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lundi 19 octobre 2015

Opération Tonnerre - Thunderball, Terence Young (1965)

L'organisation criminelle SPECTRE détourne un avion de l'OTAN transportant deux bombes atomiques et réclame une rançon au gouvernement britannique. L'agent secret James Bond est envoyé aux Bahamas à la recherche de Domino, la sœur du commandant Derval, qui pilotait le Vulcan. Celui-ci a en fait été tué et remplacé par un sosie. 007 découvre que l'instigateur de l'opération est un dénommé Emilio Largo, un homme riche et cruel, passionné par les requins...

Terence Young avait définit le caractère racé, élégant et brutal de James Bond dans Dr No (1962) et Bons baisers de Russie (1963) tandis que Guy Hamilton avait su amener fantaisie et démesure à son univers dans Goldfinger (1964). La formule James Bond ainsi définie en trois films et le triomphe commercial de Goldfinger aidant, Opération Tonnerre allait s’avérer une des productions les plus attendues de l’époque. Cet épisode vient de loin puisqu’il faillit bien être le premier James Bond produit pour le cinéma. Durant les années 50 les ventes des romans d’Ian Fleming décollent sans toutefois atteindre l’immense popularité à venir mais l’auteur rêve déjà d’une adaptation cinématographique. Il va s’associer au producteur Kevin McClory pour façonner une aventure originale sur un scénario coécrit avec Jack Whittingham. 

Le projet ne décollant pas, Ian Fleming s’en éloigne et part écrire le roman Thunderball où il reprend la trame et certaines idées du scénario conçu avec McClory et Whittingham (pour en juger il suffit de voir le film de guerre anglais Armes Secrètes (1939) que ce dernier écrit le scénario et déjà Bondien en diable sur nombres d’idées narratives). Evidemment un procès s’ensuit mais entretemps Cubby Broccoli et Harry Saltzmann ont acquis les droits des romans et lancent la production de ses aventures avec succès. Au service secret de sa majesté aurait dû suivre Goldfinger (comme annoncé au générique de fin) mais la météo ne permettant un tournage en altitude la production se rabat sur Opération Tonnerre. Un accord est trouvé avec Kevin McClory crédité comme producteur, une solution temporaire mais source de problème par la suite pour la série puisque McClory signera un remake avec Jamais plus jamais (1983) et tentera de récidiver dans les années 90.

La saga entre définitivement dans l’ère de la grandiloquence et de la superproduction avec Opération Tonnerre. Cela se manifeste à la fois dans la démesure de la production (tournage dans quatre pays) mais aussi celle de l’intrigue. Après l’intermède Goldfinger, Bond retrouve sa Némésis des deux premiers films avec l’organisation criminelle du SPECTRE qui menace cette fois le monde en volant deux bombes atomiques. Le vol en question déploie une séquence impressionnante avec l’escamotage d’un avion, son crash en pleine mer et l’extraction sous-marine des bombes. La partition de John Barry acquiert une importance capitale dans le film, jouant un vrai rôle narratif dans ces longues séquences sous-marines dont il illustre, ponctue et/ou accentue la tension. Ce sera le cas avec cette spectaculaire entrée en matière (l’assassinat sommaire du sosie de Derval accentué par une note tonitruante) sans parole et décuplera la dimension épique dans la monumentale bataille sous-marine en conclusion. 

Barry se met à la mesure de la tenue du récit avec son score le plus agressif et grandiloquent (et le choix judicieux de Tom Jones en faisant des tonnes dans la chanson-titre). James Bond devient réellement un surhomme dans cet épisode, sentiment accentué par certains morceaux de bravoures (l’utilisation du jet pack en ouverture, le face à face avec des requins, l’arrivée triomphale durant le final sous-marin) qui édulcorent (à quelques exception près comme l’attaque de la « veuve » durant le prégénérique, le meurtre au harpon de Vargas) le personnage élégant mais impitoyable aperçu dans les premiers films. Sean Connery joue davantage des bons mots et du décalage dans son incarnation de Bond (sans tomber dans la pantalonnade à la Roger Moore même s’il s’en approchera dans Les Diamants sont éternels (1971)). 

Heureusement le sadisme ne s’estompe pas totalement et est désormais entièrement l'apanage des méchants. La réunion glaciale du « conseil d’administration » du SPECTRE où les moins productifs sont électrocutés est un grand moment et, si Adolfo Celli compose un antagoniste convaincant (Blofeld pas encore nommé restant une menace invisible), on aura d’yeux que pour la pulpeuse et vénéneuse Fiona Volpe (Luciana Paluzzi). Séductrice et impitoyable, elle offre un contrepoint souligné par un dialogue cinglant aux figures féminines en quête de rachat revenant dans le droit chemin par la seule grâce du charme viril de Bond. Terence Young l’érotise avec attrait, comme une rose magnifique mais dangereuse sur laquelle il vaut mieux éviter de se piquer. 

La mise en scène alerte de Young (loin de l’élégante mollesse de Guy Hamilton) est un sacré atout dans l’action, une nouvelle fois rehaussé par le montage percutant de Peter Hunt. La bagarre d’ouverture dans le château fait montre d’une férocité rare, tout comme le mano à mano dans le cockpit du Disco Volante où les cadrages heurtés de Young se marient idéalement à l’agencement chaotique de Hunt (qui ira encore plus loin dans l’expérimentation quand il réalisera Au service secret de sa majesté (1969). 

Le dépaysement et l’évasion est encore accentué par les fabuleuse créations du décorateur Ken Adam. L’arsenal sous-marin du SPECTRE par son design inventif et cinégénique accentue le phénomène pop que dégage Bond et après le Fort Knox chromé or de Goldfinger bienvenue aux repères sous-marin imprenables. et aux yacht escamotables La montée en puissance de la bataille finale, le tour de force technique de cette longue bataille en pleine mer et les cascades folles (le saut en parachute des marines) relevaient alors du jamais vu et faisaient vraiment des James Bond l’expérience ultime et moderne en terme de cinéma spectaculaire. 

Le public ne s’y trompera pas, décuplant le succès de Goldfinger et en en faisant un des plus gros cartons du box-office des années 60. On pardonnera donc les quelques défauts (des longueurs, une James Bond Girl un peu transparente avec la française Claudine Auger) tant le divertissement fut réjouissant. 

Sorti en dvd zone français et Bluay chez Sony 

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