Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 29 août 2016

Risky Business - Paul Brickman (1983)

Joel Goodson (Tom Cruise) est un lycéen de Glencoe, banlieue cossue de Chicago. Ce fils unique traverse une période difficile : ses parents ne lui laissent guère de liberté tout en le couvant comme un gamin, il rêve d'intégrer la prestigieuse université de Princeton, mais ses notes sont moyennes et il est d'une timidité excessive avec les filles. Un jour, alors que les parents de Joel sont partis en vacances pour quelques jours, son ami Miles (Curtis Armstrong) le convainc d'appeler une call-girl dans une petite annonce pour sortir de sa coquille.

Risky Business est le film qui fera de Tom Cruise une star, mais également une œuvre emblématique de la mentalité 80’s. La thématique du coming of age typique du teen movie se voit quelque peu pervertie par l’ère reaganienne. Tom Cruise incarne un lycéen de banlieue WASP à l’avenir tout tracé subissant l’exigence et la sévérité de ses parents. Le réalisateur Paul Brickman développe ainsi une certaine dualité esthétique en la réalité studieuse de Joel et ses fantasmes. Le film s’ouvre sur une scène de rêve flottante et sensuelle suivi d’un moment plus terre à terre lors d’un partie de poker du héros et ses amis où cette retenue introvertie éclate tant dans le dialogue que la situation – les camarades fume cigare et ont leur bière à portée de main quand Joel reste sobre et n’est audacieux que dans le discours mythomane d’une coucherie à laquelle personne ne croit. 

Tom Cruise précédemment petite frappe dans le Outsiders (1983) de Francis Ford Coppola est tout aussi crédible en jeune homme timoré, paralysé par la pression imposé par son environnement. La liberté d’esprit et l’incertitude bienveillante de la jeunesse hédoniste des 70’s semble avoir déjà laissée place au carriérisme exacerbé des 80’s. Un dialogue entre le héros et ses amis quant à leurs perspectives ne laisse aucun doute, quand Joel encore naïf rêve avant tout de s’accomplir les autres ne cherchent qu’à s’enrichir. Le cheminement et la maturité du personnage se feront donc en assumant à son tour cette mentalité de gagnant.

Joel subit au départ les évènements. Le fantasme demeure coupable – avec une hilarante tentative de masturbation avortée - et la quête de volupté sera provoquée lorsqu’un ami commande une call girl pour lui. Le monde du fantasme s’introduit dans le réel le temps de l’apparition mémorable de Lana (Rebecca De Mornay) porté par les nappes de synthé de Tangerine Dream et accompagne les ébats de Joel enfin déniaisé. La relation entre Joel et Lana, romantique tout en étant intéressé poursuit l’ambiguïté du propos. Notre héros est forcé par la tournure des évènements à un déniaisement moral après celui physique, les péripéties comiques débouchant sur une « réussite » douteuse de proxénète en herbe pour Joel. L’exercice pratique de son option « entrepreneur » au lycée devient concret, démocratisant le dépucelage tarifé pour la jeunesse masculine en rut de ces quartiers nantis. Tom Cruise devient littéralement dans ce film ce VRP maître de la promo, lunette noires, petite veste et sourire toutes dents dehors dessinant l’ambitieux impitoyable. Paul Brickman sème le trouble entre romantisme et imagerie publicitaire dans les moments tendres, l’étreinte dans un wagon de métro entre Lana et Joel n’étant pas loin du cliché avec l’accompagnement du tube de Phil Collins In the air tonight.

Le propos du réalisateur était cependant plus sincère et désenchanté avec une conclusion initiale voulue comme plus mélancolique. Il ne sera pas entendu, le propos du film tout en se drapant d’une morale assez hypocrite où le retour dans le droit chemin de Joel ne signifie pas un repentir, mais une prémisse de ses réussites futures. L’assurance potache et feinte (la scène culte où il chante et danse en sous vêtement dans son appartement) laisse place au cynisme assuré. De la transformation de Joel, à la présence papier glacé de Lana (capable de moments de sincérité touchante lorsqu’elle met un terme aux questions moralisatrices du bien né Joel) tout tend vers une certaine superficialité, un détachement intéressé, celui de la seule réussite. Discutable mais remarquablement amené. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

 

samedi 27 août 2016

Franc jeu - Honky Tonk, Jack Conway (1941)

En fuite, le voyou Candy Johnson (Clark Gable) décide de se rendre avec son ami Sniper dans la petite ville de Yellow Creek pour y faire des affaires. En chemin, il rencontre Elizabeth (Lana Turner), une belle jeune fille de Boston qui commence par le repousser mais qui finit par tomber sous son charme. Une fois à Yellow Creek, Candy retrouve d'anciennes connaissances. Il utilise alors ses talents d'arnaqueur pour se faire de l'argent.

Honky Tonk offre un savoureux mélange de western et de comédie romantique porté par le duo de charme Clark Gable/Lana Turner dont c'est le premier film en commun. La facette romantique piquante se teintera progressivement d'une tonalité plus dramatique, lorsque le récit sera rattrapé par les éléments de westerns finalement assez dur contenu dans le scénario (violence et corruption dans les cités des pionniers chercheurs d'or). Le film s'ouvre sur un hilarant cliché du genre (et pas si souvent concrètement vu) lorsque l'arnaqueur virtuose Candy Johnson (Clark Gable) s'apprête à passer au goudron et aux plumes par la population menaçante qu'il a roulé. Son bagout va miraculeusement lui permettre de s'en sortir mais désormais il souhaite quitter cette vie aventureuse pour trouver une petite ville où s'installer et s'enrichir. Le récit se partage donc entre l'ascension roublarde de Johnson dans la petite ville de Yellow Creek et la séduction de la charmante et innocente Elizabeth (Lana Turner).

Rien ne semble pouvoir résister à un Clark Gable tout en malice et en culot, Jack Conway ne différenciant pas au départ ses entourloupes (la manière dont il trouvera les fonds pour ouvrir son saloon...) et la romance avec Lana Turner. Dans les deux cas, l'éloquence et le charme suffisent sans s'impliquer outre mesure, tout interlocuteur étant un "sucker" soit une victime potentielle à rouler. De même l'implication de Johnson dans la ville (pour laquelle il fait construire toute les institutions officielles, église, mairie, école) participe à celle de sa relation avec Elizabeth, mais là il se trouvera dépassé par l'amour ardent de la jeune femme qui devient son épouse presque à son insu.

Voir l'éternel aventurier ainsi désarçonné offre d'irrésistible moments de comédie où la respectabilité du héros ne restera qu'une façade. Lana Turner excelle en amoureuse éperdue (magnifiée par quelques gros plans sublimes), apportant subtilement sa veine séductrice à la pureté initiale du personnage. Guère résistante au baiser forcé de Gable, elle affiche une surprenante moue de déception quand ce dernier rebrousse chemin après avoir enfoncé la porte de sa chambre. Jack Conway contourne d'ailleurs non sans audace le Code Hays pour faire douter ou signifier que la nuit a été consommée avec la réminiscence des plans sur les vêtements de Gable et/ou Turner accrochés les porte-manteau. Une fois marié l'attitude prude a totalement disparue et on retrouve la Lana Turner vamp dans les scènes intimes.

Le thème sur l'honnêteté et/ou la corruption morale contaminant tour à tour le couple est intéressant mais reste assez superficiel et prétexte à la comédie romantique et au drame. On peut le regretter (surtout avec la belle interprétation de Frank Morgan en arnaqueur repenti) mais le charme du couple rend l'ensemble très attachant à l'image d'un final irrésistible.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

jeudi 25 août 2016

Le Jardin des délices - El jardín de las delicias, Carlos Saura (1970)

Antonio, industriel riche à millions, se retrouve amnésique et paralysé à la suite d'un malheureux accident. Sa famille, qui compte sur son capital et en dépend, va tenter de ranimer sa mémoire.

La réminiscence du passé, du souvenir et le retour en enfance aura souvent lancé les personnages de Carlos Saura vers le point de non-retour. L'obsession fétichiste du héros de Peppermint frappé (1967) vient de sa volonté de ressusciter un premier émoi adolescent. Le couple de La Madriguera (1969) se brise dans les jeux supposés le relancer et en rejouant les premières heures d'amour sincère de leur mariage. Saura fait de cette reconstruction déformée et impossible du passé le leitmotiv du Jardin des délices pour un regard cinglant sur la famille mais surtout une critique acerbe du régime franquiste. L'histoire s'inspire d'un fait réel rapporté au réalisateur sur un homme rendu idiot par un accident et dont la famille tentait de faire revenir la mémoire par des visites quotidiennes de tout son entourage. Dans le film il s'agira d'Antonio (José Luis López Vázquez), riche industriel amnésique et cloué dans un fauteuil roulant. La famille ne ménage pas ses efforts pour lui faire recouvrer la mémoire, rejouant et reconstituant entièrement des épisodes de son enfance. Tout cela est bien sûr intéressé, Antonio détenant toutes les données et informations financières de l'empire familial.

Ces reconstitutions donnent lieu à des séquences grotesques et surréalistes dont une ouverture mémorable rejouant une punition et terreur enfantine d'Antonio lorsque ses parents lui firent croire qu'ils le feraient dormir pour la nuit avec les cochons. La satire s'installe progressivement, cette comédie servant dans un premier temps à fustiger la cupidité de la famille qui intègre avec bien peu de finesse ses intérêts financiers aux souvenirs. Le père (Francisco Pierrá) en rappelant à Antonio sa passion pour les atlas insiste lourdement sur la Suisse où se trouve leurs comptes bancaires tandis que sa femme (Luchy Soto) tout en cajoleries cherche à lui faire dire le code du coffre-fort de leur chambre. L'hébétude d'Antonio sera l'occasion d'une revanche pour les faibles le dominant désormais, que ce soit son fils le rudoyant ou les domestiques le rudoyant. José Luis López Vázquez, attendrissant et pitoyable par son interprétation subtile ne joue pas un homme diminué, mais prématurément sénile.

Les souvenirs refaçonnés le ramènent en enfance mais également les situations du quotidien où il doit réapprendre à écrire, parler, où il retrouve l'obsession mammaire du nourrisson - une domestique lui montrant un sein pour qu'il finisse son repas. Le parallèle entre la dépendance de cette famille pour son maître déchu et l'état de débilité dans lequel il est tombé représente donc l'Espagne d'alors où un Franco vieillissant et diminué ne lâche pas les rênes du pouvoir, enlisant le pays et l'empêchant d'entrer dans une ère moderne. On comprend alors que toutes les scènes d'enfance d'Antonio recrée relèvent de la satire par leur nature orientée. L'irruption des "rouges" Républicain pendant la communion de ses dix ans figure la quiétude bienveillante de l'église en opposition au tumulte et à la terreur des activistes. L'image saine de la famille est pourtant contredite à travers un autre souvenir avec l'attitude séductrice et presque incestueuse de la pulpeuse tante (Lina Canalejas) d'Antonio.

Carlos Saura déploie une atmosphère étrange où le montage nous faire perdre pied entre réel et illusion, passé et présent. On ne fait peu à peu plus de vraie différence entre les retours en arrière façonnés par la famille pour Antonio et les vrais sursauts de mémoires de celui-ci. Certaines visions sans portée dramatique ou satirique s'insèrent à l'ensemble, nous faisant partager la psyché embrumée du héros comme lorsqu'il verra des chevaliers en armures traverser son jardin. Saura ne ménage cependant pas son héros et n'en fait pas une victime. Le rapprochement avec Franco se ressent quand il lui fait retrouver des bribes de l'éloquence d'antan, d'abord dans musée affichant sa grandeur passée d'entrepreneur puis face à son conseil d'administration où il bredouille ses discours d'antan.

Le personnage achève d'être rendu pathétique en rappelant le tyran injuste (et désormais inoffensif) qu'il fut par son attitude brutale avec une domestique - qui le lui rend bien signe de la faillite de cette autorité. Sans guide et livrée à elle-même, la famille et donc l'Espagne ne peut que sombrer à l'image d'une dernière scène magistrale où arborent désormais le même état catatonique. Moins allégorique que d'ordinaire, Carlos Saura subira les foudres du pouvoir puisque le film sera interdit durant plusieurs mois avant de sortir dans une version censurée et moins explicite. Sans doute moins impliquant émotionnellement par cette charge plus directe, le propos du film n'en reste pas moins passionnant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa 

Extrait

mercredi 24 août 2016

Le Pornographe - Erogotoshi-tachi yori: Jinruigaku nyûmon, Shoei Imamura (1966)

Mr Ogata vit avec une veuve qui a eu deux enfants adolescents. Il est d'ailleurs attiré par sa belle-fille tandis que sa compagne, qui est persuadée que son mari s'est réincarné en une carpe, entretient une relation proche de l'inceste avec son garçon. Pour faire vivre cette famille, Ogata tourne et vend des films pornographiques clandestins.

Même s’il a jusque-là pu réaliser ses films en toute liberté au sein de la Nikkatsu, Shohei Imamura y rencontre une certaine incompréhension pour leur ton singulier et faible potentiel. Cela va l’amener à créer sa propre société de production Imamura Productions dont le premier projet sera Le Pornographe, néanmoins coproduit et distribué par la Nikkatsu. Le sujet est proposé au réalisateur par l’acteur Shōichi Ozawa d’après le roman d'Akiyuki Nosaka (auteur à qui l’on doit Le Tombeau des Lucioles) et Imamura décide de le réaliser tout en lui confiant le rôle principal. Le titre original Erogotoshitachi yori Jinruigaku nyumon (littéralement Une introduction à l'Anthropologie au travers des Pornographes) reprend de façon plus radicale encore la dimension anthropologique et la nature d’observateur étudiant des spécimens qu’Imamura avait initié avec La Femme Insecte (1963). Il concrétise même visuellement l’idée ici avec l’ouverture et la conclusion qui nous introduit puis nous sort d’un écran de cinéma, une manière aussi de lier cette approche avec le métier de son héros. Même s’il s’en éloignait grandement, on pouvait encore trouver une relative notion de mélodrame dans la trajectoire de l’héroïne de La Femme Insecte, tout cela s’estompe ici dans un ensemble plus dérangeant.

Le Pornographe prolonge les thématiques de Cochons et Cuirassés (1961) et La Femme Insecte mais dans un contexte radicalement différent pour le Japon. Les précédents films présentaient un Japon colonisés, pauvre et encore en reconstruction où les héros soumis à leurs désirs et appât du gain se perdaient dans une volonté de survie et d’évasion. Les Jeux Olympiques 1964 de Tokyo ont signifié au monde le redressement économique du pays et si les personnages s’abandonnent à une même faiblesse de caractère, l’adversité n’est plus une excuse. Ogata (Shōichi Ozawa) gagne sa vie en étant le pourvoyeur de plaisir de la haute société japonaise. Il réalise leurs fantasmes par procuration en tournant des films érotiques clandestins ou envoie aux hommes des jeunes femmes prêtes à satisfaire leur demande les plus déviantes. 

A l’époque la Nikkatsu entame son virage vers le Pinku Eiga (cinéma érotique japonais) et Imamura tout en s’en démarquant par sa vision très noire, anticipe nombres de pratiques et perversions qui irrigueront le genre voire la sexualité japonaise au sens large. Chacun de ces fantasmes participe à cette volonté de domination du mâle japonais, d’une libido s’épanouissant par la soumission de la femme. Cela donne quelques demande et situations sacrément dérangeantes. Un homme d’affaire désire ainsi ardemment posséder une vierge, las d’avoir été toute sa vie le second (y compris avec son épouse) et souhaitant à son tour être le premier amant d’une femme à qui il laissera un souvenir inoubliable. Un autre rêvant du viol d’une écolière en uniforme se verra fictionnaliser sa lubie dans un film amateur mais le tournage s’interrompt lorsque Ogata à la stupeur de constater que les acteurs recrutés sont père et fille… Imamura tout en nous déstabilisant arbore ce ton neutre où les éléments tordus s’enchaînent au montage sans dramatisation ou être monté en épingle.

L’occupant américain ne sert donc plus de prétexte à l’avilissement comme dans Cochons et Cuirassés, il s’agit simplement d’une demande à satisfaire pour la classe aisée dans le capitalisme le plus sauvage. Cette absence de scrupules va peu à peu se répercuter sur la sexualité d’Ogata. Vivant avec une veuve et ses deux enfants adolescents, Ogata nourrit un désir de plus en plus coupable - culpabilité rappelée par une cicatrice à la jambe - pour sa belle-fille Keiko (Keiko Sagawa) âgée de quinze ans - une transgression qu’on trouve aussi à la fin de La Femme Insecte. La promiscuité nourrit cet appétit sexuel insatiable du héros qu’Imamura capture dans les étreintes ardentes avec sa compagne (Sumiko Sakamoto), et par les regards concupiscents à la dérobée où il observe Keiko se changer à travers l’entrebâillement d’une porte.

Il tentera bien de résister mais parallèlement tout son univers s’écroule (son « commerce » racketté par les yakuzas, la police qui le harcèle…) et le rendant plus maladivement encore que ses clients esclave de ses désirs pervers. Déçu dans ses ambitions de fonder une famille (au passage le vaurien qu’incarne le beau-fils n’a rien à envier au jeune coq de Cochons et Cuirassés pour une vision assez désabusée de la jeunesse japonaise), de s’enrichir et surtout de satisfaire ses fantasmes, Ogata va basculer. Les rêves d’abus et de soumissions étant impossible avec une femme forcément infidèle et/ou traitresse, autant se façonner une compagne artificielle.

 Imamura anticipe donc à la fois les dérives fétichistes et otakus de la société japonaise dans un final glaçant où la quête de virilité ultime mène à la déshumanisation, le fantasme de la machine supplantant celui de la chair. Ogata dans son parcours symbolise ainsi une société japonaise malade, entre sexualité dérangée (les relents d'inceste entre la mère et le fils) et ignorance avec les superstitions d'Haru voyant le regard inquisiteur de son époux défunt à travers une carpe. Passionnant même si on put regretter que le côté anthropologue empêche toute implication – dont une narration longuette et monotone -, mais c’est aussi ce qui permet l’absence de jugement envers des personnages qui ne sont que des spécimens soumis à leurs émotions.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Elephant Films 

mardi 23 août 2016

La Fille dans la vitrine - La Ragazza in vetrina, Luciano Emmer (1961)

Vincenzo, travailleur d'origine italienne, est employé dans une mine de charbon en Belgique. Après avoir survécu à un grave accident, il veut retourner dans son pays. Il fait un détour à Amsterdam en compagnie de son ami Federico. Là, il rencontre une prostituée d'une très grande beauté, Else, dont il tombe éperdument amoureux. Ses perspectives sont alors entièrement bouleversées...

La Fille dans la vitrine est une œuvre qui signe malheureusement le glas de la carrière de Luciano Emmer dans la fiction. Le sujet du film provoque les foudres du parti de la Démocratie chrétienne qui via la censure en imposera de larges coupes avant de lui accorder une sortie réservée aux adultes pour un évident échec commercial. Dégouté Luciano Emmer retournera donc à ses premières amours documentaires durant les 30 années suivantes (notamment pour la RAI) et ne reviendra à la fiction qu'en 2001 avec Une longue, longue, longue nuit d'amour. Rien de scabreux pourtant dans ce beau film où Luciano Emmer revisite avec brio le sujet de son film le plus connu, Dimanche d'août (1950). Dans ce dernier il évoquait à travers un récit choral les hauts et les bas d'un groupe de personnages durant le congé dominical et y observait donc une Italie à la croisée des chemins de la crise d'après-guerre et du boom économique à venir.

 Dix ans plus tard Luciano Emmer s'intéresse ainsi aux travailleurs émigrants italiens avec ces mineurs quittant le pays pour travailler en Belgique. On retrouve l'habile mélange du réalisateur en fiction et documentaire où il capture dans un même mouvement la camaraderie de ce groupe de travailleur mais aussi l'âpreté du travail à la mine. Après avoir introduit le jeune Vincenzo (Bernard Fresson) et ses compagnons, Emmer les fait disparaître en tant qu'individu. La descente à la mine symbolise un oubli du monde (ce zoom arrière voyant la lumière du jour s'éloigner brutalement) et de soi, réduisant chacun à un travailleur anonyme et interchangeable par son visage noir de suie, par son corps disparaissant dans les tunnels exigus, sombres et rocailleux. Ayant frôlé la mort et longuement agonisé après un éboulement, Vincenzo se laisse entraîner par Federico (Lino Ventura) un autre survivant, à un weekend de plaisir à Amsterdam.

Les péripéties des protagonistes de Dimanche d'août étaient à la mesure de leur quotidien de travailleur, entre langueur à la plage ou solitude urbaine. L'oubli recherché par Vincenzo et Federico est donc aussi radical que la dureté de leur tâche en semaine, un weekend avec les prostituées posant en vitrine dans les rues d'Amsterdam. L'habitué Federico sert de guide à son compagnon et au spectateur quant aux codes de ce monde tandis que la caméra d'Emmer arpente crûment l'activité de ces rues des plaisirs et l'aguichage des belles d'âges, physiques et talents variés. Le récit prend son temps, nous faisant explorer les différents bars du quartier où grouille cette diaspora italienne travailleuse venue se relaxer et où le se sexe (même celui non désiré hilarante scène ou Lino Ventura se trouve à son insu dans un bar gay) semble partout pouvoir se monnayer selon les finances et la capacité à communiquer.

La réserve de Vincenzo est tout autant un obstacle que l'attitude balourde de Federico, mais si le second retrouve sa compagne habituelle Corrie (Magali Noël) le premier n'arrive pas à oublier la belle et mystérieuse Else (Marina Vlady) aperçu en voiture. Trouvant le courage de la solliciter il va passer la nuit puis le weekend avec elle. Bernard Fresson loin de certains rôles rustres qui le feront connaître par la suite est surprenant en jeune homme emprunté et amoureux. L'alchimie fonction à merveille avec une troublante Marina Vlady. Elle est d'abord vue comme une vamp distante et avide exprimant le détachement qu'exige ce métier de prostituée, Emmer capturant subtilement son trouble naissant face à l'innocence et au regard timide de ce garçon cherchant le courage de l'aborder et étonnement tendre au moment de "consommer".

Le drame du film va naître de l'incapacité des hommes à reconnaître dans leur compagne des esclaves tout comme eux recherchant l'oubli dans leur bras. Magali Noël laisse ainsi peu à peu se fissurer son cynisme de façade, jalouse et colérique quand Federico sollicite d'autres femmes au détour du weekend. Lui ne semble voir en elle qu'un repos du guerrier après sa semaine à la mine. La douceur des regards et attitudes d’Else trahissent également d'autres sentiments auquel Vincenzo ne semble pouvoir répondre que par l'expression de son pressant désir physique. Luciano Emmer magnifie Marina Vlady lors de leurs retrouvailles sur les dunes surplombant la plage (également lors de la superbe scène de ballade en barque), délestant sa féminité de tous artifices séducteurs pour simplement capturer une beauté libre et désormais dénué de tout esprit de calcul.

Le machisme italien ordinaire semble pourtant incapable d'entrevoir cette vérité, une situation ou un dialogue maladroit venant toujours rappeler aux femmes leur nature d'objet de consommation éphémère le temps de ce weekend - Vincenzo riant lorsque Else lui demande son avis sur le mariage. Tout le film navigue dans cet entre-deux incertain, mais lorsque les personnages sont à court de mots et se montre les plus empruntés (ce baiser furtif et maladroit de Else à la gare) on ressent comme cette relation pourrait être plus sincère. La belle fin ouverte laisse à l'interprétation la suite possible avec le retour inattendu aux mines. Les retrouvailles en fin de semaine augurent elles une romance (le choix de reprendre à la mine de Vincenzo) ou une débauche ordinaire comme le suggère un dernier dialogue trivial ? Luciano Emmer laisse la réponse à la libre interprétation du cynisme et du côté fleur bleue du spectateur.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Video

samedi 20 août 2016

Souvenirs d'un été - Now and Then, Lesli Linka Glatter (1995)

Quatre amis d'enfance se trouvent pour préparer la naissance du bébé de l'une d'entre elles. Lorsqu'elles se retrouvent toutes ensemble, elles se remémorent leurs souvenirs d'enfance, pendant les années 70.

Now and Then est un beau teen movie en forme de pendant féminin du classique Stand by me (1986) de Rob Reiner avec lequel il partage plusieurs points : transition de l'enfance à l'adolescence pour les personnages, cadre provincial et atmosphère rétro teintée de nostalgie. Le point négatif qui l'empêche d'égaler son modèle concerne la présence de séquences contemporaines qui même si elles ne concernent que de courts moments en début et fin de film ratent le coche au niveau du ton, de l'implication (on sent les stars venues cachetonner pour trois jours de tournage) et même du casting (quand on voit une Christina Ricci resplendissante vingt ans après le film c'est d'autant plus difficile de croire en Rosie O'Donnell bougonne l'incarnant adulte, idem pour la jeune Thora Birch et Melanie Griffith). Par contre dès qu'il se concentre sur les émois de ces adolescentes, c'est une petite merveille d'émotion.

Respectant le pacte de leur douze ans, Roberta (Christina Ricci/Rosie O'Donnell), Teeny (Thora Birch/Melanie Griffith), Samantha (Gaby Hoffmann/Demi Moore) sont de retour sur les lieux de leur enfance pour accompagner leur amie Chrissy sur le point d'accoucher. C'est l'occasion de se remémorer cet de 1970 où tout a changée pour elles. Le fil rouge du récit sera la résolution de la mort d'un adolescent en 1945, son esprit semblant se manifester aux quatre amies alors qu'elles expérimentent une séance de spiritisme dans un cimetière. "L'enquête" mettra donc en avant leurs traits de personnalité et chacune des problématiques intimes qu'elles rencontrent. Il y a bien sûr les premiers émois amoureux, terrain curieux et inconnu qui sera l'occasion de moments comique avec Chrissy guère informée sur les choses du sexe. Les autres un peu plus au fait voient néanmoins les garçons comme des enquiquineurs turbulents même si les choses vont progressivement changer.

Le scénario aborde des sujets difficiles comme le deuil avec Roberta marquée par la mort de sa mère. Lesli Linka Glatter amène subtilement le sujet, s'inscrivant dans des aspects en apparence anodins puis plus dramatique : la nature de garçon manqué de Roberta se construisant faute d'un modèle féminin (une féminité naissante reniée qu'elle cache en se bandant la poitrine), et un tempérament casse-cou trahissant une fascination morbide pour la mort. Christina Ricci en dure à cuire masquant sa vulnérabilité est épatante, le charisme entrevu dans la géniale Mercredi de La Famille Addams se retrouve ici plus fragile et sans artifice. Les particularités inhérente à l'époque se retrouvent également avec Samantha affrontant le divorce de ses parents, situation encore rare qi la distinge de ses camarades. Les jeunes filles découvrent ainsi les failles du monde des adultes, prolongée en arrière-plan par la brève rencontre d'un vétéran du Vietnam (Brenda Fraser dans un rôle bref).

La réalisatrice cerne bien l'aspect crucial de chaque moment vécu, de chaque nouvelle expérience pour le quatuor. Les moments attendus (une scène de premier baiser adorable de Christina Ricci) sont réussis mais c'est réellement quand il scrute l'amitié fusionnelle dans les instants intimistes et les confessions de chacune que le film est le plus touchant. Un moment gênés entre Roberta et Chrissy lui reprochant ses pulsions morbides, l'aveu de sa situation familiale difficile par Samantha (et Teeny la réconfortant avec la liste de leurs sitcom favorites aux familles recomposées) où le soutien silencieux des amies quand Roberta connaîtra les circonstances de la mort de sa mère, tout cela est merveilleusement observé et interprété.

On sent le changement intime et celui du regard des jeunes filles sur le monde pour le pire et le meilleur lorsque le mystère sera résolu. Visuellement les scènes contemporaines sont d'une rare platitude, trahissant le passif plutôt télévisuel de Lesli Linka Glatter. Elle se montre bien plus inspirée dans la narration en flashback avec une photo diaphane baignée de couleurs pastel capturant l'innocence de l'atmosphère pavillonnaire rétro 70's - belle direction artistique de Gershon Ginsburg. L'insouciance (les baignades, les balades à vélo) est aussi communicative que la mélancolie suspendue (Teeny regardant Love Story depuis le toit de sa maison d'où dépasse l'écran du drive-in) et la complicité des jeunes actrices (toutes nominées aux Young Artist Awards en 1996). Pour ne rien gâcher, la bande-son rétro est fabuleuse (les Supremes, Jackson Five, Allman Brothers, les Monkees, Badfinger...) et fait décoller régulièrement le récit. Un petit bijou méconnu qui a gagné son aura culte avec le temps - après un accueil mitigé dû à la familiarité avec Stand by me - au point de susciter récemment des rumeurs de remake pour une série.

Sorti en dvd zone 1 chez New Line et doté de sous-titres anglais

 

vendredi 19 août 2016

American Sniper - Clint Eastwood (2015)


Chris Kyle est un champion de rodéo vivant au Texas. Après les attentats de Nairobi, il décide de s'engager dans les Forces armées des États-Unis. Il suit alors l'entrainement des SEAL où il devient un sniper de l'unité. Il rencontre Taya Renae, qui devient sa femme. Chris est envoyé en Irak. Sa précision et son adresse au tir sauvent de nombreux soldats américains, qui le surnomment très vite « La Légende ».

Les films vrais bons films produits sur la guerre en Irak furent à postériori rares, Hollywood y retrouvant certes une conscience politique mais sans finesse dans sa diatribe anti Bush généralisée pour des œuvres désormais oubliées – dont un sinistre Redacted (2007) où De Palma refaisait grossièrement à la sauce YouTube ce qu’il avait autrement mieux exprimé dans Outrages (1989). L’intérêt se trouvera dans les films plus ambigus, à la lecture incertaine allant au-delà de la simple dénonciation pacifiste. On pense évidemment au brillant Démineurs (2009) de Kathryn Bigelow qui mêlait une originale et palpitante tension capturant autant la singularité du conflit à la notion addictive de l’adrénaline qu’elle générait pour ce corps de l’armée avec le personnage de Jeremy Renner. American Sniper creuse le même sillon avec un plus grand vertige encore puisque transposant une histoire vraie. Clint Eastwood adapte en effet les mémoires de Chris Kyle, sniper émérite et héros national ayant 160 tirs létaux à son « tableau de chasse » durant ses différentes campagnes.  L’ambiguïté du film relève totalement de celle à laquelle on associe Eastwood entre le contenu de ses films et ses opinions politiques.

La première partie de la carrière d’Eastwood, acteur comme réalisateur, dessine une vision faussement binaire du monde. Inspecteur Harry (1971) reprend en milieu urbain les codes du western et l’imagerie du shérif dont la gâchette doit éradiquer la menace pour ses concitoyens. La démarche visait plus le divertissement efficace qu’une vraie vision du monde d’Eastwood et Siegel mais leur vaudra les foudres de la critique. Le tir est rectifié avec le second Magnum Force (1973) qui clarifiera les choses (les méchants étant de vrais vigilantes policiers au-dessus des lois) mais le très efficace quatrième volet Le Retour de l’Inspecteur Harry (1983) semble de nouveau magnifier le shérif urbain – avec cette inoubliable image d’Harry iconisé dans l’ombre, Magnum 357 à la main au secours d'une victime innocente. A l’inverse les westerns rendaient progressivement vains ce recours aux armes et à la vengeance avec le magnifique Josey Wales, hors-la-loi (1976) et surtout Impitoyable (1991). La dernière période d’Eastwood ne sera alors qu’une dénonciation de la loi du talion et des bas instincts dont on l’a fait le chantre avec Mystic River (2003) et Gran Torino (2008). American Sniper fait donc renouer Eastwood avec la polémique mais cela était nécessaire afin d’équilibrer entre le message du réalisateur, la personnalité controversée du vrai Chris Kyle et la figure de héros national qu’il s’agit de respecter.

Eastwood définit la nature d’American Hero de Chris Kyle à travers son identité WASP, que ce soit le culte des armes dès l’enfance, la religion et le patriotisme dans la vision binaire du monde inculque par son père divisé en prédateur/agresseurs, victimes et protecteur. Kyle semble dans un premier temps perdu et sans but jusqu’aux premiers attentats contre les ambassades américaines qui éveillent sa conscience et sa nature de protecteur. Il va donc s’engager chez les Navy Seals où ces aptitudes au tir vont en faire un sniper d’élite. La formation rude tissant les liens du corps des Navy Seals définit ainsi cette fraternité à travers une imagerie guerrière et virile dont la détermination et volonté de revanche sera renforcée par les attentats du 11 septembre. Le héros en construction va même rencontrer la femme idéale (Sienna Miller) avant que la première manifestation de cet héroïsme sème le trouble chez le spectateur. Dans une séquence d’une tension extrême, Kyle devra donc abattre une femme et un enfant qui s’apprêtaient à lancer une grenade sur un convoi américain. 

