Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 20 avril 2014

La Justice des hommes - The Talk of the Town, George Stevens (1942)

Lorsque le Holmes Woolen Mill se retrouve ravagé par un incendie, son directeur, Andrew Holmes, accuse l'un des employés, Leopold Dilg, contestataire notoire. Un homme ayant été tué dans le désastre, Dilg, qui clame son innocence, se retrouve inculpé de meurtre au milieu d'une campagne de presse savamment orchestrée par Holmes. Ayant réussi à s'évader, et décidé à obtenir un jugement équitable, il trouve refuge chez Nora Shelley, une ancienne camarade de classe. Mais cette dernière loue justement sa maison à Michael Lightcap, un important juriste de Boston venu au calme pour écrire un livre...

George Stevens réussi avec un brillant mélange de comédie romantique et de réflexion sociale avec ce surprenant The Talk of the Town. Les ruptures seront de mise tout au long du récit avec notamment une ouverture saisissante et digne d'un film noir qui nous fait découvrir la situation dramatique de Leopold Dilg (Cary Grant). En quelques vignettes nous découvrons le parcours ayant mené le personnage en prison où après avoir été accusé de l'incendie de l'usine de son patron Andrew Holmes et provoqué la mort d'un gardien.

 Cette entrée en matière choc nous laisse dans l'expectative, d'autant que Stevens use très bien de l'allure inquiétante que peut avoir Cary Grant sous les airs joviaux (et surtout exploité avec brio par Hitchcock dans Soupçons (1941) ou Les Enchaînés (1946)) lors de son évasion et de la traque qui s'ensuit. La thématique du film est déjà posée avec le regard sur Dilg qui est biaisé par l'introduction tapageuse et en fait une figure menaçante, le scénario questionnant constamment sur ce qui définit réellement un être derrière ce qu'une campagne médiatique peut en faire. C'est d'abord ce que saura voir Nora Shelley (Jean Arthur), amie d'enfance de Dilg chez laquelle il se réfugie, où plutôt la pension qu'elle loue. Ne sachant que faire d'un Dilg blessé et repu de fatigue et ne pouvant se résoudre à le dénoncer, Nora sera bientôt prise de cours lorsque son premier locataire arrive en avance. Il s'agit en plus de la personne la moins indiquée vu la situation, le très austère et acariâtre Michael Lightcap (Ronald Colman), juriste prestigieux de Boston venu au calme pour écrire un livre.

Stevens tiens alors avec un équilibre délicat comédie enlevée, triangle amoureux et trame policière toujours en poursuivant cette idée de ce qui se révèle derrière l'idée qu'on veut nous donner d'un personnage. Leopold Dilg s'avère ainsi un activiste dont son patron a voulu se débarrasser tout en touchant les assurances de son usine déclinante, aura monté toute la petite ville contre lui et acheté juges et journaux locaux pour parvenir à ses fins. Lightcap s'avère tout à la fois la pire et la meilleure compagnie possible car sa rigueur et sens de la justice pour faire changer les opinions et sauver Dilg. Seulement, le jugement de Lightcap est surtout théorique et représente une application froide et sans âme de la loi en laquelle il a toute confiance. Nora et Dilg devront amadouer le glacial juriste pour le convaincre et le scénario joue sur plusieurs registres pour le pousser dans ses derniers retranchements. D'abord la grosse comédie où une délicieuse et maladroite Jean Arthur titille sévèrement les nerfs d'un Ronald Colman raide comme la justice justement, au phrasé précieux et susceptible même s'il ne tardera pas à être sous le charme.

