Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 27 novembre 2014

The Kingdom of Dreams and Madness - Yume to kyôki no ohkoku, Mami Sunada (2013)

 
A l’occasion de la sortie de Le Vent se lève (2013), Hayao Miyazaki annonçait celui comme son dernier film et son départ à la retraite. Le réalisateur avait déjà maintes fois fait ce type d’annonce précédemment (notamment à l’époque de Princesse Mononoké (1997) avant de toujours se rétracter, ajoutant de nouveaux joyaux à son œuvre mais fragilisant aussi l’avenir de Ghibli en ne permettant pas l’émergence d’une vraie relève. Quelques mois plus tard le studio Ghibli annonçait la fin de la production de long-métrage, l’activité du studio semblant condamnée à se ralentir avec le retrait d’un de ses fondateurs. Dans le même temps, Isao Takahata sans annoncer sa retraite signait le magnifique Conte de la Princesse Kaguya au terme d’une interminable production et le producteur Toshio Suzuki semblait également amené à prendre un certain recul. La fin d’une époque à tout point de vue donc et que le ton pesant et funèbre du Vent se lève caractérisait bien.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le documentaire de Mani Sunada qui aura suivit les derniers mois de production et la sortie du Vent se lève, nous immergeant au plus près du fonctionnement du studio Ghibli. Loin d’un simple making-of, la cinéaste nous offre un vrai regard et point de vue sur Ghibli à travers le portrait contrasté d’Hayao Miyazaki. Les images de la confection en cours du Vent se lève s’accompagne d’archives emblématiques retraçant la fondation de Ghibli et apportant de précieuses informations sur les relations complexes qui lient les trois fondateurs à savoir le producteur Toshio Suzuki et les cinéastes Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Takahata fut ainsi au départ le mentor d’un jeune Miyazaki fraîchement embauché à la Toei Animation au début des 60’s. Il l’aida à exprimer son talent dans diverses productions communes (la série TV Heidi ou encore le film Horus, le prince du soleil (1968)) où ils façonnèrent le futur imaginaire du Studio Ghibli entre folklore japonais et inspiration occidentale. Miyazaki pris son indépendance au moment de signer la série Conan, le fils du futur mais au moment de signer Nausicaä de la vallée du vent (1985), le film qui allait tout changer, il fit appel à son ami pour le produire et c’est sur les fondations de ce succès initial qu’il créèrent Ghibli, véhicule de leur créativité et indépendance. Bien qu’Isao Takahata quasi invisible du documentaire, son aura pointe en filigrane tout du long pour souligner les différences avec son ami et rival Hayao Miyazaki. 

La production en parallèle du Vent se lève et Le Conte de la Princesse Kaguya renvoie ainsi à celle houleuse qui eut lieu 25 ans plus tôt avec Mon voisin Totoro et Le Tombeau des Lucioles (1988). Autoritaire, organisé, méticuleux, doté d’un style précis et immédiatement identifiable, Miyazaki s’oppose ainsi constamment à Takahata au trait changeant d’un film à l’autre et dont les gestations chaotiques sont un moteur de créativité. Ces traits de caractères sont mis en avant à diverses reprises, les discussions des producteurs anxieux sur l’enlisement du Conte de la Princesse Kaguya s’enchaînant avec les décisions éclairs d’un Miyazaki capable de choisir en un coup d’œil l’affiche de son futur film ou de faire sur un quasi coup de tête un choix artistique périlleux (prendre le réalisateur Hideaki Anno pour doubler le héros du Vent se lève la séquence est savoureuse) sous le regard médusé de ses collaborateurs. Miyazaki se montre à la fois respectueux et admiratif pour son ami mais aussi très dur et critique face à sa méthode complètement opposé à la sienne.

L’usine à rêve qu’est le studio Ghibli apparait encore étonnamment artisanale, tant dans ses locaux restreints que son fonctionnement où chaque collaborateur se démène dans un recoin de cette salle de travail collective. Hayao Miyazaki symbolise cela à merveille, déambulant en tablier au milieu des artistes, travaillant d’arrache-pied à un story-board et imposant un fonctionnement où le manuel reste dominant (il n’aura commencé à céder à quelques effets numériques que depuis Princesse Mononoké). Dans ce cadre, le réalisateur reste un toujours un vrai contraste. Facétieux et rigolard avec ses collaborateurs, il n’en reste pas moins d’une exigence intraitable. Loin de l’image de colonie de vacances créative (un peu forcée certainement) que peut véhiculer Pixar, Ghibli apparait comme une vraie petite usine en soi (mais où la magie des films flotte à l'image de ce chat traversant les locaux) où les employés font plus figure d’ouvrier rigoureux que d’artiste. 

