Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 1 septembre 2014

Le Sabre infernal - Tien ya ming yue dao, Chu Yuan (1976)



Fu-Hung-hsue et un autre chevalier experts en arts martiaux Yen Nan-fei, doivent protéger des plumes de paon magiques des menées criminelles d'un mystérieux seigneur de clan, et protéger aussi une jeune fille. 5 êtres magiques (Poésie, Échecs, Peinture, Luth, etc....) au service du mystérieux maître d'arts martiaux Gongsun Yu, seront 5 occasions de combats pour les deux héros jusqu'à la révélation finale.

Chu Yuan signait avec Le Sabre Infernal le second wu xia pian (film de sabre chinois) adapté d’un roman de Gu Long après La Guerre des Clans (1976). Ce premier essai avait rencontré un grand succès et relancé le genre, Chu Yuan peu familier au wu xia pian trouvant un écrin idéal pour s’y épanouir avec les intrigues à tiroir de Gu Long. Cet auteur considéré comme le Alexandre Dumas hongkongais avait su donner une vision unique du genre avec ce monde des arts martiaux peuplés de bretteurs aux qualités surpuissante poursuivant la quête d’être le meilleur mais où Gu Long apportait toujours un questionnement sur la vacuité de cet objectif. Le Sabre Infernal était un des romans les plus réussis de Gu Long et Chu Yuan allait grâce au triomphe de La Guerre des Clans (Le Parrain revisité façon wu xia pian) devenir pour le meilleur l’adaptateur attitré de l’écrivain au sein de la Shaw Brothers.

 Le film s’ouvre sur le duel en les deux chevaliers, le taciturne Fu-Hung-hsue (Ti Lung) le plus rieur Yen Nan-fei (Lo Lieh). Ils s’étaient affrontés un an plus tôt et Fu-Hung-hsue était sorti vainqueur de ce premier affrontement, cette nouvelle rencontre devant déterminer qui domine leur art. Le combat va pourtant être interrompu par l’irruption de mystérieux tueurs cherchant et nos deux adversaires vont devoir s’allier contre leurs commanditaires. Il s’agit de Maître Yu, légende du monde du monde des arts martiaux qui cherche à se débarrasser des deux seuls adversaires susceptible de lui faire de l’ombre. Fu-Hung-hsue et Yen Nan-fei vont devoir le devancer et se procurer les Plumes du Paon, une arme redoutable qui rend son possesseur invincible. 

Si Maître Yu s’en empare, les ténèbres seront amenées à régner sur le monde des arts martiaux. Une longue quête semée d’embûches et d’ennemis diaboliques commencent alors pour nos deux héros. La scène d’ouverture illustre parfaitement l’atmosphère du film avec cette scène de fête nocturne étrange se vidant soudain pour laisser place au duel dans un inquiétant décor désert. 

La narration sous forme d’enquête et de mystère à résoudre obéit à la tonalité serial qu’affectionne Chu Yuan avec des rebondissements incessant nous faisant découvrir l’étendue du complot et de nouvelle informations sur l’insaisissable et omniscient adversaire qu’est Maître Yu. On y découvrira progressivement la personnalité de nos deux héros. Yen Nan-fei est un personnage flamboyant typique du wu xia pian par son port élégant et sa nature insouciante face au danger, interprété avec panache par Lo Lieh. Fu-Hung-hsue est plus intéressant et surprenant. 

Le personnage est calqué sur le modèle de L’Homme sans nom interprété par Clint Eastwood et magnifié par Sergio Leone. Par son allure et son caractère taciturne, il évoque en effet un personnage de western spaghetti échappé dans un wu xia pian. Un simili poncho dissimulé à la manière d’un revolver son sabre très particulier qu’il peut faire tournoyer dans des chorégraphies dévastatrice. Ti Lung impose son charisme ténébreux à cette figure de dur à cuir taciturne et invincible qui apparaîtrait presque comme antipathique au départ. 

Le cadre constamment nocturne, les mises en scènes inquiétantes de d’ennemis aux facultés surhumaines font tout au long du film baigner le récit aux lisières du fantastique. Les éclairages baroques de Huang Chieh (Mario Bava n’est pas loin) sont idéalement mis en valeur par la mise en scène de Chu Yuan, chaque recoin de pénombre ou de hors champ semblant dissimuler un danger inconnu dans les flamboyant décors studios de la Shaw Brothers. 

 Quand ce n’est pas par l’image, c’est l’intrigue en elle-même qui nous surprend avec des alliés qui se font ennemi sans qu’on l’ait vu venir (Chu Yuan poussant moins à l’extrême cet aspect que dans La Guerre des Clans) et les combats incessants (splendides chorégraphies de Tang Chia) ne sont jamais futiles mais toujours un moteur d’avancée. 

Le film serait déjà extrêmement ludique sous cette forme mais, à capturant l’esprit de Gu Long, Chu Yuan donne une profondeur inattendue au film. Fu-Hung-hsue se fait ainsi plus vulnérable au fil du récit, notamment en causant involontairement la mort d’un homme dont il doit protéger la fille (Ching Li). L’austérité, l’allure modeste et la réserve du personnage sont à l’image de son existence vide où tout – amour, amitié, famille – a été sacrifié dans sa quête de domination du Jiang Hu (terme symbolisant ce cadre en vase clos du monde des arts martiaux). L’aventure va alors servir de révélateur et remise en question pour lui, Ti Lung amenant avec subtilité la bascule de son personnage.

Le scénario va carrément s’avérer une métaphore des doutes de son héros par son surprenant retournement final. Sans trop en dire, Maître Yu va s’avérer un véritable symbole vivant de cette vaine quête de pouvoir et en en venant à bout, Fu-Hung-hsue va pouvoir aspirer à autre chose. La dernière partie est ainsi captivante par les réflexions soulevées et par le combat qui se joue face à un adversaire indicible car contenu également dans tout ce qui a pu constituer les convictions du héros. Du mystère, de l’étrange et un cheminement intérieur fascinant, Chu Yuan offre là une œuvre majeure du wu xia pian. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

dimanche 31 août 2014

Le Diable au corps - Claude Autant-Lara (1947)

Pendant la Première Guerre mondiale, une jeune fiancée, aide-soignante dans un hôpital militaire, prend pour amant un lycéen, trop jeune pour rejoindre l'armée.

Claude Autant-Lara réalise un des films les plus scandaleux de l'après-guerre avec cette adaptation du roman éponyme de Raymond Radiguet, provoquant un tollé équivalent à celui de l'ouvrage lors de sa parution en 1923. Le film comme le livre paraissent à deux moments clés de la société française ce qui explique leur impact. Le tout jeune Raymond Radiguet, s'inspirant de l'aventure qu'il eut à 14 ans avec sa voisine dont le mari était mobilisé rédigea ainsi Le Diable au corps dans un style rageur et direct que sa mort prématurée entourera d'un certain mythe de la jeunesse. Le scandale naîtra bien sûr de la relation adultère du récit mais aussi du contexte où cette faute apparait comme non seulement immorale mais antipatriotique et irrespectueuse envers les poilus ayant abandonnés le foyer pour défendre la nation.

C'est face à un même état d'esprit que se confrontera Autant-Lara avec son adaptation tournée en 1946 et qui ne doit son existence qu'à l'accord entre Micheline Presle (la grande star française de l'époque depuis le départ aux Etats-Unis de Michelle Morgan et la carrière momentanément interrompue de Danielle Darrieux) et le producteur Paul Graetz qui lui laissait libre choix dans ses projets futurs ainsi que de ses réalisateurs et partenaires. C'est donc elle qui ira chercher Claude Autant-Lara, précisément le plus à même de respecter la nature sulfureuse du roman et elle aussi qui insistera pour le choix de Gérard Philippe (qui refusera d'abord car s'estimant trop vieux avant de revoir sa position, défié par Autant-Lara) en héros adolescent après avoir été épatée par une de ses performances au théâtre.

Dans ce cadre d'après-guerre le film représente autant une provocation pour les adultes qu'une illustration de la soif de liberté de la jeunesse d'alors. Une jeunesse en partie volée par les années d'Occupation et prête à se déchaîner et profiter de cette liberté retrouvée, faisant des héros du film leur symbole. François (Gérard Philippe) est un lycéen de 17 ans qui va s'éprendre de Marthe (Micheline Presle) une jeune aide-soignante dans l'hôpital militaire avoisinant son école. Les deux personnages représentent une population traitée comme quantité négligeable et dont on ne soucis guère alors des états d'âmes, la jeunesse et les femmes. Dès la première rencontre Marthe étroitement surveillée par sa mère ne semble ainsi guère avoir plus d'autonomie que l'encore mineur François. La fougue de ce dernier l'émeut pourtant et leurs échanges entre tendresse et dispute, déclarations enflammées et doute constant sur les sentiments de l'autre seront toujours passionnés et conflictuels.

Le désir ardent de François s'exprime ainsi par sa nature impulsive quand Marthe plus réfléchie procède à un abandon plus subtil, plus beau et douloureux à se manifester. Ces natures opposées amèneront alors une première rupture qui annonce la seconde plus dramatique et toujours due à l'immaturité de François. Gérard Philippe est parfait en homme enfant irrésolu découvrant l'ivresse des sens et dont l'amour s'exprimera toujours de la mauvaise façon. Les scènes de tendresse avec Marthe relève toujours par leurs dispositions d'une dimension maternelle où François fait souvent office d'enfant geignard et capricieux réclamant des preuves d'affection. Le héros de guerre, l'homme, le vrai est toujours pour Marthe son époux mobilisé et malheureusement pour elle celui qu'elle aime n'est encore qu'un adolescent peu sûr de lui sous ses airs bravache – soulignée par cette réplique lourde sens vers la fin « Pourquoi n’es-tu un homme que quand tu me tiens dans tes bras ? » -.

Le manque de courage de François s'illustrera cruellement lors de divers moment clés où il se dérobera alors qu'il doit prendre ses responsabilités. Ce sera ces sueurs froides quand il pense avoir affaire à l'époux trompé, le final dans le café où il ne sait que faire et un soldat/adulte prendra les choses en main pour Marthe malade et bien sûr l’instant charnière où sur un caprice il ne rejoindra pas Marthe sur le quai où elle l'attend à la tombée de la nuit. Autant-Lara (accompagné de Jean Aurenche et Pierre Bost au scénario et dialogue) n'accable pourtant pas son héros, c'est cette société oppressante qui demande aussi sans doute trop et trop vite à cette jeunesse ayant osé défier l'autorité. François se perdra à ne pas assumer jusqu'au bout sa rébellion et Marthe au contraire par son refus d'entrer dans le rang, l'incapacité à quitter son aimé dans le final pouvant presque être vu comme une sorte de suicide.

Derrière cette facette dramatique, Autant-Lara ose le vertige des sens le plus prononcé pour exprimer cette passion inconditionnelle. On pense bien sûr à cette magnifique scène au crescendo érotique irrépressible où Marthe frictionne François dans son lit. La censure ne permettant pas de montrer l'étreinte attendue, un travelling traversera l'arrière du lit, laissant leur corps à l'état d'ombre tamisées enlacées pour s'arrêter sur un feu de cheminée se ranimant soudain pour signifier la consommation de leur amour. A chaque fois pourtant le jugement moral et les regards inquisiteurs viendront atténuer la portée de leur bonheur, que ce soit l'arrivée de la mère au matin après leur première nuit, les voisins malveillants les observant durant la ballade en barque. Tout cela semble être voué à être éphémère, l'ironie voulant que leur romance s'épanouisse une fois Marthe mariée et donc plus libre d'aller et venir.




L'aspect fondamental de ce contrepoint est le rapport à la guerre. Le monde étant en pause à cause du conflit permet au couple de se rapprocher et l'armistice signifiera un retour à la normale et à la prison des conventions. On est marqué par cette Marseillaise sonnant comme une marche funèbre dans la scène du café, le visage défait de Marthe et François s'opposant à la liesse les entourant. Un effet encore renforcé par la terrible scène finale où un François brisé observe les célébrations de la paix, symbole du triomphe du collectif sur les destins individuels.

Le film remportera un succès à l'échelle de son scandale et sera fustigé par l'opinion bien-pensante y voyant l'exaltation de l'adultère et l'ode à l'antimilitarisme. L'un des faits marquant sera notamment le départ de l'ambassadeur de France en cours de projection durant le festival de Bruxelles où Gérard Philippe recevra le prix d'interprétation masculine (qui lancera sa grande carrière de jeune premier). Un des grands films d’Autant-Lara, toujours aussi inspiré pour bousculer les conventions de l’époque.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

samedi 30 août 2014

Man of Steel - Zack Snyder (2013)



Un petit garçon découvre qu'il possède des pouvoirs surnaturels et qu'il n'est pas né sur la Terre. Plus tard, il s'engage dans un périple afin de comprendre d'où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra devenir un héros s'il veut sauver le monde de la destruction totale et incarner l'espoir pour toute l'humanité… Superman va devoir affronter deux autres survivants de la planète Krypton, le redoutable Général Zod, et Faora, son partenaire.

Superman (1978) de Richard Donner avait représenté la première grande et ambitieuse adaptation de comics de super-héros. Le film avait trouvé l’interprète idéal avec Christopher Reeves, les valeurs positives du personnage étaient totalement respectées et Richard Donner avait réussi à capturer la dimension mythologique mais aussi la proximité et la nature d’exemple/modèle associée à Superman avec son imagerie americana et ses péripéties spectaculaire. Le film allait représenter pour toutes les transpositions futures le canon de ce que devait être l’adaptation parfaite (le premier Spider-Man (2002) de Sam Raimi est entièrement calqué sur sa structure notamment) mais serait également un modèle indépassable pour toutes les futures visions du personnage. Des bisbilles de production allait faire évincer Richard Donner de Superman II (1980) pour un résultat dispensable signé Richard Lester (Donner n’aurait sa revanche que bien plus tard avec director’s cut plus conforme à sa vision puisqu’il avait en grande partie tourné la suite avant l’arrivée de Lester qui élimina sa contribution) qui ferait pourtant bien pire avec le ridicule Superman III (1983), la saga se concluant avec le nanar Superman 4 (1987).

Durant les années suivantes Batman (1989) et Batman Returns (1992) de Tim Burton ferait oublier l’Homme d’acier qui trouverait refuge à la télévision pour les visions moyennement palpitantes de Loïs et Clark et Smallville. Superman Lives constituerait un retour manqué au cinéma, le projet de Tim Burton destiné à sortir en 1998 étant finalement gelé par la Warner car trop couteux. Superman Returns (2006) de Bryan Singer ramènerait enfin le personnage en salle mais en dépit de belles images ce ne serait qu’une suite/variation du film de Richard Donner dans une déférence ennuyeuse et stérile. Warner décide donc de faire table rase de cet opus et de reprendre la franchise à zéro en en confiant les rênes à Christopher Nolan qui sut si bien ressusciter Batman avec Batman Begins (2005) et surtout The Dark Knight (2008). Simplement au scénario (avec David S. Goyer) et la production, Nolan fera appel à Zack Snyder, responsable des spectaculaires et ambitieuses adaptations des comics 300 (2006) et Watchmen (2009) pour réaliser la refonte que sera Man of Steel.

Le film sera donc un détonant mélange des styles Nolan et Snyder. Le cheminement spirituel de Superman, la construction en flashback de la première partie rappelant Batman Begins et le sérieux papal de l’ensemble évoque forcément Nolan mais le spectaculaire démesuré et finalement les thèmes du film lorgnent bien plus du côté de Snyder. Après le déroutant Sucker Punch (2011), Zack Snyder avait atteint un point de non-retour dans son esthétique tapageuse et avait promis de se réinventer avec son film suivant, cela participant à la rénovation profonde du mythe de Superman dans ce Man of Steel qui bouscule les acquis du personnage.

Tout le film tourne autour du statut d’étranger, d’être différent de Clark Kent/Superman qui cherchera sa place dans un monde où ses pouvoirs le mettent à part. Dès la spectaculaire ouverture sur la planète Krypton, le thème est posé. Les kryptoniens par leur volonté de contrôle excessif ont épuisé les ressources de leur planète qui se meurt et ont vu leur race décliner à cause de leur société pratiquant l’eugénisme génétique où chaque être est prédisposé à une fonction. Jor-El (Russell Crowe) comprenant que Krypton est perdue met au monde un fils de manière naturelle et décide le faire fuir vers la Terre dans une variation comics de l’Ancien Testament et de Moïse. Ce fils conçu sans manipulation génétique sera ainsi libre de sa destinée et de ce qu’il souhaite devenir, ses pouvoirs démesurés (due à la gravité différente de la planète Terre et de son soleil) lui permettant peut-être de servir de guide aux humains pour qu’ils ne commettent pas les mêmes erreurs que Krypton. 

A l’inverse le Général Zod (Michael Shannon) est un kryptonien suivant avec ferveur ce pour quoi il a été façonné, défendre krypton quoiqu’il en coûte. On constatera les ravages de ce dogme lors de l’ouverture où son fanatisme se confronte à la sagesse de Jor-El mais surtout lors de sa tonitruante arrivée sur Terre où il va traquer Clark et chercher à brutalement assujettir la planète. Superman/ Clark Kent acquiert donc ici une dimension nouvelle puisque son existence lui a laissé le droit à une incertitude qui courra une bonne partie du récit.

Les flashbacks montreront de quelle manière sa nature d’étranger l’isole, notamment l’adaptation difficile de son métabolisme durant l’enfance où le monde entier est une agression pour ses sens hypersensible. Ce sera ensuite un questionnement quant à l’usage de ses dons où son instinct d’entraide se confrontera toujours à la peur du regard des hommes pour ce qui est différent. Le scénario revisite ainsi de manière passionnante la relation de Clark et son père terrien Jonathan (Kevin Costner) qui cherchera constamment à contenir ses dons, estimant qu’il n’est pas assez mûr pour assumer le regard du monde sur sa vraie nature. 

Il lui apporte (au prix de sa vie) un sens de la mesure et de la modestie tout humain quand la rencontre avec Jor-El lui fera enfin accepter son destin de messie (là ce seront de lourde allusion au Nouveau Testament, Clark ayant 33 ans et multipliant les poses christiques en Superman) surpuissant. Une approche juste tant les premiers sauvetages de Clark  sont des reflets de son caractère irrésolu avec des bienfaits se disputant à des réactions à vif où il peine à contenir (notamment face aux provocations des brutes ordinaires) ses émotions.

Forcément avec pareille approche l’esthétique du film est loin de la tonalité lumineuse de l’opus de Richard Donner ou du décalque maladroit de Bryan Singer. Plus ténébreux et introspectif, le film reprend les motifs americana associé à Clark Kent et verse parfois dans un contemplatif lorgnant sur Terence Malick. La photo de  Amir Mokri adopte une lumière grisâtre où il faut voir le point de vu de Clark sur ce monde où il ne se sent pas à sa place et ce n’est que quand il acceptera et assumera son statut de héros, qu’il ressentira ce lien à la Terre et la volonté de la sauver que son environnement lui apparaîtra bienveillant et pourra être baigné de lumière. 



La première scène de vol est ainsi un grand moment et signe la première étape de ce changement, la seconde étant lorsqu’il se présentera au monde pour répondre au défi de Zod (avec une apparition toute christique dans les airs et les rayons immaculés du soleil) puis le dépassement de soi final où il stoppera la dévastatrice machine à gravité. Chacune de ces étapes est magnifiée par le superbe thème d’Hans Zimmer. Loin du tonitruant et inoubliable thème de John Williams, celui de Zimmer reflète la tonalité introspective de la première partie du film avec son motif de piano simple prenant de plus en plus d’ampleur et de puissance épique tandis que l’humain Clark Kent et le kryptonien Kal El deviennent enfin le meilleur des deux mondes, le héros Superman.

Chacun des films de Zack Snyder montrait des héros acculés et derniers rempart face une un ennemi illustrant une évolution forcément mauvaise. Ce seront les humains en luttes contre les zombies dans L’Armée des morts (2004), bien sûr les spartiates combattant l’envahisseur perse dans 300  ou les super-héros de Watchmen cherchant à sauver un monde imparfait menacé de destruction par un ennemi visionnaire et mégalomane. Man of Steel amène un développement étonnant à cette idée puisque c’est cette fois le méchant qui endosse ce statut de garant de la tradition (Zod) et le gentil qui symbolise cette évolution et ce mélange (Superman) plus forcément vu comme néfaste. 

Le Royaume de Ga'hoole (2010) et Sucker Punch avait amorcé cette bascule puisque le statu quo, l’ordre établi et le dogme y était vu comme une tare (les chouette militaires aux velléités totalitaire du premier, la lobotomie de l’hôpital psychiatrique du second) en oppostion aux aspirations de libertés des héros. 

Zod est donc un méchant captivant car sûr de son fait et déterminé, Michael Shannon lui apportant un charisme et une présence sacrément menaçante. Pourtant par sa conception génétique préétablie c’est également un être unidimensionnel suivant aveuglément le dogme et la fonction pour laquelle il a été façonné. Tout le contraire de Clark Kent qui aura douté, tâtonné et finalement trouvé sa voie en Superman. Cette facette prend un tour puissant dans la dernière partie soulignant leur différence, Zod par sa formation militaire s’adaptant et acquérant les mêmes pouvoirs que Superman en un temps record alors qu’il avait fallu toute une vie pour les maîtriser à Clark.

Visuellement le film est sans doute l’illustration la plus spectaculaire de la puissance démesurée de Superman, les anciens films n’ayant pas la technologie pour l’exploiter à son maximum. Snyder abandonne les ralentis iconiques qui ont fait sa gloire pour adopter un étonnant style « sur le vif » dans le filmage de l’empoignade de ses surhommes. On a constamment l’impression d’avoir un temps de retard, comme si la caméra avait du mal à suivre la rapidité de mouvement insensés des personnages dans l’idée de traduire de quelle manière l’œil humain serait incapable d’englober l’ensemble des informations s’il se trouvait face à des êtres d’un tel pouvoir. 

 Cela fonctionne magnifiquement, notamment grâce au charisme des acolytes de Zod dont une Faora (Antje Traue) à la présence glaciale et au regard hautain envers ces faibles humains, Snyder lui donnant une aura de puissance tout simplement dévastatrice. Le combat de titans à Smallville est un grand moment, laissant enfin Superman déployer sa force mais aussi se montrer sous un jour positif à la méfiance des humains qui l’accepteront alors. Les marivaudages et le jeu de dupes avec Loïs Lane (Amy Adams) ont complètement disparus puisque celle-ci devine d’emblée son identité et elle sera tout au long du film e référent permettant à Clark d’exprimer ses failles, sa sensibilité.

Le film est donc très spectaculaire, peut-être trop dans sa dernière partie (on se demande ce qu’il restera à détruire pour la suite annoncée), Snyder se montrant sans doute trop généreux et créant un léger déséquilibre avec la belle introspection de la première partie. Du coup la manière de vaincre Zod (après un long combat à la Dragon Ball Z – décalque japonais de Superman à l’origine la boucle est bouclée – où les buildings s’effondrent) est quelque peu radicale pour brutalement interrompre le récit mais a le mérite d’établir la frontière que Superman ne franchira plus et établir définitivement le canon du personnage. Une réinvention brillante et un des meilleurs films de Zack Snyder dont la furie aura été judicieusement dosée par Nolan. 

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Warner