La Fille du Konbini est une œuvre attachante qui capture l’état d’esprit d’un certain pan de la jeunesse japonaise. L’injonction sociale à la réussite et la dévotion à l’entreprise semble avoir fait long feu pour cette génération qui aspire à s’accomplir différemment. L’héroïne Nozomi (Erika Karata) en a fait l’amère expérience, et a fuit la pression d’un poste de commerciale pour le modeste poste d’employée de konbini. Néanmoins, la culpabilité de ce renoncement, de ce manque d’ambition apparent, demeure. Elle n’a ainsi toujours pas avoué à ses parents ce changement dans sa vie personnelle, et le film est ponctué de discussion téléphonique de Nozomi avec sa mère sur un quotidien professionnel révolu.
A l’image de l’impasse dans lequel se situe Nozomi, le récit avance à pas feutrés et hésitant, sans véritable bascule dramatique si ce n’est la rencontre avec Haruka (Imô Haruka), une ancienne camarade de classe. Les désagréments de cet emploi moins nanti ne sont pas invisibilisés, à travers quelques scènes d’abus dans ce Japon où plus que partout ailleurs, le client est roi. Néanmoins la douce camaraderie entre collègues s’y affirme davantage que dans la solitude et le désarroi entraperçu des bribes de l’ancienne vie de Nozomi. Malgré tout, chacun de ses collègues semble être dans un entre-deux professionnel, d’études, de voyage, quand notre héroïne stagne et ne sait pas encore ce qu’elle veut faire de sa vie. La réalisatrice Yuho Ishibashi saisit là un sentiment certes plus marqué au sein de la société japonaise (et dont elle a puisé l’inspiration auprès de son entourage), mais qui s’avère assez universel dans la jeune génération se cherchant de nouveaux modèles d’existence. Le choix de l’actrice Erika Karata s’avère fort judicieux dans cette approche. Elle a représenté cette indécision et refus des normes d’un point de vue sentimental dans son rôle sur Asako I et II de Ryusuke Hamaguchi (2018), en épouse abandonnant tout pour un premier amour retrouvé – aspect prolongé en coulisse par la liaison avec son partenaire Masahiro Higashide , alors marié, qui fit les choux gras de la presse à scandales nippone. La Fille du Konbini est donc traversé de questionnements intenses, enfouit sous son rythme cotonneux et ses tranches de vie douces. Les déambulations urbaines de Nozomi, les longs plans fixes sur sa silhouette en uniforme debout à son comptoir, les moments de langueur dans la solitude de son appartement, tout cela montre silencieusement cette réflexion de notre héroïne davantage qu’elle ne la verbalise. La Fille du Konbini est une œuvre qui entremêle habilement la retenue de son approche avec la profondeur de son propos.En salle



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