Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 20 novembre 2014

Plus on est de fous - The More the Merrier, George Stevens (1943)

La crise du logement qui sévit aux Etats-Unis pendant la dernière guerre, oblige la jeune Connie à louer un appartement à un vieux monsieur, Benjamin Dingle. Celui-ci, de son côté, le sous-loue au jeune officier Carter...

Un an après l'excellent La Justice des hommes (1942), George Stevens retrouve Jean Arthur pour une autre merveille de romance en huis-clos avec cet excellent The More the Merrier. S'il ne part pas dans les réflexions philosophiques de son prédécesseur, le film s'inscrit avec humour dans une réalité d'alors à savoir la pénurie de logement au sein de cette Amérique en guerre. La scène d'ouverture amuse ainsi par son décalage avec sa voix off vantant les vertus de l'accueil à Washington tandis qu'à l'image s'enchaîne les visions d'hôtels et de pensions saturées. C'est dans ce contexte que va se profiler une promiscuité inattendue entre nos trois héros. Benjamin Dingle (Charles Coburn) est un homme politique venu justement à Washington pour mettre en place un programme immobilier et va ironiquement se trouver à la rue le temps de son séjour.

Il va avec roublardise et insistance réussir à sous-louer une chambre à Connie (Jean Arthur) jeune célibataire qui aurait préféré la compagnie d'une autre femme. Les manières coincées et l'organisation rigoureuse de Connie s'opposent à la désinvolture rigolarde de Dingle et George Stevens par son sens du rythme et sa gestion de l'espace fait de l'appartement un hilarant théâtre de ces deux caractères opposés. Le procédé est poussé plus loin encore lorsque Dingle va sous-louer sa propre chambre à Carter (Joel McCrea) un jeune officier de passage, et à l'insu de Connie bien sûr. A ces mouvements perpétuels désordonnés s'ajoutera ainsi une hilarante partie de cache-cache où Charles Coburn est absolument génial dans ses efforts à dissimuler sa duperie tandis que ses deux colocataires vaquent à leurs occupations.

Après avoir introduit les personnages dans les entrechoquements de cet espace restreint, Stevens met la pédale douce sur les gros gags pour développer subtilement leur caractère. Charles Coburn s'avère aussi volontariste que désinvolte dans ses actions sociales et dans son rôle d'entremetteur goguenard qu'il interprète avec un plaisir non dissimulé. Jean Arthur est une nouvelle bouleversante quand se dessine peu à peu la solitude de Connie sous l'attitude psychorigide, "fiancée" à un homme surtout préoccupé par sa carrière et pour qui cette compagnie un autant un dérangement qu'un piquant dans son quotidien morne. Joel MCrea est également très subtil en soldat de passage à l'attitude détachée, ses responsabilité ne lui permettant pas de se lier trop longuement à qui que ce soit (la première rencontre avec Dingle où il est constamment allusif sur ses activités).

La fragilité et le charme de Connie vont pourtant faire vaciller progressivement cette froideur. Ce rapprochement se fait dans le quotidien, le temps de quelques séquences anodines (un petit déjeuner à trois, une séance de bronzage...) d'un charme fou où Dingle a recours à des procédés grossiers pour briser la retenue des deux jeunes gens. Connie est trop fière et distinguée pour faire le premier pas, Carter n'est même pas conscient d'être en train de tomber amoureux. Les dialogues sont tordants lorsque les deux hommes mettent à mal la patience de Connie (toutes les piques sur son fiancé) et l'on passe un vrai bon moment.

Comme La Justice des hommes, Stevens brise cet aparté de manière un peu artificielle dans l'avalanche de rebondissement de la dernière partie alors que le romantisme se développait bien mieux dans l'attente. Néanmoins les situations sont suffisamment drôles pour susciter l'adhésion, comme ce moment où se vérifie les tirades de Charles Coburn sur la pénurie d'hommes à Washington (huit femmes pour un homme) et où Carter est subitement assailli de prétendantes dans un restaurant. On pense aussi à la réaction ahurie du fiancé (Richard Gaines) lorsqu'il découvrira les liens curieux unissant nos trois héros. La magie opère définitivement dans les purs moments romantiques où le film se détache de sa mécanique et ose ralentir.

Deux moments de grâce fonctionnent ainsi en parallèle. Connie et Carter dans leurs chambres respectives, allongés, s'avouent leur amour, le mur séparant les deux pièces semblant disparaitre par la finesse du montage laissant croire qu'ils sont côté à côte. La dernière scène répond à ce moment, quand devant se séparer notre couple reprend une attitude distante pour cacher sa détresse. A l'inverse, la mise en scène de Stevens filmant ce passage de l'extérieur fait supposer qu'ils sont séparés et en fait le mur a cette fois (littéralement) disparu. Le rapprochement mutuel se sera fait en domptant leur cœur et cet espace, idée que conjugue avec brio le réalisateur par la seule image (et assez ironiquement l'aveu amoureux se fait dans une promiscuité indécente par le montage, l'hypocrisie revient alors que la relation est "régularisée" beau pied de nez au Code Hays). Un petit bijou de comédie romantique et Jean Arthur est définitivement la plus craquante des "girl next door" du cinéma américain.