Certains d’entre en témoigneront, cette approche de leur travail est une forme de protection, y voir un métier plutôt qu’une passion permet de mieux répondre à l’immense exigence et au perfectionnisme de Miyazaki. Les plus investis ne font pas long feu et finissent inévitablement par quitter le navire après plusieurs années à ce rythme. On constate d’ailleurs à quel point l’aura de Miyazaki est grande pour ses collaborateurs puisqu’on ne le verra jamais hausser le ton ou se mettre en colère pour demander à certains d’accélérer ou revoir leur copie.

Il a une vision auquel chacun fait tous les efforts pour répondre, sachant que le maître se met une pression équivalente comme lorsqu’on le verra suer à dessiner le modèle d’avion japonais Zéro au centre du Vent se lève. Mani Sunada montre bien par son montage la dichotomie entre le rêveur et le travailleur acharné, justement dans un passage évoquant l’avion. Miyazaki raille ainsi les otakus et autres fan fétichistes du Zéro pour leur maniaquerie et manque de créativité pour quelques minutes plus tard s’amuser comme un enfant avec une maquette.

Même si une certaine nostalgie et mélancolie traversent le documentaire du fait de son contexte, jamais l’on ne ressent vraiment l’idée d’un adieu de Miyazaki ou Takahata. Les deux auront été un peu poussés à s’atteler à leur film en cours mais l’ébullition créative semble intacte, le septuagénaire Miyazaki semblant presque plus en forme sur les images contemporaine que dans les archives, vif et plein d’énergie. Son aîné de quatre Takahata fera son apparition à la fin du film marquer le coup de la fin de la production du Vent se lève et apparait aussi incroyablement fringant. Le travail semble être le moteur de ses vieux sages, jamais aussi heureux que dans cet élan créatif malgré l’énergie que puise un tournage. A l’inverse ce sont les plus jeunes qui semble marquer le coup, Goro Miyazaki rechignant à remettre le couvert lors d’une discussion sur un projet possible et l’assistant de Takahata évoquant avec humour son épuisement alors que le légendaire producteur Toshio Suzuki narrera des épisodes autrement plus harassant lorsqu’il mena simultanément Totoro et Le Tombeau des lucioles tout en supervisant la construction des bâtiments du studio. 

Dès lors malgré les annonces, on se dit qu’il suffira d’un rien pour que Miyazaki revienne une fois de plus sur sa décision (l’anecdote sur ce qui amènera la production du Voyage de Chihiro par un Miyazaki déjà supposé retraité est magnifique), Takahata n’ayant jamais déclaré arrêter d’ailleurs, le seul obstacle étant son rythme de travail laborieux. A voir les yeux brillant de Miyazaki imaginer toute une péripétie magique en observant un morne panorama urbain (que la réalisatrice met superbement en parallèle avec des images de ses films) on se dit que l’aventure Ghibli n’est sans doute pas réellement terminée. Un captivant et long documentaire qui passionnera en tout cas les nombreux admirateurs du studio.

Inédit en France pour l'instant mais pour les parisiens visible en ce moment dans le cadre du festival Kinotayo

mercredi 26 novembre 2014

Top Secret - The Tamarind Seed, Blake Edwards (1974)

Une employée du ministère de l'Intérieur britannique et un agent secret soviétique tombent amoureux durant un séjour à la Barbade. Mais leurs pays respectifs ne voient pas leur relation d'un bon œil. A défaut de les séparer, ils tentent de les utiliser afin d'obtenir des informations confidentielles.

Le début des années 70 constitue une période très particulière dans la carrière de Blake Edwards. La fin des années 60 l’avait vu s’atteler à des productions de plus en plus nanties et audacieuses mais qui pour la plupart allaient se solder par un échec commercial. Qu'as-tu fait à la guerre, papa ? (1966) et sa satire de la guerre arrive ainsi un peu trop tôt alors que les comédies pacifistes comme M.A.S.H. (1970) ou De l’or pour les braves (1970) rencontreront un grand succès dans un Hollywood plus ouvert à la contre-culture. L’aura de film culte de The Party (1968) se fera surtout dans le temps tant le film est singulier dans son approche comique à l’époque, et la comédie musicale flamboyante Darling Lili (1970) sera un échec cuisant car symbole du système de studio à bout de souffle alors qu’émerge le Nouvel Hollywood - au même moment un David Lean reçoit un accueil glacial injuste pour les mêmes raisons avec La Fille de Ryan

Edwards mettra pratiquement une décennie à s’en remettre, se relançant d’abord commercialement en ressuscitant la série des Panthère rose dont il enchaîne trois épisodes inégaux avec Le Retour de la Panthère rose (1975), Quand la Panthère rose s’emmêle (1976) et La Malédiction de la Panthère rose (1978). Pour le renouveau artistique, il faudra attendre le formidable Elle (1979) où il trouve la formule magique de la comédie adulte douce-amère qui fera le sel de ses riches années 80. Reste donc ce curieux moment du début des seventies où Blake Edwards se cherche, délaisse la comédie pure et s’aventure dans des genres inattendus pour lui avec notamment le western Deux hommes dans l’Ouest (1971), le thriller médical Opération clandestine (1972) et le film d’espionnage Top Secret (1973). Trois grandes réussites qui se solderont malheureusement à nouveau par des fours commerciaux, Deux hommes dans l’Ouest constituant même un souvenir douloureux car remonté par le studio ; Edwards en nourrira une rancœur tenace envers Hollywood qui s’exprimera dans le corrosif S.O.B. (1981).