Ce ne sont pas le genre d’images que convoquent les conflits nobles comme la Deuxième Guerre Mondiale (qui ont eu certes leur lot de confrontation sanglantes) et contribue à effriter la nature du héros. Eastwood avec cet acte fondateur procède ainsi à la déshumanisation progressive de Kyle. La caméra s’attarde longuement sur son visage troublé et saa réaction épidermique quand un camarade le félicite, après avoir saisi sa longue hésitation avant le tir. Les cibles suivantes seront neutralisée avec une froideur grandissante, que ce soit via le montage cut ou le visage désormais impassible de Kyle. Eastwood adopte le point de vue de ces soldats américain sur l’Irak dont la population constitue toujours une menace latente ou un moyen d’accéder à l’ennemi. La désinvolture à l’égard d’une famille irakienne les ayant renseignés conduira à un châtiment barbare de la part du Boucher, chef ennemi insaisissable. Face à ce chaos, il s’agit de rester lucide et de contenir ses émotions jusqu’à perdre son âme que Kyle dissimule sous une épaisse barbe, des lunettes noires et une casquette. La nervosité et le masque deviennent peu à peu naturels pour lui et il ne peut s’en départir de retour à la vie civile, restant un fantôme pour sa famille.

Eastwood exprime l’addiction au champ de bataille de Kyle par sa gestion de la temporalité. Les missions et les permissions s’alternent, les camarades tombent ou se retirent, la famille vieillit et/ou s’agrandit, Kyle revient toujours déterminé pour faire son « devoir » en Irak. Contrairement à Démineurs où il s’agissait clairement d’une addiction à l’adrénaline inhérente à ce métier si particulier, American Sniper semble plutôt dessiner un patriotisme maladif annoncé avec l’imagerie WASP initiale. Si l’humanité de Kyle ressurgit vers la fin lorsqu’il aura de nouveau des scrupules à abattre un enfant, ses regrets ne viendront pas du sort de ses cibles mais des camarades qu’il n’a pu sauver. L’empathie pour ses frères d’armes tués ou mutilés émeut autant que son détachement face à ses actes certes héroïques mais discutables. 

Les doutes, Kyle ne les entrevoit qu’à travers son entourage : un frère plus ouvertement traumatisé en rentrant au pays, un camarade s’interrogeant sur l’utilité profonde de leur mission et bien sûr son épouse ne comprenant pas son acharnement à y retourner, encore et encore. La simplification du conflit (Eastwood s’astreignant de toute la géopolitique locale en mélangeant les rebelles sunnites et les miliciens chiites) suit ainsi le regard guerrier des soldats ou « l’autre » est tout simplement l’ennemi, aspect renforcé par une scène inventée pour le film quand le père de famille irakien qui loge les Navy Seals s’avérera être un sniper. Eastwood tout en ayant suscité l’empathie par la prestation de Bradley Cooper endosse ainsi la vision du monde de Kyle qui tint nombres de propos polémiques par la suite dans les médias et se montra d’un narcissisme certain dans le récit de ses exploits.

Les zones d’ombres sont donc bien là dans les situations et attitudes, sans pour autant négliger la nature héroïque du personnage, quelles que soient ses raisons. Seulement en ne surlignant pas son propos et en laissant l’ensemble à la libre interprétation du spectateur, Eastwood s’est autant exposé aux accusations de fascisme que de la réappropriation patriotique du film, son plus gros succès commercial à ce jour. D’autant qu'Eastwood en fait un vrai film de guerre haletant auquel il fait endosser une fois de plus la dimension de western avec le duel à distance (et inventé pour le film) que se font Kyle et un sniper syrien tout aussi redoutable de précision. 

Leurs confrontations offrent des séquences saisissantes, notamment celle qui conclut le film en pleine tempête de sable - où blessé et forcé de lâcher son équipement pour sauver sa vie, Kyle laisse la légende pour redevenir lui-même. La conclusion du film en faisant passer la machine de guerre inadaptée à la vie civile au père de famille épanoui puis au mythe lors du générique en forme de funérailles nationale dessine ainsi toute l’ambiguïté de Chris Kyle dans un admirable refus de la facilité. Si l’on était simplement venu se faire asséner « la guerre c’est mal » (a-t-on besoin d'un film pour être renforcé dans son opinion ? Autant poser d'autres questions) comme la plupart des films évoquant le conflit irakien on repartira déçu mais pour une étude de caractère plus vaste, plus trouble, on sera servi. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Warner