Sorti en dvd zone 1 chez Sony et doté de sous-titres anglais (assez défaillants quand même)

Extrait

mardi 18 novembre 2014

Un mauvais fils - Claude Sautet (1980)

Bruno Calgagni rentre en France. Toxicomane, parti six ans plus tôt pour les États-Unis, il y a purgé une peine de cinq ans de prison pour trafic d'héroïne. Pendant son absence sa mère est morte. Il se rend chez son père qui l'accueille, mais la situation devient vite invivable, son père l'accusant d'être responsable de la mort de sa mère. Bruno travaille comme manutentionnaire dans des conditions difficiles. Le contrat terminé il trouve un emploi dans une librairie, où officie également Catherine, une ancienne toxicomane...

Un mauvais fils marque une rupture et le début d’un nouveau cycle dans l’œuvre de Claude Sautet. Après une décennie à avoir exploré sous toutes les formes les affres des hommes de sa génération dans une série de désormais classiques du cinéma français (Les Choses de la vie (1969), Max et les ferrailleurs (1971), César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul... et les autres (1974), Mado (1976), Une histoire simple (1978)), le réalisateur souhaite sortir de ce confort, dépeindre d’autres milieux sociaux, tranches d’âges et par conséquent type de personnage et situation. Cette réinvention passera notamment par un changement de scénaristes puisque les fidèles Jean-Loup Dabadie et Claude Neron ne seront pas cette fois de la partie. A leur place, le journaliste Daniel Biasini (alors époux d’une des égéries du cinéma de Sautet, Romy Schneider) et Jean-Paul Török, qui entre autres talent fut critique à Positif, revue qui n’eut de cesse de défendre Sautet à cette période. Au niveau du casting le réalisateur va chercher Patrick Dewaere (après avoir hésité avec son acolyte des Valseuses Gérard Depardieu, trop imposant et pas assez vulnérable pour le rôle) et son ami Yves Robert dans un magnifique contre-emploi de père taciturne.

Bruno Calgagni (Patrick Dewaere) est de retour en France après six années passées dans une prison américaine où il était condamné pour trafic d’héroïne. Le conflit paternel se devine dès les premières séquences et avant même les retrouvailles grâce au sens du détail de Sautet. Aux policiers qui l’accueillent et l’interrogent, il est capable de citer de mémoire la date de naissance de sa mère quand il n’a plus celle de son père (Yves Robert) en tête, preuve sous-jacente de la distance qui règne entre eux. Les retrouvailles seront effectivement froides et, si l’affection se devine dans les regards du père et du fils dans ce premier contact, le geste est maladroit et retenu. Un fantôme s’immisce en effet dans le renouement possible entre les deux hommes, celui de la mère disparue pendant la peine de Bruno. Peu à peu, cette retenue dévoilera une forme de rancœur du père pour Bruno qu’il considère comme responsable de la dérive puis de la mort de son épouse dans ce que l’on devine être un suicide. 

Yves Robert est un prolongement des hommes durs et « vieille école » des films précédents de Sautet mais ce trait de caractère s’exprime différemment ici. Les protagonistes masculins de milieux bourgeois des œuvres antérieures étaient des êtres froid, distant et souvent antipathique. En abordant un milieu ouvrier et populaire le sentiment n’est pas tout à fait le même, la difficulté à se dévoiler se révèle dans le geste incertain (Yves Robert cherchant toujours une occupation comme faire le café pour éviter le vrai tête à tête avec son fils) et plutôt qu’un silence glacial la détresse s’exprime dans des explosions de colères où les mots dépassent la pensée, où la rancœur se substitue à l’affection. Yves Robert, bougon et fier s’avère ainsi très attachant et vulnérable malgré la rigueur de son personnage.

Le salut ne peut donc venir que de la nouvelle génération, moins prête à s’insérer dans le monde mais aussi plus apte à se mettre à nu dans cette errance. On voit ainsi Bruno se chercher professionnellement et sentimentalement (entre relation tarifée et drague balourde) avant de trouver l’amour avec un pendant féminin aussi abimé que lui, la toxicomane repentie Catherine (Brigitte Fossey magnifique dont une scène d'aveur amoureux tout en retenue). L’équilibre ne peut cependant être atteint en dépit de ses efforts car il est rongé en son for intérieur par ce père qui le repousse. Ce manque se traduit chez Sautet par des corps traîtres -mais aussi des moments plus anodins comme lorsque Brun insite pour payer un verre à un quidam dans un bar - et prolongement d’une psyché malade, que ce soit le malaise de Bruno dans le métro ou la chute d’Yves Robert sur son chantier. La réaction de repli sur soi et d’autodestruction est également la même chez ces figures masculines, Bruno replongeant dans la drogue tandis que son père diminué physiquement s’isole du monde. 

La fragilité révèle néanmoins un caractère plus fort chez Bruno quand les bravades de René montre le manque de ces hommes mûrs pour qui s’ouvrir signifie perdre la face. Les trajectoires des deux protagonistes vont ainsi en parallèle, chaque chute précédant un redressement pour Bruno et au contraire un enlisement pour son père. L’ultime séquence exprime bien cela, avec un René seul et ayant chassé son amante (Claire Maurier) dont il refuse la pitié quand Bruno rappelle Catherine avec laquelle il aura partagé des démons communs. Cet élan est donc aux antipodes de la résignation désabusée qui accompagnait les derniers films du cycle précédent (Vincent, François, Paul... et les autres et  Mado surtout ici l’énergie et la modernité du film l’éloigne de ces mélodrames figés) et s’inscrit plutôt dans la veine lumineuse de Une histoire Simple (1978). Seulement cette fois, Sautet semble enfin laisser pleurer ses hommes et ce sont les plus jeunes qui initieront cet abandon, le final sobre laissant une belle note d’espoir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal

lundi 17 novembre 2014

Comédie érotique d'une Nuit D'été - A Midsummer Night's Sex Comedy, Woody Allen (1982)

Durant un week-end ensoleillé, Andrew et Adrian reçoivent quelques amis : Léopold et sa fiancée Ariel, ainsi que le docteur Maxwell et sa nouvelle conquête, une infirmière peu farouche. Alors que le couple d'Andrew s'épuise, des intrigues se nouent, mêlant frustrations amoureuses et souvenirs.

A Midsummer Night's Sex Comedy est le premier prolongement du virage de Woody Allen amorcé avec Intérieurs (1978), à savoir des œuvres étant des hommages/variations de cinéastes européen qu’il admirait. Cette tendance aura souvent cours dans ses films des 80’s et si Intérieurs était plutôt une reprise du style et des atmosphères d’Ingmar Bergman, Comédie érotique d'une nuit d'été est carrément une réinvention du Sourires d’une nuit d’été (1955) un des films les plus légers et entrainant du réalisateur suédois. Tout comme ce dernier, le l’œuvre d’Allen est bien sûr aussi une modernisation de la pièce de Shakespeare Le Songe d’une nuit d’été, le réalisateur américain prolongeant la démarche de Bergman l’inscrivant dans un cadre « réaliste » (mais pas forcément contemporain) ù il se déleste de l’imagerie féérique originel tout en gardant une vraie forme de magie et fantaisie en toile de fond. La filiation se prolonge d’ailleurs dans la bande-originale puisque le score reprend la suite pour violon composée pour la scène par Mendelssohn et inspirée de la pièce de Shakespeare. 

Le marivaudage le plus trivial et les questionnements métaphysique se disputent tout au long d’une intrigue où le temps d’un week-end, la stabilité de trois couple sera mise à mal. L’introduction annonce les déchirements à venir dans une caractérisation où chaque trait de personnalité, chaque problématique maritale renvoie à son inverse d’un couple à l’autre. Le pédant et terre à terre intellectuel Leopold (José Ferrer) trouve son opposé avec l’inventeur rêveur Andrew (Woody Allen) mais aussi le séducteur désinvolte Maxwell (Tony Roberts). La frigidité de Adrian, épouse d’Andrew, est également aux antipodes du caractère peu farouche de Dulcy (Julie Hagerty) compagne du week-end de Maxwell, mais aussi du passé tumultueux de Ariel (Mia Farrow) future épouse de Leopold.

L’esthétique élégiaque (l’arrivée en campagne sur du Mendelssohn où l’on voit biche et autres lapin gambader gaiement, les compositions de plan somptueuse d'inspiration impressionniste magnifié par la photo de Gordon Willis) instaure une atmosphère romantique qui sera constamment désamorcées par les attitudes des personnages. Tous les éléments de passions classiques sont ainsi tourné en dérision par Woody Allen, le coup de foudre ne semble dissimuler qu’un désir masculin pressant pour Maxwell et Ariel, le souvenir ému d’une passion non consommée va s’avérer cruellement décevante lors de l’attendu passage à l’acte entre Andrew et Ariel et le pur abandon aux sens est plus motif de comédie que de sensualité dans le rebondissement final entre Dulcy et Leopold. 

Woody Allen plaque des problématiques très ordinaire et moderne à un environnement appelant au romanesque, jouant autant du côté sautillant et bariolé issus de Shakespeare que du retour sur terre qu’exprimait la vision de Bergman sous la légèreté. Par ce délicat équilibre, il évite de tomber dans la farce complète, on rit de ses couples se faisant et se défaisant tout en s’attachant aux destins des personnages qui ne sont jamais des pantins de vaudeville. L’intervention du surnaturel ou d’éléments fantaisistes ont toujours ce double rôle. Une machine volante d’Andrew servira à une charmante ballade dans les airs avec Ariel quand son globe à esprit révèlera des adultères passés ou futurs. 

Au final l’objectif sera d’ébranler les protagonistes dans leurs certitudes, chacun terminant aux antipodes de son attitudes initiale. La femme frigide se sera avérée plus légère qu’il n’y parait, Ariel en quête de stabilité craquera pour le plus imprévisible des prétendants et l’incrédule Leopold découvrira le monde des esprits dans un surprenant rebondissement final. Un charivari amoureux des plus charmants donc, assez mal accueillit à l’époque (un razzie Awards pour Mia Farrow dans cette première collaboration avec Woody Allen) mais qui demeure un opus attachant du réalisateur new yorkais. 

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

vendredi 14 novembre 2014

Larmes de joie - Risate di gioia, Mario Monicelli (1960)


Durant la nuit de la Saint-Sylvestre, deux figurants de cinéma se promènent en ville : ils échouent d'un lieu à l'autre, d'une fête à une réception, sans pouvoir être admis et respectés. Ils n'en perdent pourtant pas leur optimisme et leur courage...

Mario Monicelli avait changé de statut et était devenu le fer de lance de la comédie italienne avec son cultissime Le Pigeon (1958) et avait transformé l’essai avec La Grande Guerre (1959). Ces deux classiques était les récits d’errance de pauvres bougres, que ce soit des braqueurs amateurs du Pigeon et les soldats guère plus doué de La Grande Guerre. Sous couvert de comédie se révélait le  contexte misérable et hostile qui allait servir la trajectoire d’éternel perdant, figure récurrente du réalisateur puisque la séduction sans but du héros de Casanova 70 (1965) ou les farces des joyeux compères de Mes chers amis (1975) masquaient également un fond plus dépressif. Larmes de joie, venant après ces deux succès fondateurs s’inscrit dans la même veine et vient même conclure une sorte de cycle pour le réalisateur. La spirale de l’échec avait un objectif dans Le Pigeon (le butin) et dans La Grande Guerre (sortir vivant du champ de bataille) alors qu’elle s’avère finalement plus ténu et amère dans Larmes de joie ou les personnages cherchent tout simplement un bref moment de bonheur capable de leur faire oublier les soucis.

En cette nuit de Saint-Sylvestre, Tortorella (Anna Magnani) et Umberto (Totò), deux modestes figurants de cinéma, cherchent en cette soirée de festivité à s’évader de leur quotidien difficile. Ce nouvel an sera pourtant une suite de déconvenues  les ramenant constamment à leur statut de perdants. Le film adapte les deux nouvelles d’Alberto Moravia Risate di gioia et Ladri in chiesa sur un scénario conjointement écrit par Monicelli, les deux maîtres de la comédie Age et Scarpelli et Suso Cecchi D'Amico, scénariste attitrée de Visconti entre autre. Le trio avait déjà collaboré sur Le Pigeon et on retrouve donc là ce rire jaune sur fond de d’environnement assez déprimant avec un même équilibre. Les embûches se plaçant sur la route de notre duo repose donc autant sur un contexte social difficile qu’une irrépressible poisse. Pour le premier point l’absence de ressources économiques va forcer Umberto à servir d’assistant au voleur Lello (Ben Gazzara) bien décider à dépouiller le plus de fêtards nantis au court de la soirée. 

Ce dénuement sera une sorte de fil rouge cause de désagréments anodins dont la répétitivité vont créer le comique (les poches désespérément vides du duo qui empêchent de prendre un taxi et ce jusque dans la dernière scène), amorcé en amont quand on verra Umberto malmené par sa logeuse pour se loyers de retard. Pour ce qui est de la guigne ordinaire, il suffira pour Tortorella d’être la treizième convive pour que ces superstitieux amis l’abandonnent à son sort pour la soirée. Les situations pathétiques s’enchaînent donc, provocant consternation et rire avec ce montage alterné ou Tortorella est coincée dans un métro en route pour le dépôt tandis qu’Umberto et Lello, seules âmes en peine dans la rue subissent la pluie du traditionnel lancer de projectile des fenêtres durant le nouvel an. Toute une faune d’autres laissés pour compte se révèlent d’ailleurs dans l’errance des personnages, que ce soit le conducteur de métro obligé de travailler en ce moment de fête ou ce couple d’escrocs où l’homme oblige sa fiancée à se prostituer pour détrousser un touriste américain. 

Tout le parcours des héros constitue un envers triste de la fête qui bat son train de toute part, Monicelli offrant même un parallèle cinématographique moqueur lorsque le touriste américain souhaite reproduire avec Tortorella la légendaire baignade dans la fontaine de La Dolce Vita (1960) de Federico Fellini. Teinte en blonde pour initier le changement attendu de cette nouvelle année, Anna Magnani par son visage las offre un triste pendant à la rayonnante Anita Ekberg et en guise de Marcello Mastroianni, on aura plutôt un américain arrogant et aviné lourdement insistant. Le personnage sous ses dehors loufoque représente d’ailleurs encore une figure de domination sur cette Italie d’après-guerre pas encore complètement sortie du plan Marshall.

Nos deux héros constituent néanmoins des perdants magnifiques qui ne baissent jamais les bras et croient en des jours meilleurs. Totò et Anna Magnani forment un duo très attachant que l’on se plaît à voir se houspiller et se taquiner, profitant du moindre instants de respiration pour se laisser aller. On pense à cette magnifique scène de chant où les deux acteurs en profitent pour reprendre leur numéros et mimiques de music-hall, navigant entre l’anodin pour l’assemblée de fêtard et le référentiel pour le cinéphile qui connaît le passif des stars dans ce registre.

Cette bonhomie et cet entrain fait ainsi toute la différence avec le ténébreux Lello qui, plutôt que la souriante résignation du duo choisit la voie un l’illégalité allant crescendo dans l’absence de scrupule jusqu’à un vol dans une église. La spirale de l’échec finit par faire disparaitre toute morale chez lui quand Umberto et Tortorella garderont toute notre sympathie. Guère mieux lotis quand le récit touche à sa fin, ils semblent pourtant toujours prêts à avancer. Ce mélange si subtil d’espoir pourtant condamné et la manière si courageuse de le prendre à la légère, toute la magie de Monicelli est là.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo 

Extrait

jeudi 13 novembre 2014

La Conquête du bout du monde - They're a Weird Mob, Michael Powell (1966)

 Nino Culotta, journaliste sportif italien, part en Australie où il espère devenir chroniqueur au journal de son cousin "la Seconda Madre". Mais celui-ci, couvert de dettes, s'est enfui. Nino s'engage à tout rembourser, multipliant les emplois. Engagé sur un chantier de construction, il découvre la vie quotidienne des ouvriers, aux antipodes de ce qu'il a pu connaître jusqu'alors. Il fait également la connaissance de Kay, une jeune australienne dont il tombe amoureux…

Après l'énorme scandale provoqué par Le Voyeur en 1960, Michael Powell fut littéralement mis au ban du cinéma anglais voyant sa carrière quasiment stoppée du jour au lendemain. C'en était fini des projets ambitieux d'antan des Archers, la séparation avec son partenaire Emeric Pressburger étant même scellée à l’occasion de ce film controversé auquel il ne croyait pas. Les réalisations de Powell se firent ainsi sporadiques et confidentielles comme The Queen’s Guards (1961) ou le téléfilm allemand Le Château de Barbe-Bleue (1964). Ce dernier signalait ainsi que l’exil semblait le seul moyen pour le réalisateur de faire son métier en ces heures difficiles et nous amène au diptyque australien que constituera l’enchaînement de They're a Weird Mob et Age of Consent (1969). They’re Weird Mob est l’adaptation du best-seller (paru en 1957) de l’auteur australien John O'Grady où il narrait de façon amusée la difficile intégration de l’émigrant italien Nino Culotta aux mœurs du pays. 

Ce regard tendre et amusé (qu’O’Grady signe d’ailleurs le livre sous le pseudonyme de Nino Culotta) fit un véritable triomphe et attira bien évidemment la curiosité du cinéma. Gregory Peck acquis les droits de l’ouvrage dès 1959 sans pouvoir les concrétiser en film. Michael Powell qui avait lu le roman au début des 60’s fut immédiatement emballé par le sujet mais dut donc attendre trois ans avant de pouvoir en obtenir les droits à son tour. Il allait alors convoquer une ultime fois – pour le cinéma du moins les deux collaborant une dernière fois sur The Boy Who Turned Yellow (1972) – son vieux complice Pressburger qui en écrirait le scénario sous le pseudonyme Richard Imrie. 

Le film désarçonne lors de ses premières minutes par son ton rigolard, ses gags bien appuyés mettant en boite la singularité géographique, linguistique et culturelle des australiens. Une manière de nous emmener ailleurs dans un grand éclat de rire avant que ce regard ne se fasse plus tendre et amusé à travers le regard de l’étranger, Nino Cullota (Walter Chiari). On retrouve en fait ici sur un ton plus amusé le regard d’explorateur et d’anthropologue qui court sur de nombreux films de Powell. Le réalisateur se sera souvent attaché à l’immersion au sein de certaines communautés isolées qu’il confrontait à un monde changeant, à une modernité vue comme un danger, en particulier par l’arrivée de l’étranger

À l'angle du monde (1937), œuvre quasi documentaire et sous haute influence de Flaherty montrait ainsi l’hésitation entre départ inéluctable et maintien des traditions pour les habitants d’une petite île des Hébrides. A Canterbury Tale (1944) voyait la fraternité possible mais aussi le repli sur soi entre trois soldats américains de passage et les habitants d’un village du Kent. On pourra également citer la confrontation entre la turbulente citadine de Je sais où je vais (1945) et les joyeux insulaires de l’île de Mull et inutile de revenir sur le versant ouvertement dépaysant de cette thématique avec le flamboyant Le Narcisse Noir.
  
They’re weird mob troque la dimension d’épopée des films précités pour une tonalité plus légère et picaresque. Powell se moque même en ouverture de cette idée de destination aux antipodes qu’évoque l’Australie avec son globe terrestre inversé et des premières images du pays à l’envers. Les films précédents effectuaient un contraste permanent entre le gigantisme de ces territoires inconnus et les questionnements intérieurs des personnages. Moins ambitieux et surtout respectueux du ton du roman, They’re weird mob en reste à un visuel assez touristique dans l’ensemble et c’est surtout par l’humain et le choc des cultures que se ressentira le dépaysement. Cela s’inscrit dans le projet même du récit puisque le choc n’est pas seulement culturel, mais social. Nino est plutôt un intellectuel ayant quitté l’Italie dans l’idée de prolonger son activité de journaliste à un niveau plus élevé en étant codirigeant de la revue de son cousin.

Il adopte une attitude distinguée qu’il va devoir mettre de côté puisque les déconvenues l’amèneront à exercer des métiers autrement plus manuels sur les chantiers de construction. L’exotisme repose ainsi autant sur les expressions et mœurs locales que Nino ne maîtrise pas que sur les manières rudes et le ton gouailleur de ce milieu ouvrier et populaire qui lui est inconnu même dans son propre pays. Tous les premiers pas de Nino en Australie se voient donc sous ces deux angles tel la rencontre dans les locaux vides de l’entreprise où il ne cesse en éphémère maître de nettoyer les saletés faite par les ouvriers. 

Une des plus belles scènes d’A Canterbury Tale voyait le soldat américain et un charron anglais faire disparaitre leur différence dans une chaleureuse discussion sur la culture du bois. L’amour du travail bien fait était une source de rapprochement où une fraternité, une amitié au-delà des frontières était possible. C’est de cette même manière que Nino va à son tour pouvoir s’intégrer. Walter Chiari dégage un vrai capital sympathie et Nino la différence sociale naît plus de la maladresse de Nino que d’une arrogance qu’il n’aura jamais. 

Volontaire et travailleur malgré ses aptitudes limitées et son physique frêle, il suscitera toujours la bienveillance des locaux dans des séquences où Powell prolonge ce ton ludique et positif plutôt que faire dans le mélodrame forcé. La scène où tous les employé de l’hôtel s’immisce dans la conversation téléphonique de Nino durant son entretien d’embauche pour l’aider est une pure merveille, tout comme les laborieux premiers travaux manuels de notre héros où sous la maladresse son abnégation laisse admiratif son partenaire de chantier. 

C’est de la même manière qu’il va progressivement séduire sa créancière nantie Kay (Claire Dunne), intriguée par cet étranger qui fait tout pour la rembourser, aussi ridicules soient les mensualités. La méfiance et le racisme latent ne sont absents pour autant - d’autant que l’Australie connaîtra un pic d’immigration en 1960 et 1970 suscitant forcément ce type de réaction – mais ces attitudes sont constamment désamorcées par la bonhomie de Nino, par l’image d’intégration véhiculée par les autres personnages d’émigrants (la famille italienne tenant un restaurant) ou par un gag potache tel ce quidam alcoolisé qui va manquer de se noyer après avoir invectivé les « étrangers ».

La solidarité et l’entité unie que constitue le groupe de travailleurs – Powell retrouvant sa rigueur documentaire pour dépeindre dans le détail les différentes étapes de ces travaux de construction dont l’aménagement de terrain - s’exprimera ainsi dans les beuveries épiques au pub mais également dans les services rendus où leur savoir-faire servira à effectuer des travaux chez un camarade jeune marié.

La spontanéité est vraiment la plus grande qualité du film, Powell ne jouant d’aucune ficelle dramatique grossière et rendant naturelle l’assimilation de celui qui a fait tous les efforts pour se fondre dans son pays d’adoption – l’Australian Dream adoptant à son échelle les codes de son équivalent américain, l’assimilation se faisant aussi par l’achat d’un lopin de terre. La romance entre Nino et Kay est ainsi d’une limpidité et d’un charme fou, le franc parler étant la meilleure arme pour se faire accepter à l’image de cette truculente première rencontre avec le beau-père. L’ultime séquence s’avère donc emblématique de cette disparition des frontières géographiques et sociales.

Présentant sa fiancée à ses amis, Nino remarque que ces derniers sont empruntés et peu naturels face à cette fille « de la haute ». Il va interrompre le concert des banalités par un tonitruant Bring out the bloody beer ! qui va permettre à tout le monde de se dérider dans un concert d’ouverture de canettes. Jurant comme un pur aussie, sans gêne face aux nantis comme aux travailleurs, Nino est définitivement chez lui. Plus modeste certes que les grands chefs d’œuvres passé, mais un des films les plus attachant de Powell. 

Sorti en dvd zone 2  français chez Elephant Films


mardi 11 novembre 2014

Diamants sur canapé - Breakfast at Tiffany's, Blake Edwards (1961)

Holly Golightly, une pétillante jeune femme, rêve d'amour et d'argent. De New York, où elle vit, elle ne connaît surtout que les vitrines du grand joaillier Tiffany's, qu'elle contemple platoniquement, la prison de Sing Sing, où elle rend visite à un truand, et les restaurants où de vieux messieurs chic l'emmènent dîner. Paul Varjak, son voisin, un écrivain en panne d'inspiration, qui vit des grâces généreuses de sa protectrice, Edith Parenson, est rapidement séduit par le charme mutin de Holly.

Breakfast at Tiffany's est la première manifestation de la veine plus délicate et sensible de Blake Edwards après des débuts placés sous le signe de la comédie potache. Le film adapte la nouvelle éponyme de Truman Capote parue en 1958 et dont la transposition à l’écran fut de longue haleine. Le fond scabreux demande une illustration moins directe notamment mais le souci principal sera de trouver l’interprète pour incarner Holly Golightly. La candidate idéale est Marilyn Monroe, Truman Capote pensant à elle quand il écrivait la nouvelle et l’on imagine parfaitement l’icône incarner le mélange de charme ingénu et de sensualité provocante du personnage. Capote cédera les droits de sa nouvelle dans l’idée de voir Marilyn jouer son personnage, initialement dirigée par John Frankenheimer. 

La star déclinera pourtant la proposition car en pleine influence actor’s studio et sous la coupe de Lee Strasberg qui lui conseillera de refuser ce rôle de prostituée associé à l’image sexy qu’elle souhaite atténuer (son choix se portera à la place sur Les Désaxés (1961) de John Huston). Après un nouveau refus de la part de Kim Novak (qui quand on pense au Embrasse-moi idiot (1964) de Billy Wilder aurait été un merveilleux choix aussi) les producteurs firent un choix étonnant en engageant Audrey Hepburn, au grand désarroi de Truman Capote. La sage, mutine et introvertie Audrey Hepburn pour incarner un personnage aussi extravagant était un vrai risque qui allait déterminer le ton très différent du film désormais dirigé par Blake Edwards (Frankenheimer ayant été écarté à la demande d’Hepburn qui n’avait jamais entendu parler de lui).

 
L’histoire dépeint la rencontre de deux solitudes qui par leur sexe, origines sociales et caractères opposés n’ont pas la mêmes moyens d’échapper à leur destin. Paul Varjak (George Peppard) est un jeune écrivain en panne d’inspiration luxueusement entretenu par une riche et séduisante protectrice (Patricia Neal). Il va rencontrer en emménageant sa charmante voisine Holly Golightly (Audrey Hepburn), jeune femme volage subsistant en se prostituant auprès d’amants nantis mais qui rêve de jours meilleurs symbolisé par ces arrêts au petit matin devant les vitrines du joaillier Tiffany’s. Le récit marque progressivement les similitudes et différences entre Paul et Holly. Plus introverti et réfléchi, Paul pêche par oisiveté en s’engonçant dans le confort accordé par sa riche bienfaitrice et retardant ainsi son retour à l’écriture. 

Holly n’a pas cette planche de salut artistique et s’accroche à des rêves aussi incertains que ses nombreux amants, le scénario résumant les « passes » à un paiement de 50 dollars pour aller aux toilettes pour dames. Avec Audrey Hepburn, la vulnérabilité et la fragilité d’Holly l’emporte sur son côté sexy même si la seule issue vénale de réussite est savoureusement croquée lorsqu’entre deux nouveaux arrivant masculins elle se dirigera vers celle étant la « 9e fortune de moins de cinquante ans » au physique pourtant fort disgracieux.

Cette seule motivation pécuniaire lui évite de tisser des liens trop étroit avec quiconque (que ce soit son appartement pas meublé ou son chat sans nom) mais ne lui attirera finalement que les plus odieux et libidineux des prétendants. Le passé douloureux (mariage précoce, enfance rurale misérable, petits larcins) se devine en filigrane au fil du récit et la fuite en avant permanente de Holly devient compréhensible, elle qui n’a jamais représenté qu’un bel objet même pour ceux l’aimant sincèrement à l’image de du vieux vétérinaire texan et éphémère époux revenu la chercher à New York.

Dépeint ainsi on pourrait croire le film réellement lugubre mais il n’en est rien. La relation amicale entre Paul/ Fred et Holly amène une éclaircie et une légèreté bienvenue à cet arrière-plan tragique, chaque scène commune faisant étalage de leur complicité dans un grand éclat de rire. On pense à cette séquence de fête où Blake Edwards répète The Party (1968) avec ces convives hétéroclites et alcoolisés, son festival de gags délirants. 

L’excursion où le couple tente de nouvelles expériences loufoques est une pure merveille de drôlerie également dans un New York de conte de fée. C’est pourtant bien quand l’environnement s’estompe, que les personnages sont laissés seuls à leur mélancolie et échangent des regards aimant que la magie fonctionne pleinement. C’est le cas lors de ce baiser au retour de la fameuse ballade mais surtout quand Holly entonne la merveilleuse Moon River, alertant à l’étage du dessus un Paul subjugué. Blake Edwards à travers le regard de Paul nous place à ces deux moments en plongée face à une Audrey Hepburn mise à nu et délestée de sa superficialité de façade pour redevenir ce petit être fragile qu’il faut protéger. 

