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vendredi 3 avril 2026

Plein sud - Luc Beraud (1981)

 Dans une rue, Carol suit un homme et attire son attention. Il s'appelle Serge Lainé et c'est le coup de foudre. Il devait partir à Barcelone avec son épouse, mais il emmènera Carol et les deux amants passeront trois jours de folle passion et d'ivresse. Arrivent alors trois personnages inquiétants et farfelus qui tentent d'enlever la jeune femme.

Plein sud est le second film de la courte filmographie cinéma de Luc Beraud. Il fut initialement assistant réalisateur pour Jean Eustache et Jacques Rivette, mais c’est surtout sa collaboration avec Claude Miller qui va le révéler. Il sera également assistant-réalisateur pour ce dernier, mais surtout scénariste sur La Meilleure façon de marcher (1975) et Dites lui que je l’aime (1977), ainsi que sur L’Effrontée (1985) et L’Accompagnatrice (1992) après qu’il soit lui-même passé à la réalisation. Plein sud est l’occasion pour les deux amis d’inverser les rôles puisque c’est cette fois Claude Miller qui contribuera à l’écriture du film tandis que Beraud est derrière la caméra.

Le film est un objet assez imprévisible et inclassable, mais pas déplaisant. Le synopsis laisse supposer un récit d’amour passionnel, ou alors une sorte de néo noir porté par une femme fatale à la sexualité exacerbée. L’enchaînement abrupt de rebondissements, tout comme les réactions improbables des personnages bousculent vite les attentes. Serge (Patrick Dewaere) est choisit comme amant au hasard et en pure revanche par Carole (Clio Goldsmith). Cela dérègle totalement les repères de Serge, universitaire rangé, qui quitte femme et foyer précipitamment pour cette passion et fuit à Barcelone avec Carole. Très vite le coup de foudre se confond avec une véritable addiction érotique, tant le plaisir charnel semble être le seul point commun des deux, et l’offrande physique l’unique point d’accroche à Carole. La jeune femme est en effet assez opaque dans son caractère et aux antipodes du monde intellectuel de Serge.

Luc Beraud la capture et magnifie d’ailleurs ainsi, dans toute la splendeur de ses atours voluptueux, entièrement nue dans de très belles compositions de plan. La surprise viendra de la tonalité absurde et franchement comique de l’escalade passionnée et irréfléchie de Serge pour sa belle. Il quitte sa femme sur un coup de téléphone aussi cavalier qu’hilarant, préfère s’aliéner la considération de ses pairs universitaires plutôt que de perdre de vue la jeune femme, prend des risques insensés alors qu’il en sait bien peu sur elle. On pourrait s’attendre à voir pareille débâcle filmée comme une tragédie pathétique, il n’en sera jamais rien. Ce traitement affecte d’ailleurs même le regard sur Carole, ni arriviste intéressée, ni femme fatale trouble, au sentiment amoureux ambigu, exaspère autant qu’elle intrigue et Beraud parvient vraiment à tirer un certain mystère d’une Clio Goldsmith pourtant coutumière ce type de rôle sexy à l’époque.

Le montage du film échappa au réalisateur et fut repris en main pas ses producteurs. Il en découle un rythme étrange, des ruptures de ton abruptes, mais qui en définitive servent bien l’inconséquence des personnages. Une fois admis l’approche iconoclaste même si pas totalement volontaire, il s’en dégage une certaine jubilation notamment par la grâce de seconds rôles savoureux. Guy Marchand en « grand frère » douteux moralement est excellent, tout comme une Jeanne Moreau en figure maternelle peu recommandable. Le sous-texte politique d’une France chaotique et en pleine révolution annonçait finalement la couleur, la pseudo intrigue de mœurs et d’espionnage étant guidée par la même folie douce que l’ensemble. Patrick Dewaere trouve là un de ses rôles les plus extravagants, même si la nature inclassable du film causera son échec public et critique à sa sortie – et que Luc Beraud ne signera plus qu’un troisième et dernier long-métrage au cinéma avec La Petite amie (1988).

Sorti en bluray français chez Gaumont 

 

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