Bye bye Brésil est une des grandes réussites de Carlos Diegues, cinéaste phare du mouvement Cinema Novo. Bien que ce situant après l’acmé du courant, plutôt situé de la fin des années 50 au début des années 70, Bye bye Brésil en prolonge les préceptes par son croisement entre l’authenticité du néoréalisme italien et l’expérimentation, la dimension décalée de la Nouvelle Vague française. L’aspect néoréaliste se ressent par la dimension de road-movie, qui va nous faire traverser un Brésil rural et aride jusque-là peu vu au cinéma. Le décalage se révèle par la nature des voyageurs, des artistes itinérants et excentriques cherchant à fuir un quotidien trop rude économiquement, et trop ennuyeux socialement.
L’alliance de ces deux perspectives au premier abord contraires correspond cependant à la situation du pays à la sortie du film. L’étreinte de la dictature (qui prendra fin en 1985) se desserre dans le quotidien et les mœurs, mais le contexte économico-social est dans un entre-deux marqué par les fractures territoriales voyant des accès disparates à la modernisation. Tout cela est représenté par le groupe de personnages, notamment le jeune Ciço (Fábio Júnior) et sa fiancée enceinte Andorinha (Zaira Zambelli), prêts à abandonner un quotidien morne pour une vie nomade de saltimbanques. Leurs initiateurs à cette existence sont l’extravagant et beau parleur Lorde Cigano (José Wilker), ainsi que la vamp Salomé (Betty Faria), maîtres et maîtresses de cérémonie de ce spectacle. Liberté de ton, de mœurs, attitudes extraverties, le duo initie ses nouveaux compagnons de voyage à un nouvel état d’esprit, au danger et à l’insouciance des lendemains incertains. La caravane de la trouve se nomme Rolidey, transcription phonétique du mot anglais holiday. C’est une note d’intention sur leur philosophie de vie et, chaque étape du voyage, chaque péripétie et rencontre sera une photographie du Brésil d’alors. Durant une amusante séquence de voyance, Cigano invective un interlocuteur trop insistant dans le détail qu’il attend de sa démonstration de voyance. Tout le film est là, le peuple, le plus souvent entre deux âges et issu d’un milieu rural difficile, attend l’illusion d’un espoir de la part de ses voyageurs de passages. Mais ceux-ci n’ont qu’un divertissement clinquant et superficiel à offrir sur le dos des malheureux. Nos artistes sont d’ailleurs enjoints de ne pas rester trop longtemps, leur présence happant un temps et des ressources précieuses au labeur journalier de leurs spectateurs - souvent incarnés par des autochtones non-professionnels. Carlos Diegues bénéficie pour Bye bye Brésil d’un des plus gros budgets du cinéma brésilien de l’époque, porté notamment par la présence des stars José Wilker et Betty Faria, cette dernière bénéficiant d’une immense popularité après des rôles marquants dans des télénovelas. Diegues oscille ainsi entre un filmage arty capturant l’esprit bohème des personnages, réalisme documentaire dans la capture de certaines région et communauté, mais aussi d’une somptueuse ampleur pour saisir les panoramas de la forêt amazonienne ou des paysages urbains. La photo de Lauro Escorel participe à cette hétérogénéité des atmosphères, sublimant la luxuriance du rêve durant les scènes de spectacle, et s'ancrant dans une certaine crudité dans les moments plus terre à terre. Les relations du quatuor trahissent les limites de leurs idéaux respectifs. Ciço cède à l’ivresse des sens auprès de Salomé jusqu’à être prêt à abandonner femme et enfant, tandis que la liberté revendiquée par le duo Cigano/Salomé confine au cynisme durant la dernière partie à travers les errements et sacrifices sordides auxquels ils sont prêts à céder pour poursuivre leur périple. Se restreindre aux contraintes du système est une impasse, mais penser s’en affranchir en est une autre. L’épilogue dessine un compromis complexe entre stabilité fragile et joyeux chaos où il faudra sans doute tout recommencer un jour. Le pays se cherchait encore alors entre ces deux voies, mais il n’en reste pas moins que le rêve, même éphémère, de liberté, valait d’être risqué.Ressortie en salle






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