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dimanche 4 mars 2012

Les Gaspards - Pierre Tchernia (1974)


Jean-Paul Rondin est libraire à Paris, près du Panthéon. Il est mécontent car sa boutique est située près d'un chantier de rénovation de la ville ordonné par le Ministre des Travaux Publics. Mais un soir, la fille de Rondin disparaît après avoir quitté son groupe d'amis. Le commissaire Lalatte, que Rondin est allé voir, pense qu'il s'agit d'une fugue. Mais cette disparition n'est pas la première : d'autres personnes ont disparu, dont vingt touristes qui étaient venus visiter les catacombes. En plus, des objets disparaissent des musées et des aliments sont volés.

En ce début des années 70 Paris est une ville en pleine transformation réduite à un gigantesque chantier, phénomène qui n'est pas sans provoquer quelques réactions. C'est sur ce postulat que Pierre Tchernia va nouer avec son compère Goscinny une intrigue ludique où les chantres d'une modernité excessive et frénétique (Charles Denner génial en ministre pédant et mégalo) vont s'opposer à des nostalgiques plus ou moins mesurés d'un ancien Paris plus paisible et champêtre.

Le générique animé moquant les chantiers en pagaille envahissant Paris s'oppose ainsi à la première scène de Michel Serrault montrant à un client de sa librairie quelques photos du vieux Paris. L'histoire repose sur un mystère amusant et improbable où la ville est en proie à des disparitions incongrues d'objets, de personnes toutes liées au sous-sol parisien : caves à vins fermées à clés qui se vident de leurs meilleurs crus, légumes aspirés dans le sol, cyclistes et touristes se volatilisant en visitant les catacombes...

Lorsque sa propre fille est enlevée le libraire et historien Jean-Paul Rondin s'engage alors courageusement dans les profondeurs pour la retrouver. Là il va trouver une étrange communauté, "Les Gaspards", qui a fui le béton et les bruits de la ville pour vivre une existence paisible et libertaire. Le gout de la bonne chair, du vin et des arts répond ainsi à la frénétique et froide modernité aseptisée du monde du dessus. La folie des travaux du ministre menace cependant cette quiétude mais le meneur Gaspard de Montfermeil est prêt à mener haut l'insoumission.

Tchernia parvient avec brio à mêler des thèmes intéressant à son postulat loufoque. Le réalisateur parvient très bien à rendre le côté oppressant de cette ville envahie par les grues et les bulldozers en allant du plus petit (la pollution sonore et visuelle de la libraire de Rondin prêtant à de nombreux gags) au plus grand avec ces plans d'ensemble où les véhicules de constructions font disparaître et rendent méconnaissables le paysage.

A l'opposé et assez paradoxalement d'ailleurs le monde sous-terrain des Gaspards semble plus ample et aéré que l'extérieur, le seul lieu du film où on peut réellement traverser un décor dans sa largeur avec ses immenses carrières. Tchernia multiplie les visions décalées et poétique comme cette plante poussant sous l'éclairage d'un ancien puits et ne s'embarrasse pas d'un réalisme malvenu.

L'existence des Gaspards est celle de tous les possibles et relève du conte dans leur manière de communiquer et se nourrir des ressources de l'extérieur tel des lutins ou farfadets des forêts vivant à l'insu des hommes. Tchernia et Goscinny voilent d'ailleurs d'un amusant mystère les capacités des Gaspards en début de film avant d'assaisonner le tout de gags irrésistibles par la suite : Serrault qui s'échappe en surgissant d’une tombe en plein enterrement, l'attentat contre le ministère rendant la bâtisse bancale.

Au final ces bons vivants à la communauté paisible semblent bien moins dangereux que ce ministre prêt à entourer Notre Dame de deux affreux buildings. Philippe Noiret apporte toute la nonchalance et bonhomie voulue à son Gaspard et délivre une prestation savoureuse. Michel Serrault (déjà du précédent Tchernia Le Viager et acteur fétiche de celui-ci) est tout aussi bon et apporte une nature plus mesurée mais non moins passionnée avec le personnage de Rondin.

Le casting est d'ailleurs un joyeux patchwork des grands seconds rôle français de l'époque venu s'amuser pour un temps de présence plus ou moins long : Michel Galabru en commissaire, Annie Cordy, Jean Carmet, un tout jeune Gérard Depardieu, Roger Carel, Gérard Hernandez... Un très bon moment qui incite à creuser plus en avant la filmographie de Pierre Tchernia.

Sorti en dvd chez Studio Canal

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