L'autre angle d'approche est la réflexion avec une vraie respiration entre l'urgence du début et la fin du film où Dilg se faisant passer pour le jardinier bouscule Lightcap dans son idée de loi et qui pour lui doit prendre l'humain avant de poser son verdict aveugle et implacable, ce déséquilibre étant la cause de cet engagement qui lui a causé tant de problème. Lightcap rarement aussi bousculé revoit ainsi progressivement son jugement d'autant qu'il est exposé à la corruption locale et à la campagne contre Dilg téléguidée par sa "victime". Stevens ose une sorte d'aparté philosophique et une confrontation intellectuelle qui n'ennuie jamais et met en valeur les deux héros masculins dont la rivalité hors écran (Cary Grant ayant demandé le changement du titre initial Mr Twilight mettant en avant le personnage de Colman plus riche selon lui et le film constituant à l'époque une rareté avec deux lead stars masculine partageant ainsi l'affiche sur un pied d'égalité) se prolonge dans le film pour les faveurs de Jean Arthur.

Les deux héros sont d'ailleurs si bien caractérisé et attachants que l'indécision du triangle amoureux se maintient jusqu'à la dernière minute, Stevens tournant les deux options possibles et ne faisant son choix qu'après les retours de projection-test. Cary Grant et Ronald Colman sont en fait les deux revers d'une même pièce formant la justice idéale, le premier sous ses airs légers incarnant un personnage engagé et déterminé devant parfois apprendre à rentrer dans le rang et faire confiance aux institutions.

A l'inverse Colman doit aller au-delà des textes et décrets pour plonger parmi ceux sur lesquels ils seront appliqués, savoir se dérider et s'adapter au défaillances bien humaine qui rendent le jugement parfait impossible sans une proximité et clairvoyance. L'idée de fendre l'armure de notable distant en se rasant la barbe est brillante, mettant le personnage sur les bons rails dès qu'il arbore une moustache bien plus séduisante. Jean Arthur est au centre de ses idéologies, représentant justement ce peuple dans ce qu'il a de plus sincère en voyant l'innocent derrière l'accusé idéal désigné par les journaux pour Dilg, et l'homme compatissant et sympathique derrière le juriste glacial pour Lightcap.

La dernière partie en forme de trépidante enquête policière inverse donc les rôles pour une issue attendue mais très bien amenée. On adhère à l'idéalisme de Stevens porté par un trio d'acteurs épatant et porté par un propos passionnant dans ce très beau film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony mais l'édition étant introuvable désormais et hors de prix se pencher sur le zone 1 bien plus abordable et qui comporte des sous-titres français

Extrait

 

samedi 19 avril 2014

Été précoce - Bakushū, Yasujirō Ozu (1951)


Noriko (Setsuko Hara), 28 ans, est secrétaire dans une petite compagnie à Tokyo. C’est une jeune femme moderne mais elle vit encore chez ses parents, tout comme son frère, sa femme et ses deux enfants. Elle subit de fortes pressions de la part de sa famille ; en effet, il n’est pas raisonnable à cet âge de ne pas encore s’être mariée. Mais la jeune fille se réjouit de son indépendance et préfère trouver elle-même son futur époux. Son patron lui propose un bon parti de sa connaissance mais Noriko refuse…

Dans la lignée des thématiques de son cinéma de cette dernière et plus populaire période de sa filmographie, Été précoce est l’occasion pour Ozu de scruter les bouleversements de la famille japonaise. Il offre en fait un pendant lumineux à son précédent Printemps tardif (1949) dont il reprend le ressort dramatique de la jeune fille à marier sur un ton plus léger. On y suit le destin de Noriko (Setsuko Hara actrice fétiche d’Ozu et tenant le même rôle dans Printemps tardif justement) jeune célibataire de 28 ans vivant encore chez ses parents en compagnie de son frère, son épouse et leurs deux enfants. Noriko fait le désespoir de son entourage par son insouciance quant à ce qui leur semble une anomalie à résoudre au plus vite, son célibat. 

L’horloge n’est pas ici biologique mais sociale et où une jeune femme ne peut s’émanciper et grandir qu’en quittant le foyer par le mariage. Ozu n’en fait pas un motif mélodramatique appuyé, le ton est plutôt léger pour une narration s’inscrivant dans le quotidien et où cette presse prend la forme de taquineries et d’allusions anodines. La vie de famille se déroule ainsi paisiblement, la caméra d’Ozu se promenant avec sobriété à coup de plan fixe où seuls les personnages s’agitent pour vaquer à leurs occupations. 
 