Il faudra pourtant qu’elle apprenne à se sauver elle-même en acceptant que le vrai salut extérieur ne peut venir que de l’amour et pas d’une fortune conséquente, un long chemin qui passera par d’autres péripéties malheureuse. On passera sur les rares fautes de gouts (Mickey Rooney en japonais caricatural, l’intrigue policière des bulletins météo amenée de manière assez poussive) pour ne se souvenir que de ce merveilleux final sous la pluie new yorkaise où, enfin, le couple s’avoue désirer la même chose au même moment dans un tendre baiser final. Le conclusion plus amère de Truman Capote se voit supplanté par cette issue plus lumineuse dans une bijou de comédie romantique.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Paramount


Et la merveilleuse Moon River par Audrey Hepburn

lundi 10 novembre 2014

Le Sens du devoir 4 - In the Line of Duty 4 ou Wong ga si je ji IV: Jik gik jing yan, Yuen Woo Ping (1989)

Cynthia, flic à San Francisco, est chargée de retrouver Luk, un petit dealer, témoin de l’assassinat d’un policier et vraisemblablement, détenteur de photos compromettant un important trafiquant de drogue. Elle n’est pas la seule à suivre la piste...

La fameuse saga d’action au féminin de Hong Kong atteint déjà son quatrième épisode avec ce film signé Yuen Woo Ping. Les deux premiers volets avaient innovés avec leur mélange de polar classique et d’action débridée sous influence des Police Story de Jackie Chan, Michelle Yeoh se plaçant en équivalent féminin hargneux et séduisant. Momentanément retirée des plateaux, celle-ci avait laissé la place à la nouvelle venue Cynthia Khan dans le troisième épisode certes efficace mais qui commençait à être quelque peu routinier dans son déroulement. Ce quatrième volet retrouve un regain qualitatif inattendu et s’avère même le meilleur de la saga. Le scénario n’est pas particulièrement innovant (on reprend le principe du faux-coupable/témoin traqué que notre héroïne va devoir protéger) mais s’avère resserré et nerveux car rehaussé par la mise en scène survoltée de Yuen Woo Ping.

On ne présente plus celui qui se fit surtout connaître en Occident comme chorégraphe de la saga Matrix ou des Kill Bill de Tarantino mais qui jouissait d’une carrière exceptionnelle à Hong Kong, entre chorégraphie virtuose pour des classiques comme les deux premiers Il était une fois en Chine (1991 et 1992) de Tsui Hark où ses propres réalisations où il se laisse aller à une illustration de l’action encore plus folle (avec en somme absolu le grandiose (Le Maître Chinois (1978), Le Héros Magnifique (1979), Miracle Fighters (1982) pour citer les plus déjantés). Le Sens du devoir 4 appartient donc à cette seconde catégorie et brille autant par sa trame prévisible mais haletante que par la mise en scène décomplexée de Yuen Woo Ping.

Luk (Yuen Yat-chor) un travailleur émigrant chinois installé aux Etats-Unis va se trouver le témoin d’une transaction de drogue à laquelle est mêlé un ponte de la CIA. Traqué à la fois par la police et les malfrats Luk va du côté de la loi hésiter à faire confiance au dur à cuir et brutal Donnie (Donnie Yen) et la plus compréhensive Cynthia (Cynthia Khan). L’histoire parvient à distiller une certaine émotion entre deux morceaux de bravoure quant à la solitude et l’entraide des émigrants chinois à travers le personnage de Luk, les retrouvailles avec sa mère à Hong Kong étant très touchantes également. 

Le grand apport de ce volet est l’arrivée de Donnie Yen, dans la trame où son rôle de flic impulsif évolue avec intérêt et bien sûr dans l’action (il chorégraphie avec Yuen Woo Ping) où au sommet de sa forme physique il déploie ses aptitudes dans des moments furieux dont notamment une poursuite à moto des plus kamikaze. Pas encore star, l’acteur déploie un charisme idéal qu’il saura encore mieux exploiter plus tard seul à l’affiche. 

Cynthia Khan n’est pas en reste, plus charismatique et à l’aise que dans le précédent épisode et qui a elle aussi l’occasion de se mettre e valeur. On retiendra notamment une mémorable empoignade dans une cage d’ascenseur défiant les lois de la gravité. Nombreuses et variées les scènes d’actions sont les meilleures de la saga et le réalisateur sait varier les plaisirs, les cascades plus urbaines alternant avec les mano à mano plus classique, la dernière partie lorgnant vers le jeu vidéo avec sa succession d’adversaires de plus en plus démesurés dont un Donnie Yen passant un mauvais quart d’heure avec un capoeiriste bodybuildé féroce. L’ensemble fonctionne vraiment comme une version améliorée du second volet (duo policier improbable, témoin à protéger) et s’autorise même quelques surprises dans ses rebondissements (le personnage de Michael Wong au revirement inattendu). Une excellente série B donc pour les nostalgiques du cinéma d’action hongkongais des 90’s dans une série de film qui vieillit toujours aussi bien. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan