Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 11 août 2020

Avalon - Mamoru Oshii (2001)


Dans une ville fictive d'Europe centrale, Ash est une accro de jeux vidéo et de réalité virtuelle. Solitaire, le seul compagnon qu'on lui connaisse est son chien. Elle était membre du groupe Wizard, constitué de véritables aficionados d'un jeu de guerre illégal nommé "Avalon", en référence à l'île légendaire où reposent les âmes des héros. Mais depuis que la bande s'est dissoute, Ash joue seule. Un jour, elle apprend que son ancien amant, Murphy, est devenu un zombie, un "non-revenu. Son sort intrigue Ash qui décide alors de refaire le chemin qu'il a pris en jouant dans une zone interdite baptisée "Class A".

En 1986 Mamoru Oshii signe avec l’expérimental L’œuf de l’Ange une de ses plus belles réussites mais s’aliène du même coup le soutien des producteurs suite au four commercial du film. Passé en indépendant à l’occasion du film, Oshii subit ainsi de plein fouet cet échec puisqu’il va passer quasiment trois ans au chômage technique avant d’être sollicité pour la réalisation de Patlabor (1989) qui va le relancer. Durant cette période d’inactivité, il s’achète un ordinateur et s’immerge totalement dans les derniers jeux vidéo sur lesquels il passe des heures. L’intrigue d’Avalon germe dans son esprit à cette période, en considérant que les nombreuses heures passées sur les jeux pourraient être lucratives pour les participants mais avec aussi le risque de s’y perdre et de ne plus distinguer le réel du virtuel. C’est une idée visionnaire qui anticipe de 20 ans le jeu en réseau et même l’idée du jeu vidéo comme une compétition sportive à la manière de l’E-sport actuel. 

Vu le peu de crédit dont jouit Oshii à l’époque, le projet ne verra pas le jour mais va refaire surface après le succès du fameux Ghost in the Shell (1995). Le sujet est désormais bien plus pertinent à l’aune de l’essor d’Internet et du développement des technologies numériques. La première mouture du script se déroulait au Japon mais le paysage nippon n’inspire plus forcément Oshii qui souhaite un environnement différent pour exprimer cette confusion réel/virtuel. L’idée des pays de l’est mûrit dans son esprit, à la fois imprégné de l’imagerie emblématique d’évènements historiques comme le Printemps de Prague, mais aussi de sa propre cinéphilie à travers les films de Jerzy Kawalerowicz ou Andrzej Wajda qu’il découvrit lors de sa période étudiante. Avalon va donc se tourner en Pologne avec un casting et dans la langue locale.

On y suit le destin d’Ash (Malgorzata Foremniak), jeune femme au quotidien morne qui ne vit que pour les parties clandestines d’Avalon, jeu vidéo en réalité virtuelle rémunérateur qui réunit une communauté secrète de joueurs. La saisissante première scène nous immerge effectivement dans une vision stylisée des pays de l’Est, dont le déroulement et l’arrière-plan ramène à un passif historique tragique (une scène de panique urbaine face à l’irruption de char d’assaut) tandis que les éléments qui la constituent apportent la touche futuriste qui atteste que nous ne sommes pas dans la réalité. Les transitions qui nous font passer d’un espace à un autre, la façon dont disparaissent les antagonistes et surtout les véhicules high-tech à l’armement illimité convoque la science-fiction au sein d’un cadre archétypal. Ash, mèche blanche cendrée y apparaît comme une figure guerrière iconique et véloce. La photographie sépia dominant ce monde d’Avalon achève d’en faire la photographie, le fantasme d’un temps révolu où l’on vient greffer des éléments anachronique à des fins ludiques (la fascination d’Oshii pour une certaine imagerie militaire issue de la Deuxième Guerre Mondiale parcourant son œuvre notamment Jin-Roh (1999)). Le retour à la réalité ne semble paradoxalement pas plus « réel » puisque Oshii y travaille tout autant l’esthétique (y compris le jeu des comédiens modifié en post-production) mais à des fins différentes. 

Si la gamme chromatique du jeu oscille entre le sépia, le jaune pâle voire le blanc, le monde réel accentue les tons sombre, entre le noir, le gris et le brun. Le but n’est plus là de traduire la spécificité d’un monde factice mais une forme d’introspection pour Ash, dont la vie hors du jeu est terne et monotone. Oshii y injecte une matière très intime puisque la répétition narrative sur Ash prenant le tramway fait écho aux propres trajets du réalisateur qui prenait la ligne circulaire de ce même moyen de transport toute la journée alors qu’il séchait les cours, laissant son imagination divaguer. De même la seule éclaircie du quotidien de Ash réside dans les retrouvailles avec son chien basset, seul être dont elle semble se préoccuper et prendre soin, là aussi lubie d’Oshii grand misanthrope mais très attaché à son chien de cette même race qu’il réussit à placer dans tous ses films. Le scénario se sert du mythe Arthurien pour façonner le mystère en toile de fond du film, un passage secret du jeu qui permettrait aux plus doués d’accéder à un niveau supérieur et mystérieux qui correspondrait ainsi à la symbolique d’Avalon, l’île où vont reposer les plus valeureux tels le Roi Arthur après leur haut fait. Cette quête revêt un challenge pour la joueuse Ash, mais surtout pour la femme qu’elle est puisque peut-être y séjourne Murphy, ancien coéquipier (et que l’on suppose amant) réduit à l’état végétatif dans le réel en ayant tenté d’accéder à cette classe « Spéciale A ».

 Avalon dans sa première partie pose donc un monde virtuel chargé d’action et d’adrénaline que l’on suit pourtant avec détachement, à l’inverse d’un réel sans éclat mais qui suscite mystère et fascination quant à son héroïne opaque. C’est une forme d’austérité et d’exigence pour Oshii qui fait d’Avalon une sorte d’anti Matrix (1999) mais si les films se rejoignent sur le thème du virtuel et même de certaines thématiques. Matrix inscrit les archétypes du mythe dans le cadre futuriste pour une opposition manichéenne du mal associé à la machine contre le bien que représente l’humain. Le personnage de Cypher (Joe Pantoliano) dans Matrix, par sa préférence de l’illusion virtuelle aux privations du présent est schématiquement montré comme un traitre et un méchant quand Murphy (Jerzy Gudejko) poussés par les même choix et préoccupations s’avère bien plus touchant dans Avalon - même si les deux suites de Matrix (2003) viendront apporter une plus grande complexité à la simplicité commercialement nécessaire du premier opus. 

Cela tient au fait que c’est cette confusion réel/virtuel qui intéresse Oshii et que c’est la perception différente, peut-être supérieure qui en naît qui pousse les personnages. La taciturne et solitaire Ash est le double de Motoko Kusanagi dans Ghost in the Shell, Oshii lui en faisant d’ailleurs reprendre la coiffure (l’actrice étant plutôt blonde aux cheveux court dans la réalité) et le look - les producteurs du remake hollywoodien de Ghostin the Shell (2016) ont d’ailleurs certainement pioché dans Avalon pour l’allure de Scarlett Johansson. Kusanagi s’interrogeait sur ce qu’elle était, Ash questionne quant à elle l’état qui suit celui du monde réel et du monde virtuel. Le jeu du chat et de la souris entre Kusanagi et l’adversaire omniscient quest le Marionnettiste est ici repris entre Ash et le mystérieux Bishop (Dariusz Biskupski) à la fois guide et manipulateur.

Ce trouble atteint des sommets lors de la dernière partie du film où ce qui se rapproche le plus de la réalité pour le spectateur (les couleurs, l’urbanité, les vêtements des passants) s’avère une strate inconnue d’Avalon. Murphy s’est arrêté à cette avant-dernière marche, satisfait de cette confortable facticité où il vit mieux que dans le monde réel et ne prend plus de risques comme dans l’univers guerrier d’Avalon. Le duel est inévitable et laisse pleinement se déployer en montage alterné le magnifique score de Kenji Kawai lors d’une somptueuse scène de concert où la cantatrice dans les paroles de la chanson exprime toute la portée thématique et symbolique du film. Là encore à la manière de la mythique conclusion de Ghost in the Shell, Oshii stoppe son récit au moment de passer de l’autre côté, en Avalon où les notions de réel et virtuel n’ont plus court. Captivant et de très loin la tentative live la plus réussie de Mamoru Oshii. 

Sorti en dvd zone 2 français chez StudioCanal 

dimanche 9 août 2020

Eva en août - La virgen de agosto, Jonas Trueba (2020)


Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une torpeur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme.

Eva en août est l’occasion d’une belle ballade estivale et introspective dans la ville de Madrid. Le réalisateur souhaite dans son film capturer l’atmosphère si particulière d’une grande cité urbaine au mois d’août. La langueur de l’été, les ruelles désertes et l’atmosphère plus festive permettent au citadin resté sur place de poser un autre regard sur la ville, seul face à ses pensées. C’est le cas de Eva (Itsaso Arana), jeune femme à la fois imprégnée et extérieure à Madrid. Elle habite la ville mais en ce mois d’août loue un appartement comme une vacancière, et toute la découverte des lieux se fait à travers son point de vue qui semble comme neuf dans cet espace qu’elle connait pourtant déjà. Eva et Madrid sont en fait les principaux protagonistes du film, et les quartiers tout comme l’esprit de l’héroïne constituent des espaces mystérieux et inconnus à découvrir.

La narration déroule de façon chronologique les journées d’Eva, chaque nouvelle date s’affichant à l’écran. Cela prolonge le sentiment d’errance flottante, certains jours passant en une image ou instant elliptique quand d’autres développent de vraies longues séquences et aparté. Cela correspond aux hasards qui peuvent marquer une journée ou pas, et correspond aussi à la quête incertaine d’Eva. Elle se laisse porter, visitant un musée par le simple attrait d’une touriste souriante, rencontre de vieux amis ou amants, se fait de nouvelles connaissances au gré d’une interaction qu’elle sollicite ou qui vient à elle, tout cela la conduisant dans des lieux communs ou incongrus. 

Cette déambulation captive constamment grâce à la présence lumineuse de Itsaso Arana et à la manière d’en faire une page blanche que ni le spectateur, ni ses interlocuteurs n’arrivent à déchiffrer. En effet si elle suscite les confidences spontanées de chaque quidam croisé, elle-même ne se confie jamais en rien mais malgré tout, dans toutes ces scènes de dialogues, la caméra de Jonas Trueba ne voit qu’elle, ses grands yeux expressifs, son visage mutin et rieur. Cet attrait scintillant qu’elle dégage en compagnie trouve son écho contraire dans le langage corporel languide, du regard perdu, chargé de doutes et de mélancolie qu’elle laisse échapper seule.

L’art de Jonas Trueba à construire des moments entiers sur un rien initial, laisser l’incertitude guider la tournure des situations, est fascinante de bout en bout. Le scénario (coécrit avec son actrice Itsaso Arana) pourtant très écrit et laissant peu de place à l’improvisation dégage pourtant brillamment ce sentiment de spontanéité. Cela rappelle beaucoup le travail de Richard Linklater dans sa trilogie des Before (Before Sunrise (1995), Before Sunset (2004) et Before Midnight (2013)) sauf qu’ici le fil rouge des déambulations est plus ténu, reposant entièrement sur les humeurs de son héroïne. Un doux parfum Rohmerien plane sur le film qui pêche finalement uniquement quand il finit par donner une explication au moment que vit Eva. 

C’est là que les artifices narratifs viennent interrompre l’errance (une voix-off) et que les rencontres finissent par faire lourdement sens (un ex fraîchement quitté, une adepte de la méditation pour femme enceinte). La rencontre avec l’inconnu Agos (Vito Sanz) trahit d’ailleurs ce renoncement au mystère. La première rencontre nocturne tout en sous-entendu et silence captive, la seconde également avec ce désir mutuel en sourdine qu’aucun des deux n’ose révéler explicitement, tout cela pour déboucher sur une scène de sexe basique bien moins sensuel que l’attente – et qui donne la clé du récit sans finesse. Eva en août est ainsi un joli film dont le voyage vaut nettement plus que le point d’arrivée qui aurait gagné à rester dans le flou. 

En salle 

jeudi 6 août 2020

Beijing Watermelon - Pekin no suika, Nobuhiko Obayashi (1989)

Le film est basé sur de vrais événements. Il se concentre sur Shunzo, un marchand de légumes populaire qui vit dans une ville près de Tokyo. Sa vie, et celle de sa femme, Michi et de leurs deux enfants, subit un changement dramatique lorsqu'il rencontre Li, un pauvre étudiant chinois.

Sorti de ses œuvres plus psychédéliques et tapageuses comme House (1977) ou de ses nombreux récits adolescents (I are you, you am me (1982), The Little girl who conquered time (1983), Lonely Heart (1985), Chizuko’s Younger Sister (1991)), on trouve dans la filmographie un vraie veine humaniste et pacifiste. Cela s'explique par la douleur précoce de l'expérience de la Deuxième Guerre Mondiale et il prônera alors l'échappée par l'enfance, la rêverie où le spectre du souvenir face à ces maux dans Bound for the Fields, the Mountains, and the Seacoast (1986) ou dans le cycle pacifiste de ses derniers films comme Casting Blossoms to the Sky (2012), Seven Weeks (2014) et Hanagatami (2017). On retrouve cela dans le méconnu Beijing Watermelon qui s'il ne se déroule pas et n'évoque pas directement la guerre, propose un message de fraternité entre deux pays qui s'y sont farouchement livrés l'un contre l'autre, le Japon et la Chine.

Inspirée d’une histoire vraie, le film suit Shunzo (Bengaru), truculent marchand de légumes dans la banlieue tokyoïte. Son quotidien monotone, fait de réveil aux aurores, d'achat rudement négociés au marché et de vente dans son magasin, lui pèse mais il coule des jours heureux avec son épouse Michi (Masako Motai) et leurs deux enfants. Un beau jour un jeune étudiant chinois démuni déambule timidement devant sa boutique et tente de négocier des légumes au rabais. A la fois amusé et agacé par l'insistance de l'intrus, Shunzo joue la ristourne au "pierre-ciseau-feuille" et perd. Problème le jeune chinois Li revient à la charge le lendemain et tente de refaire le coup mais se heurte au refus de Shunzo. Au détour d'une livraison Shunzo recroise la route de Li quelques jours plus tard, au bord de la syncope pour malnutrition. Notre commerçant va alors prendre le migrant chinois sous son aile le temps de la guérison. Touché, Li en informe ces compatriotes chinois étudiants qui vont désormais solliciter Shunzo à leur tour tant pour ses légumes au rabais que pour des services divers et variés. Contre toute attente, Shunzo se prend au jeu et devient le bienfaiteur de la jeune diaspora chinoise au Japon, au grand dam de son entourage.

Le fossé entre la lassitude initiale de Shunzo et son entrain à aider ses protégés de toutes les manières possibles exprime finalement comment se consacrer aux autres peut soudainement donner un sens à notre vie. Obayashi se déleste de tout son style sophistiqué et expérimental pour traduire ce rapprochement dans une forme de quotidien. C'est l'accumulation des bienfaits plus que leur échelle qui traduit l'importance que prend Shunzo pour les chinois, et c'est le plaisir amusé qu'il prend à leur faire qui exprime cette fraternité naissante. Cela passe par un montage percutant qui façonne une musicalité rieuse, travaillant le comique de situation lorsque Shunzo (pancarte en idéogrammes chinois mal écrits à la clé) doit aller chercher la fiancée d'un étudiant à l'aéroport, où la pure énergie burlesque chaleureuse quand Shunzo traverse Tokyo en camionnette pour qu'un chinois étudiant en architecture puisse étudier toutes les constructions de la ville. Cette énergie fonctionne aussi sur le style à la Robert Altman que développe Obayashi sur le film.

Dans Beijing Watermelon, les personnages ont le choix entre être seuls, égoïstes et silencieux ou entourés, nombreux et bruyants. L'intégration et la fraternité n'existe que par ce sentiment de trop-plein et d'anarchie, où le nouveau venu se sent alors pleinement acceptés. Dans un premier temps le dispositif fonctionne avec un chinois frêle et sans le sous que Shunzo invite à manger dans sa famille, à fêter le nouvel an avec ces amis. Cela s'inverse ensuite avec Shunzo considéré comme un père et d'ailleurs appelé ainsi (le "otōsan" japonais a d'ailleurs un sens plus fort, en Asie comme en Afrique d'ailleurs l'emploi de ce titre pour un bienfaiteur aillant une portée intime très forte) par la communauté chinoise qui l'accueille avec entrain en son sein. Dès lors Obayashi construit des moments à la MASH où seule l'ambiance et la connexions des présents compte, dans de longs plans fixes (dans le magasin où tous les jeunes chinois viennent désormais, dans des scènes de bars) où ils laissent volontairement la confusion régner dans le grouillement de personnes, dans la cacophonie des dialogues. Et le miracle de tout cela, c'est qu'il parvient par là à idéalement caractériser toutes cette communauté, que ce soit le groupe de chinois ou le voisinage d'amis japonais qui auront chacun leur petit moment qui nous laissera un souvenir à la fin du film.

Tout cela n'ira pas sans heurts, entre la méfiance d'un entourage parfois jaloux, égoïste et/ou raciste, mais aussi à l'excès de générosité de Shunzo qui délaisse sa famille et son affaire. Finalement mis à mal financièrement et au niveau de sa santé, Shunzo va pourtant trouver une formidable récompense à sa prodigalité. Bengaru est excellent de bonhomie bourrue et de truculence en bon samaritain qui s'ignore et est formidablement accompagné par Masako Motai, pour montrer l'empathie fragile à laquelle tient cette générosité. Obayashi parvient à montrer la rudesse de ce quotidien prolo (la scène où Michi fond en larmes en voyant que Shunzo a offert son pendentif - qu'elle n'a jamais eu le temps de mettre pour se faire belle car submergée de travail - à une migrante chinoise) et la valeur de cette dévotion aux autres. Mais réussite totale du film tient à son épilogue. Obayashi avait prévu de tourner la dernière partie du film à Pékin pour montrer les retrouvailles entre Shunzo invité par ses anciens protégés qui avaient réussis dans leur pays. Les tragiques évènements de Tiananmen obligent le réalisateur à tourner ce final émouvant en studio au Japon.

Pourtant au lieu de chercher à donner l'illusion d'un tournage en Chine, le film se déleste de son ton réaliste et révèle totalement l'artifice tant visuellement (décors studios et équipe de tournage bien visibles) que narrativement avec un Shunzo qui brise le quatrième mur en nous expliquant que tout cela a été tourné au Japon. Obayashi met son style expérimental au service du récit et du contexte politique qui s'avère explicite sans être évoqué nommément. L'émotion s'en trouve décuplée, notamment l'ellipse touchante sur la réminiscence d'un dialogue où Shunzo et un jeune chinois se disputaient sur la pastèque ayant le meilleur gout, la japonaise ou la chinoise - la réponse nous en est donc donnée. Un vrai petit bijou qui appelle l'individu à toujours surmonter le clivage des nations (détail amusant au vu du gouvernement japonais actuel dans le déni de son passé belliqueux, Shunzo pour obtenir un logement à ses amis chinois raillera le propriétaire en lui disant qu'il a à se faire pardonner car son grand-père à probablement tué beaucoup de chinois durant la guerre).

Sorti en dvd japonais 

Extrait