Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 18 mars 2023

Skyfall - Sam Mendes (2012)


 Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…

L’échec artistique de Quantum of Solace (2008) avait sérieusement entamé le crédit retrouvé de la saga James Bond avec Casino Royale (2006). Cette expérience malheureus,e ainsi que des aléas extérieurs (les difficultés financières décalant le début de la préproduction) vont permettre de préparer plus longuement et sereinement Skyfall, destiné à être l’opus du cinquantième anniversaire de la saga. En engageant Sam Mendes plutôt qu’un faiseur quelconque, James Bond s’auréole d’une patine auteurisante qui donnera un cachet ambitieux à cet opus.

Alors que Meurs un autre jour (2002), le film du quarantième anniversaire s’était contenté d’allusions moyennement subtiles aux films précédents pour célébrer l’évènement, Skyfall est pleinement dans le fond et la forme un exercice de déconstruction, reconstruction et célébration de James Bond. L’issue du spectaculaire pré-générique voit Bond (Daniel Craig) littéralement tomber de son piédestal de surhomme, et ce en ayant été sacrifié par M (Judi Dench) au nom de la réussite de la mission en cours. Marqué par cette conscience soudaine d’être un fusible pouvant sauter au nom d’intérêts supérieurs, il disparait un temps en étant déclaré pour mort avant de reprendre du service lorsqu’une menace plus grande se prépare. C’est un sujet qu’avait effleuré Meurs un autre jour sans davantage le fouiller mais qui est au cœur de Skyfall. Revenu d’entre les morts, James Bond n’est désormais plus que l’ombre de lui-même et son sacerdoce n’a plus raison d’être dans une société où les hommes d’action tels qu’il les représente sont dépassés. Le scénario remet ainsi en cause le statut de Bond, mais aussi du monde qui l’a façonné à travers la figure de M.

James Bond apparaît physiquement sur le déclin durant ses tests d’aptitudes et plusieurs situations le montrent plus faillible que d’ordinaire, comme à bout de course. Cette usure est à mettre en parallèle avec celle du fonctionnement du MI6 et il n’y a bien que M, désormais contestée aussi, pour encore croire en notre héros et faire de lui un espoir face aux dangers. L’ennemi longtemps invisible semble parfaitement connaître les faiblesses du MI6 ainsi que le passif de M, et en joue lors de spectaculaires mises en scène. L’enjeu concret du film, la divulgation d’une clé contenant l’identité de tous les agents infiltrés, rejoint aussi le questionnement implicite sur la viabilité d’un système et de ses incarnations tels que James Bond et M. Ce doute se matérialise à travers le glaçant Raoul Silva (Javier Bardem), ancien agent déchu qui lui aussi sacrifié par sa hiérarchie va se venger en la faisant imploser de l’intérieur. C’est passionnant et cela approfondit nombre de pistes explorées dans L’Homme au pistolet d’or (1974), Goldeneye (1995) ou même Meurs un autre jour dans lesquels la place de James Bond est questionnée, où il se voit renvoyer un miroir déformé de lui-même. Très clairement Silva est la dégénérescence d’un système, l’avatar dévoyé d’un James Bond si sa rancœur avait supplanté son devoir. Sam Mendes le filme ainsi, comme un cauchemar issu de l'inconscient (la mémorable première apparition où il surgit lentement du fond du cadre) et un monstre sous son allure élégante - une véritable créature de Frankenstein du MI6 lorsque sa défiguration se révèlera.

Formellement Sam Mendes dresse une pure ambiance introspective dans laquelle Bond est souvent montré comme isolé, plongé dans la pénombre, en plein doute. Il en perd même de sa superbe avec cette barbe de trois jours qu’il traîne longtemps, le fait que son appartement et ses affaires aient été remisés. En ayant touché le fond, en se confrontant à la facette viciée de son statut et de l’univers qui l’a conçu, Bond accepte sa part de faiblesse et peut progressivement se reconstruire. C’est également une réflexion méta de la saga qui après avoir avec plus ou moins de réussite bousculé les certitudes dans Casino Royale et Quantum of Solace, remet peu à peu en place les codes rattachés aux films James Bond. C’est le retour de Q sous forme rajeunie (Ben Whishaw) se moquant gentiment des gadgets fantaisistes d’antan, de Miss Moneypenny et la dernière scène du film est celle habituellement placée au début dans les films Bond classiques, comme si tout le puzzle se remettait en place.

C’est sans doute un des James Bond les plus beaux visuellement, porté par la beauté des cadrages, la somptueuses photo de Roger Deakins. La relecture/hommage de certaines scènes cultes de la saga ne relève pas de la bête citation dans ce superbe écrin, par exemple la scène à Shanghai reprenant avec des iguanes la pourtant ridicule séquence de Vivre et laisser mourir (1972) où Bond fuyait en sautillant sur des crocodiles. James Bond redevient celui qu’il fut en descendant au plus profond de lui-même, symboliquement (la noyade dans le lac gelé dont la remontée inverse la chute de la scène d’ouverture dans cette idée de renaissance) et intimement avec ce climax ayant pour cadre non pas la super base du méchant, mais le manoir familial de notre héros au passé d’orphelin. Ce final parvient à être à la fois spectaculaire, introspectif et mythologique dans la manière de donner par cet environnement aride toute sa grandeur à Bond, sans une once de superficiel. C’est un opus qui coche habilement toutes les bonnes cases, comble les convertis au Bond de Daniel Craig tout comme les gardiens du temple, et qui en prime se paie le luxe d’avoir une des plus belles chansons de la saga avec le morceau-titre flamboyant interprété par Adèle – dommage que le score timoré de Thomas Newman ne soit pas à la hauteur. La même équipe remettra le couvert avec Spectre (2015) mais avec nettement moins de réussite. 


 Sorti en bluray chez Sony

 

jeudi 23 février 2023

Quantum of Solace - Marc Foster (2008)


 Même s'il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé Vesper à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé... Bond croise alors la route de la belle et pugnace Camille, qui cherche à se venger elle aussi. Elle le conduit sur la piste de Dominic Greene, un homme d'affaires impitoyable et un des piliers de la mystérieuse organisation.

Casino Royale (2006) s’était avéré une parfaite introduction du James Bond incarné par Daniel Craig, en plus de s’imposer comme un des meilleurs épisodes de la saga – rencontrant une faveur critique comme un volet de James Bond n’en avait pas obtenu depuis très longtemps. Il fallait donc battre le fer tant qu’il était chaud et la préparation du volet suivant est lancée alors que Casino Royale est encore en post-production. Malheureuse le projet se voit grippé par une grève des scénaristes à Hollywood sans que les producteurs daignent décaler significativement la date de sortie.

Le tournage débute donc sans script réellement finalisé, obligeant le réalisateur Marc Foster et Daniel Craig à réécrire certaines scènes et dialogues au jour le jour. Le résultat s’en ressent douloureusement avec un récit sans liant et assez poussif même si sur petit écran le film s’avère moins catastrophique qu’à l’époque de sa découverte en salle. Il s’agit vraiment d’une suite directe puisque le film démarre pied au plancher une heure après la fin de Casino Royale par une course poursuite échevelée alors que Bond vient de s’emparer de Mr White (Jesper Christensen), antagoniste sous-terrain du film précédent. Les problèmes tout d’abord formels surgissent alors déjà. L’influence visuelle et thématique des film Jason Bourne était significative dans Casino Royale, mais bien digérée par la mise en scène de Martin Campbell, réalisateur rompu au cinéma d’action. Ce n’est certainement pas le cas de Marc Foster qui tente un montage très cut à la Paul Greengrass mais sans la virtuosité ni l’effet hypnotique de ce dernier (il suffit de comparer la poursuite automobile de La Mort dans la peau (2004) et celle du Bond pour sentir le fossé), rendant la séquence brouillonne et tout juste compréhensible. Le problème demeure tout au long du film sans être aussi prononcé que lors de cette ouverture, et gâche quelques bonnes idées scénographique comme cette poursuite à pied puis combat suspendu à une corde.

Le thème est très intéressant avec ce questionnement environnemental et la collusion entre dictatures, puissances occidentales et organisations criminelles pour s’approprier les ressources des pays pauvres. Cela donne quelques moments de cynisme réjouissant où Bond semble la seule figure de droiture au-delà d’intérêts économiques qui prévalent. Notre héros s’avère également hanté par la trahison et la mort de Vesper, avançant comme un bulldozer déshumanisé décimant méchants à tour de bras pour évacuer sa peine. Ces auspices prometteurs sont pourtant gâchés par une progression très artificielle du récit qui ne crée aucune tension autour de ses enjeux géopolitiques (quelques inserts sur la population bolivienne subissant la sécheresse et rien de plus) ou intimes. Daniel Craig traîne ainsi sa mine renfrognée tout au long du film sans nuances, tandis que les dialogues sentencieux viennent régulièrement surligner ses sentiments à travers M (Judi Dench) faisant office de maman venant réprimander Bond tous les quart d’heure. 

Le méchant Dominic Greene (Mathieu Amalric), très intéressant sur le papier par sa pure nature d’homme d’affaire est gâché par une présence trop diffuse dans l’histoire malgré la présence inquiétante de l’acteur. Il n’est jamais intimidant, ni physiquement, ni psychologiquement, et le climax tente laborieusement de nous faire croire que Bond (que l’on a vu décimer sans mal les barbouzes depuis 1h30) est en difficulté pour en venir à bout. L’originalité est absente dans les scènes d’actions, soit par la répétitivité des idées trop exploitées dans la saga (une énième poursuite en hors-bord), par une finition technique indigne d’un James Bond (le découpage d’une poursuite en avion). Quant aux élément qui auraient pu sortir du lot, il ne sont pas exploités. Dominic Greene monopolise l’eau de Bolivie à travers des pipelines et des barrages sous-terrain qui auraient donnés de belles scènes de destructions (en plus d’offrir par l’image une résonnance humanitaire à moindre frais en montrant les Boliviens retrouver l’eau), il n’en sera rien. A la place une fusillade quelconque au sein d’un hôtel lambda situé dans le désert. C’est assez mince.

Daniel Craig ne démérite pas et reste charismatique (même si son arrogance du volet précédent nous manque) et Olga Kurylenko compose une James Bond girl plutôt intéressante malgré le peu de matière qui lui est donnée. Ce côté « pas fini » se ressent dans les transitions abruptes et la durée plutôt ramassée pour un Bond (1h46). La déception est donc grande après les promesses de Casino Royale, tant pour les fans que les fraîchement convertis (la tentative de continuité plus explicitement sérielle et feuilletonnante étant franchement ratée ici) à ce nouveau Bond. En plus d'être raté, le film (et la période Craig de manière générale) ne procure même pas les petits plaisirs futiles qui faisaient passer la pilule d'autres volets poussifs : la chanson de Jack White et Alicia Keys est une des pires de la saga, pas de bons mots avec Moneypenny ou Q, exotisme aux abonnés absents. Fort heureusement, l’épisode suivant sera préparé avec un plus grand soin pour fêter dignement les 50 ans de la saga. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sony

lundi 26 décembre 2022

Casino Royale - Martin Campbell (2006)

Pour sa première mission, James Bond affronte le tout-puissant banquier privé du terrorisme international, Le Chiffre. Pour achever de le ruiner et démanteler le plus grand réseau criminel qui soit, Bond doit le battre lors d'une partie de poker à haut risque au Casino Royale. La très belle Vesper, attachée au Trésor, l'accompagne afin de veiller à ce que l'agent 007 prenne soin de l'argent du gouvernement britannique qui lui sert de mise, mais rien ne va se passer comme prévu.

Casino Royale effectue un virage bien connu dans la saga James Bond où, comme pour s’excuser d’un opus trop extravagant, le film suivant doit effectuer un retour à une intrigue d’espionnage plus sérieuse et réaliste. Ce fut le cas avec Rien que pour vos yeux (1981) ramenant Bond sur terre après les outrances spatiales de Moonraker (1979), ou encore le psychédélisme exotique de On ne vit que deux fois (1967) laissant place à l’introspection romantique d’Au service secret de sa majesté (1969). C’est à ce dernier cas que correspond Casino Royale puisque là aussi le changement de ton se fait aussi avec l’introduction d’un nouvel interprète. Meurs un autre jour (2002) avait été un triomphe commercial qui appelait à poursuivre avec Pierce Brosnan mais la démesure irréaliste du film ne correspondait plus à un contexte politique plus grave passé le 11 septembre, au contraire de la saga des Jason Bourne, nouveau standard du cinéma d’action. Pierce Brosnan est donc écarté et le choix surprenant à l’époque se porte sur le méconnu Daniel Craig. Cette volonté de renouveau doit s’inscrire dans les thèmes et l’intrigue du film, et le choix se portera sur Casino Royale, première aventure littéraire de Bond écrite par Ian Fleming.

Le livre est un véritable serpent de mer pour les Broccoli qui courent après les droits depuis des décennies. Une première adaptation se fit pour la télévision en 1954 avant la saga officielle, puis conjointement à celle-ci en 1966 avec un spoof movie psyché amusant mais confus. Les droits reviennent dans l’escarcelle des Broccoli à la fin des années 90 (alors que durant cette période Quentin Tarantino manifesta son envie d’adapter le roman) et c’est tout naturellement qu’il décide d’en faire le point de départ du nouveau Bond, qui sera même un reboot retraçant sa première mission. On rappelle à la réalisation Martin Campbell qui avait déjà avec brio réussit à introduire le James Bond de Pierce Brosnan dans Goldeneye (1995). Ce dernier réussissait une sorte de déconstruction dans la continuité en réinventant le personnage dans un contexte post-Guerre Froide qui avait contribué à sa création. Casino Royale creuse ce même sillon mais va plus loin sur de nombreux point. Daniel Craig est assez éloigné de l’archétype physique définit par les précédents films, les habitudes de la série sont cassées, que se soit par l’absence de personnages emblématiques comme Q et Moneypenny, des accessoires ludiques comme les gadgets qui desservent le réalisme.

Le James Bond de Daniel Craig fait grandement penser à celui de Timothy Dalton par son mélange de charisme, brutalité et professionnalisme sans faille, mais dépourvu d’expérience. C’est encore un impulsif fonçant dans le tas et abusant de son permis de tuer sans vision et stratégie d’ensemble. Ce tempérament est littéralement transcrit visuellement dans l’impressionnante poursuite à pied qui constitue la première grosse scène d’action du film. Bond poursuit un criminel adepte du parkour (discipline sportive acrobatique qui consiste à franchir des obstacles urbains ou naturels, par des mouvements rapides et agiles) qui lui échappe en se faufilant dans le décor avec un brio félin, tandis que Bond pulvérise au contraire ce décor en usant d’un bulldozer ou en en figurant un lorsqu’il traverse physiquement un mur de toute sa massive silhouette. La séduction pour la « bagatelle » ne l’intéresse pas si ce n’est la récolte d’information, c’est un être encore mal dégrossi s’épanouissant davantage dans l’action que le luxe et le glamour.

Daniel Craig excelle dans ce registre et compose le Bond le plus imposant et intimidant depuis justement Timothy Dalton. Quelques éclairs de sadisme à la Sean Connery surgissent ça et là et ce Bond rajeuni retrouve ses vertus de sex-symbol, telle ce moment où il surgit des eaux tout muscles saillants pour revisiter l’apparition de Ursulla Andress dans Dr No (1962). Ce sera une des grandes qualités de la période Daniel Craig, les films James Bond retrouvent une réelle ambition formelle qui s’était perdue avec les trop fonctionnels opus de Pierce Brosnan. C’est le cas pour l’action plus heurtée, nerveuse et formidablement montée qui lorgne sur les Jason Bourne, mais aussi dans les moments contemplatifs, le soin apporté au décor et à la photo. Le film rappelle beaucoup Goldeneye dans sa manière de redéfinir Bond. Dans le film de 1995, le personnage par ses attitudes de mâle alpha était renvoyé à sa nature archaïque par tous les protagonistes féminins lui reprochant cette nature glaciale qui lui avait néanmoins permis de survivre. 

C’est exactement la même chose dans Casino Royale qui troque juste le Bond expérimenté et distant contre un jeune loup trop assuré. C’est assez brillamment fait, en particulier durant tous les échanges avec Vesper Lynd (Eva Green) qui sait à chaque fois lui renvoyer son arrogance et sa gaucherie (le moment où elle lui choisit son smoking). C’est fait de façon très intéressante en introduisant de façon progressive quelques gimmicks Bondien, de façon extradiégétique avec le fameux thème musical qui plane tout le film avant d’exploser dans toute sa démesure à la fin (où Bond semble être totalement devenu Bond et se présente comme tel) ou intra-diégétique avec la découverte hasardeuse du cocktail vodka-martini ou l’apparition de la Aston Martin. Le problème viendra plutôt dans les films suivants où l’on n’aura jamais l’impression d’avoir l’agent secret désormais expérimenté et plein d’assurance, mais soit le rookie encore une fois ou le héros fatigué sans avoir eu l’étape iconique qui ne se reposera que sur le passif connu de James Bond.

Pour Casino Royale c’est en tout cas parfait puisque le jeu de dupe et la guerre des nerfs de la longue partie de poker correspond aussi à l’apprentissage moins pulsionnel et plus réfléchi, stratégique, de son métier d’agent secret face à un méchant (Mad Mikkelsen) aussi dangereux qu’aux abois. La tension est à son comble et renvoie aux meilleurs moments de Bon Baisers de Russie (1963) avec son cadre restreint, ses sursauts féroces de violence et cet environnement européen. Eva Green incarne peut-être la James Bond Girl la plus intéressante depuis Diana Rigg et la construction de son lien amoureux avec James Bond est excellent. On ne serait honnêtement pas loin d’un des sommets de la série si ce n’était une dernière demi-heure bien moins réussie. Les rebondissements s’enchaînent de façon plus grossière, Bond passe de la froideur à l’amoureux transi et naïf bien trop facilement, et si le destin de Vesper est touchant grâce à tout ce qui a précédé, les évènements qui nous y mènent sont très maladroitement amenés. C’est vraiment malgré ces défauts une belle introduction du Bond de Daniel Craig et un lifting réussi de la série. La suite sera plus inégale (à commencer par l’opus suivant peu convaincant) dans cette volonté de remise au goût du jour. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Sony