Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 24 août 2015

Goldfinger - Guy Hamilton (1964)

L'agent secret 007 est chargé d'enquêter sur les revenus d'Auric Goldfinger. La Banque d'Angleterre a découvert que ce dernier entreposait d'énormes quantités d'or, mais s'inquiète de ne pas savoir dans quel but. Quelques verres, parties de golf, poursuites et autres aventures galantes plus loin, James Bond découvre en réalité les préparatifs du "crime du siècle", dont les retombées pourraient amener le chaos économique sur les pays développés du bloc de l'Ouest...

Le succès de Dr No (1962) et Bons baisers de Russie (1963) aura installé les James Bond comme une solide franchise cinéma et fait de Sean Connery une star. Ce n’était qu’un prélude à la véritable bondmania qui allait s’installer avec ce Goldfinger, faisant de la saga un véritable phénomène de société. Le budget confortable de 3 millions de livres (loin des modestes 900 000 du premier épisode) autorise les rêves de grandeurs de Cubby Broccoli et Harry Saltzman et le choix de Guy Hamilton s’avère tout indiqué pour ce virage. Ayant initialement refusé de réaliser Dr No, Hamilton remplace Terence Young et par ses choix tire définitivement Bond hors du monde réel. Hormis l’ajout de l’organisation du SPECTRE, les deux premiers volets en restaient à des trames relativement crédibles et dans le cadre du récit d’espionnage tout en y ajoutant des éléments plus excitants du film d’aventure.

En adaptant le septième roman de Ian Fleming, on quitte ces sphères rien qu’avec la nature extravagantes de son mémorable méchant. Auric Goldfinger (Gert Fröbe) n’a aucune visée politique et est un mégalomane entièrement soumis à sa passion dévorante pour l’or, dont il n’est jamais assez pourvu. Un pur personnage de bd auquel le ton du film est entièrement soumis. Guy Hamilton assume l‘outrance et la dimension fantaisiste de l’univers bondien qu’il voit comme un cocktail de luxe, jolies filles et d’actions à ne pas prendre au sérieux. Contrairement aux trois autres Bond franchement ratés qu’il signera (Les Diamants sont éternels (1971) et surtout les mauvais Vivre et laisser mourir (1973) et L’Homme au pistolet d’or (1974)), Hamilton a ici le juste dosage qui empêche le film de tirer le film vers la parodie tout en assumant totalement le côté extravagant et irréaliste.

La mise en scène percutante de Terence Young laisse place à un style plus posé et élégant, mettant en valeur l’environnement chic et choc de Bond. Le 007 brutal et impitoyable des deux premiers films n’existe que le temps de la désormais traditionnelle scène pré générique indépendante de l’intrigue (Bond se protégeant d’un coup avec la tête de l’amante qu’il tient dans ses bras) et s’avère moins menaçant. Sean Connery l’incarne avec toujours autant de prestance mais à son intelligence et pouvoir de déduction s’ajoutent désormais les gadgets ludiques et prenant une place importante dans l’intrigue, la mythique Aston Martin DB5 en tête. 

Les mises à mort sont aussi inventives et cruelles que raffinée avec la malheureuse Shirley Eaton couverte d’or. Gert Fröbe (préféré à l’onéreux choix initial d’Orson Welles) incarne l’un des méchants les plus mémorables de la saga, truculent, outrancier et obsessionnel. Sa bonhomie de façade dissimule une véritable folie à la hauteur de son plan diabolique et improbable : assiéger et piller Fort Knox. Cet esprit dérangé lâchera d’ailleurs une des répliques cultes de la série 

« (James Bond) : Do you expect me to talk? ?
(Goldfinger) : No, Mr Bond, I expect you to die. »

Les bons mots et les desseins mégalomane seront servis par l’impressionnant et taiseux homme de main Oddjob (le catcheur hawaïen Harold Sakata), placide et rigolard sous les coups de Bond et achevant ses adversaires de son chapeau d’acier. Prisonnier de ses ennemis pratiquement la moitié du film, Bond ne gagne pas complètement ses galons de surhomme (ce sera le cas avec l’impressionnant épisode suivant Opération Tonnerre (1965)) et ne s’imposera que par sa toute puissante virilité. 

Explicite dans le livre mais subtilement exprimée dans le film, la nature lesbienne de l’acolyte de Goldfinger Pussy Galore (Honor Blackman première héroïne de The Avengers à jouer dans un Bond avant Diana Rigg et Joanna Lumley) est source d’échanges amusants lors des confrontations avec Bond. Son indifférence est un défi pour Bond et sa séduction s’impose dans un machisme typique du personnage. Après avoir fait passer un agent russe à l’Ouest par son seul charme dans Bons Baisers de Russie, Bond ne fait pas seulement changer de camp Pussy Galore, mais aussi d’orientation sexuelle. On devine la veine plus piquante de Guy Hamilton et son intérêt pour Bond puisqu’au niveau de l’action pure il est loin d’égaler Terence Young.

Le spectaculaire final ne fonctionne que par son postulat too much (la nature et l’exécution du plan fou de Goldfinger) mais pas par l’illustration qu’en fait Hamilton. Heureusement le pétaradant score de John Barry (et l’inoubliable chanson de Shirley Bassey) ainsi que la folie des décors de Ken Adam font passer par l’image cette grandiloquence. L’intérieur de Fort Knox est une création incroyable, tout en chrome doré et surplombé de ses innombrables lingots d’or. Hamilton compense (pour cette fois en tout cas) la relative mollesse par un sens du style qui fait mouche et ajoute les derniers éléments manquant à la formule bondienne. Enfin plus grand que nature et dans un univers fou à sa mesure, Bond est fin prêt pour sauver le monde pour la première fois dans le volet suivant. 

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

 

jeudi 4 juin 2015

Les Chemins de la puissance - Life at the Top, Ted Kotcheff (1965)

Dix années après son mariage avec la fille du richissime Abe Brown, Joe Lampton mène une vie qui est loin de le satisfaire. Sa situation professionnelle ne le contente guère et il découvre que son épouse le trompe...

Life at the top est la suite du classique de Jack Clayton Les Chemins de la haute ville (1959) et adapte donc aussi le second livre de John Braine. La fin du premier film avait laissé l'ambitieux prolétaire Joe Lampton (Laurence Harvey) au sommet en épousant la fille du plus riche notable de la ville. Cette réussite tant espérée s'avérait pourtant amère, Lampton lui ayant sacrifié son vrai amour Alice (Simone Signoret) morte et plus vraisemblablement suicidée dans un accident de voiture. Nous retrouvons le personnage dix ans plus tard et finalement toujours aussi insatisfait de son existence mais pour d'autres raisons. Il ne se reconnaît pas dans l'arrogance de ses enfants gâtés (cruel séquence où il invite un gamin vendeur de journaux que son fils toise), n'est qu'un homme de paille méprisé au sein de l'entreprise familiale et sa femme Susan (Jean Simmons bien plus convaincante reprend le rôle de Heather Sears du premier film) lasse de son spleen a pris un amant. Il a beau avoir obtenu tout ce qu'il désirait si ardemment dans le premier volet, il demeure pourtant toujours en lui la fureur contenue de l'angry young man.

Notre héros va désormais se trouver confronter à des questionnements liés aux hautes sphères qu'il fréquente désormais. Sollicité pour se présenter aux élections de conseiller municipal, il va constater la corruption ambiante et le plan immobilier destiné à faire des quartiers pauvres où il a grandi une lucrative zone commerciale. De au sein de l'entreprise son beau-père (Donald Wolfit) ne souhaite guère le voir lui succéder, faisant de lui un subalterne qui aura juste servi à lui concevoir un vrai héritier. Tout le début du film dessine ainsi un climat domestique et professionnel étouffant où Clampton n'a pas sa place.

Les complexes du personnage n'ont pas disparu avec le mariage puisqu'il est toujours ramené à ses origines modestes (la fuite d'eau lors de la réception où l'on fait immédiatement appel à lui) et même s'il a gravi les échelons il est finalement toujours aussi bloqué. La romance naissante avec la journaliste Norah (Honor Blackman) qui l'invite à la rejoindre à Londres pourrait lui offrir un avenir différent. Alors que le premier film interrogeait sur ce que l'on était prêt à faire pour réussir, cette suite questionne elle sur ce que l'on est prêt à sacrifier pour une nouvelle vie. Clampton va l'apprendre à ses dépens, comprenant qu'il n'existait que dans l'ombre de sa famille mais qu'il n'intéresse plus les employeurs une fois qu'il en est sorti lors d'une scène d'embauche glaciale où un poste acquis devient soudainement inaccessible.

Une suite très intéressante donc mais tout de même loin de son modèle. Le triangle amoureux est moins touchant (et paradoxe on préfèrerait presque qu'il reste avec Jean Simmons tant celle-ci mêle avec brio intensité dramatique et sensualité) et tourne finalement assez court. Les thèmes plus sociaux-politiques creusent des pistes intéressantes (notamment le snobisme qu'il pense trouver à Londres créant le même décalage avec les snobs que les nantis) mais ne sont pas assez développés.

Enfin le final voulu comme une redite déprimante du premier volet n'atteint pas complètement son but justement du fait du personnage de Jean Simmons plus convaincant et moins transparent que sous les traits d'Heather Sears. Globalement il manque le lyrisme de Jack Clayton, jamais approché par un Ted Kotcheff débutant (c'est son second film) et qui brillera dans d'autres registres. Reste un Laurence Harvey toujours aussi charismatique qui ferait presque espérer un troisième film sur le personnage.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Sony et sous-titré anglais

jeudi 19 décembre 2013

Shalako - Edward Dmytryk (1968)


Une partie de chasse dirigée par un baron et une comtesse européens pénètre dans la réserve de chasse des Apaches. Heureusement, un ancien colonel de l'armée, habitué à la vie rude de ces contrées, passait par là.

Si le western spaghetti su inventer une alternative novatrice à son pendant US, il n’a pas pas inventé le concept de western européen.  En effet, les Espagnols et surtout les allemands les avaient précédés notamment avec l’amusante série des Winetou mais dans l’ensemble cela singeait plutôt les productions américaines (tout comme les westerns italien d’avant Sergio Leone d’ailleurs) même si certains pouvaient s’avérer d’honnête divertissement. Ce qu’ont fait les Italiens, c’est lui donner une identité et des caractéristiques propres, qui le distinguent du western américain avant de carrément l'influencer. 

Dans la foulée les autres tentatives de western européen se trouveraent imprégné du western spaghetti pour des résultats très inégaux. On peut mettre dans le lot ce Shalako qui entre un grand réalisateur déjà loin de son heure de gloire, un casting improbable pour le genre entre les superstars de l'époque (Sean Connery, Brigitte Bardot), les has been et les vieux de la vieille (Stephen Boyd, Honor Blackman, Jack Hawkins, Woody Strode en chef indien !) et le tout dans une coproduction anglo-allemande a de quoi piquer la curiosité. 

Le film adapte le roman éponyme de Louis L’Amour, auteur américain spécialisé dans la fiction western et de nombreuses fois adapté à l’écran et la télévision, Hondo (1953) de John Farrow avec John Wayne restant la plus connue.  Shalako, parut en 1962, naît du désir du producteur  Euan Lloyd d’adapter un roman de L’Amour (ami de longue date) depuis des années. Une première tentative échouera avec un casting un peu plus cohérent (Henry Fonda et Senta Berger) mais échouera à cause des coût désormais élevés d’un tournage au Mexique et de la côte descendante d’Henry Fonda pas suffisante pour attirer les avances des distributeurs. 

Quelques années plus tard et avec l’avènement du western spaghetti ce sera désormais possible, bien aidé par l’intérêt de Sean Connery pressé de se départir de l’image de James Bond (Marnie d’Hitchcock lui réussira mieux) dont il vient d’abandonner le smoking.  Le tournage à Alméria (en Espagne et lieux de tournage privilégié du western transalpins) ajouté à la distribution hétéroclite brouille cependant l’identité originelle du projet et le film ne saura choisir entre classicisme, vraie originalité et dérapages issus du western spaghetti pour un résultat pas à la hauteur de ce mix étrange. 

Quelques thèmes très intéressants sont pourtant esquissés avec cette noblesse européenne confrontée aux rigueurs de l'Ouest et qui tente avec arrogance d'y appliquer sa vision colonialiste. De même le long contentieux issus des guerres indienne que semble entretenir Shalako avec le chef apache (sous-entendus par quelque dialogue et le mano à mano final) n'est jamais réellement approfondi  malgré une introduction intéressantes de ces problématiques. On a ainsi un western assez mou et prévisible qui se laisse néanmoins suivre sans trop d'ennui. 

Sean Connery tout talentueux et charismatique qu’il soit est peu crédible malgré une fière allure de cow boy puisque dès qu’il ouvre la bouche son accent écossais prononcé (aucune allusion à des origines européenne de son personnage n’étant faîtes ce qui aurait pu faire passer) sa caractérisation de vieux baroudeur de l’Ouest ne passe pas. 

Son couple avec une Bardot (qui fera bien pire en western européen avec Les pétroleuses de Christian- Jaque) belle mais peu concernée fonctionne tout juste, et quelques bonnes idées en matière d'actions étant un peu expédiées par Dmytryk (l’ attaque du fort par les indiens en infiltration, l’assaut final avec les héros coincés sur une colline et assaillis de tout part par les indiens). Preuve de cette absence de direction, une violence corsée par instants et un peu hors de propos (puisque surfant maladroitement sur la surenchère transalpine) notamment une scène ou Honor Blackman est assez cruellement tuée par les indiens. Une curiosité donc pour qui souhaite voir James Bond porter le stetson… 

Sorti en dvd zone 2 français cez Studio Canal 

Extrait