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vendredi 29 mai 2026

La Dérive - Paula Delsol (1964)

 Jacqueline a vingt ans. Depuis deux ans, elle a quitté une mère tellement dépourvue de fantaisie que son propre mari l'a abandonnée. Au moment où commence le film, le guitariste vagabond qu'elle avait suivi la laisse en plan dans un train. Jacqueline rejoint à Palavas-les-Flots sa mère, sa soeur, le mari de celle-ci et leur progéniture. Nullement repentante, la jeune vagabonde essaie en vain de renouer avec Jean, brave jeune pêcheur sans aucune ambition, puis de travailler. Mais elle préfère suivre un nouvel amant, qui a une belle voiture el habite un château.

La Dérive est un véritable joyau méconnu du cinéma français des années 60, Paula Delsol se posant comme un autre grand talent féminin moins célébré qu’Agnès Varda. Paula Delsol s’intégra à la Nouvelle Vague tout d’abord par la construction d’un studio qui permit le tournage des premiers courts-métrages de François Truffaut comme Les Mistons, mais aussi par la possibilité de faire ses premiers pas de réalisatrice sur ce même format. 

Profitant d’un héritage paternel, elle va entièrement financer et produire La Dérive, son premier long-métrage. Le film est le portrait de Jaquie (Jacqueline Vandal), jeune femme de vingt ans refusant les carcans sociaux et moraux de cette France du début des années 60. Elle a quitté tôt la demeure familiale et navigue depuis entre les amants généralement peu recommandables, riches hommes mûrs libidineux et jeunes artistes sans le sou.

La simple idée d’une existence rangée et conformiste lui fait horreur, la poussant dans des situations toujours plus humiliantes ; mais elle n’en a cure. La sexualité libérée du personnage (qui, stérile ne voit pas planer les risques d’une grossesse ni le péril d’un avortement alors interdit) froissa la censure qui infligea au film une interdiction aux moins de 18 ans. Cela refroidit Gaumont initialement disposé à le distribuer, mais La Dérive eut un vrai retentissement critique en son temps et un relatif succès au vu des circonstances, avec 100 000 entrées lors de sa sortie en plein mois d’août.

Le film est resté un secret bien gardé depuis. Au-delà de son audace morale, La Dérive fait montre d’un brio formel l’inscrivant pleinement dans les canons de la Nouvelle Vague par son montage percutant et moderne (Agnès Guillemot monteuse de Jean-Luc Godard est aux manettes), sa sublime photo noir et blanc (assurée par Jean Malige, époux de Paula Delsol) et la mise en scène inspirée de Paula Delsol qui culmine dans une magnifique dernière séquence.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films mais patience le film ressortira en version restaurée en janvier 2027  

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