Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 28 juillet 2016

L'Impitoyable - Ruthless, Edgar G. Ulmer (1948)

Le richissime financier Horace Vendig annonce publiquement qu'il se retire des affaires. Ses proches cependant ne voient dans cette décision qu'une nouvelle ruse pour tromper le fisc. À l'aide d'une série de flash-back, l'ascension fulgurante d'un homme et les germes de son propre anéantissement nous sont exposés.

Edgar G. Ulmer reste aujourd’hui dans la mémoire cinéphile comme ce réalisateur génial dont le brio élevait à des hauteurs insoupçonnées des productions fauchées telles que le célèbre Détour (1945). Par une série d’heureux hasards, la période 1946-1949 va pourtant constituer une parenthèse enchantée où Ulmer va délaisser les tournages à l’économie pour signer des œuvres plus nanties et ainsi montrer ses capacités lorsqu’on lui donne les moyens. Cette série de film comprend Le Démon de la chair (1946), Carnegie Hall (1947), Les Pirates de Capri (1949) et donc ce Impitoyable.

Le film s’avère formidablement précurseur tout en étant une œuvre bien de son temps. Le sujet et la narration en flashback évoque immédiatement Citizen Kane (1941) d’Orson Welles par approche morcelée de l’ascension d’un loup de la finance. Ulmer se déleste cependant de la dimension baroque et opératique de Welles, ramenant son film sur terre par sa thématique novatrice. Il s’agit ici de montrer l’envers sombre du rêve américain, la réussite d’Horace Vendig (Zachary Scott) en épousant tous les contours mais de manière monstrueuse. L’ouverture nous montrant l’homme d’affaire sous son jour le plus imposant trouve au départ son contrepoint émouvant en flashback où l’on découvre son enfance. Rudoyé par une mère aigrie pour laquelle il est un fardeau et délaissé par un père sans le sou, Vendig va trouver le salut dans sa seule action désintéressée du récit, lorsqu’il sauvera sa camarade Martha (Diana Lynn) de la noyade. Attendri par la situation du sauveur, les parents de Martha vont l’accueillir au sein de leur foyer. Cette ouverture touchante sera teintée d’ambiguïté au vu de la suite des évènements et il faudra sans doute surtout en retenir la courte entrevue de Vendig avec son père (Raymond Burr) où ce dernier lui recommande de d’employer tous les moyens possibles pour s’en sortir. La scène qui suivra, toute émouvante qu’elle soit semble donc être une application du conseil lorsqu’il ira larmoyant devant la maison des Burnside qui vont le recueillir.

Toute la première partie du film tend vers cette ambiguïté des intentions de Vendig avant que le pouvoir et l’ambition aidant, ses manigances apparaissent au grand jour. Chaque mouvement de l’ascension de Vendig passera par la séduction et la trahison d’une femme. Là encore Ulmer passe de l’ambiguïté à l’infamie ouverte et assumé au fil de la réussite du héros, porté par un montage remarquable qui aiguille à chaque fois en amont sur ses véritables intentions. Ainsi la scène d’anniversaire de Martha où Vendig complexe face à ses amis étudiants dans de prestigieuses facs est suivie d’une déclaration d’amour où il obtiendra de son beau-père une inscription à Harvard. 

Plus tard bien qu’humilié par Buck Mansfield (Sydney Greenstreet) rival en affaire, Vendig n’aura pas laissé échapper l’information comme quoi son épouse (Lucille Bremer) possède 48% des parts de ses affaires. Dès lors la séquence qui suit les montre tous les deux dînant en tête à tête, amorçant une cruelle revanche. La construction du récit rend plus cinglants encore les méfaits de notre héros, dévoilant ses victimes  passées au présent avant de révéler leur sort en flashback. On découvre ainsi la tension entre Sydney Greenstreet et Lucille Bremer lors de la soirée rédemptrice de Vendig, avant d’en comprendre plus tard la raison en comprenant qu’ils ont été mari et femme. Ulmer en joue également dans sa mise en scène, laissant longtemps hors-champs Lucille Bremer lors de la scène du dîner, son apparition amenant le nous coup bas de Vendig de façon percutante.

L’ensemble du film semble d’ailleurs construit de cette façon. D’abord la phase de séduction, d’enjôlement d’une femme/d’un partenaire dont on obtient ce que l’on veut et dès lors le dialogue, la rencontre ou la situation qui suit semble rebondir vers un autre objectif sous forme de nouvelle victime à manipuler. Chaque protagoniste croisé par le héros n’est qu’un pion, une marche pour l’étape suivante de son insatiable ambition. Cette fluidité semble atténuée par les scènes au présent semblant montrer un Vendig repenti, ou encore les rencontres avec son meilleur Vic (Louis Hayward), caution morale qui l’humanise un peu. Il n’en sera pourtant rien, Vendig retrouvant ses instincts carnassiers pour tenter de séduire comme jadis la compagne de son ami jouée par la même Diana Wynn pour renforcer la répétitivité de cette avidité. 

Le film fut parmi les premiers à dépeindre autant dans le détail les tractations du monde de la finance, Ulmer équilibrant en alimentant les informations techniques aux trahisons bien humaines de Vendig. L’ensemble anticipe donc grandement les biens plus tardifs Wall Street (1987) d’Oliver Stone (Vendig lâche presque une tirade équivalente au célèbre « Greed is good » de Gordon Gecko) ou Le Loup de Wall Street (2013) de Martin Scorsese. Cependant Ulmer troque la bonhomie de ses héritiers à une froideur oppressante où la forme chatoyante (décors, costumes, photo somptueuse de  Bert Glennon) constitue un voile et un écrin illusoire à une véritable jungle où il s’agit de dévorer le plus faible. Même le semblant de morale finale est teinté de doute (Mallory souhaitait-elle donner une leçon à Vendig ou peut être partir avec lui ?), sauf pour la nature irrécupérable de Vendig résumé par ce dialogue cinglant : Not a man, a way of life…

Sorti en dvd zone 2 français cz Sidonis

mardi 26 juillet 2016

Trainspotting - Danny Boyle (1996)

Les aventures tragi-comiques de Mark Renton, junkie d'Edimbourg, qui va tenter de se séparer de sa bande de copains, losers, menteurs, psychopathes et voleurs. 

Danny Boyle signe un pur film culte et générationnel avec ce Trainspotting qui électrisa le cinéma anglais des années 90. Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de l’écrivain écossais Irving Welsh, une chronique de l’ennui ordinaire de la jeunesse d’Edimbourg et de leurs menus larcins dictés par leur addiction à l’héroïne. Son fidèle producteur Andrew Macdonald aiguille Danny Boyle sur le potentiel du roman et le réalisateur par son approche du sujet convaincra Welsh de lui en céder les droits. L’auteur jusque-là sollicité pour des transpositions sérieuse et misérabiliste est séduit par la dimension « ludique » et grand public du scénario de John Hodge. L’un des grands changements sera de donner un fil conducteur plus consistant en recentrant complètement la narration sur Renton (Ewan McGregor) tout en conservant l’aspect tranche de vie junkie du roman où de courts chapitre dépeignait le quotidien des personnages.

Irving Welsh fut parfois accusé par ses détracteurs de donner une image monstrueuse, méprisante et condescendante des classes ouvrières qu’il entendait défendre. Il entendait montrer une société capitaliste 80’s où le consumérisme et l’individualisme ordinaire en appel à un repli sur soi dépassant la notion de pauvreté ou de richesse. Le personnage de Renton en est une illustration parfaite. L’absence de perspective, la grisaille d’Edimbourg et un quotidien sans but amène vers ce repli par les détours opiacés de l’héroïne. Le monologue d’ouverture du héros dépeint ainsi tout un monde de responsabilité adulte et pénible qu’il cherche à fuir : 

Choose Life. Choose a job. Choose a career. Choose a family. Choose a fucking big television, choose washing machines, cars, compact disc players and electrical tin openers. Choose good health, low cholesterol, and dental insurance. Choose fixed interest mortgage repayments… Choose a starter home. Choose your friends. Choose leisurewear and matching luggage. Choose a three-piece suit on hire purchase in a range of fucking fabrics. Choose DIY and wondering who the fuck you are on Sunday morning. Choose sitting on that couch watching mind-numbing, spirit-crushing game shows, stuffing fucking junk food into your mouth. Choose rotting away at the end of it all, pissing your last in a miserable home, nothing more than an embarrassment to the selfish, fucked up brats you spawned to replace yourselves. Choose your future. Choose life...

Cette tirade désabusée est contrebalancée à l’image sur fond de Iggy Pop par la cavalcade de Renton venant de commettre un délit de plus pour financer son addiction, visage dément, émacié et hagard. Avant de lâcher la raison de cette fuite en avant :

But why would I want to do a thing like that? I chose not to choose life. I chose somethin' else. And the reasons? There are no reasons. Who needs reasons when you've got heroin?

L’héroïne est donc pour ces misérables le moyen le plus court de nourrir cet individualisme à défaut d’autre chose, Boyle narrant par quelques vignettes bien senties à quel point là repose la seule exaltation des protagonistes. Contrairement au Requiem for a Dream (2000) de Darren Aronofsky ne jouant que sur l’aspect descente aux enfers de l’addiction, Trainspotting est sans doute une des visions les plus justes des hauts et des très bas que procurent l’existence de junkie. La vraie vie n’est synonyme que de frustrations matérielles, de compromissions sentimentales (le saisissant montage alterné de la nuit agitée et des lendemains qui déchantent de Tommy, Renton et Spud, hilarant et pathétique) et de soumissions à l’ordre des choses - Spud sabordant un entretien d’embauche pour continuer à toucher tranquillement ses allocations. L’héroïne n’exige rien de vous, offre un plaisir saisissant, immédiat et dilate le temps et l’espace pour vous absoudre de toute responsabilité, de tout tracas. Retrouver cette sensation d’oubli éphémère nécessite ainsi toute l’énergie et la volonté du junkie comme le montrera un montage brillant de délinquance urbaine sordide sur fond de Nightclubbing d’Iggy Pop.

La force de Danny Boyle est justement ce ton jouant avec les hauts et les bas de l’addiction. L’imagerie surréaliste des trips de Renton entremêle constamment la grâce et la crasse avec dans une même séquence « les pires toilettes d’Ecosse » et une vision apaisée et rêveuse du monde dissimulée sous une cuvette de WC. Le réel ne possède pas ces aspérités et est juste grisâtre et déprimant, voir cette sortie en campagne avortée et l’occasion d’une tirade mémorable de Renton sur la honte d’être écossais. La narration percutante rend au départ ces montées et descentes très ludique, tant par le contraste de situations sources de jubilation et gags fabuleux (le réveil des plus scatologiques de Spud) que par la caractérisation des personnages. Spud (Ewen Bremmer qui joua le rôle de Renton dans l’adaptation théâtrale du roman qui précéda le film) gentiment benêt et ahuri, Sick Boy ses tirades existentielles et sa passion pour Sean Connery et même le sociopathe Begbie (extraordinaire Robert Carlyle accro lui à la violence), tous constituent des figures hautes en couleurs et malgré tout attachantes à leurs étranges manières. 

L’addiction croissante de chacun dilue pourtant toute cette approche, l’autre comptant toujours moins que l’étourdissant oubli du prochain fix qui fera oublier tous les drames. Boyle ose quelques moments assez insoutenables avec la mort d’un nourrisson et une éprouvante scène de sevrage. Il offre également la plus belle scène de sa carrière avec cette d’overdose portée par le Perfect Day de Lou Reed, le sentiment d’échappée se faisant morbide et poétique grâce à une belle idée formelle – Renton s’enfonçant dans la moquette dont il conserve la vision tout au long de son bad trip.

Cette survie miraculeuse en forme de résurrection amorce le virage de la dernière partie. Ayant gouté les joies d’une existence cossue londonienne, Renton trouve une autre voie pour nourrir son égo.  L’esprit clair, il comprendra que le lien à ses anciens amis ne tenait qu’à une cuillère réchauffée et une seringue enfoncée dans la chair pour faciliter la trahison finale. Quand les joies du consumérisme tendent leur bras, l’individualisme n’a plus besoin d’endosser le désespoir symbolisé par l’héroïne mais peut enfin embrasser les joies d’une vie bourgeoise. La tirade finale faisant écho à l’ouverture n’est plus un rejet, mais une acceptation :

Now I'm cleaning up and I'm moving on, going straight and choosing life. I'm looking forward to it already. I'm gonna be just like you. The job, the family, the fucking big television. The washing machine, the car, the compact disc and electric tin opener, good health, low cholesterol, dental insurance, mortgage, starter home, leisure wear, luggage, three piece suite, DIY, game shows, junk food, children, walks in the park, nine to five, good at golf, washing the car, choice of sweaters, family Christmas, indexed pension, tax exemption, clearing gutters, getting by, looking ahead, the day you die.

Dans la fange comme dans le possible luxe, l’homme est seul et uniquement préoccupé par lui-même (même si un élément final atténue un peu la vision cynique) dans une noirceur que Danny Boyle reprend d’Irving Welsh mais qui prolonge son propre Petits Meurtres entre amis (1994) inaugural. Il en faudra du chemin pour parvenir au conte lumineux et positif de Slumdog Millionaire (2009). 

Sorti en dvd zone 2  français chez Universal

dimanche 24 juillet 2016

Fille d'amour - Traviata '53, Vittorio Cottafavi (1953)

Carlo Rivelli, jeune et fringant jeune homme issu d'une école d'ingénieur, marche sur les traces de son père, un industriel désargenté. C'est alors que Carlo rencontre la belle Margherita, une prostituée, qui n'a aucune peine à le séduire. Mais leur histoire d'amour naissante semble vouée à l'échec... 

 Si l'on se souvient surtout de Cottafavi pour ses péplums (La Vengeance d'Hercule (1960), Hercule à la conquête de l'Atlantide (1961), Messaline (1959)) et films historiques, il débuta dans un registre plus auteurisant et fut un maître du mélodrame comme le montre ce Fille d'amour. Le titre original Traviata '53 est plus parlant pour désigner ce qui est une adaptation contemporaine de La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils. L'histoire bien connue de la courtisane entretenue tombant amoureuse d'un jeune homme sans le sou trouve donc son cadre dans l'aristocratie milanaise lorsque Carlo (Armando Francioli) croise la belle Rita (Barbara Laage). C'est réellement la puissance dramatique qu'apporte Cottafavi dans sa mise en scène et direction d'acteur qui donne toute sa force au récit qui déroule assez classiquement la célèbre trame de Dumas.

Le début badin et cruel (le mépris dont fait l'objet le modeste Carlo face aux fêtards nantis milanais) voit le jeune héros n'observer et aimer Rita que de loin, aux antipodes de son monde et de ses aspirations. L'abnégation même de Carlo n'est vue que comme une tocade et un simple désir physique pour Rita jusqu'à une magnifique scène de premier baiser où Cottafavi capture la surprise sur le visage de la courtisane : elle comprend qu'elle est réellement aimée et va alors rendre ce baiser avec sincérité. La scène de séduction bascule vers la scène d'amour par ce revirement subtil. C'est avec ce même sens visuel que le réalisateur illustre le dépit amoureux, notamment ce panoramique sur la figure défaite de Carlo alors que Rita lui ment sur la nuit passée avec son "bienfaiteur".

A l'inverse toute la dimension sordide du train de vie de Rita reste hors-champ pour son aspect sexuel, l'environnement luxueux suffisant à traduire les ressources desquelles il est issu. Cottafavi place ainsi toute la facette mélodramatique hors-champs, la famille pauvre de Rita à aider, l'insistance de son riche amant et la pression sociale de la simili mère maquerelle jouée par Gabrielle Dorziat en restant à des esquisses douloureuses dont le tourment ne se dévoile que par la magnifique prestation de Barbara Laage. On ressent une véritable pudeur de Cottafavi pour son héroïne sacrificielle, le déterminisme social s'avérant plus explicite côté masculin avec la famille de Carlo. Cette retenue se ressentira dans le final où la douleur de Carlo est saisie à distance à la manière d'un Naruse dans ses grandes scènes dramatiques, la réelle flamboyance ne passant dans un long travelling en train où Rita accepte sa déchéance. Une belle réussite à laquelle Cottafavi parvient à amener une approche personnelle à une œuvre si souvent adaptée.

Sorti en dvd zone 2 français chez René Chateau

vendredi 22 juillet 2016

84, Charing Cross Road - David Jones (1987)

Un écrivain new-yorkais, passionnée de littérature, recherche avidement quelques livres rarissimes. Elle déniche un beau jour l'adresse d'un libraire londonien, qui peut lui envoyer les ouvrages tant désirés. À travers la correspondance qu'ils ne tardent pas à s'échanger, une grande amitié et une sincère complicité va bientôt naître.

84, Charing Cross Road est une jolie adaptation du roman éponyme de Helene Hanff paru en 1970. Il s'agit d'un recueil épistolaire regroupant la correspondance qu'entretint Helene Hanff avec le libraire londonien Franck Doel durant vingt ans. Féru de littérature et ne trouvant pas à New York les ouvrages recherché, Helene Hanff trouvera l'annonce d'une librairie anglaise se proposant de retrouver des livres anciens et épuisés. La complicité, l'amitié et l'amour des livres partagés au fil des lettres avec son interlocuteur privilégié Frank Doel constituera ainsi le cœur de l'ouvrage, la correspondance s'interrompant avec le décès de Doel et la fermeture de la librairie. Le roman rencontrera un grand succès à sa sortie, prolongé au théâtre avec l'adaptation scénique de James Roose-Evans. C'est de cette version que s'inspire le film de David Jones.

Le réalisateur va au plus simple dans sa mise en scène et narration pour exprimer par l'image cette amitié épistolaire, jouant de la voix-off, du montage alterné et du dialogue face caméra au fil de la complicité progressive des deux protagonistes. C'est dans la performance inspirée des acteurs et des nuances de leur caractérisation que naîtra l'intérêt. C'est tout d'abord le choc des caractères entre l'exubérance new yorkaise d’Helene (Anne Bancroft) et la réserve anglaise de Frank (Anthony Hopkins) qui amène l'énergie au récit. Le style vif d'Helene la voit houspiller et mettre au défi avec amusement Frank de retrouver les ouvrages, ce dernier s'en acquittant et lui répondant avec une déférence polie.

David Jones développe cette idée en rendant l'environnement de chacun plus consistant au fil des échanges, que ce soit les ruelles bondées de New York arpentées par Helene ou la librairie paisible ainsi que les manoirs poussiéreux où Frank part à la chasse aux livres anciens. Tout en ne perdant jamais de vue la littérature sources de moments drôles et virulent (Helen s'emportant sur l'aberration d'une bible anglicane retraduite en latin, d'une mauvaise édition d'un volume de Samuel Pepys ou tout simplement du retard à recevoir ses ouvrages dans une impatience toute américaine), l'histoire met finalement en parallèle leurs vies personnelle et l'apport mutuel de leur relation.

Helene semble combler une solitude par cette boulimie littéraire (la photo d'officier évoquant un fiancé disparu au front, son émotion en regardant Brève rencontre de David Lean) et Frank un quotidien fait de privation dans une Angleterre vivant sous le rationnement quelques années à peine après la fin de la guerre. Cette facette s'étend même aux autres employés de la libraire participant ponctuellement à l'échange épistolaire et pour lesquels Helen constituera peu à peu l'amie mystérieuse des Amériques. David Jones se montre fin en faisant de cette présence lointaine un symbole de modernité (le style de vie indépendant d'Helene mis en parallèle avec celui d'une secrétaire faisant le thé pour le personnel de la librairie) et d'ouverture au monde, tant géographique (l'évocation d'une ancienne employée partie en Afrique et en Australie à la fin du film n'est pas anodine) que culturelle (Frank n'ayant guère l'occasion de causer littérature avec son épouse plus simple jouée par Judi Dench) et aussi une bienfaitrice leur envoyant des denrées rares.

Cette relation amènera les discussions sur un terrain plus trivial toujours synonyme de choc des cultures (Helene vantant les mérites de l'équipe de base-ball des Dodgers auquel Frank répond par son amour du club de football de Tottenham) et des discussions plus personnelles sur leur famille. Anthony Hopkins incarne ici un versant positif de son rôle culte à venir des Vestiges du jour (1993) de James Ivory. Sa réserve et sa façon de toujours rester sur le terrain littéraire dans les discussions pourrait le rendre distant mais au contraire la sympathie, la dévotion et l'attachement à sa correspondante transparaissent constamment et le rendent très touchant. C'est à lui qu'on doit une des plus belles scènes du film, quand plein d'espoir il observe une cliente américaine de la libraire qu'il pense être Helen. Anne Bancroft est tout aussi épatante, la mélancolie se ressentant grandement sous l'allant du personnage et sa performance lui vaudra un BAFTA de la meilleure actrice. Encore plus qu'à sa sortie, le film ramène vraiment à l'aspect précieux et sincère que pouvait représenter ce type de lien, plus difficile à imaginer à notre ère de l'échange virtuel numérique démocratisé. Une œuvre très attachante en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony 

mercredi 20 juillet 2016

Sparrows Can't Sing - Joan Littlewood (1963)

Sparrows Can't Sing sous son évocation enjouée du train de vie cockney de ce début des 60's est une œuvre plus novatrice qu'elle n'en a l'air. Le film est l'unique réalisation cinéma de Joan Littlewood, figure majeure du théâtre anglais surnommée "The Mother of Modern Theatre" et fondatrice en 1953 du Theatre Workshop. Cette compagnie fut un des espace de création novateur de la scène anglaise, croisant réalisme cru et une certaine excentricité de ton et esthétique qu'on retrouve dans les adaptations à l'écran de certaines de ses pièces les plus fameuses comme A Taste of Honey (1961) de Tony Richardson ou plus tard Oh! What A Lovely War (1969) de Richard Attenborough. Sparrows Can't Sing voit donc Joan Littlewood transposer au cinéma la pièce éponyme de Stephen Lewis qu'elle avait mis en scène en 1960.

Sous l'allure bon enfant, Joan Littlewood retranscrit ses expérimentations scéniques tout en rendant ses audaces moins immédiatement marquées que les kitchen-sink drama de l'époque auxquels on serait tenté d'associer le film. L'histoire dépeint le retour dans son East End londonien natal de Charlie (James Booth) après deux ans de tour du monde en tant que marin. Il souhaite reconquérir sa jeune épouse Maggie (Barbara Windsor) qu'il a quittée aussitôt marié pour son périple. Le générique du début présente dans un montage éclair le joyeux drille irresponsable qu'il fut, coureur, buveur et fêtard ce qui ne l'empêcha pas de se marier. Malheureusement pour lui Maggie ne l'a pas attendu et vit désormais avec un chauffeur de bus (Roy Kinnear) et élève sa fille de deux ans dont la parenté prête à discussion. Toute la première partie du film dépeint la redécouverte de son quartier par Charlie et sa recherche infructueuse de Maggie.

Joan Littlewood nous donne à voir ce Londres changeant du début 60's, les anciennes maisons de brique détruite pour laisser place à d'imposante barre d'immeuble. Plutôt que de s'attarder sur la nostalgie ou une vision négative de cette modernité, la réalisatrice nous montre dans ce retour au pays une Angleterre cosmopolite comme on la rarement vue dans les productions anglaise de cette période. On a ainsi une scène culte lorsque Charlie arpente les appartements de ces fameux buildings et croise divers couche de la population avec lesquels il échangent joyeusement, notamment une famille africaine avec laquelle il improvise une danse endiablée. Par ses voyages notre héros représente le pont entre cette ouverture au monde et une certaine tradition anglaise lorsqu'il retrouvera d'anciens camarades, ce qui donnera à nouveau lieu à des rencontres pittoresques et d'épiques expéditions au pub local.

Charlie oscille également entre sa belle qu'il souhaite reconquérir, les responsabilités qu'il est prêt à assumer mais aussi son tempérament immature et imprévisible qui fait son charme et son principal défaut. Joan Littlewood mêle brillamment ce côté foutraque, improvisé et réaliste issu du théâtre et une vrai mise en scène de cinéma porté par des cadrages dynamique, des mouvements de caméra qui mettent en valeur le décor mais aussi la loufoquerie des protagonistes (l'expédition en marche militaire vers le pub). C'est une manière d'opposition avec le train de vie désormais plus plan plan de Maggie avec son époux, la réalisatrice se montrant subtil en en faisant à la fois un cadre d'ennui domestique mais aussi de respiration bienvenue face à la dinguerie de Charlie. Le ton sautillant de l'ensemble n'empêche pas une vraie profondeur mais évite complètement la sinistrose d'un kitchen sink drama, notamment le cafardeux Un amour pas comme les autres de John Schlesinger sorti l'année précédente.

Les barrières morales insurmontables qu'on trouvait dans ce dernier (peut-être du fait de se dérouler en province quand le film de Joan Littlewood se passe à Londres) semblent absentes ici, où la bigamie "involontaire" de Maggie est connue et acceptée de tous sans jugement, où les jeunes gens flirtent ouvertement (la jeune nièce jouée par Barbara Ferris et ses deux prétendants sources de quelques situations amusantes) sans le regard moralisateur des adultes. Tout cela est symbolisé par le personnage de Maggie, jouée avec une fougue sexy et candide de tous les instants par Barbara Windsor qui sera d'ailleurs nominée aux BAFTA pour sa performance.

L'alchimie fonctionne idéalement avec James Booth, tout en moments tendres maladroits et bons mots complice notamment la très belle scène des premières retrouvailles au pub. Très plaisant donc et si subtilement mené que l'issue reste incertaine jusque dans les derniers instants, sans qu'un choix constitue forcément un happy-end ou un drame d'ailleurs. Une tranche de vie cockney (dont le respect du slang en fera la première production anglaise sous-titrée lors de sa sortie au Etats-Unis) qui met de bonne humeur.

Sorti en dvd zone 2 anglais et bluray anglais, et doté de sous-titres anglais (indispensable pour cause de langage cockney ardu à saisir)

Pour les anglophones un entretien rétrospectif récent sur le film avec Barbara Windsor

mardi 19 juillet 2016

Obsessions - Flesh and Fantasy, Julien Duvivier (1943)

Un homme, obsédé par un rêve, consulte un ami qui lui lit trois récits dans lesquels le rêve et les prédictions ont eu une influence prépondérante. Dans le premier, une jeune fille laide approche le jeune homme qu'elle aime, à la faveur d'un bal masqué. Dans le second un homme devient assassin malgré lui. Et dans la troisième, un acrobate a rêvé qu'il se tuerait en faisant son numéro à la vue d'une certaine femme brune.

Obsessions est une des belles réussites de la période américaine de Julien Duvivier et constitue pour Universal une manière de surfer sur le succès de Tales of Manhattan, un film à sketches que le réalisateur signa à la Fox l’année précédente. Duvivier se trouve pleinement dans son élément ici à travers trois sketches dont les sources d'inspiration diverses - un scénario original pour le premier et le troisième segment, une adaptation de la nouvelle d'Oscar Wilde Le Crime de Lord Arthur Saville pour le second - forment un tout cohérent autour du thème de la destinée. Celle-ci est une source de bonheur ou de tourments pour qui sait se détacher ou se soumettre à la connaissance, à l’interprétation qu'il en aura au cours des différentes histoires. C’est un questionnement que l’on trouve tout au long de la filmographie de Duvivier : cette destinée transcende la quête d’ailleurs dans La Bandera (1935), l’écrase dans Pépé le Moko (1937) et représente la source de variations intradiégétiques - le jeu narratif de La Fête à Henriette (1952) - ou extradiégétiques à travers les deux fins de La Belle équipe (1936). L'argument de départ tient dans la rencontre de deux amis à leur club, l'un (Robert Benchley) confiant à l'autre son trouble. La veille, une voyante lui a prédit qu'il agirait d'une certaine façon tandis que dans la nuit un rêve prémonitoire le montrait faire l'exact contraire. Son ami va donc lui faire lire trois histoires qui le guideront dans son dilemme. Les trois sketches se tiennent plutôt tous bien, les deux premiers captivent par leur esthétique et leur atmosphère tandis que l'émotion sera au rendez-vous surtout dans le troisième.

La première histoire se déroule à La Nouvelle-Orléans en plein Mardi Gras. La jeune Henrietta (Betty Field) n'est pas de la fête, rongée par la rancœur. Son physique disgracieux la complexe et la noie dans la solitude, à contempler son voisin étudiant (Robert Cummings) dont elle est amoureuse et qui ne la voit pas. Un être mystérieux lui donne alors un masque sous lequel elle paraîtra belle aux autres, le charme s'estompant le matin. L’ambiance nocturne est envoûtante et l'animation, les farandoles et les costumes de ce Mardi Gras forment un tourbillon aux contours de rêve éveillé et de pure féérie. Ce foisonnement visuel s'estompe progressivement pour laisser se découvrir et s'aimer les deux amoureux fraîchement rencontrés. Betty Field (dont l'allure masquée préfigure Les Yeux sans visage) au jeu volontairement forcé au départ avec ce maquillage qui l'enlaidit finit par exprimer une fragilité et une retenue surprenantes une fois masquée, l'émotion fonctionnant par sa voix douce, ses regards et sa gestuelle délicate. Enfin préoccupée par l'autre et non plus par son propre mal-être, Henrietta va enfin découvrir qu'elle peut être belle dans ce très joli moment. Il s’agit donc ici d’accepter le coup de pouce du destin pour s’améliorer.

La deuxième histoire voit l'avocat Marshall Tyler (Edward G. Robinson) victime d'une prédiction du voyant Podgers (Thomas Mitchell) qui lui annonce qu'il commettra un meurtre. Perturbé par la nouvelle, Tyler cherche à devancer l'événement et à commettre un crime, sans succès jusqu'à la pirouette finale. Le déroulement est attendu mais la mise en scène de Duvivier instaure une ambiance gothique oppressante, portée par les jeux d'ombres expressionnistes de la photographie de Stanley Cortez et des décors conçus par Robert Boyle. La savoureuse prestation schizophrène d’Edward G. Robinson permet une interprétation ambigüe entre pur cauchemar à tendance psychanalytique et vrai récit surnaturel dans lequel une destinée fatidique sera venue punir ce personnage arrogant.

 La transition se fait à même le récit précédent pour amorcer le dernier sketch. Charles Boyer est un funambule victime d'un rêve prémonitoire avant son numéro, au cours duquel il chute lorsque crie une femme qui a les traits de Barbara Stanwyck. Il finira par la rencontrer en chemin pour sa prochaine prestation à Londres. Barbara Stanwyck dégage charme, mystère et fragilité avec son brio habituel et forme un beau couple avec un Charles Boyer parfait de séduction. Le sketch résume bien le fil rouge du film où l’on ne sait si cette destinée annonce une menace inéluctable planant sur le couple s’il reste ensemble, ou si elle célèbre au contraire leurs sentiments dans un magnifique dilemme rédempteur. Au passage, Duvivier fait preuve d’un brio formel éblouissant pour illustrer le numéro virtuose de Charles Boyer. La séparation finale, chargée d’émotion, achève de faire de ce segment le meilleur du film. Un quatrième sketch fut d'ailleurs coupé au montage : le mort découvert au début la première histoire en était issu, tueur emporté dans une tornade et ayant échoué là. Universal préféra couper cette partie pourtant coûteuse - notamment une spectaculaire scène de tornade - finalement recyclée et complétée de scènes additionnelles dans Destiny (1944) de Reginald LeBorg.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal 

dimanche 17 juillet 2016

Les Diamants sont éternels - Diamonds Are Forever, Guy Hamilton (1971)

James Bond fait le tour du monde pour retrouver Ernst Stavro Blofeld, responsable de la mort de sa femme. Bond le retrouve et le jette dans une mare bouillante, croyant l'avoir tué. Bond retourne en Angleterre et apprend que des diamants sud-africains disparaissent. Il se rend aux Pays-Bas pour rencontrer une certaine Tiffany Case, qui est censée le renseigner, et il part avec elle pour Las Vegas.

Au service secret de Sa Majesté (1969) s’avérera avec le temps le sommet artistique de la saga mais rencontrera à sa sortie un succès bien plus mitigé que les épisodes de Sean Connery. L’introduction d’un nouvel interprète et son incarnation d’un Bond plus vulnérable ainsi que le final dramatique semble avoir dérouté le public. George Lazenby mal conseillé avait jeté l’éponge avant même la sortie du film et les producteurs doivent donc se mettre en quête d’un nouvel interprète ainsi que d’une orientation neuve du personnage en ce début des années 70. Les Etats-Unis étant la principale source de revenus de la saga, le choix est fait de rendre Bond plus américain notamment en engageant l’acteur John Gavin pour reprendre le rôle. La United Artist va mettre le holà à ces choix car tout ce qu’elle souhaite est le retour du fils prodigue, Sean Connery. Ce dernier ne pourra refuser le pont d’or inédit à l’époque de 1,25 million de dollars et la promesse de pouvoir se faire produire deux films de son choix – un seul résultera finalement de cet accord mais un grand, The Offence (1972) de Sidney Lumet.

Dès lors tout le projet se déleste des velléités novatrices du précédent pour retrouver le ton de la glorieuse époque Sean Connery et plus particulièrement Goldfinger (1964) qui lança définitivement le phénomène Bond. Son réalisateur Guy Hamilton revient donc, le scénario en offre un décalque sur de nombreux points (les diamants substitués à l'or, l’histoire se déroulant essentiellement aux Etats-Unis) et bien évidemment on rappelle Shirley Bassey pour le générique. Hamilton avait miraculeusement su mélanger nonchalante élégance, sursauts de sadisme et excentricité de tous les instants (se souvenir de la grand-mère adepte de la mitrailleuse,  du Fort Knox chromé or du final) dans Goldfinger et rejoue la même partition en moins inspiré dans Diamonds are forever. Le film alterne ainsi constamment les réussites et les déconvenues. Le duo de tueurs gay Mr Wint (Bruce Glover) et Mr Kidd (Putter Smith) apporte un mélange de menace et d’excentricité qui donne un ton glaçant et loufoque à chacune de leurs sinistres exécutions. Le Blofeld incarné cette fois par Charles Gray (pourtant capable de jouer des méchants terrifiants comme dans la production Hammer Les Vierges de Satan 1968) est plus facétieux et bien loin de la menace glaçante que représentaient Donald Pleasence et Telly Savalas précédemment dans On ne vit que deux fois (1967) et Au service secret de Sa Majesté

Le film se laisse néanmoins suivre, notamment grâce à un scénario habile qui mêle habilement de l’actualité d’alors (un camouflage de Blofeld reposant sur la nature reclus d’un simili Howard Hughes), la contrebande de diamants et rejoue la carte futuriste (la menace venue de l’espace d’On ne vit que deux, la poursuite en buggy lunaire) avec un relatif panache. Même si l’on passe un bon moment, la nonchalance de Goldfinger se mue ici en mollesse que ne parviennent pas à rehausser les moments de tensions trop bref et sans idées. Tout est constamment désamorcé par une distance et un humour qui annonce le pire de la période Roger Moore. Le suspense a beau être remarquablement amené par moments (la bagarre dans l’ascenseur, Bond coincé dans un incinérateur moments qui doivent surtout à la musique de John Barry), un bon mot de trop, une attitude décalée, dénue l’ensemble du souffle épique qui portait pourtant des épisodes bien plus extravagants. 

Loin de l’élégance de Lewis Gilbert sur On ne vit que de fois et du punch de Terence Young dans les premiers volets et de l’inventivité de Peter Hunt dans Au service secret de Sa Majesté, Guy Hamilton amène à peine une certaine luxuriance dans sa capture de Las Vegas et s’avère assez poussif pour rendre l’ensemble réellement palpitant. Sean Connery, vieillissant, légèrement empâté  conserve néanmoins cette prestance et présence animale mais clairement sans l’implication d’antan. Quelques jeux de mots prêteront à sourire (la rencontre avec la gironde Plenty O’Toole qui prolonge la tradition des personnages féminins de la saga nommés dans un double sens graveleux) et l’ensemble n’est pas désagréable à suivre notamment grâce à l’équipe artistique toujours aussi inventive - Ken Adam qui lâche un sacré décor avec l’ascenseur argenté de Blofeld. 

Le dilemme du film se situe autant dans son ouverture que sa conclusion. Le pré générique hésite entre l’héritage d’Au service secret de Sa Majesté et la première période. Bond y cherche activement Blofeld comme pour une vengeance du meurtre de son épouse à la fin du précédent, le montage percutant et la voix off assénant agressivement « Where is Blofed » le laisse pense avant que l’allure goguenarde et assurée de Sean Connery - absolument pas dans le ton donc, aurait-il su jouer la vulnérabilité voulue du précédent même s’il avait conservé le rôle ? – ne vienne gâcher les attentes. La destruction finale de la base de Blofeld et leur ultime face à face ridiculise définitivement la Némésis bondienne et appuie ce ton désinvolte - sans oublier une des James Bond girls les lus nunuche de la saga jouée par Jill Saint-John. Alors si l’on est loin de la pantalonnade des deux volets suivants, l’âge d’or bondien semble pour un temps bien révolu d’autant que Sean Connery fait ses adieux définitifs au rôle – malgré une ultime et lucrative rechute dans le poussif Jamais plus jamais (1983) hors saga. 

Sorti en  dvd zone 2 français et bluray chez Fox