Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 23 octobre 2014

Swallows and Amazons - Claude Whatham (1974)


1929, un groupe d'enfants qui constituent l'équipage de deux voiliers, le "Swallow" et "l'Amazon" jouent à la "bataille navale" dans le Lake District. Pendant l'été, les enfants laissent libre cours à leur imagination, jusqu'à ce que survienne un véritable drame. Le bateau habité par l'Oncle Jim de l'Amazon est cambriolé et son coffre volé. Il soupçonne immédiatement les Swallow. Ils devront retrouver le coffre volé et le rendre à Oncle Jim avant qu'il ne décide d'agir...

Un classique de la littérature enfantine anglaise donne son équivalent cinématographique avec cette belle adaptation de la série de roman d'Arthur Ransome. Swallows and Amazons fut publié en 1930 et comporte une grande part d'autobiographie pour Arthur Ransome. L'auteur s'inspire de l'été qu'il passa avec les enfants de ses amis les Altounyan et durant lequel il leur enseigna la navigation avec deux barques nommées Swallow and Mavis. Se souvenant de ce beau moment quelques années plus tard, il s'en inspirera pour écrire la série de romans qui le rendra célèbre et où l'on retrouve nombre d'éléments du contexte réel comme le cadre du récit de Lake District (fictif mais reprenant toute la topographie des lieux), les prénoms des enfants Altounyan repris pour le héros des livres et bien sûr le nom des barques à peine modifiée en Swallow and Amazons. Sur cette base il brodera une trame originale et un univers qui enchantera plusieurs générations de lecteurs à travers une série de treize romans. Une première adaptation fut produite à la télévision pour la BBC en 1962 mais c'est bien celle en couleur réalisée par Claude Whatam qui gagnera ses galons de classique.

C'est l'été, les enfants Walker John (Simon West), Susan (Suzanna Hamilton) pour les aînés et Titty (Sophie Neville) et Roger (Stephen Grendon) viennent passer l'été dans la campagne de Lake District. S'ils sont seulement accompagnés de leur mère, l'esprit de leur père capitaine à la Royal Navy les imprègne indéniablement puisqu'après autorisation, ils pourront naviguer à bord de leur petit voilier le Swallow ainsi qu'explorer et camper dans l'île voisine durant ces vacances. Dès l'expédition lancée les adultes et en tout cas toutes les contraintes qui s'y rattachent s’estompent pour se lancer dans le vrai film d'ouverture en culotte courte. Le caractère et l'âge différents des quatre enfants permet l'attachement, l'identification et des émotions variées grâce au charmant interprète juvénile. John est ainsi l'aîné et fin stratège ne se démontant jamais dans l'adversité, Titty (la plus attachante) la douce rêveuses prolongeant toujours ses lectures dépaysantes dans les péripéties et le benjamin Roger, naïf maladroit et fragile.

La petite île au milieu du lac devient donc un immense terrain de jeu pour nos gamins débrouillards et as de la vie en plein air. La traversée contemplative du lac, puis l'exploration de l'île se font donc avec une énergie communicative mais bientôt la menace guette : nos héros ne sont pas seul sur l'île. Claude Watham amène le mystère avec un premier degré réjouissant ramenant à son échelle l'anxiété de L'île mystérieuse de Jules Verne. Point de Capitaine Nemo ici, mais seulement deux gamines de la région Peggy (Lesley Bennett) et Nancy (Kit Seymour) qui à bord de leur barque Amazon vont disputer la propriété de l'île aux Walker/Swallows. Tout se jouera à celui qui réussira à s'emparer du bateau de l'autre dans un pur duel stratégique de pirate.

Le réalisateur offre une réjouissante partie d'échec où le vrai film de pirate se place à hauteur d'enfant, les péripéties classiques du swashbuckler se mariant parfaitement à la jeunesse des protagonistes. Ainsi, s'il est facile de constituer un stratagème pour dérober le navire ennemi la nuit venue, la concrétisation est plus compliquée quand il s'agira de faire le guet seule dans le noir pour la pauvre Titty, les autres Swallows vont perdre leur chemin l'obscurité d'une eau calme et sans vent et les Amazons seront piégées sur l'île alors qu'elles ont fait le mur. On se surprend à ressentir de nouveaux de vraies terreurs enfantines, le suspense fonctionne réellement bataille reste captivante.

Si les enfants se plaisent à réaliser des prouesses d'adultes, ils sauront ramener certains "grands" à leur insouciance enfantine. Ce sera le cas pour Jim (Ronald Fraser), ancien grand voyageur et oncle des Amazons auquel il a transmis son gout de l'aventure. Seulement, occupé à écrire un livre, il vit reclus sur son bateau, acariâtre et devenant ainsi l'ennemi commun des enfants qui le renomment Capitaine Flint. Une animosité qui ne durera pas bien longtemps, le script désamorçant toutes les sous-intrigues trop dramatique (la résolution du cambriolage du bateau expédiée alors qu'il y avait matière à un petit suspense policier, l'absence du père qui ne pèse jamais vraiment) pour privilégier le charme suranné de l'aventure.

Du coup le film n'égale pas tout à fait la merveille absolue du genre The Railway Children (1970 et influence claire notamment car issue des mêmes producteurs) qui maniait avec brio mélodrame et enchantement enfantin. Une petite perle néanmoins qui ramènera tout spectateur à la belle époque où il se prenait pour Robinson Crusoé. Le film sera d'ailleurs si marquant (faisant exploser une industrie touristique autour de Windermere et Coniston Water dans le nord de l'Angleterre où se situe l'intrigue) qu'aucune autre tentative d'adaptation ne verra le jour au cinéma ou à la télévision mais seulement à la radio et aussi sous forme de comédie musicale dont la partition sera signée (excusez du peu) Neil Hannon.

Sorti en dvd zone 2 anglais et bluray chez Studio Canal et doté de sous-titres anglais

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mardi 21 octobre 2014

Shock Corridor - Samuel Fuller (1963)

Johnny Barett, journaliste ambitieux qui souhaite gagner le Prix Pulitzer, projette de s'immerger dans un asile psychiatrique pour démasquer l'auteur d'un meurtre qui s'y est déroulé. Préparé par un psychiatre, ancien spécialiste de la guerre psychologique, et avec la complicité réticente de sa compagne Cathy, stripteaseuse, qui se fait passer pour sa sœur victime de ses tendances incestueuses, il se fait arrêter puis interner tout en continuant à simuler des troubles mentaux.

Samuel Fuller scrute les maux de l’Amérique par le prisme de la folie avec ce tétanisant Shock Corridor. En ce début des 60’s, l’imagerie americana idéalisée de la décennie précédente s’apprête à vaciller dans le cauchemar. De l’intérieur comme de l’extérieur le pays porte en germe différence conflits majeurs : la crise de la baie des cochons a rendu la menace nucléaire et la Troisième Guerre Mondiale terriblement concrète, la chasse aux sorcières du Maccarthysme a laissé des cicatrices non résorbées, la guerre du Vietnam débutera pour le pire l’année suivante, les émeutes de Watts en 1965 vont faire exploser le conflit racial latent et en cette même année 1963 et deux mois après a sortie de Shock Corridor l’horreur de l’assassinat de JFK s’apprête à traumatiser une société entière. Tout cela est contenu dans ce Shock Corridor modeste par son budget mais immense par son ambition. La première ébauche fut initialement écrite par Fuller en 1946 sous le titre The Lunatic, mais ce n'est qu'avec le succès de la pièce Vol au-dessus d'un nid de coucou qu'il parvint à monter le projet.

Johnny Barrett (Peter Breck) est un journaliste dévoré par les rêves de grandeur et l’obtention du prix Pulitzer. Il est prêt à toutes les audaces pour cela et se prépare depuis un an à ce qui sera l’article de la consécration. Préparé par un psychiatre, il compte se faire passer pour fou afin d’infiltrer un asile afin d’y résoudre un meurtre s’y étant déroulé. Son entourage va se plier à cette volonté, pour certain à contrecœur comme sa petite amie Cathy (Constance Towers qui retrouvera Fuller dans le tout aussi brillant The Naked Kiss (1964)) qui doit provoquer son internement en se faisant passer pour sa sœur victime de ses avances incestueuse. 

Fuller se débarrasse assez vite de l’aspect administratif et judiciaire de la chose (car si l’on devait être interné sur des critères aussi hâtifs beaucoup auraient leur place en hôpital psychiatrique) pour rapidement plonger notre héros dans cet asile où il va devoir mener habilement l’enquête. Le décor principal du film est « la rue », immense couloir où défile les malades, véritable théâtre de la démence qui va peu à peu contaminer un Barett tentant tant bien que mal de garder les idées claire. Par sa narration alerte et sa mise en scène oppressante, Fuller fait vite basculer l’atmosphère dans le pur cauchemar. Les zombies de La Nuit des morts-vivants (1968) s’annoncent ainsi dans cette scène digne d’un film d’horreur où Barrett enfermé par inadvertance avec des nymphomanes est littéralement pris d’assaut et dévoré par les femmes en rut se battant pour sa chair.

C’est surtout à travers les trois témoins du meurtre sondés par Barrett que Fuller va montrer la transition des 50’s (faussement) de rêve vers les ténébreuses 60’s puisque chacun d’eux représente la tare d’un rêve américain illusoire. Chacun d’entre se sera réfugié dans une chimère, subit le rejet et sombré dans la démence. Stuart (James Best) aura ainsi cédé à l’idéal communiste durant la Guerre de Corée avant qu’un mentor lui fasse voir un visage plus positif de l’Amérique. Pourtant à son retour au pays il n’aura droit qu’à l’opprobre anti rouge, sa folie se manifestant alors par une schizophrénie où il se prend pour des généraux de la Guerre de Sécession.

Trent (Hari Rhodes) aura tutoyé l’idéal de l’égalité des chances en étant le seul étudiant noir au sein d’une université du Sud mais la pression et l’hostilité de ses camarades aura eu raison sa santé mentale. Désormais il oublie sa couleur pour se prendre pour le plus virulent des ségrégationnistes, volant les taies d’oreillers pour en faire des cagoules du Ku Klux Klan. Enfin, le brillant scientifique Boden (Gene Evans) a désormais l’intellect d’un enfant de six ans, dépassé par l’ampleur de ses travaux sur la bombe atomique. 

Le scénario dévoile ses éléments par fragments dans les courts laps de lucidité des témoins, rompus avant l’information clé (l’identité du meurtrier) par des crises terrifiantes où ces hommes apparaissent autant victimes (et évitant un côté schématique froid, la révélation du trauma de Trent et Suart s'avérant même vraiment poignante) que monstrueux dans l‘expression de leur failles. Fuller n’interrompt pas le court de leurs brèves révélations pour de simples vertus de suspense. Ces hommes ont perdus pied quand ils pensaient toucher au but et avoir trouver leur idéal. C’est une manière de nous préparer au terrible sort de Barrett, de plus en plus instable alors qu’il approche de la résolution et déjà fou à son tour alors qu’il connaît enfin le coupable. 

Lui aussi aura poursuivi une autre chimère de l’Amérique à savoir la reconnaissance et la célébrité, l’aura souhaité tellement fort et pris des risques si insensés qu’il n’aura plus les ressources mentales pour en jouir une fois atteinte (les signes avant-coureurs de la folie s'exprimant par la nature même de son obsession). Tout comme ses camarades, sa folie définitive s’exprimera dans une hallucination faisant surgir brutalement la couleur dans des inserts brisant les ombres inquiétantes de la photo de Stanley Cortez. Dès lors il ne sera qu’un pantin de plus dans la terrible séquence finale où la caméra arpente le fameux couloir, scrutant comme les malades comme les freaks d’un cirque de cauchemar, celui de l’Amérique déchue. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

lundi 20 octobre 2014

The Legend of Billie Jean - Matthew Robbins (1985)

Billie Jean Davy est victime d'un succès envahissant auprès des garçons de son coin. Un jour, pour s'amuser, ils cassent le scooter de son frère. Le père du garçon refuse de payer...

The Legend of Billie Jean est un teen movie aussi audacieux que naïf revisitant le mythe de Jeanne d'Arc dans l'Amérique des 80's. Le récit nous plonge dans une Amérique white trash, machiste et décérébrée où les plus faibles n'ont pas leur mot à dire comme va le constater notre héroïne Billie Jean (Helen Slater). Son physique avenant lui attire les attitudes désobligeantes de tous les jeunes coqs du coin qui se plaisent également à malmener son petit frère malingre Binx (Christian Slater).

 Un jour ce sera le dérapage de trop lorsque le meneur des brutes Hubies (Barry Tubb) vole et casse le scooter de Binx puis lui met une raclée quand il essaiera de le récupérer. Billie Jean va tenter de s'adresser à la police mais le détective Ringwald (Peter Coyote) prendra sa détresse à la légère sans intervenir. Elle décide donc d'aller récupérer le montant des réparations directement auprès du père d'Hubie (Richard Bradford) mais ce dernier s'avère être également une brute libidineuse qui va tenter d'abuser d'elle. La situation va violemment déraper, forçant Billie Jean, Binx et leur deux amis Putter (Yeardley Smith) et Ophelia (Martha Gehman) à se mettre en cavale.

Le film reprend cette idée adolescente et naïve qu'on retrouve dans des teen movie plus réaliste comme Breakfast Club, à savoir un monde des adultes oppressant et inapte à comprendre les aspirations des plus jeunes. Cela est amené ici dans un mélange de candeur et de réalisme parfois dur où entre désinvolture (le policier) et réelle malveillance (le père violeur) des adultes, un groupe d'adolescent va se trouver hors-la-loi. La demande assez simple de Billie Jean (les 600 dollars de réparations du scooter) est prise à la légère par ses interlocuteurs qui n'y voient qu'une lubie infantile quand elle ne demande qu'à être réellement prise en compte et respectée. Ce sera le manquement de trop pour la jeune fille qui après avoir vu Jean Seberg en Jeanne d'Arc à la télévision va se couper les cheveux, adresser une missive rageuse aux médias et devenir à son tour l'étendard des plus jeunes et des faibles.

Le film évite le piège de faire de Billie Jean une super héroïne adepte de l'auto justice, la force du personnage étant sa détermination et son charisme. C'est cela qui va toucher toute la communauté adolescente du pays qui va s'identifier à elle et l'aider dans l'aventure (tout comme la vraie Jeanne D'Arc sans être une guerrière galvanisait les troupes par sa présence). Le récit reste ainsi à une échelle intimiste adolescente où Billie Jean berne certes les autorités mais ne réalisera aucun exploit outrancier.

Elle sera l'élément déclencheur de jeunes gens se plaçant derrière elle pour trouver le courage de s'en sortir. On retrouve cette idée dans la très belle scène où des enfants font appel à elle pour aider un de leur camarade battu par son père. Billie Jean s'introduira donc dans la maison, fera face au père violent qui désarçonné par son aplomb et l'armée d'enfant l'accompagnant va la laisser emmener le garçon.

Tout l'équilibre du film tient dans cet instant, l'union de la cause commune adolescente se montrant capable de répondre à une réalité sordide. Les adultes (hormis le policier qu'incarne Peter Coyote) revêtent en retours toutes les tares quelles que soit leurs couches sociales. Richard Braddford incarne ainsi un infâme personnage macho pour qui il est inconcevable d'avoir un répondant de la part d'une femme, détruisant chaque occasion de rétablir la situation par pure fierté. Le chef de la police (Dean Stockwell) est quant à lui un ambitieux qui n'hésitera pas à amplifier la "menace" que constitue Billie Jean par pure dérive sécuritaire et au détour des rencontres on retrouve cette Amérique cupide et à la gâchette facile pour nos héros dont la tête est mise à prix.

Helen Slater trouve presque le rôle de sa vie avec cette icône fragile et imposante à la fois, la force de son regard et sa détermination faisant toujours vaciller les supposé plus fort qu'elle. Matthew Robbins se plaît à lui conférer une aura de plus en plus héroïque dans sa mise en scène (la première apparition avec les cheveux courts est un grand moment) et le score synthétique de Craig Safan prend des proportions grandiloquentes au fil de la progression du récit, porté par le tube FM rageur (et qui ne vous sort plus de la tête) de Pat Benatar Invincible. Cette mise en valeur est d'ailleurs à double tranchant, puisque les actions finalement assez modestes de Billie Jean vont être montées en épingle par des médias s'étant trouvé un nouveau pôle d'attraction auquel ils vont attribuer tous les maux ou bienfaits pour vendre du papier et faire de l'audimat.

 Tout en incitant à la prise en main, le scénario parvient même au final à égratigner aussi les adolescents copiant le look et les attitudes de Billie Jean comme ils le feraient d'une rock star avec tout un marchandising instantané surgissant pour faire fructifier la manne de l'icône. Entre l'universel et l'intime, la grandiloquence et la modestie on arrive à un résultat au premier abord assez simpliste mais dont la conviction et la sincérité finissent par marquer durablement. La Jeanne d'Arc des ados a même droit à son bûcher au final, brûlant l'icône pour laisser place à la jeune fille mais non sans avoir pris une ultime revanche rageuse. Un vrai film culte dont il est étonnant que personne n'ai songé à faire de remake, cela pourrait être très intéressant à revisiter dans la société actuelle.

Sorti en dvd zone 1 et en bluray all régions chez Milk Creek mais sans sous-titres
 

samedi 18 octobre 2014

Revenge - Tony Scott (1990)

Jay Cochran est un ancien pilote de chasse. Il est invité à Mexico par son vieil ami Tiburon, puissant propriétaire terrien et peu recommandable. Jay tombe alors amoureux de la très belle Miryea, la jeune épouse de ce dernier. La vengeance de l'époux trahi sera terrible...

Tony Scott avait réalisé des débuts tonitruant avec Les Prédateurs (1983), une des plus belles illustrations contemporaine du mythe du vampire. L'insuccès de ce galop d'essai avait malheureusement contraint le réalisateur à se perdre dans des produits commerciaux où l'on ne reconnaissait plus l'auteur de Hungers avec Top Gun (1986 et qui reste néanmoins un petit plaisir coupable) et Le Flic de Beverly Hills 2 (1987). Il faudrait attendre Revenge pour retrouver le romantisme noir de Tony Scott qui s'approprie là un matériau très disputé. Le film adapte la nouvelle éponyme de Jim Harrison parue en 1979 dans le recueil Legends of the fall (et contenant donc aussi Légendes d'automne adapté plus tard dans les 90's avec Brad Pitt) et que se disputèrent des cinéastes aussi prestigieux que Sydney Pollack, Jonathan Demme ou John Huston. Ce dernier s'opposera d'ailleurs au choix de Kevin Costner convoitant le rôle mais la star au sortir du succès des Incorruptibles possède assez de pouvoir pour le produire lui-même. Cela aurait même pu être la première réalisation de Costner avant danse avec les loups mais les producteurs calmeront ses ardeurs et feront appel à Tony Scott qui signe là un de ses meilleurs films.

Jay Cochran (Kevin Costner) ancien pilote fraîchement retraité de l'armée décide de rendre visite au Mexique à son vieil ami Tiburon Mendez (Anthony Quinn), homme puissant menant ses affaires d'une main de fer. Malgré leur amitié solide, l'entourage douteux, les ambitions et agissements peu recommandables de Tiburon vont progressivement créer un fossé entre les deux amis. Cette dichotomie entre la chaleur des relations privées et la froideur des affaires, Miryea (Madeleine Stowe) la jeune épouse de Mendez la connaît bien et c'est ce qui va la rapprocher peu de Jay avec lequel elle va entamer une liaison torride. Lorsque Tiburon le découvrira, sa réaction sera terrible et les entraînera tous dans une irréversible spirale de violence.

Dès les premiers instants du film, la photo de Jeffrey L. Kimball confère à ce Mexique une imagerie ensoleillée oscillant entre la chaleur immaculée du paradis et le rougeoiement de l'enfer. Un film comme La Horde Sauvage était à sa manière une illustration outrancière de toute l'aura mythologique et tapageuse que véhicule le Mexique dans la culture populaire. Tony Scott s'y essaie également à sa manière plus intimiste avec folklore local s'exprimant pour le meilleur et pour le pire. Politiciens corrompus, moindre contrariété, regard ou mot de travers conclut à coups de revolver. L'américain plus mesuré que joue Kevin Costner ne trouve bien sûr pas sa place dans ce monde d'excès, mais va pourtant être contaminé par cette fièvre par son attirance fiévreuse pour Miryea.

Pour se fondre dans ces lieux, il doit à son tour basculer dans l'irrationnel. Tony Scott est avare de longs dialogues inutiles et instaure une tension sexuelle intenable pour ses deux protagonistes qui ont finalement peu à se dire, les regards, silences et raideur corporels trahissant leur émois mutuels. Lorsqu'ils s'abandonnent enfin, c'est une libération que Scott traduit par des scènes très osées pour ce type de productions où Costner et Stowe vont loin dans le rapprochement. Le drame est en marche au cœur même de ces moments torrides où les personnages se savent perdus sans pouvoir s'arrêter, à l'image de Costner giflant sa partenaire avant de l'embrasser de plus belle.

Pourtant comme un dialogue le soulignera, dans ce monde de toutes les outrances, un adultère ne se règlera que dans le sang et les larmes. Anthony Quinn offre à ce titre une performance captivante. Meurtri par cette double trahison, il semble comme se forcer à entamer le cycle de violence qu'on attend de lui en retour et chacun de ses actes les plus révoltants semblent ainsi imprégnés de cette douleur contenue. Alors qu'il ne souhaiterait que se réfugier dans sa peine, il se doit de montrer sa nature impitoyable à ceux qui l'entoure car c'est ainsi que fonctionne son monde.

Chacun aura cédé à ses passions avec excès et si l'on s'attache forcément plus au couple Jay/Miryea, il n'y aura pas de vrais héros ni vainqueur dans ce Revenge dont le titre relève finalement d'une certaine ironie. Après le châtiment brutal et insoutenable infligé par Tiburon, on alternera ainsi entre les morts intérieures et en sursis de chacun des trois protagonistes. Jay remonte rageusement la piste de Miryea dans un Mexique truffé de danger mais l'absence de crescendo dramatique, les acolytes accessoires (Miguel Ferrer et un tout jeune John Leguizamo) et la violence sèche montre bien que l'enjeu ne reposera pas sur sa vengeance. L'ambiance wester est bien plus crépusculaire et désenchantée que conquérante.

Tiburon lorsqu'il recroisera sa route lui demandera simplement de s'excuser de sa trahison et Jay lucide s'exécutera. Les compisitions de plans somptueuses de Scott capturent autant la sauvagerie que la beauté des paysage de ce Mexique qui semble comme consumer les âmes solitaires qui le traversent, tel ce cow-boy texan (James Gammon) vendeur de chevaux et compagnon de route éphémère mourant en silence de ses abus.

Miryea apparait comme la figure la plus tragique du film, défigurée droguée et souillée, ne survivant que dans l'attente de revoir Jay dans de magnifique retrouvailles finale où la superbe musique de Jack Nitzsche traduit autant le romantisme que la tragédie inéluctable.

Jay aura navigué entre la fureur (Tiburon) et la paix intérieure que peuvent susciter ces terres (la longue scène de convalescence avec Tomás Milián dont on découvrira également le drame personnel avec une belle retenue) et la conclusion semble nous montrer qu'il est sans doute prêt à pencher vers la seconde. Une des grandes réussites de Tony Scott, saluée avec le temps notamment par un Quentin Tarantino qui quand il le verra transposer son script inaugural de True Romance y attendra plus le réalisateur de Revenge que celui de Top Gun.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Sony et un director"s cut plus court existe également en bluray

vendredi 17 octobre 2014

La Main au collet - To Catch a Thief, Alfred Hitchcock (1955)


Un ancien cambrioleur surnommé « le Chat » est suspecté d'une série de vols commis sur la Côte d’Azur. Il cherche à identifier le coupable pour se disculper... La milliardaire Mme Stevens et sa fille Frances sont des appâts de choix que veut utiliser "Le chat", mais la belle Frances n'est pas indifférente à l'ancien cambrioleur.

Alfred Hitchcock s’offre une charmante parenthèse glamour et ensoleillée dans ce qui reste une de ses œuvres les plus populaires. Adaptant un roman de David Dodge, Hitchcock vise avant tout de faire de son film un écrin chatoyant dans lequel viendra s’insérer une trame de suspense qui sans être secondaire constitue un argument traité avec une nonchalance tranquille. On le ressent dès l’ouverture où une suite de cambriolage par un voleur mystérieux prend un tour comique avec les réactions hystériques des victimes nanties contrebalançant l’illustration du méfait où l’ombre du criminel se profile dans l’obscurité. Le mode opératoire rappelle en tout point celui du « Chat » alias John Robie (Cary Grant), ancien criminel réhabilité par son héroïsme dans la résistance mais qui va se trouver immédiatement suspecté. Forcé de prouver son innocence Robie fuit la police et s’infiltre parmi la société des milliardaires de la Côte d’Azur pour démasquer le coupable et va y faire la connaissance de la belle héritière Frances (Grace Kelly).

Le réalisateur assume totalement ce côté superficiel et dépliant touristique avec des extérieurs aussi somptueux que gratuit (la longue poursuite en voiture traversant longuement un paysage routier bucolique) et l’intérêt est de rendre le récit de plus en plus impliquant en faisant s’estomper cet apparat. Cela se fera notamment par une stylisation de plus en plus marquée où les décors studios inventifs se substituent progressivement à cet environnement, mais surtout par le marivaudage entre Cary Grant et Grace Kelly.

Si La Mort aux trousse par son rythme effréné et son crescendo spectaculaire invente le film d’action moderne et plus particulièrement la série des James Bond, pour ce qui est de l’environnement glamour c’est bien avec La Main au collet que se crée cette imagerie (la scène du casino évidemment). Cary Grant y déploie son aisance et bagout en smoking et on comprend mieux pourquoi Ian Fleming suggéra l’acteur dès les premières tentatives d’adaptation de son personnage. Cary Grant a d’ailleurs estompé tous les motifs plus cartoonesque de son jeu dans les comédies pour développer cette présence désinvolte et virile qu’un Sean Connery poussera à l’extrême pour imposer le machisme tout puissant d’un Bond.

 
Ici le détachement de Robie va progressivement être mis à mal par la séduction mutine de Grace Kelly. Celle-ci est l’héroïne hitchcockienne parfaite tant elle sait sous la froideur de façade révéler caractère passionné et impétueux avec ce grand moment où après un dîner sans un regard elle quitte Cary Grant sur un baiser vénéneux. Ayant su déceler le danger que dégage cet homme, elle peut sortir de sa réserve pour tenter de le séduire. Même là demeure cependant une part de posture mais qui donne des séquences mémorables où Hitchcock sait faire monter la tension érotique comme personne. Ce montage alterné entre le rapprochement nocturne dans la chambre de Frances et l’explosion de plus en plus intense d’un feu d’artifice ne laisse pas planer le doute.

Plus le cadre devient factice et irréel, plus le couple se rapproche et se constitue une monde intérieur rêvé et c’est ce lien qui crée paradoxalement donne un tour tangible à l’intrigue dont l’enjeu sentimental se conjugue à celui criminel. Comme pour répondre à la première poursuite en voiture n vue aérienne nous plaçant à distance, la seconde se place ainsi dans le véhicule où la conduite casse-cou de Frances met à vif les nerfs de Robie (pour en rester à James Bond une scène quasi identique se retrouvera dans Opération Tonnerre (1965) bien plus tard) et va définir le rapport de force et jeu de de dupe entre eux.

La menace des anciens complices ou celle de la police, la rivalité amoureuse vite désamorcée avec le personnage de Brigitte Auber et même l’identité du voleur restent finalement des éléments traités avec un détachement amusé par Hitchcock qui n’a d’yeux que pour son couple. 

C’est pour eux qu’il façonne un cadre visuel hors du temps qui culmine avec le bal costumé final, et l’haletante course poursuite sur les toits où les teintes vertes de la photo de Robert Burks accentuent la dimension onirique. Nous sommes dans un conte où un prince voleur devra apprivoiser une princesse capricieuse pour notre plus grand plaisir. Ils sont enfin sur un pied d’égalité avec le baiser final avec une Grace Kelly craquante à fendre ainsi l’armure et pour ceux qui auraient vu un soupçon de machisme, Cary Grant ne prend pas vraiment le dessus avec une dernière phrase qui met à mal son supposé ascendant sur sa belle. Une sucrerie acidulée signée Hitchcock.

 Sorti en dvd zone 2 et blu ray chez Paramount

mercredi 15 octobre 2014

La Promise - The Bride, Franc Roddam (1985)

Dans son laboratoire, le Baron Frankenstein donne le jour à une étrange créature, un homme au physique de monstre. Afin de lui offrir une compagne, il crée une femme, qui, effrayée à la vue de son fiancé, le fait fuir... Frankenstein reste seul avec cet être féminin qu'il va chercher à éduquer...

The Bride est une relecture très réussie du mythe crée par Mary Shelley qui saura judicieusement jongler entre les thématiques du roman et l'influence des classiques produit par la Universal, en particulier La Fiancée de Frankenstein (1935) dont il est le remake. Le film prend ainsi le même point de départ avec un Baron Frankenstein (Sting) sur le point de façonner une compagne à sa première créature (Clancy Brown), et ce sera le seul moment où Franc Roddam cèdera à l'imagerie gothique associée à Frankenstein : manoir imposant, ciel strié d'éclair et un laboratoire peuplé d'objets étranges et des résultats repoussants des précédentes expériences du savant.

La nouvelle créature naît sous les traits angélique de Eve (Jennifer Beals à l'opposé total de la prestation folle d'Elsa Lanchester dans La Fiancée de Frankenstein) qui effrayé par son supposé "compagnon" provoquera sa fuite. Dès lors le récit prend un tour étonnant, développant en parallèle la découverte du monde d’Eve et de la créature.

D'un côté le monstre va se lier d'amitié avec le nain Rinaldo (David Rappaport), vivant également une forme d'exclusion pour son physique chétif et qui témoignera de bienveillance sans répugnance ni condescendance envers la créature à laquelle il autorisera le statut d'être conscient refusé par son créateur en le nommant Viktor. Leur traversée de cette Hongrie rurale, leurs échanges et confessions mutuelle sont longuement dépeinte et rendent la créature très attachante dans sa maladresse, prolongeant en mieux l'entrevue avec le vieillard aveugle du roman (et reprise dans nombres d'adaptations). Viktor garde ainsi son côté rustre et pataud mais vu sous un jour bienveillant et jamais inquiétant, le scénario en faisant un amoureux éperdu rêvant de revenir au manoir conquérir Eve.

C'est justement celle-ci qui amène les questionnements les plus passionnants. Sa découverte de l'extérieur se fera par l'intellect, Frankenstein souhaitant en faire une femme éduquée et émancipée digne de tenir tête aux hommes. Derrière ses bonnes intentions, la dimension machiste demeure pourtant. D'abord quand le savant ne verra en Eve que le fruit d'une expérience scientifique à mener à bien plutôt qu'une femme libre, puis peu à peu lorsqu'un désir trouble et une jalousie maladive donnera une tournure possessive à leur relation. Sting s'avère là nettement plus convaincant que dans sa prestation outrée dans Dune l'année précédente et est parfait pour montrer comment le masque opaque et neutre du scientifique laisse place à l'attirance charnelle de l'homme, lui qui se pensait au-dessus de ce genre de sentiment.

On est plus dans une atmosphère de film en costume romanesque que d'un film d'horreur (même si des classiques comme Freaks ou La Belle et la bête son affleurés dans un registre plus sobre), Franc Roddam (qui avait déjà dirigé Sting dans Quadrophenia (1979)) apportant un soin tout particulier à sa reconstitution avec une superbe photo de Stephen H. Burum mettant bien en valeur les extérieurs somptueux tournés en France (Carcassonne , Clermont-Ferrand, Orcival). Ces extérieurs et leur cadre ensoleillés symbolise l'épanouissement de Viktor s'humanisant de plus en plus alors qu'à l'inverse les scènes en studio dispose d'une esthétique bien plus stylisé illustrant la relation ambigüe entre Frankenstein et Eve.

Les jeux d'ombres expriment un désir difficilement contenu (la scène où Eve descend nue à la rencontre de Frankenstein) tandis que les scènes de jour montreront l'affrontement psychologique entre Frankenstein dépassé par une Eve devenue son égal intellectuel et sur laquelle il n'a plus prise. De Pygmalion il devient dominé lorsque son machisme ordinaire lui fait balayer ses préceptes.

Le film prend réellement le temps de développer ces trajectoires parallèles, chacune des créatures s'avérant incomplète dans ses sentiments tant qu'ils ne se seront pas retrouvés appuyé par une sorte de lien télépathique pas suffisamment exploité dans l'intrigue. Le naturalisme des passages avec Viktor trouve exprime ainsi une sincérité qui trouve son inverse dans le formalisme, les tableaux et compositions de plan sophistiqué de celle entre Eve et Frankenstein, tout en pulsions contenue et frustration sous l'éclat visuel.

Clancy Brown trouve vraiment un de ses meilleurs rôles loin des brutes épaisses auxquelles on l'associe trop souvent (le Kurgan d'Highlander forcément) et Jennifer Beals dont la prestation fut injustement raillée (une nomination aux Razzie Awards) est aussi belle qu'habitée en "promise. Après ce développement subtil, il est dommage que le film accélère un peu grossièrement les péripéties et multiplie les raccourcis et coïncidences, gâchant un peu la conclusion. S'étant débarrassé d'emblée de l'apparat gothique, Roddam offre donc une conclusion à l'image de sa réinterprétation du mythe, romantique, lumineuse et magnifiquement portée par la musique de Maurice Jarre.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres français