Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Chris Penn. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chris Penn. Afficher tous les articles

lundi 10 septembre 2018

Nos funérailles - The Funeral, Abel Ferrara (1996)


New York, 1935. Toute la famille Tempio se rassemble chez l'aîné, Ray, pour se recueillir auprès de la dépouille de Johnny, le plus jeune frère, récemment abattu dans la rue. A l'occasion de ces funérailles, les souvenirs des uns vont se mêler aux désirs de vengeance des autres...

Abel Ferrara signe un de ses très grands films avec Nos funérailles. Le réalisateur semble à première vue se frotter au grand film de gangster rétro auquel d’autres réalisateurs italo-américain ont donné ses lettres de noblesse. Nos funérailles navigue pourtant à contre-courant de l’emphase de Le Parrain (1972) de Francis Ford Coppola, la virtuosité de Les Affranchis de Martin Scorsese (1990) ou l’élégance de Les Incorruptibles de Brian de Palma (1987). La trame modeste issue du scénario de Nicholas St. John (scénariste attitré de Ferrara) appelle en fait un croisement (sans la dimension opératique) entre le désespoir et les regrets du Parrain 3 (1990) et l’environnement criminel finalement assez modeste de Mean Streets (1973) voire Les Affranchis

Les funérailles du benjamin Johnny (Vincent Gallo) violemment assassiné, jette le désespoir au sein de la fratrie Tempio. L’aîné Ray (Christopher Walken) n’attend que de démasquer le coupable pour assouvir sa vengeance, tandis que le cadet Chez (Chris Penn) peine face  la douleur à maintenir une santé mentale déjà bien instable. Les souvenirs du passé proche et éloigné de la fratrie entrecoupent le fil rouge endeuillé du présent, expliquant les évènements ayant conduit au drame mais aussi la mentalité destructrice des personnages. Ferrara affirme que le script d’origine et donc le premier montage du film avait une narration linéaire mais que le résultat final ne fonctionnait pas. Il fera donc le choix d’un montage polyphonique où le passé rebondit sur le présent à de pures fin narratives (toute l’intrigue sur l’opposition de Johnny militant communiste avec le boss mafieux casseur de grève joué par Benicio Del Toro), puis dramatiques en nourrissant la culpabilité des frères (notamment Chez) envers le disparu, tout cela découlant d’une hérédité de la violence surgissant dans un terrible et meurtrier souvenir d’enfance. 

L’originalité de Ferrara est d’exprimer ce parti pris dans un montage à la logique émotionnelle et sensitive. Les flashbacks surgissent ainsi parfois en rebondissant sur un objet, un sentiment ou un lieu sans forcément rebondir de façon logique sur le personnage/la situation qui le précède. Le spectateur n’est jamais perturbé tant cela s’inscrit de manière fluide dans le récit, et est même récompensé lorsque l’aboutissement de ces spirales temporelles mène à des séquences bouleversantes. On citera notamment une des dernières scènes où la vengeance de Ray enchaîne avec l’assassinat de Johnny sortant du cinéma (dont on comprendra qu’il était dilaté depuis le début du film avec cette référence à La forêt pétrifiée de Archie Mayo (1939) avec Humphrey Bogart) tandis que la balle du crime originel relie passé et présent de manière logique. 

Le poids du passé et la tradition de la violence s’expriment ainsi par la force de l’image et de comédiens exceptionnels. Cette violence a quelque chose d’absurde et d’inéluctable à la fois, Ray faisant sciemment tuer un innocent (par prévention) et hésitant avant de trucider le vrai coupable. Tout cela annonce le tétanisant final où la mort surgit de façon aberrante mais totalement logique dans la construction dramatique façonnée par Ferrara. Un pur et inoubliable diamant noir.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Rimini 

dimanche 28 février 2016

True Romance - Tony Scott (1993)

Clarence Worley est un vendeur de bandes dessinées de Détroit, amateur de films d'arts martiaux et grand fan d'Elvis Presley. À l'occasion de son anniversaire, il se rend dans un cinéma pour voir une trilogie de films de Sonny Chiba et rencontre par hasard une jeune femme nommée Alabama. Celle-ci finit par lui avouer être en réalité une call girl engagée par le patron de Clarence comme « cadeau d'anniversaire » mais le coup de foudre est réciproque et ils se marient le lendemain.

True Romance est autant un des sommets de la filmographie de Tony Scott que la pierre fondatrice de toute la réussite à venir de Quentin Tarantino. Encore employé de vidéo club rêvant de percer au cinéma, Tarantino vit en colocation avec son ami Roger Avary nourrissant les même ambitions. Avary a alors sous le coude un script de 80 pages nommé The Open Road qu’il a mis de côté pour une improbable adaptation du Surfer d’Argent. Tarantino lui demandera donc s’il peut prendre la suite ce que lui accordera généreusement Avary. Se cloitrant de long mois à cette réécriture, Tarantino reviendra avec un script monstre de 500 pages où se trouvent les grandes lignes de True Romance, Pulp Fiction et Tueurs nés. Les liens s’y feront à coup de narration alambiquée, de flashback et d’effets en tout genre mais Avary incitera Tarantino à recentrer l’histoire sur son cœur émotionnel, la romance entre Alabama et Clarence. Pour True Romance comme pour toutes ses œuvres des 90’s, Tarantino fera donc un travail d’élagage pour ne garder que le meilleur de ce script initial touffu. Le duo tentera sans succès de produire le film en indépendant pour 150 000 dollars mais se confrontera à sa méconnaissance du milieu hollywoodien. Le salut viendra du producteur français Samuel Hadida désireux de se lancer sur le marché américain et en quête d’un jeune scénariste au talent original. On lui recommande de rencontrer un Tarantino alors archiviste vidéo et quand Hadida lui demandera un exemple de son travail, il lui donnera le script de True Romance. Hadida subjugué à la lecture en rachète les droits et décide de le produire. Quelques bisbilles surviendront encore avant le tournage (l’interventionnisme des frères Weinstein initialement distributeurs américains du film qui amènera Hadida à le produire seul et miser sur les préventes internationales grâce à un casting fabuleux) notamment concernant le réalisateur. A l’origine destiné à William Lustig (excellent réalisateur de série B), le film échoit finalement à force de volonté à Tony Scott. Parrain de Tarantino lors d’un stage d’écriture à Sundance, Tony Scott s’amourache à son tour du script de True Romance et fera le forcing pour le réaliser. Ce n’est d’ailleurs pas pour déplaire à Tarantino, grand admirateur de Revenge (1990) où Scott se montra capable d’entremêler brutalité et romantisme avec brio. Le mariage Tarantino/Scott fonctionne d’ailleurs merveilleusement dès la splendide ouverture. 

Modeste employé d’un magasin de comics, Clarence Worley (Christian Slater) est une âme solitaire ne trouvant guère de compagne susceptible de partager sa passion pour Elvis ou Sonny Chiba, star des films d’arts martiaux japonais. Ce sera jusqu’à sa rencontre avec la pulpeuse Alabama, curieuse de ses hobbies et sincèrement attirée par lui. Malgré la révélation qui suivra leur nuit ensemble (elle est une call girl engagée par son patron), Scott parvient à capturer une candeur non feinte dans ce coup de foudre, que ce soit les regards perdus d’Alabama se sentant fondre pour ce qui ne devait être qu’un « client » ou les scènes d’amour à l’érotisme suranné (déjà le cas de Revenge aussi sur ce point). Du coup l’aveu renforcera le couple et rendra leur relation plus intense. Le script oscille constamment entre le rêve et le cauchemar, entre le conte de fée et la réalité d’une Amérique violente et dangereuse. 

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que l’on passe de la grisaille de Détroit à l’artificialité ensoleillée de Los Angeles, Tarantino transposant ses rêves d’ailleurs dans le parcours de Clarence. Clarence et Alabama constitue le reflet inversé des meurtriers de Tueurs nés (1994), poursuivit par le chaos plutôt que le semant. Purs produits de l’Amérique white trash dont on devine un passé difficile (la rencontre avec l’attachant père joué par Dennis Hopper) leur refuge sera le bonheur plutôt que la destruction mais il faudra en passer par bien des épreuves. Toujours dans cette tonalité de conte, Tony Scott alterne les figures de croquemitaine (Gary Oldman terrifiant et dont l’antre évoque une tanière démoniaque, Christopher Walken glacial et à la présence spectrale et James Gandolfini à la brutalité sadique) avec d’autres plus naïves quasis enfantines (l’apprenti acteur Michael Rappaport, l’hilarant fumeur de joint incarné par Brad Pitt) auxquels on peut ajouter des portraits au vitriol du milieu hollywoodien avec producteur cocaïnomanes et autre excentriques.

Cette dualité jouera aussi ce mélange de douceur et d’éclairs de violences sanglants. Ce n’est que de la fange, du sang et des larmes que peut surgir la beauté notamment le féminisme si cher à Tarantino. Si Clarence est attachant dans son aisance feinte, Alabama (superbe Patricia Arquette) est le vrai pivot du couple face danger. Prenant une rouste en serrant les dents face à la brute James Gandolfini, c’est aussi elle qui sauve et « ressuscite » son homme lors du final apocalyptique et qui endosse la voix-off de narratrice. C’est une figure de matriarche solide qui s’ignore encore. 

Tony Scott tout en suivant à la lettre le script de Tarantino aura fait le film sien en en ôtant toute distance, cynisme et nihilisme. Tout en mettant en scènes les débordements de violence, il n’oubliera jamais de maintenir cette aura bienveillante autour de ses personnages (ce moment furtif où Michael Rappaport qui vient de remporte un rôle hésite puis décide d’accompagner Clarence dans sa transaction finale). Du coup son seul changement sera un happy-end différend de la conclusion trop noire de Tarantino car il s’était attaché aux personnages et voulait les quitter heureux. Une belle réussite qui sera pourtant un échec à sa sortie mais qui a plus que gagnée une aura culte depuis.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

vendredi 12 septembre 2014

Comme un chien enragé - At Close Range, James Foley (1986)

Brad Jr. vient de quitter l'école et s'ennuie dans sa petite ville de Pennsylvanie. Il revoit son père, Brad Sr., qui a depuis longtemps quitté sa famille pour vivre en bande avec ses copains avec lesquels il a monté un gang de vols de véhicules. Brad Jr., de plus en plus admiratif, finit avec un groupe de copains par faire la même chose. Encouragé par les aînés, le jeune gang vole des tracteurs. Le drame éclate lorsque la police s'en mêle.

James Foley réalisait son chef d’œuvre et un des grands classiques des 80’s avec ce mélodrame puissant qu’est At Close Range. Le film s’inspire d’un fait divers réel s’étant déroulé en 1978 dans l’état de Pennsylvanie et où une bande malfrats avait recruté des adolescents qu’ils avaient par la suite assassinés lorsqu’ils étaient devenus des témoins gênants. Le drame avait choqué l’Amérique et Foley en donne une transposition romancée ici en y greffant des thèmes déjà présents dans son formidable premier film, le drame adolescent Reckless (1984). On y trouvait déjà cette jeunesse paumée et sans but, les figures parentales défaillantes ainsi que cette candeur touchante dans la description des premiers émois amoureux. Reckless par sa fougue et son insouciance lorgnait vers une sorte de relecture du Lauréat (1967) façon teen movie existentiel, et en reprenant ces questionnement dans le cadre de ce faits divers très sombre on aboutira à un résultat encore plus intense et éprouvant.

La scène d’ouverture montre d’ailleurs bien cet écart du récit entre romanesque insouciant et folie latente. Brad (Sean Penn) jeune adolescent paumé débarque dans le centre-ville où dans la même séquence il s’illustrera par sa douceur et ses envies d’ailleurs (les regards prolongés sur la belle Terry (Mary Stuart Masterton) puis la séduction maladroite qui s’ensuit) et son gout pour le danger lorsqu’il défiera un quidam en s’accrochant à sa voiture. Les ralentis et la musique de Patrick Leonard (avec un main thème entêtant qui est une version instrumentale de la superbe chanson Live to tell de Madonna) alterne ainsi avec une mise en scène urgente pour montrer avec brio le gout du danger et le besoin d’affection de Brad dans une dualité qui lui causera bien des ennuis. 

Déscolarisé, sans travail ni repère Brad et son frère Tommy (Chris Penn) voit revenir dans leur vie cet illustre inconnu qu’est leur père, Brad senior (Christopher Walken). Séduisant, dangereux et menant la grande vie, ce père exerce immédiatement une attirance irrésistible pour Brad qui va s’en rapprocher. Brad senior est en fait un malfrat qui avec sa bande écume les maisons et entrepôt de la région à coups de cambriolage nocturne.  Brad après avoir fait ses preuves avec ses jeunes acolytes va ainsi chercher à intégrer l’équipe de son père, avant de comprendre à quel point ce dernier est un monstre égoïste.

Le plus fragile sera le plus intense et démonstratif dans son jeu avec un extraordinaire Sean Penn, étendard de la jeunesse white trash. L’acteur impose une présence forte et fébrile à la fois, froid et déterminé quand il se perd dans une délinquance vaine, anxieux et gauche dès qu’il s’agit d’exprimer ses sentiments. Face à des interlocuteurs bienveillants cette fragilité est un atout fendant la carapace du mauvais garçon (belle alchimie entre Sean Penn et Mary Stuart Masterton, toutes les figures féminines étant aimantes et protectrice dans le film) mais lorsqu’il croise la route de son géniteur, il fera figure de proie sans défense. 

Christopher Walken est donc le plus sobre mais aussi le plus dangereux en père indigne. L’acteur n’exprime jamais la menace qu’il incarne par un jeu agressif, au contraire il sera toujours rigolard et avenant, rendant ses écarts aussi imprévisibles que brutaux. Nulles pulsions incontrôlées chez lui, c’est un être froid et pragmatique éliminant tout obstacle perturbant son entreprise même s’il s’agit de ses fils. 

L’attitude chaleureuse peut s’estomper en un instant pour laisser place à ce visage opaque et ce regard sans expressions alors qu’il commet l’horreur. L’intrigue montre ainsi Brad se rapprocher et chercher à ressembler à ce modèle paternel faussement attirant jusqu’à découvrir à quel point il est malfaisant. On alterne entre la romance juvénile de plus en plus fusionnelle entre Brad et Terry et les larcins de la bande notre héros prend de plus en plus d’importance. 

Cette opposition ce fait symboliquement entre le jour et la nuit, la lumière signifiant la plénitude, l’épanouissement (la scène dans le chant, la longue baignade où Foley laisse éclater ses élans clippesques déjà exprimé dans Reckless)  tandis que la nuit symbolise le mal, la mort. La photo de Juan Ruiz Anchía s’orne de velléités naturaliste et contemplative à la Malick dans les scènes de jour (rappelant son travail pour le Maria’s Lovers (1984) d’Andreï Konchalovsky) tandis qu’elle prend des teintes bleutées et spectrales dans tous les assassinats nocturnes.

Le mal est comme en sourdine, attrayant et facile pour mieux nous tromper sous les sourires de Christopher Walken qui est une sorte de Faust (il a vraiment une sorte d’aura surnaturelle démoniaque dans son allure) dans un cadre réaliste. Faute d’avoir rompu le pacte, Brad s’aliène la seule famille non dysfonctionnelle du film mais aussi la plus dangereuse, fidèle et rancunière, celle du crime. Foley aligne les moments chocs, aussi insoutenable que sobre dans la dernière partie où Brad et ses amis sont menacés par crainte d’une enquête du FBI.

En survivant à l’impensable, notre héros devient réellement une sorte de martyr dont Foley fait observer les stigmates alors qu’une ultime fois il hésitera entre la pulsion et la retenue, la vengeance et la justice dans un dernier face à face puissant. Sean Penn est absolument extraordinaire, plus écorché vif que jamais et exprimant l’incrédulité de son malheur et de celui en étant la cause dans une ultime séquence bluffant au plan fixe lourd de sens. 

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM


Et puis quand même le "Live to tell" de Madonna un de ses plus beaux morceaux