 En s’attardant sur certains de ces instants quelconques, Ozu capture les liens profonds qui unissent cette famille à travers une caractérisation se faisant tendre, amusée mais également critique. Les personnages des parents expriment ainsi une génération apaisée après les années de guerre et où le mariage s’inscrit dans une logique traditionnelle même si la perte d’un fils durant le conflit leur fait apprécier d’avoir leur famille encore ainsi réunie. Le frère Koichi (Chishū Ryū) voit lui le célibat de sa sœur d’un mauvais œil car s’inscrivant dans une volonté d’émancipation de la femme que l’homme japonais n’est pas encore prêt à accepter,la nature indépendante de Noriko et sa modernité (ici bien plus émancipée que dan Printemps tardif) en autre par ses habillement à l’occidentale. 

Là encore Ozu le traduit par une certaine légèreté où Noriko et sa belle-sœur le taquine gentiment sur sa raideur, et lui de s’offusquer que les femmes se montrent désormais plus impudentes depuis l’après-guerre. Cette rigueur s’exprime également dans l’éducation de ses enfants, Ozu nous confrontant à nouveau à un duo de gamins espiègles et insolents (dans la lignée de ceux de Gosses de Tokyo (1932) et précédent ceux de Bonjour (1960)) s’opposant à leur père. La tendresse et l’expression des sentiments semblent être l’apanage des femmes, à l’image de ce moment où les enfants fuguent et où le père pourtant tout aussi inquiet par jouer au jeu de go chez un ami et laisse son épouse et sa sœur les chercher.

Ozu montre l’ancrage de cette mentalité par les échanges entre Noriko et son amie Aya (Chikage Awashima) tout aussi célibataire qu’elle s’opposant à leurs amie mariées et dont les rencontres sont soumises aux dispositions de leur époux. Là encore le tout s’exprime par une certaine légèreté par des dialogues amusant et où le réalisateur capte une vérité certaine les échanges badins de ces jeunes femmes modernes. 

Le fil conducteur du film sera la demande en mariage d’un riche prétendant ami du patron de Noriko pour laquelle l’intéressée montre une tranquille indifférence tandis que son entourage s’agite, la sonde et l’incite insidieusement à choisir ce parti avantageux. Ozu illustre ces manigances par un effet de dissimulation et de coulissement du décor dans la demeure familiale, chaque conversation sur le sujet révélant un auditeur caché guettant un signe positif de Noriko et l’impudent se révélant dans la profondeur où la largeur de la pièce par un subtil mouvement de caméra.

Noriko semble comme flotter au-dessus de ces préoccupations et est une sorte de miroir lumineux de cette atmosphère de début d’été (magnifique visions de cette région de Kamakura où vécu Ozu et où il est enterré) sur laquelle ces supposées obligations n’ont pas prise. Setsuko Hara par sa présence solaire et souriante efface tout ce que la situation pourrait avoir d’oppressant pour l’héroïne et, lorsqu’elle se décidera enfin à lier son cœur à un autre, ce sera avec une spontanéité enfantine, sincère et répondant à un vrai amour. Une décision qui prendra de cours sa famille tout comme sa longue attente avait pu l’agacer, et concluant le film dans une douce mélancolie où cette séparation tant attendue sera un déchirement. La vie aura fini par rattraper cette famille qui voit les routes de ses membres prendre des chemins différents mais, tout comme cet été touchant à sa fin est amené à revenir, ils se retrouveront car leurs liens sont indéfectibles.Ozu offrira une ultime variation sur le même thème avec un de ses derniers films Fin d'automne (1960).

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta et pour les parisiens à voir dans la très prochaine rétro consacrée à Ozu à la Cinémathèque Française



jeudi 17 avril 2014

Modesty Blaise - Joseph Losey (1966)


Modesty Blaise, étrange aventurière dotée de la faculté de changer de look en un claquement de doigts, est recrutée par les services secrets britanniques pour apporter au cheikh Abu Tahir des diamants en paiement de services rendus au pays. Modesty demande à son bon ami Willie Garvin de l'accompagner dans sa mission. Dans son repaire, Gabriel, redoutable autant que séduisant criminel français, peaufine ses plans pour se débarrasser de Modesty et s'emparer des diamants...

Modesty Blaise est une adaptation ratée en tout point des aventures du personnage créé par Peter O'Donnell. Modesty Blaise fut tout d’abord exploitée sous forme de comic trip dans L’Evening Standard où elle captiva les lecteurs et remporta rapidement un grand succès. Séductrice aux origines inconnues et au passé criminel, Modesty Blaise secondé par son partenaire Willie Gavin y affrontait criminels et méchants extravagant au Service de Sa Majesté dans des aventures trépidantes. Peter O’Donnell y faisait preuve d’un rythme, style et inventivité constant, ses idées folles étant bien mise en image par Jim Holdaway puis Enrique Badia Romero et quelques autres en comics puis en roman de façon ininterrompue jusqu’en 2001. Pur produit des 60’s, Modesty Blaise est une œuvre toute désignée pour une adaptation cinématographique d’autant que les objets pop extravagant triomphent alors en salle que ce soit les James Bond où pour rester dans la transposition de bd le génial Danger Diabolik (1968) de Mario Bava ou Barbarella (1968) de Roger Vadim.

On se demande comment est venu se perdre là un Joseph Losey habitué à un cinéma plus sérieux et peu inspiré ici. Le scénario en roue libre (adaptant pourtant un roman à succès de Modesty Blaise paru l’année précédente) déroule une intrigue poussive au possible s’étalant sur deux longue heures pour ne raconter rien ou presque. L’excès et le délire pop ne rattrape même pas l’ensemble avec un ton ne sachant jamais choisir vrai film d'espionnage séreux et vrai spectacle outrancier pour atteindre l'entre deux qui fait le sel des meilleurs Bond de cette période comme On ne vit que deux fois (1967) ou des série B comme Plus féroces que les males (1967) de Ralph Thomas. 

 L'interprétation pêche aussi avec une Monica Vitti censée jouer la plus grande voleuse du monde et qui passe le film à minauder, se faire enlever et sauver de façon totalement détachée. Un quasi potiche qui ne garde que la dimension sexy et attrayante de Modesty tout en oubliant ce qui en fit une icône pop féministe car ni l’intelligence, ni les capacités martiales du personnage ne sont exploitées si n’est timidement vers la fin. A part le don du déguisement de Modesty Blaise lui permettant de changer de tenue et de coloration toutes les scènes pas grand-chose à signaler d’autant qu'elle n'arbore la tenue classique de Modesty Blaise qu'une seule fois dans le film et lors d'une scène anecdotique...

Dirk Bogarde semble aussi venu cachetonner en grand méchant poseur et gay n’est jamais menaçant mais arrache quelques sourires tandis que Terence Stamp se repose sur son charisme sans plus s’impliquer en Willie Gavin avec énorme entorse une romance avec Modesty quand la bd appuyait bien sur la dimension platonique de leur relation.

C'est d'autant plus dommage que les moyens sont là et que Losey offre quelques lot de scène à fort potentiel (notamment avec la femme de main sadique à la force surhumaine) mais jamais exploité car ce genre de fantaisie ne semble guère l’intéresser. Reste une ambiance swinging London bariolée pour les amateurs mais une grande adaptation reste à faire des comics. Il y eu une tentative de série tv au début des 80’s réputée plus rigoureuse mais qui ne dépassa pas le téléfilm pilote, Tarantino fan du personnage (dans Pulp Fiction une scène voit John Travolta lire un volume de Modesty Blaise aux toilettes) l’envisagea mais préféra recycler ses idées dans sa propre création avec les deux Kill Bill et supervisa simplement un film vidéo de Scott Spiegel en 2003.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titre et pour une vf et des sous-titres anglais plutôt opter pour l'édition zone 1 un peu plus chère cependant

mercredi 16 avril 2014

Hard to Handle - Mervyn LeRoy (1933)

  

Lefty Merrill (James Cagney) ne rate pas une occasion de gagner de l’argent facile. Mais lorsqu’il co-organise un marathon de danse, son partenaire disparaît avec la récompense avant la fin du concours. Tandis que Lefty se découvre une vocation pour la publicité, la gagnante du concours (Mary Brian) et sa mère (Ruth Donnelly) lui mènent la vie dure.

Un Pré Code trépidant placé sous le signe de la Grande Dépression dont Mervyn LeRoy fait un brillant moteur burlesque tout en en dénonçant les conséquences dramatiques. Hard to handle ne traite pas des victimes de la crise, mais des survivants prêts à tout pour échapper à la misère qu'elle engendre. Le commun des mortels constituent plutôt le gogo à rincer à l'image de la scène d'ouverture saisissante sur un de ces fameux et barbares marathons de danse ayant court à l'époque. Les danseurs à bout de force tout comme les spectateurs voyeurs de ce spectacle cruel sont les jouets des organisateurs sachant capter la demande et la quête de de sensation en ces temps difficile.

 Il s'agit ici de Lefty Merill (James Cagney) bonimenteur et arnaqueur hors pair que son bon fond perd à chaque fois malgré son ingéniosité. Ici il tombera amoureux de la gagnante du concours, Ruth Waters (Mary Brian) et surtout se fait doubler par son associé qui disparait avec la récompense en le laissant à la merci de la foule ivre de vengeance. Dès lors Lefty n'aura de cesse de réussir pour impressionner Ruth et adoucir son acariâtre mère (Ruth Donnelly) pour qui le meilleur prétendant est celui au compte en banque bien garni.

Au vu des situations, l'ensemble pourrait être sordide et pourtant c'est hilarant. Les stratagèmes inventifs de Lefty toute crapule qu'il soit se font au service de l'amour et capte l'air du temps tout en créant des besoins artificiels par l'arme la plus redoutable possible : la publicité. Après avoir fait l'expérience de la violence qu'engendre un enjeu purement financier (mémorable scène de destruction d'une avenue marchande suite à une chasse au trésor) il va s'enrichir en flattant la vanité et l'avidité de la population à coup de campagnes agressives promettant amaigrissement, retour sur investissement douteux et notoriété fabriquée. James Cagney déploie une énergie comique et un bagout éreintant avec ce personnage constamment à l'affut de l'air du temps et débordant d'idée. Empruntant une voie discutable pour de nobles intentions, il en demeure très attachant d'autant qu'il est dans l'erreur puisque Ruth (Mary Brian craquante) ne l'aime jamais autant que quand il est dans la panade.

On n'en dira pas autant de la quasi mère maquerelle que joue Ruth Donnelly, véritable girouette soumise au plus offrant auquel elle est toute destinée à offrir sa fille en pâture. Là aussi l'abattage comique de l'actrice atténue toute la nature glauque des situations, les revirements hilarants de la mégère et son festival de répliques cultes (J'épouserais Tarzan pour un mois de loyer !) la rendant finalement tout aussi attachante que Cagney en canaille au grand cœur. LeRoy ne juge jamais ses personnages et n'oublie jamais que ce sont des survivants usant de leurs moyens à eux (la duperie) pour se sortir de la fange. Son regard sera nettement moins bienveillant envers les patrons et les nantis à l'image de cet exploitant de pamplemousse s'évaporant avec le gain de ses victimes, tout comme sa fille (Claire Dodd) séductrice impitoyable. Dans un tel contexte la déclaration d'amour la plus sincère ne peut s'exprimer que par le biais d'une ultime arnaque lors de l'hilarant final. Une grande réussite.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner