Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 22 octobre 2019

The Celluloid Closet - Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1995)

L'homosexualité vue a travers cent ans de cinéma hollywoodien. Pour les auteurs "The Celluloid Closet" montre comment notre attitude envers l'homosexualité et notre perception des rôles des deux sexes ont évolue au cours de ce siècle.

En 1981 l'historien du cinéma et militant LGBT Victor Russo publie The Celluloid Closet, livre somme sur l'évolution de la représentation de la communauté gay au cinéma. Disparu prématurément en 1990 du sida, Russo voit pourtant son ouvrage connaître une seconde vie à travers un documentaire éponyme produit par HBO. Le film à l'avantage d'illustrer les thématiques du livre à travers de nombreux extraits de films, agrémentés d'intervenants actifs durant l'âge d'or hollywoodien et alors encore vivants pour témoigner du contexte social et créatif d'alors. L'autre apport (même si limité en découvrant le film aujourd'hui) et d'étendre la réflexion à l'aune de productions contemporaines marquantes comme l'emblématique Philadelphia de Jonathan Demme (1993).

Dès les premiers pas du cinéma une certaine caricature du gay s'impose à l'écran à travers des attitudes maniérées exacerbées, source de moquerie ou de honte pour les figures masculines auxquelles on l'associe malgré elles (avec un extrait parlant d'un Charlot ou embrassant une femme déguisé en homme, il est pris pour un homo). Le contexte hollywoodien permissif des années 20 et début des années 30 permettait une exposition, même caricaturale qui n'aura plus cours avec l'instauration du Code Hays. La figure gay est alors délestée de sa dimension sexuelle trop explicite mais est aisément repérable à travers les différents clichés en faisant un benêt asexué (Edward Everett Horton souvent associé à cela présent dans une séquence) ou un précieux associé aux tâches "féminines" notamment dans le monde de la mode. La bêtise des censeurs autorise pourtant de grandes audaces en se montrant suffisamment fin pour les créateurs les passages et personnages explicite se retrouve dans des séquences audacieuses, la Mrs Danvers de Rebecca (1940) en tête.

Sans que le mot tabou ne soit prononcé, les années 50 constituent une décennie schizophrène où les protagonistes gay sont plus explicitement identifiables tout en se heurtant au modèle macho outrancier d'alors. C'est notamment le cas dans le portrait d'une jeunesse torturée dans La Fureur de vivre (1955) avec Sal Mineo, ou encore du héros de Thé et sympathie de Vincente Minnelli (1956). On s'amuse même de moment purement ubuesques lorsque dans Confidences sur l'oreiller (1959), Rock Hudson (dont on connaîtra l'homosexualité bien plus tard) joue un hétéro mimant des attitudes gay pour séduire Doris Day réticente à ses attitudes viriles. Les années 60 osent enfin nommer les choses mais avant tout pour faire des homo des figures tragiques punies pour leur honteux penchants. C'est donc La Rumeur de William Wyler (1961), Le Détective de Gordon Douglas (1968) ou du côté anglais Victim (1961) de Basil Dearden qui noient l'audace de leur nature explicite dans des conclusions dramatiques où l'homosexualité reste une tare dont on va payer le prix.

Les années 70 font passer le gay de victime sacrificielle à figure du mal avec là encore des extraits gratinés (Vanishing Point (1971) et ses auto-stoppeurs agresseurs, on peut ajouter même si pas dans le doc le Scorpio d'Inspecteur Harry (1971) ou les tueurs à gage du James Bond Les Diamants sont éternels (1971)) qui autorisent donc la destruction rassurante de image négative notamment dans une scène stupéfiante du polar Les Anges Gardiens de Richard Rush (1974). Le documentaire est succinct pour évoquer les années 80 même si chaque extrait est parlant pour montrer la disparition progressive de la culpabilité pour une approche plus aimante et frontale dans Les Prédateurs (1983) de Tony Scott ou le méconnu Making Love (1982) de Arthur Hiller. Elément intéressant, le film montre bien l'acceptation de plus grande de vision explicite de l'amour lesbien que de l'homosexualité masculine.

L'imagerie lesbienne titille le fantasme hétéro masculin et peut être excitante en plus d'un "naturel" plus évocateur pour des femmes dans l'abandon. Au contraire cela s'avère dérangeant ces situations semble ôter leur virilité aux protagonistes masculin, la vision même de leurs ébats perturbant le public (la description de la réaction d'une salle aux scènes d'amour de Making Love). Les témoignages des différents artistes (du monde du cinéma et de l'art en général) sont très complémentaires, soulignant leur difficulté à se reconnaître mais aussi la soif de se voir représenté même de façon péjorative pour avoir le sentiment d'exister dans la société. Très intéressant donc même si on s'étonnera de l'absence d'œuvre emblématiques comme le très queer Sylvia Scarlett de George Cukor (1935) ou encore le décomplexé Faut-il tuer Sister George ? de Robert Aldrich. Une version révisée à l'aune des deux dernières décennies serait intéressante à faire.

Sorti en dvd zone 2 français chez Outplay 

lundi 21 octobre 2019

Les Inconnus dans la maison - Henri Decoin (1942)


Hier avocat célèbre, maître Hector Loursat de Saint-Mars vit retiré dans sa vaste demeure et a sombré dans l'alcoolisme. Abandonné par son épouse, il ne s'est pas occupé de sa fille, Nicole. Une nuit, une détonation retentit dans la maison. Hector voit une ombre s'enfuir et découvre le cadavre d'un homme dans son grenier. La victime est un repris de justice du nom de Gros-Louis. Nicole et les jeunes gens qu'elle fréquente sont interrogés par les enquêteurs...

Les Inconnus dans la maison est l’œuvre qui permet à Henri Decoin de se réinventer dans un registre plus sombre alors qu’on l’associait plus volontiers aux sautillantes comédies signées avec son ex épouse Danielle Darrieux. Alfred Greven rachète les droits du roman éponyme de Simenon (paru en 1938) pour la Continentale, animé de motif douteux. L’issue du roman fait ainsi du coupable un juif, Simenon par ce choix (mais sans sombrer dans l’abjection d’un Céline ou d’un Rebatet auteurs de vrais pamphlet antisémite) rejoignant le zeitgeist de la société française d’alors. Decoin se montre immédiatement intéressé par le projet mais va justement s’opposer à Greven en voulant gommer la caractérisation juive du coupable. Il n’accomplira qu’en partie ce souhait puisque le personnage à l’écran (dont nous tairons le nom pour ceux n’ayant pas lu le livre) est suffisamment « typé » pour permettre ce genre d’association douteuse, ce qui vaudra au film une brève interdiction après-guerre (et des bidouillages où certaines scènes seront redoublées pour définitivement effacer cet élément raciste) et quelques complications pour Decoin.

Le scénario est un des premiers travaux réellement remarqué d’Henri-George Clouzot qui accentue la critique de la bourgeoisie de Simenon, préparant sans doute déjà Le Corbeau (1943). La caméra survole la ville en ouverture, accompagnée d’une voix-off caustique qui s’insère dans des foyers nantis pour une description acerbe. Parmi eux celui de Loursat (Raimu), ancien ténor du barreau ayant sombré dans l’alcool depuis qu’il a été quitté par sa femme. L’attitude d’ivrogne hébété n’a que faire du regard désespéré de sa fille Nicole (Juliette Faber), de l’irrespect d’une domestique méprisante ou de l’état de délabrement de la maison. Seul compte l’oubli qu’apportera la griserie du prochain verre. Le monde se rappelle cependant à lui quand un meurtre sera commis au sein de sa propre demeure. Si la charge de Clouzot se porte sur la décadence des adultes, l’intérêt de Decoin va plutôt sur le dépit des enfants. 

Il s’attarde longuement sur les cadres familiaux étouffant où les parents vous ignorent (Nicole et Loursat), vous étouffent (Edmond (Marc Dolnitz) ou vous méprisent. Decoin qui s’est notamment épanouit par le sport est très sensible à cette thématique d’une jeunesse livrée à elle-même (c’est l’un des sujets de Battement de cœur (1940)) s’attarde ainsi longuement sur la dynamique entre le groupe d’ami. La scène finale de procès approfondira sur quoi repose les maux intime de chacun mais la caractérisation de Clouzot, même quand elle semble prendre des atours légers, revêt cette idée d’un épanouissement raté qui a pu pousser au crime : les penchants suicidaires de Manu (André Reybaz), la couardise maladive de Destrivaux (Jacques Denoël), le bégaiement d’Amédée (Marcel Mouloudji). L’ambition et le souci de la réputation seuls guident les adultes, élément parfaitement représenté par les deux figures de la justice que sont le procureur Rogissart (Jacques Baumer) et le juge Ducup (Jean Tissier) qui par leur faconde truculente accentue la virulence du propos. 

Il s’agit pour eux d’étouffer au plus vite l’affaire où le coupable ne peut être que le plus modeste de la bande, et dont on regrettera le suicide raté qui « aurait arrangé tout le monde ». Sous sa démarche hésitante et ses airs ahuris, c’est bien Loursat le plus lucide sur la corruption du monde qui l’entoure, et en particulier sur lui-même. Decoin développe une atmosphère étouffante ou tout le récit se déroule en intérieur (ou extérieur factice comme la fameuse ouverture sur la ville, l’entrevue entre Loursat et Manu dans une ruelle) représentant une alcôve qui emprisonne les faibles et où se complaisent les forts. Loursat est par ses attitudes et son franc-parler est le seul grain de sable de ce cadre normé. Lorsqu’il retrouve ses habits d’avocat et l’espace oublié de la cours d’assise, sa verve peut renaître tandis que la mise en scène de Decoin se déploie dans toute son ampleur expiatoire. Les travellings arrière sur le pupitre des témoins dominé par les juges, les plongées sur la cour et les gros plans saisissant sur les spectateurs, tout cela semble mettre à nu l’hypocrisie et sortir les protagonistes de leur entre soit. La magnifique plaidoirie de Loursat explicitera par les mots ce que Decoin avait déjà traduit par l’image.

La critique s’avère universelle et toujours pertinente aujourd’hui (sur une jeunesse sans but qui se perd dans le crime) mais s’avérera irrecevable dans le contexte de l’époque. Tolérable pour de mauvaises raisons durant l’Occupation car financé par une société allemande, le propos du film est antifrançais de la même manière que Le Corbeau durant l’épuration. Decoin mettra quelques mois à s’en remettre après-guerre mais c’est clairement ce film qui amorce ses grandes réussites à venir dans un registre bien plus sombre. Loin des passions d’alors, Les Inconnus dans la maison reste l’une des adaptations les plus réussies de Simenon. 

Sorti en dvd et bluray chez Gaumont 

dimanche 20 octobre 2019

China Girl - Abel Ferrara (1987)


Roméo et Juliette transposé à New York de nos jours, les héros : Tony, dix-sept ans, frère d'un chef de bande de Little Italy, et Tyan, dont le frère travaille pour le caïd de Chinatown. Pour conserver leur amour, Tony et Tyan vont tenter de réconcilier les deux familles au péril de leur vie.

Abel Ferrara avait échoué (du moins commercialement) à se fondre dans le moule hollywoodien avec New York, deux heures du matin (1984) et allait végéter à la télévision les deux années suivantes, signant pour son ami Michael Mann des épisodes de Miami Vice et Crime Story. China Girl est donc une forme de seconde chance pour le réalisateur qui retrouve sa chère urbanité new-yorkaise dans une œuvre qui croise l’urgence des débuts et les moyens de son film précédent. Le film revisite Roméo et Juliette dans le New-York des années 80 et s’inscrit dans l’idée de relecture moderne déjà à l’œuvre dans West Side Story de Robert Wise (1961).

Les 15 premières minutes sans dialogues constituent un idéal de cinéma pur, transcrivant par les mots tous les enjeux du film. Un restaurant chinois ouvre en plein Little Italy sous le regard désabusé de la communauté locale qui voit sa spécificité disparaître face au melting-pot. La scène suivante montre pourtant la beauté possible de ce mélange lorsque Tony (Richard Panebianco) et Tye (Sari Chang) échangent regards puis pas de danse amoureux dans un club. Ferrara les isole d’abord en capturant cette intimité amoureuse en plan serré, puis les isole à nouveau mais en en faisant des parias isolés au centre de la piste de danse face au regard haineux des petites frappes chinoises. La porosité entre les deux mondes se traduit d’ailleurs également par la haine lorsque les chinois hésitent puis traversent la fameuse frontière entre Little Italy et Chinatown pour traquer Tony.

L’antagonisme des communautés vient à la fois de ce qu’elles amènent de leur culture aux Etats-Unis, mais également de ce qu’elles y trouvent. Les amoureux représentent une jeunesse ouverte et fragile face à des traditions patriarcales renvoyées dos à dos à travers le machisme et la déférence aveugle à son camp. Ces modèles n’ont pourtant plus cours car les puissants des deux communautés unissent leur force pour s’enrichir et dominer les faibles sans distinction, dans un cynisme tout capitaliste et américain. Les démunis se battent moins contre l’autre que contre la soumission (de leur pairs chez les chinois comme les italiens), l’exclusion raciste (les chinois) et la peur de disparaître qu’ils subissent. Abel Ferrara développe dans un parallèle limpide ces enjeux sociaux à la veine romanesque du récit et de purs éléments de polar dans un savant équilibre entre lyrisme et réalisme.

Il réussit là où avait échoué Walter Hill dans Les Rues de feu (1984) en façonnant une œuvre profondément marquée 80’s mais qui ne se résume pas à cet apparat grâce à cette contextualisation dramatique marquée. Ferrara en greffant tous ces questionnements à ce fil rouge romantique évite également la lourdeur et le discours ambigu de L’Année du dragon (1985) qui traitait du même sujet.
Le discours brutal et les actes violents sont l’apanage des dominants et ceux qui aspirent à l’être (les chinois reproduisant le racket « protecteur » des triades) quand à l’inverse les silences entendus, les jeux de regards et gestes tendres définissent la relation entre Tony et Tye – la maladresse des deux jeunes acteurs en devient d’autant plus touchante, l’émotion passant par leur alchimie et photogénie.

Ferrara use du dialogue pour montrer les esprits obscurcis par la haine et passe par la mise en scène pour montrer une réalité cruelle (toutes les séquences où l’on observe à distance l’union sacrée entre mafieux chinois et italien, la police montée qui renvoient chacun à son quartier lors d’un moment clé). L’hyperréalisme et le baroque s’entremêlent dans l’approche du réalisateur qui capture le grouillement urbain et la mixité des lieux qu’il filme (sans la « triche » d’une reconstitution dont usait par moments Cimino dans L’Année du dragon), non sans développer une emphase dramatique dans les mouvements de caméra (le plan final des amoureux évidemment via un sublime mouvement de grue) et la photo stylisée de Bojan Bazelli sur certains éclairs de violence. Une belle réussite qui sur le fond engagé comme sur la forme toute personnelle, annonçait le sommet à venir de The King of New York (1990). 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez ESC

vendredi 18 octobre 2019

Quand souffle le vent - When the wind blows, Jimmy T. Murakami (1986)

En Grande-Bretagne, au XXe siècle, un couple de personnes âgées se retrouve confronté à une guerre nucléaire et à ses suites.

En ce début des années 80, le regain de tension de la Guerre Froide ravive les angoisses d'un conflit nucléaire au sein de la population. En Angleterre, la bande dessinée When the wind blows capture par puissance et émotion ces inquiétudes lors de sa parution en 1982. L'ouvrage va susciter un vif débat public et connaître des adaptations sous forme de pièce de théâtre ou encore de fiction radiophonique. En cette même année 1982, Raymond Briggs va immensément gagner en popularité lorsque sa bande dessinée The Snowman va être adaptée en court-métrage d'animation par Dianne Jackson et diffusé à la télévision britannique. C'est un immense succès et désormais diffusé chaque noël en Angleterre et dont la chanson est apprise dans les cours préparatoire. Ce phénomène va donc ouvrir la voie pour transposer sous la même forme When the wind blows, œuvre plus difficile de Briggs.

A la mise en scène on retrouve Jimmy T. Murakami, certes coupable du nanar Les Mercenaires de l'espace (1980) mais surtout spécialiste de l'animation et qui fut notamment assistant réalisateur sur The Snowman. L'esthétique du film est particulièrement fidèle à Raymond Briggs avec ce trait rondouillard des personnages, ce croisement entre réalisme et dépouillement des environnements, l'usage de couleurs pastels. Nous plongeons ici dans un monde où cette guerre nucléaire est à la fois imminente dans le contexte, et si éloignée du quotidien du quotidien rural d'Hilda et Jim, couple de personnes âgées. On met en parallèle la menace qui se rapproche (insert d'actualité live, vision de préparatifs de lancer de missile, de sous-marin nucléaire l'affut) et de la réception toute naïve de l'information par le couple. Les évènements tragiques arrivent sporadiquement par la radio, Jim lit distraitement les instruction de survie en cas d'attaque dans un manuel acheté en passant à la librairie.

On nous dresse ainsi un cadre bucolique où nos personnage badinent candidement de la situation tout en vacant à leurs tâches quotidiennes. On s'amuse des précautions maladroitement suivies par Jim pour protéger son foyer, sous les reproches d'Hilda dont la salle de séjour est mise sens dessus dessous - décrocher toute les portes pour façonner un abri de fortune à l'intérieur. Cela sert surtout à tisser l'amour tendre nourrit par les personnages au fil des années et dresser finalement un portrait de l'Angleterre d'avant face un conflit bien d'aujourd'hui. Les personnages souffrent ainsi de ne pas voir un leader charismatique à la Churchill ou Montgomery venir les haranguer et inciter à prendre courage. Ces figures se rattachent à la Deuxième Guerre Mondiale où sous les souffrances et privations du Blitz, la population était solidaire - sentiment qui passe dans les flashbacks du couple. Ici le minimalisme de l'environnement souligne la profonde solitude et isolement d'Hilda et Jim face à leurs dirigeants, leur pays, leur congénère. C'est pourtant la naïveté et la croyance d'antan qui dominent chez eux, convaincu d'abord qu'ils seront prévenus en cas de catastrophe puis quand celle-ci arrivera qu'ils seront secourus à coup sûr.

Visuellement Murakami mélange les techniques entre animation traditionnelle, stop-motion pour certains accessoires et éléments de décors, et parfois incrustation de nos personnages animés dans des cadres "en dur". Cela crée un effet troublant où la candeur "dessinée" des personnages se confronte de plus en plus à la crudité palpable des environnements qui gagnent en désolation. Les effets poétiques crayonnées dans une texture presque de fusain jouent autant sur la rêverie (Hildat soufflant sur un bourgeon qui enclenche un court moment musical) que le pur cauchemar avec la glaçante séquence d'attaque nucléaire.

Dès lors le malaise s'installe progressivement, l'allant amusé des personnages s'estompant dans une faillite morale (l'extérieur apocalyptique vu de sa fenêtre) et physique avec les effets croissants des radiations. La gorge se serre peu à peu quand le délabrement des lieux se conjugue à celui physiologique (amaigrissement, perte de cheveux) du couple, qui ne pouvant plus croire en l'humain, en recours avec une touchante maladresse à Dieu au final, en vain - la prestation de John Mills et Peggy Ashcroft au doublage est exceptionnelle. Une œuvre poignante, nécessaire et intemporelle.

Sorti en bluray anglais chez BFI et doté de sous-titres anglais