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vendredi 2 octobre 2015

Kamikaze Girls - Shimotsuma Monogatari, Tetsuya Nakashima (2004)

Fanatique de la période Rococo, des robes à froufrous et d'ombrelle fantaisie, rien ne prédestinait la charmante Momoko à rencontrer celle qui deviendra l'espace d'un été son inséparable amie : l'intrépide Ichiko, chef des Ponytails, un gang de filles en scooters. Habitant en compagnie de sa grand-mère et de son escroc de père - contrebandier de Versace et yakuza repenti -, Momoko l'introvertie passe ses ternes journées à rêver et à broder. Ses visites dans sa boutique de vêtements préférées sont ses seuls moments de répit. Son existence paisible va se voir interrompue par l'intrusion subite de l'inquiétante Ichiko. Cette jeune fille dure et grossière va s'immiscer petit à petit dans la vie de la douce et rêveuse Momoko.


Flamboyant objet pop, découverte de tout un pan de la pop culture japonaise et surtout magnifique récit d'amitié, voilà ce que propose avec brio Kamikaze Girls. Le film offre une plongée dans l'imaginaire bariolé de la jeune Momoko (Kyōko Fukada), qui a la particularité d'être fan de culture française et plus particulièrement de l'esthétique rococo. Mouvement artistique de la première moitié du 18e siècle arrivant après le Baroque, le rococo se caractérise par son attirance pour les touches extravagantes, son goût pour l'affriolant et les couleurs criardes contaminant aussi bien les tenues vestimentaires que l'architecture ou les meubles. Le décalage se fait donc immédiat lorsque l'on découvre notre jeune japonaise dans ses tenues à froufrou et dentelles, perdue dans ses rêveries et totalement désintéressée du monde contemporain. Elle fait bientôt la rencontre de son total opposé en la personne de Ichiko (Anna Tsuchiya), jeune bikeuse au caractère bien trempé avec laquelle va se nouer une étonnante amitié.

Le film adapte un roman (également transposé en manga) de Takemoto Navala ayant remporté un grand succès au Japon. A travers ses deux personnages principaux, il se penche sur deux phénomènes culturels et esthétiques typiquement japonais. Momoko et son attrait pour les fanfreluches est une illustration du phénomène "lolita" où de jeunes japonaise arborent les tenues les plus flamboyantes inspiré du 18e, y ajoutant la petite touche sexy contemporaine attirant les regards. L'aspect hors norme est ici renforcé par le fait que Momoko vive en campagne et paraissent donc encore plus éloignée de ses contemporains, alors que les lolitas pullulent à Tokyo. Quant à la motarde Ichiko, le champ est encore plus vaste. 

Elle représente tout un pan d'une certaine jeunesse nippone délinquante passionnée de culture américaine et de moto se faisant appelé "yankee". Le phénomène connu son apogée dans les 70's et les 80's avec ses règles de vies bien établies, ses tenues vestimentaires (longues vestes où était cousues le sigle ou l'accroche de la bande) et ses deux roues pétaradants. Les amateurs du manga GTO ont pu avoir un aperçu de la chose.

Ce sont donc deux univers bien ciblé mais antinomique qui se révèlent dans ces héroïnes mais que le récit parvient à rapprocher par une belle histoire d'amitié. On découvre progressivement l'enfance difficile qu'ont connues Momoko et Ichigo, les poussant à se détacher du monde réel oppressant et se réfugier dans un imaginaire où elle se voit plus belles, assurées et charismatique. Chez Momoko le phénomène aurait pourtant tendance à l'isoler dans son mode intérieur tandis que la motarde Ichigo plus avenante sous ses airs agressifs cache elle sa sensibilité et sa féminité. L'histoire se fait donc l'illustration du parcours initiatique de ses deux jeunes filles dont le rapprochement tendra leur faire se découvrir des talents (la broderie pour Momoko) et sentiments nouveaux (Ichiko qui tombe amoureuse), témoignage de leur maturité sans qu'elles y sacrifient leur personnalité hors normes.

Tetsuya Nakashima use de tous les moyens possibles et imaginables pour dynamiser ses récits : flashback, flashforward, séquences en dessin animé, irruption de gag cartoonesques délirants, sans parler des ruptures de ton étonnantes. Le début où Momoko nous fait découvrir son univers est ainsi étourdissant de fantaisie, il faut s'accrocher devant ce tourbillon de couleurs, références et gags impromptus sous peine de perdre le fil. Le grand atout du film c'est bien évidemment ses deux interprètes principales. La jeune actrice Kyoko Fukuda a une sacrée allure robes rococo, pleine de candeur et la moue boudeuse. 

Elle parvient à exprimer à merveille l'évolution de son personnage, amusant mais désincarné tant il est happé par ses rêveries puis soudainement illuminé par l'amitié improbable de Ichigo qui s'accroche à elle. Cette dernière est jouée par la pop star japonaise Anna Tsuchiya qui trouvait là son premier grand rôle au cinéma. Grimaçante, vulgaire et grande gueule elle dissimule un cœur d'artichaut et la scène où elle pleure son amour perdu (ou encore celle de son enfance malmenée par ses camarades) est une des plus bouleversantes du film.

L'esthétique la plus folle se mêle donc à l'émotion la plus pure et les férus de cinéma pop japonais savoureront même les allusions à certaines œuvres marquantes des 70's. Le père de Momoko étant un ancien yakusa, Nakashima introduit lors des flashbacks le célébrissime motif musical de la série Combat sans code d'honneur de Kinji Fukasaku. Les bandes de jeunes bikeuses évoquent quant à elles toute la série de films produite par les Toei mettant en scène des adolescentes en lutte contre la société et souvent jouées par le duo d'actrices Reiko Ike/Miki Sugimoto.Toutes ses références ne sont pas nécessaires pour apprécier Kamikaze Girls, mais après vision vous aurez une irrésistible envie d'approfondir la question. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Kazé 

 

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