On pense forcément à la série des James Bond avec ce générique de Maurice Binder accompagné d’une musique de John Barry, mais pourtant Top Secret dessine sa dualité entre espionnage et intrigue sentimentale dès cette ouverture. Le magnifique thème de Barry offre une tonalité romantique feutrée sur des jeux d’ombres du couple vedette tandis que l’arrière-plan rouge dresse le cadre inquiétant de l'environnement où va évoluer l’intrigue. C’est bien le monde de l’espionnage qui va s’introduire dans une histoire d’amour, qui débute de façon commune avec la rencontre entre l'Anglaise Judith Farrow (Julie Andrews) et le Russe Feodor Sverdlov (Omar Sharif) dans le cadre paradisiaque de la Barbade.

La romance est dans un premier temps perturbée par les fêlures de chacun : Sharif est un agent soviétique solitaire et désormais désintéressé de la cause tandis que Julie Andrews, secrétaire au ministère de l'Intérieur, sort d'une rupture douloureuse et ne s'est jamais pardonnée la mort de son mari quelques années auparavant. Entre eux se noue une étrange relation amoureuse platonique placée (élément crucial pour la suite) sous le signe de la sincérité malgré des natures diamétralement opposées. Déambulant dans de divins paysages exotiques, ils se livrent étonnement l'un à l'autre sur leurs différences culturelles, leur déconvenues personnelles et surtout ces doux sentiments qui semblent déjà les rapprocher. La séduction directe et entreprenante du Slave Feodor se heurte à la réserve de l'Anglaise Judith pas encore prête à se livrer, à souffrir de nouveau. Feodor, habitué à contenir ses émotions et à donner le change dans le monde du KGB où toute opinion divergente fait suspecter de trahison, va ainsi se révéler à cette femme qui à l’inverse est un véritable livre ouvert quant à ses émotions.

Omar Sharif par le bagout de son personnage parait souvent ambigu, le cynisme de sa vision du monde contredisant sa vraie croyance en son amour pour Judith. Julie Andrews à l’inverse exprime une candeur et une sincérité troublantes, incapable de donner le change en dépit de la distance et de la retenue affichées. Par ces tempéraments opposés, chacun trouve son complément chez l’autre et Blake Edwards signe en fait l’exact inverse de son Darling Lili. Dans ce dernier, l’histoire d’amour était toujours perturbée par la méfiance qu’entretenaient mutuellement les amants, le pilote américain joué par Rock Hudson et déjà Julie Andrews en agent double et simili Mata Hari officiant pour les Allemands.

La relation s’avérait mouvementée et tumultueuse car la volonté de manipulation se voyait rattrapée par de vrais sentiments naissants, dans un chaos jurant avec l’esthétique chatoyante du film. Top Secret, au contraire, oppose un amour pur, sincère et longtemps chaste qui constituera la seul lumière d’un environnement froid, uniforme (la Barbade dépourvue du moindre exotisme, Paris et Londres quasi anonymes et se devinant plus par le dialogue) et où tout le monde ment et dissimule un secret quelconque. On le sait, Blake Edwards a rencontré Julie Andrews sur le tournage de Darling Lili et l’a épousée peu après. A l’aune de cette information, on peut voir Darling Lili comme témoin de la confusion de l’amoureux incertain tandis que la paix qui traverse la romance de Top Secret est celle d’un amant confiant et apaisé.

L'histoire - adaptée du roman éponyme d’Evelyn Anthony paru en 1971 - prendra bien plus d’ampleur quand leurs professions, nationalités et blocs opposés rattraperont notre couple. Incapables d'imaginer une relation d'amitié, voire amoureuse, entre deux êtres issus de régimes antagonistes, les services secrets russes et anglais s'agitent pour empêcher ce lien puis en profiter afin de soutirer des informations. La sincérité jamais démentie du couple se poursuit de retour dans le monde réel, seul point d’ancrage dans la redoutable partie d'échecs qui se joue alors et qui convoque brillamment toutes les figures du genre (agent double, passage à l'Ouest, micros...) à travers les excellent seconds rôles que sont Anthony Quayle en chef du MI5 et Dan O'Herlihy en ambassadeur retors. 

Ces deux personnages figurent chacun à leur manière la paranoïa et le secret régnant dans cet univers du Renseignement. Quayle doute de tout et de tout le monde, cette méfiance le rendant quasiment omniscient et jamais pris au dépourvu par les revirements inattendus de certaines situations et de la part de certains protagonistes. Dan O'Herlihy avec son personnage d’ambassadeur justifie à lui seul cette paranoïa, son propre couple étant bâti sur un mensonge (il est homosexuel), si ce n’est son existence entière comme le montrera une révélation saisissante.

Epiés, suivis et traqués, les héros poursuivent dans le monde réel la magie du lien des premiers instants du film à travers l'alchimie palpable entre Sharif et Julie Andrews. Edwards les filme avec une grande pudeur, passant plus par les mots et sa mise en scène pour tisser leur lien puisque la dissimulation est constamment de mise pour donner le change à leurs pairs. L’ironie repose sur la manière dont les amants réussiront à poursuivre leur relation. En étant francs et en avouant à leurs supérieurs qu’ils se plaisent et souhaitent se voir, ils n’éveilleraient que la suspicion. Ils leur diront donc simplement ce qu’ils souhaitent entendre, Judith comme Feodor faisant croire chacun à leur camp qu’ils souhaitent faire de l’autre un agent double et pouvant alors se voir à leur guise. Feodor, habitué à ce jeu de dupes, s’en amuse même si les risques sont immenses tandis que l’expérience sera une révélation pour Judith, ne s’avouant jamais ses sentiments mais osant toujours aller plus loin dans la supercherie. 

Cette hésitation et cette crainte constante de s’ouvrir seront toujours balayées par la conviction de Feodor, puisqu’on aura deviné que la jeune femme n’avait eu que des partenaires défaillants et lâches auparavant. Le rapprochement du couple sera ainsi un long cheminement jusqu’à cet abandon total de Judith, Edwards usant des même motifs visuels - mais pour un résultat inverse - que dans Darling Lili pour illustrer ce sentiment de long échange ininterrompu par un montage poursuivant les bribes de conversation d'un lieu à un autre sans coupures. La tension sexuelle évidente se voit désamorcée par une même volonté de retenue envers la pudeur de Judith ; et lorsque Feodor lui propose vers la fin d'aller nager ou de (enfin) faire l'amour, la scène suivante montre l'après apaisé plutôt que la facile séquence charnelle attendue.

Pratiquement sans action (et assez laborieuse les rares fois où il y cède avec une fusillade finale brouillonne), la trame n’en est pas moins palpitante, rappelant La Lettre du Kremlin de John Huston où le suspense découle de la seule force du soupçon envers l’autre. Chambre d’hôtel isolée, alcôve de bureau et parcours de golf sont les lieux où les décisions fatidiques se prennent et où les pièges se referment dans une pure cordialité de façade. Le contexte de la Guerre Froide n'a d'ailleurs pas vieilli tant il n'est que prétexte à magnifier l’osmose entre Judith et Feodor (aucun rebondissement ne jouera jamais sur le doute de l'un sur l'autre), symbolisée par le leitmotiv de la graine de tamarinier. Les soubresauts de l’intrigue rendent aussi incertain l’avenir du couple que l’existence de la graine, supposée selon la légende ressembler à un visage humain depuis qu’un esclave a été pendu à tort sous l’une de ses pousses. 

La rêveuse Judith y croit tandis que le plus pragmatique Feodor n’y voit qu’un conte. L’apparition finale de la graine avec son contour atypique signifiera leur union indéfectible dans une magnifique scène de retrouvailles. Dans le même temps, le fossé avec ce monde de l’espionnage qu’ils ont quitté se creuse avec un ultime et marquant stratagème de tromperie. Top Secret est l'une des œuvres les plus méconnues de Blake Edwards, mais surtout un vrai joyau dans sa filmographie.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

mardi 25 novembre 2014

La Grande Aventure Lego - The Lego Movie, Phil Lord et Chris Miller (2014)


Emmet, une personne ordinaire vivant à Briqueburg, est pris par erreur pour le Spécial, qui peut sauver l'univers. Grâce à l'aide de Vitruvius, un vieux mystique, d'une jeune femme robuste nommée Cool Tag, et de Batman, Emmet va se battre contre le tyran maléfique Lord Business qui veut détruire l'univers LEGO avec le Kragle, une machine permettant de coller toutes les figurines LEGO.

Au premier abord, on ne voyait guère plus qu’une entreprise destinée à vendre encore plus de jouets en transposant l’univers des Lego dans un film d’animation. C’était sans compter la présence à la réalisation (et au scénario) des deux génies Phil Lord et Chris Miller, responsable d’un des films d’animation les plus fous et inventifs de ces dernières années, Tempête de boulettes géantes (2009). Les deux bougres se sont mis en retrait de la suite décevante de leur classique pour offrir un spectacle encore plus virtuose avec ce Lego Movie.

Le récit inclus dans son déroulement et visuel le principe même du monde des Lego, du moins la façon dont il se présente sur les présentations de ces boites. C’est donc un environnement reproduisant fidèlement des cadres réalistes ou plus fantaisiste de manière ordonnée, parfaitement agencée et où les figurines aux visages uniformisés et interchangeable se réduise à leur seule fonction. Un peu figé si l’on y voit que des jouets, ce cadre devient un cauchemar totalitaire à la Brazil (1985) dès lors qu’on y invite la fiction. 

Sous les couleurs bariolés et la joie de vivre de façade, le train de vie y est donc terriblement monotone et robotique (auquel s’ajoute une satire sur les sitcoms simplistes, la pop FM uniformisée et abrutissante dans les hymnes joyeux des ouvriers) où végète le normal et peu imaginatif Emmet, ouvrier de chantier. 

Il va découvre l’existence d’un monde moins organisé et plus imaginatif qui n’attend que son élu, son « Spécial » pour renverser l’ordre ambiant imposé par Lord Business. En mettant la main sur l’artefact destiné à contrer les pouvoir de Lord Business, Emmet va être pris par erreur pour le Spécial alors que sa normalité constitue un obstacle de taille.

Miller et Lord nous baigne au départ dans une folie parfaitement organisée et reflet monstrueux de nos existence régentée du monde réel par l’intermédiaire des Lego. Le malaise se ressent d’emblée sous l’entrain apparent et la solitude urbaine ordinaire se devine dans la joie quelque peu forcée d’Emmet dans ses actes quotidiens. La rencontre avec la rébellion vient apporter une dose d’anarchie bienvenue où les personnages déjantés apportent une irrésistible dose d’imprévu. Notre héros se retrouve ainsi entraîné dans le sillage de maîtres constructeurs, des êtres imaginatifs et incontrôlable capable de transformer cette réalité trop ordonnée. 

Le côté géométrique et encastrable des éléments de décors et d’objets est dynamité par ce don de transformation qui pliera constamment l’univers à l’imagination des rebelles. Cela prendra des proportions de plus en plus folles, une course poursuite se déclenchant quand nos héros fabriqueront un bolide à partir d’objets divers amassés, s’échapperont par des passages secrets élargissant les frontières de ces cités sans âmes, et ce jusqu’à l’apothéose finale où ce monde totalitaire est dissous par la folie douce régnant dans le cœur de chacun des habitants. 

Les réalisateurs nous introduisent à chaque fois dans un environnement Lego connu et figé (la ville de western, le monde des pirates, la ville industriel) pour y semer l’anarchie et créer des situations improbables et incohérentes tel une voiture de police volante surgissant dans un monde de western. Cette anarchie concernera aussi les rencontres impossibles, la Warner permettant de déployer tous les personnages dont elle possède les droits avec un hilarant Batman (voix grave, dure à cuire et broyant du noir dans une parfaite parodie de la version Nolan du super héros), Gandalf, Wonder Woman et voir même un petit coucou de Han Solo et Chewbacca à bord de leur Millenium Enterprise. 

Tous compose des asociaux et des anormaux ne pouvant se fondre dans ce monde uniformisé et sous l’humour, les situations s’avèrent diablement inquiétante pour montrer l’aliénation régnant dans le monde « normal) où est gommé violemment toute trace de différence dans le décor comme on l’a vu mais aussi dans les caractères à l’image de Bad Cop dont le versant Good Cop est littéralement effacé par l’infâme Lord Business.

Si la construction du film peut éventuellement évoquer le premier Matrix (1999), le film est surtout un digne héritier du Brazil de Terry Gilliam. Le fatras sur l’élu, le Spécial, n’est qu’un prétexte pour célébrer le libre arbitre d’un être normal, commun et qui ne peut s’en sortir qu’en faisant confiance à son imagination, dépassant les dogmes qu’on lui a imposé pour s’épanouir enfin. Dans Brazil, cette échappatoire par le rêve était aussi féérique que tragique dans sa conclusion et évidemment La Grande Aventure Lego ne peut s’aventurer dans une pareille noirceur. 

L’idée finale s’avèrera magnifique pour privilégier une approche plus lumineuse avec un twist apportant une hauteur méta qui fait de la lutte du film une opposition entre l’esprit libre et imaginatif de l’enfance et la rigueur sans âmes des adultes ayant oublié leur candeur d’antan. Une chute surprenante et qui cueille le spectateur par son émotion inattendue après toute la frénésie qui a précédée. Le film marque également une vraie date dans l’histoire récente de l’animation. 

Lord et Miller avait brillamment réintroduit l’imagerie cartoon avec Tempête de boulettes géantes, les visages hyper expressifs, les corps élastiques et les décors les plus fous venant bousculer la perfection froide de l’animation numérique. The Lego Movie va encore plus loin avec une animation par ordinateur s’adaptant à l’univers exploré où une nouvelle fois l’imperfection volontaire est reine.

Les personnages Lego déambulent ainsi de manière saccadé en cohérence avec les silhouettes carrées (prolongement de leurs actions programmées, leur visage étant aussi une extension de leur émotions prédéfinies), les transformations de décors et d’objets évoquent autant les Lego que la patte à modeler (et laisse ouvertement apparaitre les éléments d’encastrement des objets, ne nous faisant jamais oublier que ce sont des jouets) et l’on a souvent l’impression d’un film d’animation image par image alors que tout a été conçu en numérique. Un film culte en puissance, visuellement ébouriffant et inventif, touchant et doté d’un message étonnamment subversif. La Warner confirme qu’elle constitue actuellement le studio hollywoodien le plus aventureux et Lord et Miller sont définitivement géniaux.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Warner

lundi 24 novembre 2014

Stella Dallas - King Vidor (1937)

Stella est une jeune femme issue de la classe ouvrière. Elle a l’ambition d’épouser Stephen Dallas, un homme issu d’une autre classe, montant ainsi dans la « haute ». Elle n’y arrivera pas, ou si mal, et Stephen sera de plus en plus distant vis-à-vis de Stella. Le ménage finit par sombrer, et Stella se retrouve seule avec sa fille Laurel, pour laquelle elle se bat afin de lui assurer un avenir meilleur.

King Vidor signe un de ses plus beaux films dans ce mélodrame où l'on retrouve les questionnements sociaux parcourant toute son œuvre. La thématique de l'ascension sociale, Vidor l'aura exploré à travers la vision de l'immigrant et du rêve américain (The Wedding Night (1935), Une Romance Américaine (1944)) de la romance impossible (Ruby Gentry (1952) ou encore du libre-arbitre avec Le Rebelle (1949). Cette fois ce sera à travers une bouleversante relation mère-fille que se posera cette idée dans Stella Dallas, seconde adaptation (après celle muette d'Henry King de 1925) du roman éponyme d’Olive Higgins Prouty.

Stella (Barbara Stanwyck) est une jeune femme issue de la classe ouvrière qui se morfond dans la monotonie et la médiocrité de son milieu modeste. Dès le départ la condescendance avec laquelle elle juge ses semblables annonce le drame à venir. Sa première apparition est significative de son attente biaisée de la haute société, posant au portail de la maison familiale avec un livre intellectuel à la main afin d'attirer l'attention de l'aristocrate Stephen Dallas (John Boles) qui rentre régulièrement par là. Ce livre on devine aisément qu'elle ne l'a pas lu et symbolise la vision superficielle qu'elle a de la haute société, une ascension relevant plus de l'apparat et du luxe que de l'intellect.

Elle réussira néanmoins à séduire et épouser Stephen Dallas mais malgré la naissance de leur fille Laurel, l'époux comprendra vite qu'il n'a servi que de passerelle vers les clubs prestigieux et les bals prestigieux pour une Stella pas du tout disposée à une vie familiale paisible. On comprend vite que cette aisance, cette assurance et ce flegme simple et inné sera forcément inaccessible pour notre héroïne dont l'ascension ne se sera faite que par le mariage mais pas dans l'état d'esprit. Un constat cruel et pessimiste où le milieu d'origine semble constamment nous poursuivre mais Vidor évite pourtant de rendre Stella antipathique par l'illustration de son indéfectible amour maternel.

La fille Laurel (Anne Shirley qui n'a en fait que 11 ans d'écart avec Barbara Stanwyck) sera à la fois l'élément qui fera prendre conscience de ses limites à Stella mais aussi celui montrant l'accession possible à un ailleurs plus enrichissant (même si forcément par l'union entre aristocratie et milieu populaire). L'écart se creusera progressivement entre la mère et la fille, le tempérament tapageur de Stella s'avérant un frein de plus en plus encombrant à la progression de Laurel dont la beauté, l'élégance et le caractère discret attire les meilleurs partis. Une fête d'anniversaire désertée par des mères refusant de voir leurs filles côtoyer cette femme vulgaire, des moqueries en sourdine dans un palace où les robes et le maquillage extravagant de Stella dénotent, tout semble pouvoir provoquer une dissension inévitable entre elles.

Contrairement à Mirage de la vie (1959) auquel on pense beaucoup (le problème racial en moins évidemment) l'aspiration individuelle ne domine jamais, mère et fille préférant se sacrifier plutôt que d'affronter le désobligeant regard extérieur. Laurel tourne ainsi le dos aux beaux prétendants et à leurs riches familles par amour pour sa mère qu'elle ne souhaite pas voir raillée. Anne Shirley est particulièrement touchante dans son interprétation très sensible et délicate, la scène où elle semble deviner le sacrifice de sa mère étant réellement bouleversante. Stella quant à elle comprenant qu'elle est un poids pour sa fille et découvrant à son tour les renoncements de cette dernière va littéralement s'en aliéner l'affection pour son salut.

L'amour ne peut que tirer vers le bas et ne fait pas disparaitre les clivages sociaux, Stella découvrant trop tard cette terrible évidence. Barbara Stanwyck livre une de ses plus incandescentes interprétations, victime de ne pouvoir rester qu'elle-même dans ses attitudes outrancières mais capable de tous les abandons et sacrifices pour sa fille. On retrouve la tendresse de Vidor pour les classes populaires par ces scènes faussement comiques où une Stella pomponnée traverse les salons prestigieux d'un palace, pensant que les gens de "la haute" s'habillent ainsi mais n'attirant que les regards amusés dans un décalage saisissant.

Cette élévation sociale qu'elle a ratée (autant par elle-même que par les barrières sociales), elle l'observera de loin pour Laurel dans un magnifique final. Un magnifique mélodrame qui valut une nomination à l'Oscar pour une Barbara Stanwyck qui surmonta tous les obstacles (malgré le choix de King Vidor et ses grands rôles passés chez Wellman notamment, le producteur Samuel Goldwyn pas convaincu et la trouvant trop jeune osa lui faire passer des auditions) pour interpréter ce qui reste un de ses plus grands rôles.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner (avec la version muette de 1925 incluse en bonus) et doté de sous-tires français

Extrait

dimanche 23 novembre 2014

Le Bataillon des sans-amours -The Mayor of Hell, Archie Mayo (1933)

Des politiciens véreux récompensent le gangster Patsy Gargan (James Cagney) en le nommant au poste d’inspecteur général d’une déplorable maison de correction pour garçons fugueurs. Un job tranquille, où il ne devrait pas rencontrer de problèmes. D’abord indifférent à la condition de ces enfants, Patsy retrouve progressivement en eux une part de lui-même et de sa propre enfance dans les bas-quartiers. Il décide alors de défier tout le monde, et de réformer l’institution pour offrir à ces gamins les opportunités qu’il n’a jamais eues. Pourtant, toute sa bonne volonté pourrait souffrir des conséquences de sa vie criminelle…

The Mayor of Hell offre une rencontre étonnante entre le drame adolescent sur fond de délinquance juvénile et le film de gangster alors en vogue en ce début des années 30. Le second aspect est uniquement représenté par le personnage de James Cagney qui offre ici un visage humain et une sorte de rédemption à ses rôles de durs à cuire. Le film débute dans le drame urbain où l'on découvrira les méfaits d'une féroce bande de voyou en herbe mené par le teigneux Jimmy (Frankie Darro). Intimidant et violent, ils nous apparaissent là comme de véritables fauves en liberté dont les actes révolteront à l'image de ce vol d'épicerie où ils brutalisent le commerçant. Rapidement capturés par la police, la raison de leurs comportements s'expliquera bientôt de manière drôle et pathétique. Le défilé des parents devant le juge représentent un panorama des défaillances qui auront amenés ses jeunes à être livrés à eux même : alcoolisme, illettrisme, travail harassant...

Seule solution pour la plupart de la bande, un envoi en maison de redressement où le traitement à la dure les rendra pire encore qu'avant leur séjour. Un élément perturbateur va pourtant venir troubler cette tragédie ordinaire annoncée. Le gangster Patsy Gargan, nommé à un poste fictif de recteur de la maison de correction va ainsi s'intéresser au destin de ces laissés pour compte. Tout comme dans leurs familles dysfonctionnelles, les travers des adultes les poussent dans une spirale destructrice avec un directeur adepte du châtiment corporel et s'enrichissant en sous-alimentant les détenus.

Gargan par attirance pour l'infirmière idéaliste Dorothy (Madge Evans) mais aussi se reconnaissant en ces jeunes révoltés va tenter de changer les choses. Le regard est aussi utopique, idéalisé et positif dans l'approche plus humaine et pédagogique qu'il va loin dans la noirceur lorsque la méthode n'est que répressive. A travers un fonctionnement en autogestion et une sorte de république organisée des adolescents et supervisée par Gargan, les délinquants vont ainsi se responsabiliser et montrer un visage bien plus attachant.

Le film manque un peu de finesse en étant excessif dans les deux approches (toute trace d'autorité disparaissant totalement dans l'approche de Gargan et aucune humanité ne s'exprimant dans le côté plus cadré), la maison de correction passant du vrai pénitencier au monde parfait, certains rapport entre personnage faisant preuve d'une même simplicité (Madge Evans craquant pour Cagney dès qu'il adopte ses idées).

Cependant la conviction de Cagney fait mouche, déployant l'énergie et le charisme de ses rôles de gangster sous un jour plus lumineux (même si un écart de violence viendra montrer le monde d'où il vient) compréhensif et psychologue sous son ton gouailleur. Le final offre le même grand écart avec une conclusion apocalyptique contrebalancée par une résolution à la naïveté confondante où la bonne volonté et la compréhension peuvent résoudre tous les obstacles de la société.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner consacrée au Pré Code

jeudi 20 novembre 2014

Plus on est de fous - The More the Merrier, George Stevens (1943)

La crise du logement qui sévit aux Etats-Unis pendant la dernière guerre, oblige la jeune Connie à louer un appartement à un vieux monsieur, Benjamin Dingle. Celui-ci, de son côté, le sous-loue au jeune officier Carter...

Un an après l'excellent La Justice des hommes (1942), George Stevens retrouve Jean Arthur pour une autre merveille de romance en huis-clos avec cet excellent The More the Merrier. S'il ne part pas dans les réflexions philosophiques de son prédécesseur, le film s'inscrit avec humour dans une réalité d'alors à savoir la pénurie de logement au sein de cette Amérique en guerre. La scène d'ouverture amuse ainsi par son décalage avec sa voix off vantant les vertus de l'accueil à Washington tandis qu'à l'image s'enchaîne les visions d'hôtels et de pensions saturées. C'est dans ce contexte que va se profiler une promiscuité inattendue entre nos trois héros. Benjamin Dingle (Charles Coburn) est un homme politique venu justement à Washington pour mettre en place un programme immobilier et va ironiquement se trouver à la rue le temps de son séjour.

Il va avec roublardise et insistance réussir à sous-louer une chambre à Connie (Jean Arthur) jeune célibataire qui aurait préféré la compagnie d'une autre femme. Les manières coincées et l'organisation rigoureuse de Connie s'opposent à la désinvolture rigolarde de Dingle et George Stevens par son sens du rythme et sa gestion de l'espace fait de l'appartement un hilarant théâtre de ces deux caractères opposés. Le procédé est poussé plus loin encore lorsque Dingle va sous-louer sa propre chambre à Carter (Joel McCrea) un jeune officier de passage, et à l'insu de Connie bien sûr. A ces mouvements perpétuels désordonnés s'ajoutera ainsi une hilarante partie de cache-cache où Charles Coburn est absolument génial dans ses efforts à dissimuler sa duperie tandis que ses deux colocataires vaquent à leurs occupations.

Après avoir introduit les personnages dans les entrechoquements de cet espace restreint, Stevens met la pédale douce sur les gros gags pour développer subtilement leur caractère. Charles Coburn s'avère aussi volontariste que désinvolte dans ses actions sociales et dans son rôle d'entremetteur goguenard qu'il interprète avec un plaisir non dissimulé. Jean Arthur est une nouvelle bouleversante quand se dessine peu à peu la solitude de Connie sous l'attitude psychorigide, "fiancée" à un homme surtout préoccupé par sa carrière et pour qui cette compagnie un autant un dérangement qu'un piquant dans son quotidien morne. Joel MCrea est également très subtil en soldat de passage à l'attitude détachée, ses responsabilité ne lui permettant pas de se lier trop longuement à qui que ce soit (la première rencontre avec Dingle où il est constamment allusif sur ses activités).

La fragilité et le charme de Connie vont pourtant faire vaciller progressivement cette froideur. Ce rapprochement se fait dans le quotidien, le temps de quelques séquences anodines (un petit déjeuner à trois, une séance de bronzage...) d'un charme fou où Dingle a recours à des procédés grossiers pour briser la retenue des deux jeunes gens. Connie est trop fière et distinguée pour faire le premier pas, Carter n'est même pas conscient d'être en train de tomber amoureux. Les dialogues sont tordants lorsque les deux hommes mettent à mal la patience de Connie (toutes les piques sur son fiancé) et l'on passe un vrai bon moment.

Comme La Justice des hommes, Stevens brise cet aparté de manière un peu artificielle dans l'avalanche de rebondissement de la dernière partie alors que le romantisme se développait bien mieux dans l'attente. Néanmoins les situations sont suffisamment drôles pour susciter l'adhésion, comme ce moment où se vérifie les tirades de Charles Coburn sur la pénurie d'hommes à Washington (huit femmes pour un homme) et où Carter est subitement assailli de prétendantes dans un restaurant. On pense aussi à la réaction ahurie du fiancé (Richard Gaines) lorsqu'il découvrira les liens curieux unissant nos trois héros. La magie opère définitivement dans les purs moments romantiques où le film se détache de sa mécanique et ose ralentir.

Deux moments de grâce fonctionnent ainsi en parallèle. Connie et Carter dans leurs chambres respectives, allongés, s'avouent leur amour, le mur séparant les deux pièces semblant disparaitre par la finesse du montage laissant croire qu'ils sont côté à côte. La dernière scène répond à ce moment, quand devant se séparer notre couple reprend une attitude distante pour cacher sa détresse. A l'inverse, la mise en scène de Stevens filmant ce passage de l'extérieur fait supposer qu'ils sont séparés et en fait le mur a cette fois (littéralement) disparu. Le rapprochement mutuel se sera fait en domptant leur cœur et cet espace, idée que conjugue avec brio le réalisateur par la seule image (et assez ironiquement l'aveu amoureux se fait dans une promiscuité indécente par le montage, l'hypocrisie revient alors que la relation est "régularisée" beau pied de nez au Code Hays). Un petit bijou de comédie romantique et Jean Arthur est définitivement la plus craquante des "girl next door" du cinéma américain.

Sorti en dvd zone 1 chez Sony et doté de sous-titres anglais (assez défaillants quand même)

Extrait