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mercredi 28 mars 2012

Black Dynamite - Scott Sanders (2009)



Black Dynamite » est le type le plus redoutable et le plus cool de Los Angeles. Ancien commando pour la CIA, il règne en maître avec son .44 Magnum et son nunchaku. Pratiquant un kung-fu bien à lui, il terrorise tout le monde. Fier d'être black, il est aussi très populaire auprès des femmes. Mais lorsque son frère Jimmy est assassiné, la CIA lui demande de reprendre du service. Après avoir retrouvé une douille sur les lieux du meurtre, il remonte la piste d'un complot destiné à affaiblir Afro-Américains : distribution de drogue dans les orphelinats et de bière frelatée dans les quartiers « blacks »...

Alors que tout un pan du cinéma des seventies était revenu à la mode durant les années 2000, du plus sérieux (cinéma politique) au plus bis (film d’horreur, d’arts martiaux), il était curieux que l’on n'ait pas encore eu droit à un revival de la Blaxploitation. Rappelons les faits. Début des années 70, hormis quelques personnalités comme Sidney Poitier ou Sammy Davis jr, les acteurs afro-américains en sont encore réduits aux rôles de second plan. En ces heures de revendications radicales sous la férule des Black Panthers, naît bientôt l’idée d’un cinéma tourné par et pour les blacks, qui pourront à leur tour jouer les héros Du divertissement teinté d’affirmation raciale et politique qui générera ses propres stars comme Pam Grier, Richard Roundtree ou Jim Brown et paradoxalement produit par des blancs (le mythique Shaft est produit par la MGM et Roger Corman s’engouffrera volontiers dans le filon).

Aucun chef-d’œuvre à signaler dans le lot mais des série B musclées au charme toujours actif et des bandes originales grandioses signées par les dieux de la soul de l’époque (Curtis Mayfield pour Superfly, Marvin Gaye sur Trouble Man, Isaac Hayes sur Shaft pour les plus connues…). Après être tombé dans sa propre caricature, le genre s'éteindra doucement à la fin de la décennie qui l'a vu naître. Si beaucoup d’inégalités demeurent, à l’heure où Obama siège à la Maison Blanche, que des Will Smith, Denzel Washington ou Halle Berry sont des superstars internationales, le genre a-t-il encore sa raison d’être ?

Il aura fallu tout le génie d’un Tarantino dans Jackie Brown pour se réapproprier dans un récit nostalgique et intimiste le ton des œuvres de l’époque et (à l’instar des films de la Shaw Brother après les Kill Bill) provoquer leur redécouverte pour le grand public à coup de rééditions dvd massives. Pour les autres moins doués, ce n’est que l’esthétique clinquante à base de chaînes en or, coupe afro et "black attitude" exacerbée qui demeure et c’est évidemment du côté de la comédie parodique que le genre renaît de ses cendres ces dernières années. Parmi les tentatives les plus convaincantes, l’hilarant Undercover Brother (honteusement rebaptisé Opération Funky par chez nous), parodie d’espionnage à la Austin Powers sauce blaxploitation. Désormais, il y a Black Dynamite.

Plutôt que la parodie pure attendue, le film de Scott Sanders oscille entre les Grindhouse de Tarantino/Rodriguez (avec une vraie patine vintage sur la forme comme la photo, le cadre 70's, les gros zooms et faux raccords volontaires) et la petite touche décalée qui désamorce toute tentative de sérieux, tel ces Dynamite ! scandés par la bande son à chaque apparition tonitruante du héros.

Sans cela, l’intrigue est typique des classiques de l’époque : un scénario sur fond de vengeance dévoilant un complot machiavélique de l'homme blanc destiné à éradiquer les noirs avec une nouvelle drogue aux effets radicaux. Tous les autres éléments bien connus sont également au rendez-vous mais en plus appuyés, telles les punchlines vulgaires et imagées, la fascination pour la figure du pimp tiré à quatre épingles et une bande son pastichant brillamment les standards soul originels tout en narrant les événements.

Bien rythmé, le film en met par moment plein la vue, porté par Michael Jai White (vu dans Spawn et coupé au montage de Kill Bill 2) à la virilité imposante et qui impressionne lors des nombreuses scènes de combats (il est réellement champion d’arts martiaux et il le prouve). Son jeu volontairement hors sujet lors des passages plus dramatiques montre bien qu’il est en accord avec le projet de Sanders (ils ont coécrit le scénario) : s’amuser tout en rendant hommage au genre.

Après une première moitié jouant plutôt sur l’humour référentiel (dont une héroïne quasi-sosie de Pam Grier, la poitrine opulente en moins), le film décolle définitivement dans sa dernière partie, sommet de grand n’importe quoi inclassable. Entre une scène totalement décalée où Black Dynamite découvre les effets de la drogue anti black (l'explication est un grand moment) et une parodie fauchée d'Opération Dragon (il fallait bien une pincée de kung fu pour que la fête soit totale), on pense avoir tout vu. Mais ce n’est rien à côté du final dantesque où Black Dynamite prend d'assaut la Maison Blanche pour affronter le méchant ultime, Richard "Tricky Dick" Nixon en personne.

Bref, une sympathique réussite qui déçoit uniquement au niveau du traitement de la sexualité, faisant preuve d’une timidité typique des très prudes années 2000. Hormis l’ouverture tonitruante montrant Black Dynamite venant de satisfaire trois jeunes filles (et plus si affinités) et un Kama sutra endiablé en animation, le tout reste très soft. On est loin des prouesses érotiques épiques de John Shaft (alors que la production modeste laissait espérer quelques excès), mais ce n’est qu’une broutille face à un spectacle aussi jubilatoire. On devrait revenir sur des classiques Blaxploitation d'époque prochainement sur le blog.

Sorti en dvd zone 2 français chez M6 Vidéo

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