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vendredi 23 mars 2012

Captain Boycott - Frank Launder (1947)


L'histoire authentique d'un hobereau britannique qui souleva contre lui la population de son village. Son nom est lié pour la postérité à l'action du...boycott.

Frank Launder ici sans son acolyte Sidney Gilliat signait un de ses tous meilleurs films en plus d'offrir à Stewart Granger un de ses rôles les plus intéressants. Le film s'inspire de l'histoire authentique de Charles Boycott, riche propriétaire terrien britannique du XIXe siècle qui par ses maltraitances souleva contre lui la population du comté de Mayo en Irlande. En refusant de se plier à ses ordres et en l'isolant les fermiers réussirent à le ruiner donnant désormais à ce type d'action le nom de sa première et célèbre victime, le boycott.

Frank Launder dépeint ainsi autour de cet évènement historique une intrigue et des personnages fictionnel dont l'évolution et le cheminement sont profondément rattaché à ce contexte. Plus précisément, toutes actions et questionnements du film tournent autour de la façon dont les villageois vont opter pour ce mode de rébellion inédit. Le début nous montre ainsi cette région rurale comme une poudrière en puissance à travers quelques scénettes dont une où l'instituteur du village harangue ses tout jeunes écoliers à aimer leur terre et se battre pour elle.

La tension est palpable à travers la tyrannie du Capitaine Boycott (Cecil Parker) ancien militaire peu enclin à négocier et adepte de l'expulsion sauvage pour les malheureux ayant des traites de retard. Dans ce contexte on contraste des comportements contrastés. D'un côté les chantres d'un soulèvement par les armes menés par Hugh Davin (Stewart Granger), les indifférents habitués à plier et désormais préoccupés par leur seule personne avec le personnage de Kathleen Ryan et enfin les leaders visionnaires qui instaure l'idée du boycott pour une courte mais mémorable apparition de Robert Donat (dans une remarquable scène où sa verve stoppe les velléités de Granger venu l'humilier pour sa mollesse).

Les deux premières alternatives sont intelligemment dénoncées par le script, entre la pénurie d'arme rendant toute rébellion violente impossible et surtout une très touchante Kathleen Ryan dont le passé douloureux renferme sur elle-même quitte à se mettre tout le village à dos lorsqu'elle reprend sans états d'âmes une ferme dont un des locaux a été expulsé. C'est à son contact que la position de Stewart Granger évolue et se fait plus nuancé.

Toute la complexité du problème est abordée par Launder qui multiplie les cruelles scènes d'injustice plaçant le spectateur dans la même position que les villageois et attendant donc l'explosion. Lorsque celle-ci intervient lors du final, elle souffle le chaud et le froid avec une impressionnante scène d'émeute dans un hippodrome où Boycott est enfin puni mais s'avère une impasse quand l'hystérie collective cause la mort d'innocents. A l'inverse le boycott et le rapport de force s'instaurant entre le patron et les grévistes s'avère bien plus efficace et dépeint avec détail et un vrai brio narratif par Launder : les répercussions dans les journaux britannique de cette action isolée, l'intervention des militaires, la corruption des journalistes, les travailleurs agricoles mercenaires... Le casting est absolument remarquable et contribue à la parfaite illustration des idées.

Stewart Granger en aspirant rebelle ramené à la raison par l'amour est remarquable, tout comme Alastair Sim (habitué des productions de Launder et Sidney Gilliat) en prêtre bienveillant calmant les ardeurs mais aussi l'ensemble des acteurs jouant les villageois avec authenticité. Launder n'a pas tout à fait la maîtrise de son partenaire Sidney Gilliat et sa mise en scène est purement illustrative mais soignée dans la vision des paysages ruraux plutôt agréables. Intelligent et bien mené, très bon film.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez ITV dans le coffret consacré à Stewart Granger


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