchant à bousculer les normes esthétiques et thématiques établies. Ann Hui se fera donc remarquer à travers plusieurs téléfilms et séries dont Below the Lion Rock par laquelle plusieurs cinéastes de la Nouvelle vague feront leurs armes.
The Secret s’inspire d’un authentique fait divers s’étant déroulé dans la péninsule au début des années 70, lorsque deux corps atrocement mutilés furent découvert ans une forêt du mont Lung Fu. L’affaire avait fait grand bruit et l’enquête sur laquelle elle avait débouchée avait déjà été évoquée dans un épisode de la série anthologique Ten Sensational Case, diffusée en 1975 à la télévision hongkongaise et sorte d’ancêtre local du true crime. Dans The Secret, Ann Hui adopte une approche typique des préceptes à venir de la Nouvelle Vague hongkongaise. Il y a une dimension authentique, immersive et aux relents documentaires dans la manière de capturer le quotidien au sein de l’urbanité hongkongaise, mais aussi par la rigueur adoptée sur certains aspects de la procédure criminelle comme l’autopsie. Parallèlement à cela le mélange des genres fascine, par exemple grâce à la photo de David Chung qui oscille entre le naturalisme des scènes de jour et la stylisation des séquences nocturnes. Celles-ci lorgnent avec le fantastique par le jeu sur l’hors-champ, les apparitions furtives d’une défunte dont la silhouette portant un manteau rouge fait forcément penser au Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg (1973). La crudité de la scène de découverte des corps, par sa frontalité et ses détails macabres donne même dans l’authentique film d’horreur. Ni récit réaliste, ni authentique film de genre, l’entre-deux et l’ambiguïté de The Secret repose sur une observation sociale. Le mystère initial tient sur les liens flous régnant au sein d’un triangle amoureux duquel seront issues deux victimes du terrible crime. Le personnage de voisine, amie et collègue interprétée par Sylvia Chang est au départ une observatrice lointaine des évènements, et le trouble quant à la nature insoluble, surnaturelle ou criminelle de l’énigme, repose sur son regard. Ce travail sur le point de vue se déploie par la mise en scène d’Ann Hui, et une narration qui nous égare volontairement dans ses niveaux de temporalités et l’usage des flashbacks. L’important ici est le sens de l’atmosphère, et une vérité bien plus sombre et ordinaire qui nous apparaît au fil des révélations intelligemment amenées. Dès lors d’autres notions comme la condition féminine, le poids du regard social, la pesanteur comme la douceur des liens filiaux, viennent s’ajouter à la réflexion d’un film tenant longtemps sur sa dimension sensorielle. Cet aspect bienveillant ou tourmenté des liens filiaux repose sur des protagonistes disparates mais chacun touchant à sa manière, que ce soit cette figure de grand-mère (Li Zhuozhuo) aveugle et impuissante, la relation mère/fils du coupable initial et attardé mental, et bien sûr celle qui se révèle en conclusion être le point de départ d’une réaction en chaîne tragique. Le mélange entre mélodrame, excès sanglants et rebondissement de thriller achève de faire de The Secret un objet inclassable et chargé de promesses brillamment tenues dans la suite de la carrière naissante d’Ann Hui.
Sorti en bluray français chez Carlotta





























